jeudi 2 juin 2022

Le roi règne mais ne gouverne pas – Chronique du 3 juin

Bonjour-bonjour


« Le roi règne mais ne gouverne pas » : c’est par ce slogan que je souhaite revenir ce matin sur le jubilé de la reine Elisabeth II (1). Je souhaite en effet tenir compte des multiples commentaires faits sur son rôle et donc sur l’évaluation du règne dont on célèbre aujourd’hui le jubilé. 

- En effet on reproche parfois à Elizabeth II de ne pas avoir su intervenir dans les décisions politiques majeures prises par son gouvernement, lorsqu’elles impliquaient des décisions historiques – et aussi lorsque ces décisions allaient à rebours de ce qu’on croyait être son option. Ainsi du brexit auquel on sait qu’elle fut opposée, quoiqu’elle n’en ait rien dit qui puisse infléchir les choix faits en cette occasion.

On a alors évoqué la particularité du régime monarchique britannique : la Reine doit contresigner toutes les lois pour qu’elles soient valides ; mais elle ne peut en aucun cas ni les modifier ni les refuser.

En bref, beaucoup s’indignent que la Reine puisse régner sans gouverner. Mais rappelons que c’est là une particularité partagée par toutes les monarchies constitutionnelles, ainsi que le manifeste ce slogan des opposants de gauche durant la monarchie de Juillet : « Le roi règne mais ne gouverne pas » (2)

Mais on ne doit pas oublier que la distinction entre « régner » et « gouverner » remonte aux premiers chrétiens qui à l’époque romaine reprenaient à leur compte la distinction entre « potestas » et « auctoritas ». L’auctoritas est divine parce qu’elle soumet les hommes en apportant approbation ou désapprobation des dieux à leurs décisions. La potestas désigne la force et la compétence qui sont nécessaires pour réaliser les décisions des lois. Elles sont toutes deux des forces, mais elles ne sont pas de même nature. Il semble que cette distinction soit déjà présente dans la Bible avec la distinction entre Dieu qui prononce ses décrets et le Saint-Esprit qui le porte dans le monde : Dieu décide, mais le Saint-Esprit réalise.

 


Le Saint-Esprit représenté habituellement par une colombe mais présent dès la genèse sous forme de souffle divin

 

Cette distinction n’est pas seulement biblique comme on le verra avec cette très intéressante analyse : d’origine grecque, présente chez les romains, elle est pour finir reprise par Max Weber pour qui elle suppose un mélange de conviction (autorité) et de violence (pouvoir).

- Bref, toute la subtilité de la monarchie britannique est de séparer l’autorité du pouvoir – à la reine la force de conviction, et au Premier ministre la violence du pouvoir. 

Le président Macron a bien essayé d’en faire autant en 2017 : ça n’a pas marché.

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(1) J’avais en effet il y a 2 jours abordé la question du pouvoir de la Reine d’Angleterre comparé à celui de Louis XIV – voir ici

(2) « Le Roi garde le trône, poste toujours menacé, pour qu’un ambitieux ne s’en empare pas. Le pays se gouverne sous ces yeux avec son assentiment et sa gloire, car on vient tous les ans le féliciter de la prospérité publique qu’il n’a pas faite mais qu’il a suffisamment faite s’il ne l’a pas empêchée. En un mot, il règne et le peuple se gouverne. » Adolphe Thiers à propos de Charles X

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