jeudi 16 juin 2022

Le droit au farniente – Chronique du 17 juin

Bonjour-bonjour

 

Dans la même journée Laurent Berger a été réélu à la tête de la CFDT et désavoué sur la question de l’âge de départ à la retraite.

On lit ceci en effet : « Laurent Berger qui a été réélu ce jeudi à la tête de la CFDT, a essuyé un camouflet ce même jour lors du 50e Congrès de l'organisation à propos de la question sensible des retraites... Les délégués réunis à Lyon ont adopté un amendement affirmant que "l'allongement de l'espérance de vie ne [pouvait] justifier une augmentation de l'âge moyen de liquidation", prenant ainsi le contre-pied de la formulation initiale. »

Auprès de la presse, Frédéric Sève le Secrétaire national chargé des retraites, a reconnu que ce vote montrait une forme de "défiance", vis-à-vis de "l'exécutif confédéral" (la direction de la Confédération) au « sujet des retraites ». À lire ici.

 

Soulignons l’essentiel : « l'allongement de l'espérance de vie ne [pouvait] justifier une augmentation de l'âge moyen de liquidation » Tout cela a le mérite de la clarté, et le principe selon lequel l’allongement de la durée de la vie entraine ipso facto celle de la durée des cotisations, donc de l’âge de départ en retraite, a été balayé par les congressistes. Autrement dit on veut bien vivre plus longtemps, mais on refuse d’y voir une condition de l’allongement de la vie active. 

C’est donc la finalité de la retraite qui est mise ainsi en cause :

            * Soit il s’agit de concevoir la retraite comme le moment où le travailleur épuisé par son labeur et incapable d’en assurer la continuation est pris en charge par la solidarité intergénérationnelle : lui qui a soutenu des retraités par ses cotisations durant toute sa vie de travailleur, le voici à son tour pris ne charge. 

            * Soit il s’agit de voir dans la retraite le moment où le travailleur a rempli son contrat vis-à-vis de la collectivité, assumé sa part de production, de cotisation, d’impôts, etc. Quoique ce « contrat » ne soit pas gravé dans le marbre, il n’en reste pas moins qu’on ne fait pas état de l’état physique du travailleur candidat à la retraite, et qu’on ne passe pas une visite médicale avant d’être admis à quitter la vie active.

On entend bien des gens dire que pour conserver leur intégrité corporelle et psychologique il faut absolument la retraite à 60 ans. Mais on peut aussi entendre ceux qui sont en pleine possession de leurs moyens et qui réclament leur retraite comme un droit au farniente. Ce qui suppose que les travailleurs aient l’obligation de payer sur leur travail toutes les charges sociales qu’on voudra, mais qu’on doit aussi leur garantir une période de béatitude, lorsqu’encore en état de vivre pleinement les délices de la société moderne, on leur permet de quitter leur travail pour le faire. 

On notera que la question « Qui paye ? » n’est jamais abordée – sauf bien sûr par ceux qui réclament l’allongement de la durée de cotisation. C’est que le calcul de la trésorerie des caisse de retraite se fait sur l’équilibre entre la durée de la vie active et l’espérance de vie avant la mort du retraité : « Combien d’années espérez-vous vivre retraité ? »

Pour rationaliser tout ça, on pourrait instituer un « bon de vie » attribué au retraité garantissant le versement des retraites sur une durée prévue. Ainsi chacun pourra calculer son âge de départ en retraite en fonction de son âge présumé de départ… de la vie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire