lundi 14 décembre 2020

Rire ou pleurer : choisissez votre camp. – Chronique du 15 décembre

Bonjour-bonjour

 

Alors, quand vous sortez avec vos copains, dans quel genre de rassemblement vous retrouvez-vous ? Dans une manif ou une teuf ? Pour le savoir demandons plutôt quel genre de gaz vous respirez : du lacrymo ou du gaz hilarant ?

Si les effets du gaz lacrymogène sont connus de tous, celui du gaz hilarant l’est moins. Je me suis intéressé à lui quand j’ai entendu qu’à la fête clandestine de Marseille où s’étaient réunis 500 personnes, 3 policiers ont suffi à faire évacuer la salle, tant ces gens étaient chargés en protoxyde d’azote.

Il est vrai que le gaz hilarant perturbe les perceptions : allez savoir comment les policiers ont été perçu ? Mais surtout ce gaz est connu et recherché pour son effet euphorisant, qui est décrit ainsi : « Le côté euphorisant qui se manifeste par des rires et une sensation de bonheur vient de la libération accrue de dopamine, le neurotransmetteur du “circuit de récompense”, aussi appelé l’hormone du plaisir. » Lu ici (1) 

 

Loin de moi l’idée de vanter la consommation de ce gaz et d’en banaliser la consommation : le peroxyde d’azote est un produit dangereux qui fait des dégâts irréversibles dans le cerveau. Mais alors, pourquoi ne pas rechercher une autre substance qui ferait le même effet, mais sans danger pour l’organisme ?

Ce qui me tracasse depuis bien longtemps, c’est le fait que la science ait délaissé la recherche d’une substance stimulant le circuit de la récompense, une sorte de dopamine de synthèse qui circulerait dans le cerveau un peu comme la cocaïne, mais sans en avoir les effets nocifs. Oui, la Science qui est aujourd’hui encensée pour ses performances dans le domaine de la médecine, n’a pas fait de progrès dans le domaine de la recherche d’une drogue euphorisante inoffensive pour la santé des individus ? Et ce serait normal ?

Je sens que je vais faire un petit coup de complotisme : et si les chercheurs avaient été découragés de ce genre de recherches, non pas parce qu’elles risquaient de ne pas aboutir, mais plutôt parce que la drogue ainsi découverte aurait eu un effet désastreux sur la production économique du pays ? Car cet état de bien être produit par cette « hormone du plaisir » aurait sans aucun doute détourné les hommes et les femmes du travail, et même de toute action supposant une lutte – comme on le voit avec ces fêtards qui se laissent appréhender à 500 contre 3 ?

A la différence de l’affirmation biblique, nous disons que le travail ne produit pas le malheur, mais qu’il le suppose. Un homme heureux ne se laisserait pas avilir par le labeur, comme nous en averti Paul Lafargue : « … les fils des héros de la Terreur se sont laissé dégrader par la religion du travail au point d'accepter après 1848, comme une conquête révolutionnaire, la loi qui limitait à douze heures le travail dans les fabriques ; ils proclamaient comme un principe révolutionnaire le "droit au travail". Honte au prolétariat français ! Des esclaves seuls eussent été capables d'une telle bassesse. Il faudrait vingt ans de civilisation capitaliste à un Grec des temps héroïques pour concevoir un tel avilissement » (Le droit à la paresse, chapitre 2). Ah… Si les sans-culottes avaient eu un peu de cocaïne à leur disposition…

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(1) Notez l’objectivité du site Doctissimo qui décrit positivement cet effet euphorisant alors que la plupart des autres focalisent l’attention sur les perturbations de la perception et sur les dégâts produits dans le cerveau.

dimanche 13 décembre 2020

Bonne année 2021 ! – Chronique du 14 décembre

Bonjour-bonjour

 

Pour peu qu’on ait du temps libre, nous voilà à chercher des formules adaptées pour souhaiter une bonne année 2021 à nos amis. – Chercher sans trouver, car pour cela il faudrait arriver à caractériser l’année épouvantable qui vient de passer, lui trouver un sens par rapport au quel situer nos vœux pour l’année nouvelle.

Certains ont voulu saluer rétrospectivement 2020 de cette manière :

 


 

 … Hélas ! Parmi ceux qui se contenteront de cette formule, bien peu font partie de nos amis. 

