lundi 7 avril 2025

A Gaza, le seul abri, c’est dans les poubelles – Chronique du 8 avril

Bonjour-bonjour

 

Hier à la télé vous avez peut-être vu comme moi ces tentes de réfugiés plantées tout contre une décharge d’ordures. Ça se passe à Gaza et les réfugiés expliquent, face caméra, que les décharges sont les seuls endroits que l’armée israélienne ne bombarde jamais.

Outre la mise en évidence de l’humiliation d’être ainsi relégué avec les ordures et ramené au dégoût qu’il faut surmonter pour s’y réfugier, on mesure la terreur qu’il faut endurer pour préférer vivre parmi les rats et les suintements immondes de ces déchets. Il s’agit d’un marqueur de la misère humaine dont nous n’aurions pas l’idée sans cela.

 

 

Nous évoquions il y a un instant le dégoût ; c’était oublier les épidémies comme le typhus et la peste véhiculées par ces lieux.

 

L’horreur ne connait pas de limites : ainsi on s’indigne comme du comble de la cruauté le refus de laisser passer l’aide humanitaire, assumant ainsi non seulement de détruire les moyens de la vie quotidienne mais encore d’empêcher de secourir la famine et les maladies issues de ces bombardements. Mais le pire est possible : c’est de confiner les populations là où elles ont un maximum de risque d’être contaminées.

Mais… Attendez : est-ce bien le pire ? N’y aurait-il pas un « pire du pire » ? Comme d’être assimilé aux rats qui pullulent sur ces montagnes d’immondices. 

dimanche 6 avril 2025

Le Ministre qui se prenait pour le Président – Chronique du 7 avril

Bonjour-bonjour

 

En ce moment une palanquée de Ministres français est en visite en Algérie et annonce le retour à une relation diplomatique et apaisée entre les deux pays. Exit donc la ligne Retailleau, du nom du ministre de l’Intérieur – qui du reste ne fait pas partie de la phalange ministérielle française actuellement sur le sol algérien.

« La sagesse, l’évidence l’a emportée sur les rodomontades » précise l’article consulté, rappelant ainsi que Bruno Retailleau est comparé à ces personnes fanfaronnes et ridicules dont les propos sont qualifiés de « rodomontades »

« On perçoit de plus en plus nettement qu’une brouille serait trop coûteuse de part et d’autre », assure Bertrand Badie (spécialiste des relations internationales), pour qui « la stratégie prônée par monsieur Retailleau avec son “rapport de force” était irrationnelle pour ne pas dire stupide. /…/ ses propos ne servaient qu’à flatter un électorat, tout en exprimant une impasse et dévoilant une nature totalement irréaliste, irréalisable et inconsistante. » (Article cité)

 

On n’oublie pas que Abdelmadjid Tebboune, le Président de l’Algérie, avait affirmé, il y a peu de temps et avec un accent définitif, que son seul interlocuteur était le Président Macron, laissant supposer qu’un simple Ministre de l’Intérieur français n’avait pas le poids suffisant pour imposer ses décisions.

Et c’est ça que je retiendrai ce matin : l’humiliation infligée à Bruno Retailleau consiste à le renvoyer à son rang dont il avait eu la prétention de sortir « Sache que tu n’es qu’un ministre ! »

On n’est pas loin du « Connais-toi toi-même » de Socrate, injonction gravée sur la porte du temple d’Appolon à Delphes pour rappeler aux hommes qu’ils ne doivent pas se prendre pour des Dieux.

 


Malheur au Ministre qui se prend pour un Président.

samedi 5 avril 2025

Le prénom – Chronique du 6 avril

Bonjour-bonjour

 

Cet article retient mon attention ce matin : il évoque le cas d’une jeune maman qui se désole : elle craint que sa petite fille prénommée « Automne » ne soit l’objet de moquerie et elle se demande si elle ne devrait pas le changer. 

Occasion de s’interroger sur le choix du prénom de son futur enfant. Autrefois, c’était très simple : on donnait le nom d’un parent – le papa pour le 1er fils ou le parrain ou l’oncle etc.

