vendredi 14 avril 2023

Le coup d’après – Chronique du. 15 mars

Bonjour-bonjour

 

« Alexis Bidinot, cofondateur de l'entreprise Qiara, qui propose des alarmes connectées, vient de lever 14 millions d'euros auprès de Xavier Niel et d’Iliad. Son ambition : reproduire le coup du trublion des télécoms. » (Lu ici)

 

Autrement dit, quand on veut aujourd’hui reproduire le choc provoqué par l’abonnement Free à 2 €, on ne fait plus de la télécommunication, mais de la télésurveillance.

Le principe de départ est resté le même : un système facile à déployer et complet (1) . Mais il y a surtout une absence de véritable concurrence du point de vue des prix de l’abonnement, mettant la télésurveillance à 10 euros, alors qu’elle est un peu partout au-delà de 1000 €.

Ceci dit, on peut se demander à quelle logique cette opération fait référence, parce qu’il ne suffit quand même pas que les marges soient si vastes pour que les gens songent à s’équiper pour sécuriser leur bien toute affaire cessante. 

Il est possible que les cibles de l’opération publicitaire soient différentes selon l’âges des propriétaires :

            - les personnes âgées peuvent en effet cesser de trembler lorsqu’elles collent sur leur porte la mention « Sous télé surveillance » : « Les cambrioleurs font demi-tour en voyant la plaque » fanfaronne un communiqué publicitaire. En sommes, la télésurveillance vous équipe d’une garde rapprochée opérationnelle 24h/24h. 

            - Pour les plus jeunes, tout en ayant un regard pour cette sécurité préalable, on peut croire que la plus-value en termes de prestige existe également. En apposant l’autocollant signalant la présence de caméras, et l’appel à la police, on fait de son domaine un lieu privilégié ou seule la jouissance du propriétaire des lieux peut subsister.

            - Enfin les systèmes électroniques ne sont que des copies de l’ancienne méthode de surveillance par des chiens.

 


En offrant les services de la télésurveillance à 10€ par mois c’est comme si on proposait un chien fidèle pour un prix dérisoire ; et en plus pas besoin d’aller promener le Médor électronique.

------------------------------

(1) Le système comprend cinq composants : une caméra, une sirène, un détecteur d’ouverture de porte, un détecteur de mouvement, ainsi qu’un clavier pour taper le code.

jeudi 13 avril 2023

Je déprime, docteur – Chronique du 14 avril

Bonjour-bonjour

 

Eh bien, dites-moi : ça ne va pas fort ce matin ?

- Non, je me sens tout chose, comme quelqu’un qui aurait appris pendant la nuit qu’il a une ou deux maladies graves, et que du coup sa femme se prépare à le quitter en emmenant les mioches. 

- Je vois… Et à quoi attribuez-vous cette déconfiture ?

- Je ne sais pas, moi. Ça me prend souvent le matin après la lecture des nouvelles de la nuit.

- C’est Google news que vous lisez, n’est-ce pas ?

Regardons ensemble ce que vous avez trouvé.

            « Nous sommes en sursis en ce qui concerne la sûreté et la sécurité nucléaires à la centrale de Zaporijjia », selon le chef de la centrale ukrainienne. Bilan : un Tchernobyl puissance 10 en vue. (ici)

            « Les réserves souterraines sont au plus bas à la sortie de l’hiver, ce qui fait courir un grand risque de tension sur la ressource en eau dans les mois à venir en France ». Ça, c’est le constat du Bureau ad-hoc. En vue : pénurie d’eau dès cet été (ici)

            « En difficulté financière après des pertes records, EDF gèle ses embauches ». Vu qu’EDF est re-nationalisé, inutile de demander qui va éponger les pertes. (ici)

 

Arrêtons-là. Même pas besoin d’évoquer la montée des températures, la fonte de la banquise, la perte irrémédiable d’espèces animales : la dépression est à nos portes, avec des idées suicidaires et le désir de rester tout l’été comme ça, sans bouger, sans se lever, sans même se laver. Juste une petite fumette de temps à autre et basta !

