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samedi 3 septembre 2022

Badiou et l’anarcho-communisme – Chronique du 4 septembre

Bonjour-bonjour

 

L’Obs publie (ici) une tribune d’Alain Badiou sur le choix nécessaire du communisme, sous forme de 13 thèses (faisant sans doute allusions aux Thèses de Marx sur Feuerbach, qui n’étaient que 11). J’avoue être en difficulté pour commenter cette longue recherche si claire et si nettement structurée : le cadre de ce Blog ne s’y prêterait d’ailleurs pas.

 

Ne parvenant pourtant pas à rester passif devant cette Tribune, je me contenterai de faire écho à sa conclusion.

« Il existe aujourd’hui deux voies pour l’organisation générale de l’humanité, la voie capitaliste et la voie communiste. La première n’est que la forme contemporaine de ce qui existe depuis la révolution néolithique, il y a quelques milliers d’années. La seconde propose une deuxième révolution globale, systémique, dans le devenir de l’humanité. Elle propose de sortir de l’âge néolithique. » (Thèse 8)

Comme on le voit la thèse d’Alain Badiou prend du champ par rapport à l’histoire puisqu’elle considère que le capitalisme est l’aboutissement d’un processus commencé il y a plus de 10000 ans. Cro-Magnon et Elon Musk : même combat.

 

Mais sortir de cette voie suppose que le peuple prenne le pouvoir et l’exerce par lui-même 

            * sans s’en laisser déposséder par des partis politiques (voie démocratique) (1)

            * ni par des cliques l’exerçant sous couvert de représentation de ses intérêts (totalitarisme). (2)

L’État, quelle que soit sa forme, ne peut en aucun cas représenter ou définir la politique d’émancipation (Thèse 12). La position d’Alain Badiou arrivée à son terme, nous lâche dans le vide (je résume) : « Desserrez la carcan de l’État, émancipez-vous de sa tutelle, ici et maintenant, soit en luttant contre son oppression, soit en constituant des zones de liberté en dehors de sa tutelle ; et arrivés là, inventez tout ce que la vie et l’histoire vous laisseront désirer. »

 

Refusant la démocratie représentative parce que la représentation est un leurre, Alain Badiou refuse à l’organisation politique toute légitimité autre que celle d’organisation concrète du travail. Il demande aux jeunes d’inventer leur vie sans se soucier d’une quelconque vocation politique. Nul doute que le mouvement des Gilets-Jaunes donne une image assez précise de ce qu’il voudrait voir réaliser.

La parade de l’État contre ces mouvements populaires consiste non pas à les réprimer mais à les reconduire vers leur position d’assisté en lâchant des milliards de subvention (3).

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(1) « La forme Parti classique est aujourd’hui condamnée parce qu’elle s’est définie elle-même, non pas par sa capacité à faire ce que dit la thèse 9, à savoir le travail de masse, mais par sa prétention à « représenter » la classe ouvrière, ou le prolétariat.

(2) « Il faut rompre avec la logique de la représentation sous toutes ses formes. L’organisation politique doit avoir une définition instrumentale, et non pas représentative. Du reste, qui dit « représentation » dit « identité de ce qui est représenté ». Or il faut exclure les identités du champ politique » (Thèse 11)

(3) Voir les 10 milliards de subvention accordés le 10 décembre 2018

lundi 11 janvier 2021

De quoi Donald Trump est-il le nom ? – Chronique du 12 janvier

Bonjour-bonjour

 

On se rappelle l’essai publié par Alain Badiou en 2007, juste après l’élection de Nicolas Sarkozy. On lisait ceci en 4ème de couverture : « Je pose alors que Sarkozy à lui seul ne saurait vous déprimer, quand même ! Donc, ce qui vous déprime, c'est ce dont Sarkozy est le nom. Voilà de quoi nous retenir : la venue de ce dont Sarkozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur. » De mémoire, Badiou prof à Normale Sup s’adressait à ses étudiants qu’il retrouvait plutôt déprimé au lendemain de l’élection du nouveau président, et ce petit livre contenait la suite de cet entretien. Pour mémoire encore, la réponse finale à la question était que Nicolas Sarkozy réintroduisait en France le pétainisme.