- Oui, nous voulons trouver le sens de cette épidémie et ce qui est terrible, c’est que si la science nous apporte contre cette maladie l’efficacité pratique, dans le même temps elle en détruit le sens éventuel – d’où notre désarroi. Et le sens c’est l’essentiel de la vie, loin devant le plaisir immédiat : je mange un excellent gâteau, ou je bois un très bon vin, ou encore je sens un parfum particulièrement suave – bref : mes sens m’apportent un message de satisfaction extrême. Une part de nous-même s’absorbe entièrement dans cette sensation (1). Mais une autre partie veut rapporter cette sensation à une cause, et aussi à son effet.

Chercher cela, c’est chercher un sens : « Qui a voulu créer ce virus ? » ; « Qui (ou quoi) a permis que j’en réchappe ? » Devant ces questions  la médecine est muette, mais même notre époque déchristianisée, sans spiritualité affichée n’échappe pas à l'exigence d'y répondre : – On n’a pas su rester à notre place dans le monde du vivant : en détruisant ces barrières nous avons ouvert la porte à des contacts dangereux avec des animaux sauvages ; à moins qu’on n’incrimine des responsables qui auraient inventé le virus dans un but inavouable.

Stupide ? Et qu’importe ? La question qui nous est posée c’est : avec quoi faire continuité, dans quelle trajectoire inscrire cette pandémie ? Un évènement comme celui-là nous désespère parce que simple effet du hasard il ne signifie rien, ne nous instruit de rien, et du coup parait ne devoir aboutir à rien, et surtout pas à une fin décisive.

Telle serait l’origine de la dépression diffuse qui obscurcit les esprits en cette fin d’année. (D’ailleurs, je viens d’écrire le mot « fin » en sachant que c’est une convention arbitraire : croyez-vous que le coronavirus soit programmé pour se modifier au 1er janvier ?)

o-o-o

Bon… Le philosophe serait-il désarmé par cette situation, lui dont le métier a toujours été de trouver du sens à la vie ? Bien sûr que non !

Vous croyez peut-être que c’est la science médicale qui vient vous sauver avec l’invention du si indispensable vaccin ? Mais le vaccin n’a de pouvoir que parce qu’existe le système immunitaire dont est doté notre organisme – doté, notez-le bien par la nature. Oui, chers amis, sachez-le : la nature nous protège encore et toujours, et même dans ce monde que les Dieux ont fui, elle reste cette force bienveillante qui agit pour nous sauver. La Nature nous protège et ce faisant elle nous enseigne la modestie et la justice : la modestie parce que nous ne devons pas chercher à la transformer et surtout pas à la dépasser : c’est en sauvegardant le capital qu’elle a donné à chacun de nous que nous resterons en vie. Et la justice, parce qu’elle ne connait pas les privilèges, ni les hiérarchies. Tous les hommes ont les mêmes capacités de réactions immunitaires, et peu importe qu’ils soient mendiants ou milliardaires.

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(1) Comme la statue de Condillac qui n’est d’abord qu’odeur de rose : on peut lire le passage ici

samedi 12 décembre 2020

Les autres virus de l’hiver ont quasiment disparu – Chronique du 13 décembre

Bonjour-bonjour

 

« Grâce aux mesures barrières, il y a un effondrement des traditionnelles pathologies hivernales. Actuellement, je ne vois plus de grippe, de bronchite, de rhino-pharyngite, de bronchiolite, de gastro-entérite… Il y a un effondrement des traditionnelles pathologies hivernales du fait des mesures barrières. »  déclare Damien Pollet, 58 ans, médecin généraliste à Salins-les-Bains (Jura) - Lire ici.

Alors, heureux ? On ne craint plus la grippe, ni la gastro ni la bronchiolite du tout-petit ? Et en plus on sait quoi faire pour éviter le retour de ces épidémies ? Le pied !