Aujourd’hui où la plus grande liberté est laissée, le dilemme est de trouver un prénom qui signifie quelque chose de particulier. Mais quoi ?

 

- Louie, Opaline, Milie, Gloria, Aveline, Théoline, Cléophée, Dorine… Et vous, comment allez-vous appeler votre bébé-fille, tout juste née ?

Et d’abord, avec quel critère allez-vous chercher ? L’instinct, qui vous fait dire : « Oui, cela sonne bien à mon oreille. Je vais donner à la fille le nom d’« Automne » » ? Vous avez lu ci-dessus les repentirs de la maman – mais de toute manière on en sait suffisamment pour nous méfier de ces choix. 

Reste que choisir un prénom est très important car ça détermine tout un aspect de la personne future – et pour la vie ! Ma petite fille porte un prénom que je ne révèlerai pas (encore qu’il soit tout à fait mignon) mais qui est peu ordinaire de nos jours. Les parents ont eu pour critère le fait qu’elle ne risque jamais de rencontrer à l’école (et puis ailleurs par la suite) une autre fille de son âge portant le même prénom ; que par exemple dans les listes scolaires il n’y ait pas plusieurs élèves portant le même prénom, qui fasse qu’elle sursaute à son appel sans savoir si c’est elle qui est concernée. Que dire de ce critère de la rareté ? Il est sans doute très courant, mais il n’est pas le seul.

- Il y a aussi le critère de la détermination supposée du prénom sur la personnalité. Prenons par exemple le prénom de Louise, très répandu de nos jours. Sachons alors que toutes ces petites filles vont avoir les caractéristiques suivantes : « Pragmatique et perfectionniste, les Louise sont de grandes travailleuses : pour atteindre leurs objectifs, elles préfèrent miser sur leurs efforts que de s'en remettre à la chance » (selon Madame Figaro)

- Sympa, n’est-ce pas ? D’autres poussés par le même souci de déterminer un caractère bien particulier, s’en remettront plutôt à l’aura de la sainte dont le patronage est ainsi sollicité.

Toutefois certaines saintes n’ont pas un profil suffisamment engageant pour pousser à la choisir. Ainsi de sainte Cunégonde : « Cunégonde est une enfant peureuse et relativement discrète. Elle n'aime pas se faire remarquer, être interrogée, elle est assez timide… » (Il y a aussi l’usage romanesque de ce prénom fait par Voltaire dans Candide qui décourage – lire ici)

- Reste que ces choix sont souvent contestés justement par ceux qui les portent. Ils ont ouvert un site baptisé « Prénom de merde » pour dénoncer publiquement leurs parents de leur avoir fait porter (et même supporter) des prénoms qu’ils jugent ridicules (voir ici ce post : « Je m’appelle Méléna. Le nom scientifique pour "diarrhée sanglante." »).

 

Ne paniquez pas, chers parents : votre choix, même discutable, sera sans doute amorti par les diminutifs que l’entourage trouvera pour rende supportable le prénom de votre enfant.

- Quoique… Il faut aussi penser à cela avant de prénommer sa petite fille Cunégonde comme on vient de le suggérer.

vendredi 4 avril 2025

Les nouveaux riches : être plutôt qu’avoir – Chronique du 5 avril

Bonjour-bonjour

 

La génération Z, vous connaissez ? Il s’agit de ces jeunes qui sont nés entre 1997 et 2012 et qui aujourd’hui sont dans la précarité financière : peinant à accéder à la propriété, confrontés à des loyers prohibitifs et un coût de la vie qui semble grimper en flèche, c’est chez eux que des jeunes surqualifiés sont contraints à accepter des postes précaires et qui luttent pour simplement couvrir leurs dépenses courantes.

 


Le Marchand de violettes par Fernand Pelez 1885

 

 

Suivons cet article : « Pourtant, c’est cette génération qui sera bientôt la génération la plus riche de l’histoire.