Si la réponse n’était pas la bonne, la question en revanche ne cesse pas d’être pertinente et nous voudrions l’utiliser pour interroger les évènements qui ont eu récemment lieu du Capitole de Washington. On ne s'interrogera pas sur la venue d'un nouveau Président, mais sur le départ de l'ancien : que laisse-t-il derrière lui ?

- Inutile je pense de revenir sur les caractéristiques exceptionnelles du mandat de Donald Trump : on voit bien que l’assaut du Capitole par ses partisans a dévoilé un aspect extrême de cette présidence : cet homme est, au sens plein du terme, un dictateur qui a manœuvré pour affirmer son pouvoir absolu et arbitraire. Jusqu’ici il ne manquait que la prise du pouvoir par sa milice, la quelle est apparue mercredi dernier. Mais durant ces quatre années s'est également dessinée une politique nouvelle, aussi bien dans le domaine des relations internationales qu'à propos du développement économique.

- Je ne prétends analyser pas le contenu de la politique de Donald Trump ; observons plutôt ces commentaires, à mon avis les plus performants, qui voient plus loin et relèvent l’existence d’un véritable courant politique qui s'est dessiné au cours du mandat du président sortant. Il s’agit d’une force beaucoup plus importante que les foucades présidentielles le laisseraient croire, et c’est ici que la question d’Alain Badiou reste pertinente : quelle est donc cette force qui est apparue même aux yeux les moins perçants lors de l’assaut du Capitole ?

- Sans prétendre lire l’avenir qui n’est pas encore écrit, on devine quand même que le libéralisme ne pourrait pas survivre à l’apparition d’une telle force, et que l’économie mondiale serait bouleversée par la fermeture des frontières et le repliement nationaliste sur les territoires nationaux. Bien sûr leur étendue et la puissance économique déjà acquise par les nations seraient déterminantes : à ce jeu la Chine occuperait la tête de la compétition.

Ici, nulle idéologie et nulle orientation politique ; l’enrichissement comme seule boussole : rien de neuf, donc. Simplement des moyens complètements différents d’arriver au but. 

Ne nous hâtons donc pas d’applaudir à la disparition de Trump : ce n’est pas un bouffon qui s’en va, mais c’est une tendance politique neuve qui s’affirme aux États-Unis.

mercredi 8 juin 2022

Adam et Eve ont été co-créés – Chronique du 9 juin

Bonjour-bonjour

 

Vous connaissez sans doute l’histoire de la création d’Eve à partir d’un côte d’Adam ? Éh bien la théologienne féministe Anne Soupa se livre dans le dernier numéro de Télérama à une lecture toute différente de ce chapitre de la Genèse. Lisez plutôt :

 

 

Anne Soupa dans Télérama n°3778


- Nous lisons donc bien : « Dieu s’est trompé dans sa création qu’il corrige pour créer une femme au côté de celui qui dorénavant va s’appeler l’homme au masculin »

Du coup le création s’est donc faite en deux temps suite à … une erreur de Dieu. Bigre ! On en a brûlé pour moins que cela ! Mais passons et énumérons les conclusions auxquelles cette lecture nous mène :

            * D’abord la « femme » et l’« homme » (au sens genré) sont le résultat du déploiement d’un être « synthétique » qui contenait les deux dans la même entité.

            * Ensuite il ne faut pas croire que la femme soit apparue secondairement pour assister l’homme dans sa vie (lecture orthodoxe de la Genèse) mais bien qu’elle fait partie de la substance humaine. Les philosophes leibnitzien diraient que ce sont « deux hypostases dans la même monade » 

Permettez que je remette à plus tard le commentaire de cette formule pour m’en tenir à l’interprétation contemporaine du sujet. 

            * Notre théologienne féministe lance un appel au renouvellement de la vision de la femme dans l’Église : il faut désormais la considérer comme l’égale de l’homme, ce qui signifie être à l’écoute de leurs voix dans ce qu’elles ont de spécifique. Car Eve n’a jamais été un « Adam-bis », et d’ailleurs ce serait impie de croire que Dieu a voulu une telle chose : les femmes sont les femmes et leur voix n’est pas un écho de celle de l’homme. Mais si la femme est différente de l’homme elle n’en est pourtant pas un simple complément, comme le veulent ceux qui font d’Eve une créature imaginée seulement pour soutenir Adam qui tout seul « n’y arrivait pas ».