Mais non, personne n’est satisfait, parce que ce que l’on veut, c’est éviter LA maladie, c’est-à-dire le covid. Mais surtout, il faut bien se dire que s’il faut vivre comme on vit depuis le printemps pour être en bonne santé, on ne tiendra pas le coup : « On doit se dire qu’on ne vaccine pas contre le virus mais contre une mort programmée par isolement et dépression. L’enjeu, c’est de permettre à nos anciens de revivre » poursuit le Dr Pollet. Il nous parle des Ehpads, mais on le voit bien : il nous parle aussi un petit peu de nous-mêmes. La dépression des français, tous les journaux à sensation en parlent, espérant fédérer encore plus de lecteurs friands d’effroi. Mais pour une fois, ils ne sont pas tout à fait dans la fantasmagorie : le retour à une vie « normale » avec rencontre des amis, des parents, chocolat chaud dans un salon de thé après les courses, etc. : oui tout cela est devenu vital et si pour continuer de vivre il faut en passer par là, ne vivront que ceux qui sont capables de subir indéfiniment l’ennui. Ceux qui sauront vivre comme le prisonnier qui a pris une peine incompressible « à perpet’ ».

C’est à ce moment-là qu’on comprend que la prison la plus célèbre de Paris se nomme « La Santé »

vendredi 11 décembre 2020

Pourquoi sommes-nous si crédules ? – Chronique du 12 octobre

Bonjour-bonjour

 

A supposer que vous soyez ignorant de la rhétorique des relations internationales, que comprendriez-vous en lisant cette déclaration du Premier ministre britannique : « Il est très très probable que nous devions choisir une solution qui serait, je pense, formidable pour le Royaume-Uni et nous pourrions faire exactement ce que nous voulons à partir du 1er janvier » ? Précisons que Boris Johnson commente les dernières négociations sur le brexit, constatant que leur chance de succès est de plus en plus minime. (Voir ici)

On se demande pourquoi les britanniques ont donné à croire aux négociateurs européens qu’ils souhaitaient un accord, et aussi pourquoi les deux parties ont négocié depuis si longtemps, si au bout du compte chacun était à l’avance obligé de quitter les négociations avec un no deal dans sa besace ? Soit les anglais ont depuis toujours escompté un tel échec – soit le Premier Ministre britannique nous a enfumé en cherchant à déguiser son échec en succès, un peu à la manière de Donald Trump.

 

- Dans ce dernier cas, le plus probable, la crédulité supposée ou réelle des auditeurs de tels propos est immense, puisque leur caractère falsificateur est tellement énorme qu’elle devrait entrainer immédiatement des protestations – chose qui n’arrive pas. Pourquoi ? sans doute parce que la force et l’aplomb de l’énonciateur joue le rôle de garantie de leur valeur. Oui, tel est le ressort majeur des communications actuelles dominées par les mensonges et les erreurs : Boris Johnson (notre exemple) est bien la référence à consulter et à croire, la preuve en est la certitude qui émane de son ton et la force avec laquelle il énonce ses vérités. Je dis bien « ses » vérités et non « ces » vérités, puisque la vérité est attestée par la personne qui l’énonce et non par l’argumentation ou la mise en évidence des faits.


Depuis Platon la philosophie lutte contre ces pseudo-vérités qu’elle appelle « opinions », désignant par là des affirmations qui tirent leur valeur non seulement de leur habilité rhétorique  mais encore de la force psychologique de celui qui porte l’énoncé : la même phrase est alors jugée différemment crédible selon la personne qui la prononce – et sans que soit pour autant engagée sa compétence. Le cas du professeur Raoult est exceptionnel puisqu’il adosse ses affirmations à son prestige scientifique et qu’en même temps il les soutient par ses attitudes théâtrales ; mais dans la plupart des cas, seules ces dernières sont mises en jeu (dans le style des orateurs populistes) 

Certes bien d’autres mécanismes jouent dans l’extraordinaire force des messages qui s’échangent et qui se répètent sur les « réseaux sociaux ». Ici en effet la vérité dépend non de la personne qui l’énonce, ni de sa théâtralité, ni de son talent rhétorique, mais du nombre de personnes qui l’approuvent comme telle (= qui la retweet). Se réactive ainsi un aspect de la démocratie qui a toujours été en conflit avec la science : même au siècle des lumières on avait l'opposition entre la volonté du peuple et la voix du despote éclairé. Quand Galilée a été condamné par le Saint Office pour avoir dit que la terre n’était pas au centre de l’univers, la majorité du public "éclairé" soutenait le contraire : de nos jours il aurait été condamné par Facebook.