Le moteur de cette mutation vient de la transmission du patrimoine qui va massivement échoir à cette nouvelle génération. Il s’agit du "Great Wealth Transfer", ou le "Grand Transfert de Richesse". Ce phénomène désigne le passage massif de patrimoine des générations plus âgées (principalement les Baby-Boomers et une partie de la Génération X) vers les plus jeunes (Millennials et Génération Z). »


- Les jeunes d’aujourd’hui seront le nouveaux nababs de demain ? Tant mieux pour eux – mais l’essentiel est ailleurs : « Habituée à des prix élevés et ayant peut-être différé ou renoncé à certains marqueurs traditionnels de réussite (comme l'achat immobilier précoce ou la fondation d'une famille), cette génération s'est tournée vers d'autres formes de dépenses : expériences, voyages, achats en ligne, bien-être personnel, petits luxes. »

C’est qu’il s’agit d’une mutation humaine : les nouveaux riches seront les anciens nécessiteux d’hier et ils auront (du moins on le suppose) conservé de cette époque une expérience qui orienterait leur consommation différemment – pour rappel : « voyages, achats en ligne, bien-être personnel, petits luxes », bref, des dépenses productives de l’être et non de l’avoir.

Ayant intériorisé un certain niveau de coût de la vie, l'arrivée soudaine d'une aisance financière pourrait libérer une puissance de consommation considérable et orientée différemment.

Ah, ça, mais… Ça voudrait dire que la misère est la meilleure leçon de sagesse qui soit ? Que les pauvres d'hier sont les seuls qui seront sont capables de résister aux tentations délétères de la fortune ? Que pour la première fois sans doute dans l’histoire, le niveau moral des humains va augmenter ?

Qu’attendons-nous pour confisquer la tire-lire de nos petits ?

jeudi 3 avril 2025

Mister Taxman a déclenché la guerre – Chronique du 4 avril

Bonjour-bonjour

 

Depuis hier, on ne parle que de ça : Mister Taxman a déclenché la guerre des tarifs douaniers et le commerce international va connaitre une crise généralisée au terme de la quelle les consommateurs vont être obligés de réduire leur consommation quoiqu’il leur en coûte.

Ainsi, alors que nous avons réussi à grand coup de boucliers tarifaires à satisfaire notre boulimie de consommation d’énergie – mais aussi de biens manufacturés, voitures, télés, ordinateurs, écrans, etc. – Hé bien voilà qu’il va falloir nous serrer la ceinture. Tout ça va coûter si cher qu’il nous faudra attendre 20 ans avant de pouvoir changer notre voiture. Nos rues vont ressembler à celles de la Havane :


 

Résultat : moins d’émission de CO2, moins de déforestation, moins d’extraction super-polluantes – tout ce que nous n’avons pas su faire par raison, voilà que nous le ferons par incapacité matérielle. Le monde va mal ? Et alors ? Le Docteur Tant-mieux va pouvoir pavoiser, son cabinet va déborder de clients.

Pour une référence un peu plus relevée, rappelez-vous du Professeur Pangloss et de sa maxime demeurée célèbre : « Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » qui figure dans Candide, le roman de Voltaire qui ridiculise l’optimisme du système de Leibniz. « Ridicule » avons-nous dit ? Oui, mais révélateur : tout ce qui pousse à la disparition de l’espèce humaine, éradiquée par ses propres méfaits, est bon pour la nature.

Une nature sans humains – voilà l’avenir radieux qui se profile.

mercredi 2 avril 2025

Donald Trump soumis à son hubris ? – Chronique du 3 avril

Bonjour-bonjour

 

Quand vous lisez (ici) que le CEO de Lehman Brothers ou encore de Vivendi Universal ont entrainé par leur hubris déraisonnable la faillite de leur entreprise, vous avez peut-être écarquillé les yeux : CEO : c’est quoi ? Hubris – Quésaco ?