            * Eve comme Adam ont tous deux une vision de la vie, de l’avenir et pour suivre Alain Badiou (1), ça veut dire que chacun a une vision du monde-à-deux c’est-à-dire deux êtres différents. Le monde dans lequel ont évolué Adam et Eve était un monde altruiste dans le quel chacun cultivait le Jardin d’Eden aussi selon les goûts et les besoins de l’autre.

Comme le dit Alain Badiou : c’est ça l’amour. 

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(1) Alain Badiou – Éloge de l’amour (Entretien avec Nicolas Truong)

dimanche 12 février 2023

Pour la Saint-Valentin : fêtez le polyamour – Chronique du 13 février

Bonjour-bonjour

 

Vous savez quel jour on est ? Le 13 février ? Oui – Bravo. Et quel jour on sera demain ? Le 14 février ? Bingo ! Et donc le 14 février, ça vous dit quoi ? La Saint-Valentin ? 

C’est ça : voici venu le temps de la Saint-valentin, avec son cortège de douceurs rose-bonbon, de parfums sensuels, de poèmes émouvants (1)… et aussi d’huile de massage ou de sex-toys : les magasins spécialisés doivent faire exploser leur chiffre d’affaire ce jour-là. 

Bref, la Saint-Valentin fabrique un pont qui mène de l’amour yeux-dans-les-yeux à l’amour pattes-en-l’air. 

Et c’est même ça qui est au fond de tout ce qui bouge pour cette fête.

 

- Derrière cette constatation, une idée dominante : le sexe est le ciment du couple, ce qui unit des amants et qui leur permet de former un couple. D’où l’idée de célébrer le zizi-panpan pour la fêtes de amoureux.  

La chroniqueuse Maïa Mazaurette démonte cette idée en quelques points bien sentis :

            1° Le sous-entendu : le sexe serait ce qui permet de faire tenir un engagement émotionnel. Cette injonction est fausse puisque : 

            2° Le sexe est le premier truc qui disparaît dans un couple

            3° Le ciment du couple, c’est le plateau télé - et éventuellement le partage des tâches ménagères. Donc : nos engagements durables sont faits de pizza froide et de canard WC.

            4° D’ailleurs le sexe n’engage rien d’autre que les terminaisons nerveuses

            5° Comme les femmes se lassent avant les hommes du sexe conjugal, répéter que le sexe est le ciment du couple, c’est demander très spécifiquement aux femmes de faire « de la maçonnerie ».

            6° En plus, c’est hypocrite : on ne dit pas directement aux femmes de se soumettre au devoir conjugal, non, on leur explique seulement que si elles ne le font pas, elles vont détruire leur couple, finir à la rue, faire pleurer le chien et traumatiser leurs enfants. (Tout ça lu ici)


o-o-o

 

Alor vous allez peut-être me critiquer de prétendre philosopher avec des pensées venues de la presse-magazine ? Si vous le prenez comme ça, je vais vous rappeler les propos d’Alain Badiou dans son Éloge de l’amour. Ça vous va ?

Badiou explique que l’amour, n’apparait pas le premier soir, mais qu'il éclate au premier matin, au réveil, quand est fait le serment : « Toi…C’est toi que j’aime et que je veux. Toi avec qui je veux faire un monde à deux » Car aimer, c’est justement accueillir cette altérité-là, la garder comme on garde un bien précieux, non pour en faire un objet de musée, mais pour vivre-avec elle, et construire une vie faite de deux vies.


Alors, le sexe vient bien sûr jouer son rôle là-dedans, mais il n’est ni primordial ni exclusif. Et pourquoi ne serait-il pas ouvert à d’autres expériences ? 

Pourquoi la Saint-Valentin ne serait-elle pas la fête du polyamour ? 

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(1) Si vous n’êtes pas poète, demandez à ChatGPT de vous en faire un : il sait très bien faire ça.

lundi 28 novembre 2022

L’amour : alchimie ou chimie ? - Chronique du 29 novembre

Bonjour-bonjour

 

L’amour est-il une alchimie qui fusionne deux être jusqu’alors séparés, ou bien est-il l’effet de certaines molécules chimiques sur notre cerveau ?