Eppur, si muove. 

jeudi 10 décembre 2020

La condition des femmes… - Chronique du 11 décembre

Bonjour-bonjour

 

« La condition des femmes est l’aune à laquelle on mesure l’évolution de la société », qui donc a dit ça ? Impossible de retrouver la source, encore que selon ma mémoire ce soit Marx. Ou Engels ? Bref, l’idée est de toute façon lumineuse : ce sont les femmes qui dictent le tempo de l’histoire, et surtout ce sont elles qui indiquent quelles sont les évolutions irréversibles. A une époque où les femmes tout en célèbrant les avancées sociales qu’elles ont conquis de haute lutte depuis 50 ans, observent qu’il leur faut encore lutter pour les conserver, on peut s’interroger sur le bien-fondé de cette thèse.

- Dans notre époque deux changements majeurs ont marqué l’évolution de la condition des femmes, changements qui pourraient correspondre à des modifications profondes et donc définitives des sociétés. Il s’agit d’abord du droit à disposer de leur propre corps : puisque l’habeas corpus est purement juridique, les femmes restaient soumises à leur père puis à leur mari qui, après les avoir réduites au rôle de génitrices, exerçaient un pouvoir exclusif sur la procréation, en « arrangeant » les mariages, puis en contrôlant leur vie sexuelle ; de sorte que, comme on l’a dit parfois, la femme n'est qu'un ventre... dont elle ne dispose même pas ! On comprend que l’invention de la pilule, et puis le droit à l’avortement, aient été célébrés comme évolutions radicales de la vie des femmes. 

Une évolution en entrainant une autre, on observe que c’est là ce qui a permis aux femmes… de se consacrer entièrement au travail salarié, ce travail qui n’a pas été conçu uniquement pour permettre aux femmes de rester à la disposition de l’homme et des enfants.

Accéder au salariat : telle a été la seconde modification radicale dans la vie des femmes. On a ironisé là-dessus en disant que ce beau progrès permettait simplement aux femmes de changer de maitre, passant de la domination d’un patriarche à celle d’un patron. Mais ce n’est peut-être pas si simple, car ce changement économique dans la vie des femmes marque aussi un changement dans leur position sociale. Certes les femmes ont toujours travaillé, mais sans effet sur l’argent dont elles disposaient : ni la fermière, ni la femme de ménage, ni l’épouse n’ont jamais touché de salaire. Or, c’est celui-ci qui en assurant leur indépendance financière a permis aux femmes de s’émanciper de leur dépendance à l'égard des hommes.

En admettant que ces deux avancées soient décisives, on peut encore se demander si elles marquent l’issue définitive des combats féministes ? Autrement dit : y a-t-il encore du chemin à parcourir ? Et si oui, dans quelle direction s’orienter ?

Je ne répondrai que succinctement compte tenu de la modestie de cette contribution. Il me semble que les femmes ont encore à conquérir l’être-sujet de leur corps qui reste trop souvent un pur objet de la convoitise (masculine pour l’essentiel). Lorsque les Femens choisissent leurs seins pour écrire leurs slogans, elles jouent sur cette dualité : faire de leur corps-objet un instrument « par destination » (1) de leur volonté militante, autrement dit de leur moi-sujet. Quant à l’indépendance de la femme-salariée, celle-ci va rire amèrement « Oui, va-t-elle dire : j’ai gagné mon indépendance à l’égard des hommes en gagnant péniblement mon salaire. Mais j’ai gardé la dépendance en restant la femme-épouse et la femme-mère ». 

Alors, messieurs, vous voyez ce qui vous attend ?

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(1) Par destination : précise une catégorie juridique dans laquelle entre un objet, voire un animal, non par sa nature, mais à cause de l’usage qui en est fait

mercredi 9 décembre 2020

Les mystères de la finance – Chronique du 10 décembre

Bonjour-bonjour

 

Moi qui ne suis pas un spécialiste de la finance, j’ai quand même quelques idées très précises de ce qu’elle doit être : un monde où toute entreprise est subordonnée au profit. Un monde dominé par des actionnaires qui siègent dans des comités qui ont tout pouvoir sur la gestion et l’orientation de l’entreprise et qui n’ont qu’une seule boussole, qui ne veut qu’une chose : la rémunération de son capital.