- Mais enfin, cher ami, quel besoin avez-vous de chercher à savoir ce qui va arriver ? Pour y pallier - Mais on ne sait pas faire.  Pour vous préparer à subir stoïquement le malheur que la nature va vous infliger ? On dirait que ça ne vous tente pas.

Ce besoin de connaissance est bien un très grand malheur de l’espèce humaine. Venu du fond des âges avec l’évolution de notre cerveau, il a d’abord produit des progrès fantastiques grâce à des découvertes scientifiques qui ont permis à notre espèce de proliférer.

Mais voilà : nous sommes arrivés à l’os – je veux dire que de progrès en progrès notre science est arrivée à prévoir ce sur quoi elle n’avait plus aucune prise. Ne serions-nous pas plus heureux d’ignorer ce qui va nous arriver, à l’instar de nos gorets qui ne savent pas où va aller la bétaillère dans laquelle on les fait monter ?

mercredi 12 avril 2023

Toujours plus ! – Chronique du 13 avril

Bonjour-bonjour,

 

Vous avez déjà vu la Tesla Model X ? Celle dont on parle en ce moment avec des étoiles plein les yeux ?

Non ? Alors, suivez-moi.

--> D’abord, l’image

 

 

 

TESLA MODEL X (2021) - La bagnole à 1000 chevaux qui ne fait même pas vroum-vroum

 

--> Et puis, la fiche technique

FICHE TECHNIQUE

Modèle           Tesla Model X (2021)

Dimensions     5,057 m x 2,271 m x 1,680 m

Puissance (chevaux)   1020 chevaux

0 à 100km/h    2,6 s

Niveau d'autonomie   2

Vitesse max    262 km/h

OS embarqué  Tesla OS

Taille de l'écran principal       17 pouces

Prise côté voiture       Type 2

Prix entrée de gamme 141990 euros

Prix     141 990 €

 

--> Récap’ : vous aurez noté au moins 4 chiffres : 

            * la taille de l’écran : 17 pouces

            * la puissance : 1020 chevaux

            * de 0 à 100km/h en 2,6 s

            * le prix : 141990€ (entrée de gamme) (Tout ça lu ici)

 

Et voilà : quoi de nouveau depuis l’apparition de la voiture électrique ? Rien. Absolument rien n’a changé depuis qu’elles sont venues chasser la voiture thermique de nos cœurs. On est toujours à l’affut du luxe, de la performance extraordinaire (100 km/h en moins de 3 secondes : il doit falloir enfiler une combinaison anti-G pour monter dans cette voiture). Et puis les fameux 1000 canassons sous le capot : seule la Bugatti Chiron fait mieux, mais c’est une thermique. (1)

La voiture thermique, justement : parlons-en. Aurions-nous changé de codes depuis sa disparition programmée ? Cette course à la puissance et à la démesure aurait-elle pris fin depuis que la sobriété est devenue un thème à la mode ? Non.

Mais était-ce possible ? L’Homme est depuis toujours (enfin depuis longtemps) assoiffé de démesure. Les Grecs en avaient fait le thème de leur sagesse : « Rien de trop ! » tel était l’impératif de leur sagesse : sans le respect de cette mesure, tout se disloque dans la vie des sociétés comme dans celle des hommes, car passées les bornes il n’y a plus aucune limite. Mais ces bornes sont étroitement surveillées par les Dieux qui punissent les contrevenants.