- Certaines études scientifiques viennent récemment d’étayer cette seconde hypothèse. Voyez plutôt cet article : « Tomber amoureux, c’est tomber sous l’emprise des quatre molécules du coup de foudre qui prennent le contrôle du cerveau (la phényléthylamine, la dopamine, la norépinéphrine et l’adrénaline). Après 18 mois, il y a de moins en moins de molécules du coup de foudre. […] Après quatre ans, c’est fini », selon Normand Voyer, professeur de chimie. »

- Est-cela fin de l’amour ? Peut-être pas, car : « Après la période du coup de foudre, qui peut durer jusqu’à quatre ans, une nouvelle molécule prend le relais : l’ocytocine qui est l’hormone de l’attachement... » (Art. cité). C’est là que selon ce chercheur le couple ou bien se confirmerait ou alors se dissoudrait puisque, la passion disparue, ce serait la rupture et la recherche d’un nouveau coup de foudre.

Selon ces source scientifiques il ne suffit donc pas d’un enfant pour souder un couple, car c’est l’apparition de l’ocytocine (= hormone de l’attachement) qui serait l’origine de cet engagement. Car, quoiqu’il en soit, par « couple » on entend une structure durable ou du moins qui ne se donne aucune limite dans le temps.

 

Devons-nous en rester là ? Les philosophes ne sont pas en reste de pronostics : c’est ainsi qu’Alain Badiou voit dans la première nuit – ou plutôt le premier matin – le moment du serment fondateur du couple : « Je t’aime et c’est pour la vie. » C’est que l’origine de l’amour est le serment qui seul peut faire basculer le monde à un dans un monde-à-deux. Pour plus de détails on lira son essai sur la question (1).

 

--> Chimistes ou philosophes : qui a raison ? À vous de voir : pas plus qu’un psychothérapeute, le philosophe ne cherche à vous influencer. Son rôle est de vous dire : « Voyez quel sens et quelles conséquences ont chacune de ces explications. Et puis après assumez le sens du choix que vous allez faire.»

Comme disait Kant: Sapere aude (Ose penser)

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(1) Alain Badiou – Éloge de l’amour coll. Champ/Essais

samedi 8 février 2020

Didier Gailhaguet démissionne de la FFSG

Didier Gailhaguet déclare qu’il avait pris sa décision “avec philosophie, dignité, mais sans amertume aucune vis-à-vis de son injustice, la tête haute”.

Que signifie cette évocation de la philosophie dans ce contexte ? Pense-t-on à Michel Foucault et à ses analyses du pouvoir ? Ou à Freud et ses thèses sexuelles ? A moins qu’on ne veuille en appeler à Alain Badiou qui nous décrirait l’amour faisant irruption dans la vie ?
Non, bien sûr : c’est quelque chose de beaucoup plus banal et de moins intriguant. Comme le dit la sagesse populaire, quand un malheur nous arrive sans qu’on ne puisse rien y faire, on évoque alors la fatalité et on dit qu’on refuse de lutter en prenant notre malheureux sort « avec philosophie ». Que vient faire la philosophie là-dedans ? À quelle théorie fait-on référence ?
- Il s’agit bien sûr du stoïcisme dont des versions légèrement modifiées on circulé bien longtemps après l’antiquité et encore au 17ème siècle chez Descartes. On évoque un ordre supérieur aux individus voulu et organisé par la Nature toute-puissante. Que chacun veuille conserver son pouvoir de décision, cela ne peut se faire qu’à condition de vouloir exactement ce qui arrive, car chercher lutter contre l’ordre naturel des choses ne peut rien construire mais seulement détraquer le monde. Ce qui est injustice au niveau des individus se révèle alors juste considéré à hauteur de nature, là où l’ordre de l’Univers est aperçu. 
On comprend alors que monsieur Gailhaguet veuille dire qu’il est victime d’une injuste condamnation qui le frappe lui, l’innocent ; mais qu’il se sacrifie en raison de l’intérêt supérieur des sports de glace. Il n’en est pas encore au martyre qui aime son supplice comme occasion de révéler la puissance de sa foi, mais… attendez un peu : ça va venir.

lundi 7 septembre 2026

De qui Ulrich Siegmund est-il le nom ? – Chronique du 8 septembre

Bonjour-bonjour

 

Le grand retour des idéologies : c’est fait ! Le 21ème siècle n’aura pas supporté très longtemps la fin de ces systèmes de pensée qui habillent le présent des couleurs chatoyantes du passé tout en nous promettant un avenir radieux. Aujourd’hui : une Allemagne faite de traditions et de pureté culturelle, de yodels et de fêtes de la bière.