Après avoir consulté les sites bien informés, vous avez trouvé la traduction «  CEO : Chief Executive Officer (=PDG) » et vous vous êtes senti rassuré. Pourtant arrivé à la notion d’hubris, ça n’a pas été la même chanson. A la question : « Pourquoi certains CEO paient trop cher certaines acquisitions », Richard Roll, professeur de finance, après avoir épuisé toutes les explications habituelles, finit par conclure qu’une partie du surcoût peut être imputée à l’égo du dirigeant et à la perte, par celui-ci, du sens de la mesure : c’est ce que Roll nomme l’hypothèse d’hubris. (Art. cité)

- Et c’est là que ça se complique, car il faut définir ce que signifie ce mot grec « hubris ».

Lisons encore l’article cité : « Ce terme fait moins référence à un concept qu’à un ensemble de mythes mettant en scène l’arrogance et l’insolence funestes de l’homme face aux dieux ». 

Et de citer trois sources :

- Le mythe d’Icare selon lequel ce fils de Dédale, méprisant les conseils de son père, vole trop près du soleil pour finir dans la mer. On pense également à Phaéton, qui, tenant à conduire le char du dieu Soleil à la place de son père Apollon, met le feu aux nuages.

- Pour Platon : « Quand déraisonnablement, un désir nous entraîne vers les plaisirs et nous gouverne, ce gouvernement reçoit le nom d’hybris ». (Phèdre)

- Et Aristote de préciser « La cause du plaisir ainsi ressenti par l’individu faisant preuve d’hybris est qu’il se considère lui-même très supérieur aux autres lorsqu’il les maltraite. »

 

L’avantage de ce détour est de fixer les moments essentiels du concept dans un cadre très précis : d’abord, l’hubris est synonyme d’excès. La raison qui connait le cadre à ne pas dépasser est mise hors circuit par le désir et la recherche de plaisir qui lui est associée. Chez les grecs, les cadres en question sont établis par les Dieux et vouloir les outrepasser est un crime qu’ils châtient sévèrement.

Mais chez nous pour qui les dieux grecs n’existent pas ? 

-Écoutez Kant : le désir a la faculté de nous faire croire à la possibilité d’atteindre un but inaccessible. Les dérives les plus invraisemblables deviennent le chemin que des gens guidés par leurs chimères vont emprunter pour peu qu’ils en aient le pouvoir.

- Mais là ne s’arrête pas la faute caractérisée par l’hubris. Comme Aristote le souligne, le plaisir est le but ultime de la démarche désirante. Or être gouverné par la recherche de plaisir est source des pires crimes, car le plaisir de s'éprouver supérieur aux autres implique de les considérer comme des objets purement et simplement.

 

L’hubris est non seulement déraisonnable, elle est aussi immorale. Ce que vérifie l’exemple cité pour commencer de Donald Trump

mardi 1 avril 2025

Question de dignité – Chronique du 2 avril

Bonjour-bonjour

 

Le journal l’Humanité a détourné le slogan du FN pour les législatives de 93 pour l’adapter à la situation d’aujourd’hui. Et ça fait ça :

 


On ne ferait que sourire de ce rapprochement si les citoyens français ne le disaient également dans divers sondages : « Oui, Marine Le Pen a été prise les doigts dans le pot de confiture ; oui elle mérite d’être sanctionnée ; oui encore elle devrait garder la tête basse. Mais non, elle ne mérite pas d’être privée de candidature élyséenne. »

Alors, certes, certains électeurs ont la dent plus dure : « Quand on voit ce qu’elle a pu faire en tant que simple députée européenne, on frémit en pensant à ce qu’elle pourrait faire comme Présidente de la France ! » Mais c’est pour ajouter tout de suite : « Mais c’est à nous électeurs de décider de ce qu’elle mérite de devenir ».

Et voilà l’essentiel : faisant fi des pauvres arguments du RN (du genre : « Il n’y a pas de délit parce qu’il est normal que les assistants parlementaires travaillent pour les députés en France et n’aient rien à voir avec le Parlement européen qui les rétribue »), le citoyen réclame le droit de juger lui-même de la dignité ou de l’indignité de Marine Le Pen en tant que candidate à la fonction suprême de Président de la République Française.