Mais rien n'y fait. Certes, aujourd’hui, plus personne ne prétend escalader l’Olympe pour aller tirer la barbe de Zeus. Mais la démesure continue de nous fasciner et elle a pour nom Tesla Model X

--------------------------

(1) En plus, à 10 millions d’€ : elle est un peu chère

mardi 11 avril 2023

Crèches : Ehpads 2.0 – Chronique du 12 avril

Bonjour-bonjour

 

Le rapport sur les crèches qui vient de sortir est accablant : manque de soins, mauvais traitements, humiliation, violences mêmes : certains nourrissons subissent à leur niveau ce que les vieillards subissent parfois dans les Ehpads. Au point que le rapprochement a été fait par la secrétaire d'État chargée de l'Enfance, Charlotte Caubel, elle-même : « Pas question de vivre une crise des EHPAD 2.0 », a-t-elle affirmé. (Lire ici)

On suppose alors que les mêmes effets ont sans doute été produits par les mêmes causes : manque de personnel, salaires peu attractifs, manque de qualification et vous aurez l’explication. Dans le travail comme ailleurs les gens donnent ce qu’ils ont, dans la mesure où ils sont payés pour cela. D’où le plan du gouvernement qui sera bientôt dévoilé et qui doit prendre en compte ces tragiques situations.

 

… Tout de même dira-t-on : maltraiter un bébé, l’obliger à remanger son vomi, le laisser dans ses couches souillées toute la journée – la rancœur contre l’institution ne peut expliquer de telles horreurs ; aucun calcul vengeur ne pourrait aboutir à faire souffrir un petit enfant sans défense.

Oui : c’est bien pour cela qu’on est en droit de supposer une intervention de la nature humaine. Faire souffrir et humilier est un plaisir que certains vont s’octroyer dès lors qu’ils peuvent le faire sans danger. Je ne cherche pas à surinterpréter les données recueillies : je dis seulement que la simple existence de ces crimes ne révèle pas seulement les insuffisances de l’organisation. Elles créent certes un espace où ils peuvent se faufiler ; mais pour que ce soit précisément ça qui apparaisse, il faut quand même une autre source. 

lundi 10 avril 2023

Il nous faut panser le monde – Chronique du 11 avril

Bonjour-bonjour

 

Les jeux de mots ont depuis longtemps acquis leur droit de figurer dans les ouvrages de philosophie. Ainsi de Platon qui fait du calembour « sôma » - « sèma » (Le corps est le tombeau de l’âme) un argument pour affirmer que notre âme est piégée par les besoins et les désirs du corps, et qu’elle ne trouvera sa délivrance que dans la mort.

Il en va de même aujourd’hui avec cette thèse résiliente selon laquelle nous devons « panser », c’est-à-dire « réparer » la nature. De quelque façon qu’on l’entende, ce pouvoir parait être à la portée des hommes : puisqu’ils sont su dérégler la nature, il leur sera facile de réparer leurs méfaits : il leur suffira de retrouver les gestes ancestraux des cultivateurs, des éleveurs, voire même des chasseurs/cueilleurs.

Bien entendu il nous faudra perdre beaucoup du point de vue de nos capacités chimiques ou machiniques ; mais la Nature nous le rendra au centuple en restaurant les bienfaits que nous avons ignorés, tels que, par exemple, les vertus curatives du miel ou d’autres simples.

Dans le même temps se développe une « philosophie » du bien-être qui nous recommande le « lâcher prise » : « Cessons d’être empressés d’avoir des résultats, laissons à. la nature le temps d’agir et voilà le bien-être et l’environnement que nous avons aimé depuis notre toute petite enfance qui resurgissent ».

 

Nous faisons donc confiance à la Nature pour rétablir notre place en son sein, grâce à ses lois universelles, en nous permettant de revenir sur des décennies de progrès jugés aujourd’hui néfastes. Oh, bien sûr il faudra quand même trouver quelques parade à des fléaux qui ont décimés l’humanité ; la peste noire, le phylloxéra, le mildiou ont causé famines et morts en cascade. Mais on peut espérer aujourd’hui être assez savants pour faire jouer la nature contre ces fléaux naturels.