Or, voici que ce petit article me tombe sous les yeux :

« Uber, le géant américain (valorisé à hauteur de 95 milliards de dollars en Bourse...), accumule les pertes depuis sa création, en 2009. En une dizaine d'années, Uber n'a quasiment jamais connu la rentabilité. »

Là, je tombe de ma chaise : quoi ? 10 ans de pertes et les actionnaires n’ont jamais sonné le tocsin ? Jamais renvoyé la direction à d’autres occupations ? Jamais cherché à revendre ce canard boiteux ?... Mais me ressaisissant je songe que si rien ne peut faire dévier la boussole de la finance, reste que le délai entre l’investissement et le retour sur investissement peut être de longueur variable – et que rien ne me dit que 10 ans soient une durée trop longue pour la patience des financiers. Ont-ils raison, ont-ils tort ? Je n’en sais rien, simplement je me dis que si ces gens acceptent de subir une si longue disette, c’est qu’ils ont leurs raisons ; et que la raison principale est qu’ils sont certains de pouvoir retrouver leur capital et faire des profits.

Mais alors, on doit supposer qu’après une si longue famine, leur appétit sera sûrement féroce et leur avidité à la hauteur de leur inanition.

Ce qui est vrai pour Uber l’est encore plus pour Amazon : combien d’année Amazon-t-il perdu de l’argent, principalement en Europe ? D’ailleurs c’est là qu’on nous a expliqué qu’il ne fallait pas trop s’en faire pour cette entreprise, qu’elle pouvait se permettre de vendre à perte (par exemple en pratiquant l’expédition gratuite avec des prix serrés au maximum), parce qu’elle étranglait ainsi la concurrence pour dominer ensuite le marché.

Et on voudrait que des entreprises comme celles-là soient modérées dans leur volonté de puissance ? Qu’elles plient l’échine devant les dirigeants politiques ? Quelle naïveté…

mardi 8 décembre 2020

2020 : Annus horribilis ? – Chronique du 9 décembre

Bonjour-bonjour

 

Je devine que les bilans de fin d’année, qui s’épanouissent régulièrement entre noël et le jour de l’an, vont déborder des horreurs que nous avons connus durant l’année 2020 ? En en particulier, en parodiant Élisabeth II dans son discours de 1992 (1), que l’an 2020 n’est pas une année dont on gardera le souvenir autrement que comme annus horribilis. (2)

Remarquons que ce terme fait allusion à l’expression Annus mirabilis, titre du poème de John Dryden publié en 1666. Dans cette œuvre Dryden évoque les évènements qui donnèrent à Dieu l’occasion de montrer sa mansuétude à l’égard des Anglais, non seulement en leur apportant la victoire dans leurs entreprises militaires, mais encore en les protégeant des malheurs qui les menaçaient. Malheurs au nombre des quels figure l’épidémie de peste qui a ravagé Londres durant l’année 1665, et qui pourrait faire pour nous écho à l’épidémie de covid. Pour Dryden le désastre que fut cette peste n’avaient pu être jugulé que grâce à un miracle que Dieu avait fait pour sauver l'Angleterre.

--> Alors, pourquoi ne dirions-nous pas, comme ce poète anglais, que l’épidémie de covid n’a eu lieu que pour permettre à Dieu de nous sauver miraculeusement du virus ? Mais non : nous vivons dans un monde désenchanté que ni Dieu ni Diable ne viennent visiter. Nous ne connaissons que la science, c’est vers elle que nous nous tournons pour trouver le vaccin qui remplacera les miracles de la Religion.

Soit – qu’il en soit ainsi. Mais alors pourquoi ne pas dire que l’épidémie qui désole le monde actuellement n’est en réalité qu’une occasion de montrer combien la science médicale est forte et ingénieuse ? Et préparons-nous à chanter au 31 décembre que l’année 2020 fut l’annus mirabilis des médecins ? 

Pour la saint Sylvestre à minuit, faisons retentir un triple ban pour célébrer le professeur Raoult

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(1)  « “1992 is not a year on which I shall look back with undiluted pleasure (...) it has turned out to be an “Annus Horribilis” ». L’expression annus horribilis est une allusion à l’annus mirabilis, titre d’un poème de John Dryden (1666).

(2) La reine faisait alors allusion à l’incendie de son château qui faisait écho à l’incendie qui menaça de détruire Londres en 1665 – incendie évoqué dans le poème de Dryden