La question n’est bien entendu pas de savoir ce que, culturellement, les Allemands préfèrent, mais comment vont-ils vivre quand le pouvoir imposera de ne rien tolérer d’autre. Ulrich Siegmund est sûrement un petit gars bien sympathique, mais il ne veut rien voir qui dépasse hors de la culture dite germanique, et surtout pas ce qui atteste du respect d’autres traditions et d’autres cultures. Si chez nous le port du voile islamique fait débat, dans l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, le parti d’extrême droite qui porte Siegmund aux portes du pouvoir) on a depuis longtemps résolu le problème : pour celles qui veulent le porter, c’est : Dehors !

- Comment faire entendre un tel discours dans une Allemagne qui a vécu le drame hitlérien ? Ulrich Siegmund est-il un petit Hitler qui est en train de grandir ? 

--> La question est peut-être mal posée. On devrait se demander : « Comment réintégrer Hitler à l’histoire de la nation et du peuple allemand, et donc « comment le sortir du ghetto de la monstruosité sans pareil ? »

- Et là, on a des embryons de réponse. Comme celle qui affirme que le peuple allemand a réalisé de grandes choses du temps des nazis, que l’obsession antisémite de Hitler a été une erreur, et que c’est elle justement qui lui a fait perdre la guerre. La grandeur du parti nazi est d’avoir su faire triompher l’Allemagne malgré l’antisémitisme hitlérien.

- Bien entendu tout cela est déjà connu – chez nous la réhabilitation de Pétain est un refrain que bien des gens nous fredonnent depuis longtemps. Mais attendez le cran suivant : par exemple le culte du chef au quel les cours d’histoire auront redonné toute la brillance.

Il faudrait aujourd’hui inverser la formule habituelle : non pas « De qui le nouveau président est-il le nom ? » Mais bien « Qui va réincarner le Maréchal ?  »


Pour mémoire, quand Alain Badiou a lancé cette formule qui devait faire florès, « De qui Nicolas Sarkozy est-il le nom ? », la réponse était Philippe Pétain.

lundi 13 janvier 2020

Édouard Philippe : « Un compromis ce n’est pas un recul »

Invité dimanche du journal télévisé de France 2, le premier ministre a fait part de sa « détermination complète et totale » à équilibrer financièrement le régime universel de retraite malgré ce compromis qui « n’est pas un recul » mais « un pas en avant ». » Lu ici
  
Ah… La sémantique ! Je suppose que les élèves de l’ENA ont des cours approfondis pour la maitriser. Savoir manipuler les subtilités de langage, dissocier finement les synonymes, articuler les arguments ; quant aux fleurs de rhétoriques, leur culture doit faire l’objet d’études pratiques, incluant des concours d’éloquence et des « disputationes » comme en pratiquaient les escholiers médiévaux. 
Bref : tout ça pour dire qu’entre le compromis et la reculade la nuance est certes réelle, mais il faut l’avouer : la même situation peut être et un compromis et une reculade.
- Le premier ministre nous dit : c’est l’objectif qui importe, pas les moyens de l’atteindre. Atteignons l’équilibre du financement, sans nous bloquer sur l’âge pivot qui n’est qu’un moyen d’y arriver. 
- D’où cette idée du simple citoyen : « Je pige ! De toute façon c’est ma pomme qui va raquer, alors qu’importe la manière dont on va me piquer mes sous ! »
- A quoi les plus radicaux de nos députés répondront : « Pas du tout ! Il faut faire payer les patrons et les actionnaires ! Ce sont eux qui ont l’argent volé des travailleurs. »
- Là-dessus les économistes disent : « Faites payer les patrons et les actionnaires, et vous les verrez soit refuser d’embaucher, soit aller investir ailleurs. Et vous les travailleurs vous aurez le choix entre courber l’échine ou bien aller pointer au chômage. »
Insupportable dilemme ? J’entendais dimanche soir Alain Badiou répéter qu’une autre solution était possible, que la révolution communiste restait l’horizon du travail, mais que ce communisme-là n’avait rien à voir avec celui que Staline avait saccagé.
- « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ! Mais ne me demande pas « Courir pour aller où ? » Car c’est à toi d’inventer la direction. » 

jeudi 5 mars 2020

Marc Joulaud a tenté de convaincre les juges que Penelope Fillon était une collaboratrice parlementaire indispensable