Comme nous le disions hier, même en obéissant à la nature on peut encore espérer lui commander le meilleur.

dimanche 9 avril 2023

Obéir et gouverner – Chronique du 10 avril 23

Bonjour-bonjour

 

Dans la période 1934-1936, il y aura bientôt un siècle, une étrange catastrophe s’abattit sur les Etats-Unis : la terre des champs partait en poussière, laissant un territoire dénudé et stérile. Des vents venus du centre du pays poussaient jusqu’à New-York ces nuages qui recouvraient absolument tout. La sécheresse et la surexploitation des sols ont été reconnues responsables et on s’avisa alors de suivre de plus près les rythmes naturels. Reprenant peu à peu une exploitation plus conforme à ce que pouvait produire la nature, on découvrit alors que pour l’exploiter il faut d’abord respecter ses capacités.

Cette période a vu se poser très concrètement les questions ouvertes au 17ème siècle par les philosophes : alors que René Descartes écrivait en 1637 que les hommes pouvaient espérer être « comme maitre et possesseur de la nature », Francis Bacon répondait en 1620 « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant ». Notre époque a juste oublié qu’on pouvait à la fois obéir et gouverner.

Cette leçon n’est-elle pas celle que le mouvement écologiste nous prodigue avec les méthodes de la permaculture ? Avec cette vérité : pour suivre la nature il faut aussi entrer dans son processus de renouvellement cyclique : voyez les bourgeons qui grossissent et vont s’épanouir. Regardez maintenant au pied de l’arbre : vous y verrez les feuilles mortes de la saison précédente qui se décomposent et fournissent de la matière organique fécondante. Nous ne savons pas faire un mouvement perpétuel mécanique ; en revanche la nature sait faire un mouvement perpétuel biologique.

On dit que la nature peut s'adapter aux changements initiés par les hommes : on veut croire qu'elle peut produire indéfiniment des moissons juste grâce aux intrants chimique qu’on déverse dans son sol. 

Comparez les fraises de votre jardin avec celles que la culture hors-sol vous propose.




samedi 8 avril 2023

D’abord les chinois… – Chronique du 9 avril

Bonjour-bonjour

 

Alors il y a eu d’abord les chinois qui ont réussi à doter leur caméras de surveillance d’une intelligence artificielle qui les rend capable de reconnaissance faciale pour débusquer les contrevenants de tout poil au passage dans la rue.

Et voilà maintenant les iraniens dont on apprend ce matin qu’ils ont dressé leurs caméras à repérer les femmes qui ne portent pas leur voile : « La police prendra des mesures pour identifier les contrevenantes en utilisant des outils et des caméras intelligents dans les places et les voies publiques », a indiqué la police dans un communiqué publié par les médias. A la suite de quoi la police « enverra les preuves et des messages d’avertissement aux femmes qui violent la loi sur le hijab » afin de « les informer des conséquences judiciaires en cas de récidive », précise cet article.

Là, on se dit que les dictatures sont à la pointe de l’usage liberticide des technologies modernes : depuis Orwell et ses télécrans, on avait été prévenus. Mais on se disait que ce n’est pas à nous, démocratie sourcilleuse de préserver sa liberté que ça pourrait arriver.

- Oui, mais voilà - la nouvelle est tombée ces jours-ci : on vient de légiférer pour  assurer la sécurité sur les prochains Jeux Olympiques de Paris. « Ce projet de loi met en place un cadre juridique qui autorise l’usage de ces technologies à titre expérimental et uniquement pour une durée limitée » peut-on lire ici. Tiens ? Mais de quoi parle-t-on ? « /Il s'agit de/ dispositifs qui procèdent à des analyses automatisées dans l’espace public. Il y a donc un risque d’atteinte à la vie privée et aux droits et libertés des personnes qui est beaucoup plus attentatoire. Ce n’est plus juste un agent qui regarde des images derrière un écran » (déclaration de la CNIL). Donc ce n’est pas conforme à nos valeurs, mais on fait quand même une loi dérogatoire… « provisoire ».

On se dit : « 2024, c’est demain, mais aujourd’hui on est préservé de ces machins-là »

- Sauf qu’on apprend que le Ministère de l’Intérieur fait tester des caméras assorties de logiciels permettant de repérer et de suivre en temps réel des individus suspects dans les manifestations. 

Un dispositif anti-black block : vous n’allez quand même pas faire interdire ça !