« Je n'aurais pas voulu donner l'impression que je prenne sa place, de l'écraser. Il fallait aussi qu'il soit reconnu par lui-même. J'avais le souci de rester en retrait. » déclare Penelope Fillon à l'audience
« Conseil, écoute, regard et représentation » : c’est ainsi Igor Mitrofanoff, assistant parlementaire de François Fillon dans les années 1990, résume le rôle de Pénélope Fillon. (Lu ici)



La discrète madame Fillon avait la volonté de ne pas « écraser » de sa présence son mari ; mais néanmoins elle devait d’un regard assurer la représentation de celui-ci. Il suffit de juxtaposer la photo de la personne en question à ces déclarations pour savoir qu’elles sont mensongères. Ce n’est pas faire injure à l’épouse de l’ex-Premier ministre de dire qu’elle ne saurait incarner ni l’une ni l’autre de ces deux fonctions.
Quoique… Il m’est souvent venu à l’esprit que la présentation, le visage, la silhouette des gens ne nous renseigne pas avec fiabilité sur leur réalité sociale. Je sais bien que Pierre Bourdieu a écrit un livre (1) où il soutient que l’habitus est intériorisé au point de s’intégrer à la présentation du corps, voire même à l’apparence du visage. Mais à ce compte j’ai eu à la Sorbonne des profs de philo qui j’aurais crus être bouchers à la ville. Sans lui faire aucunement injure, Alain Badiou parait vu rapidement avec la silhouette d’un bûcheron. Alors, qu’est-ce qui nous dit que madame Fillon n’a pas l’aura qu’on lui refuse au premier coup d’œil ? C’est que, dans les manifestations où elle devait représenter son mari, souvent le premier coup d’œil est le seul parce qu’on a jugé avant le second qui du coup n’aura pas lieu. 
Avait-elle comme on le suggère à faire effort pour ne pas écraser son mari ?
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(1) Il s’agit de La distinction. Voir ici.

samedi 4 octobre 2025

Prise / Emprise / Déprise – Chronique du 5 octobre

 Je chronique ici la récente publication de « La Déprise », un ouvrage de Clotilde Leguil publié aux éditions du Seuil.

 

Bonjour-bonjour



- En amour il ne suffit pas de dire « Non ». Il faut aussi entrer dans un processus de « déprise » qu’on décrit comme le fait de retrouver son autonomie, cesser de dépendre d'autrui ou du moins réduire la vulnérabilité que l'on entretient avec telle ou telle attache.

Clotilde Leguil explique que la déprise est l'expérience par laquelle on diminue en soi l'intensité d'une pression constante. Pour y parvenir il faut savoir que la déprise s’intègre dans un processus progressif, où se succèdent une prise, donc un geste de capture ; puis une emprise, qui traduit l'impossibilité de désobéir à ce qui survient ; et enfin la déprise ou rupture, qui évoque un arrachement – « sortir d'une fascination, rompre avec un narcissisme collé à des images ou des modèles » selon l’autrice. 

- Dans ce processus le consentement qui accompagne la prise s’inscrit dans une temporalité longue : la rencontre amoureuse est une prise progressive, et de même la séparation suppose une déprise qui exige également un temps long.

C’est que l'amour n'est pas seulement affaire de consentement à l'autre, mais aussi de consentement à soi : peut-on, en effet, tomber amoureux sans s'interroger sur son propre être ? Aimer, c'est finalement consentir à se reconnaître comme sujet transformé par la relation. J’ai eu l’occasion d’expliquer (ici) la thèse d’Alain Badiou pour qui l’amour est l’invention d’un monde-à-deux. On comprend que la déprise exige une longue transformation symétrique.

 

- Clotilde Leguil applique son analyse aux emprises multiples telles qu’en comportent la politique ou le monde du star-système. Dans tous ces cas, dans ces emprises se trouvent mêlés le désir et la jouissance c'est-à-dire une autorité qui ne relève pas de la loi, force d'attraction à laquelle on cède – et à laquelle il est d'autant plus difficile de désobéir.