lundi 16 février 2026

Le PDG virtuel - Chronique du 17 février

Bonjour-bonjour

 

Chez Stellantis les managers ont un moral d’acier. Ils disposent en effet d’un robot gigantesque qui peut à lui tout seul gérer des entrepôts immenses, divisant le temps de travail par 280 selon le constructeur.

Certes une question demeure en suspens : qu’advient-il des 280 heures de travail humain ? Stellantis n’aborde pas ce sujet dans sa communication. « Cette automatisation s’inscrit-elle dans une logique plus large de réduction des effectifs ? Au vu de la situation financière actuelle du groupe, nous tenterons de pencher plutôt vers la seconde proposition… » peut-on lire ici.

- On se dit alors que les révolutions ne sont pas toujours aussi fréquentes qu’on croit. Car les machines qui mettent des ouvriers aux chômage, on connait bien : l’exemple des canuts lyonnais du 19ème siècle n’a pas été oublié.

Mais alors, qu’en est-il de la révolution opérée par l’IA ? S’agit-il d’un nouveau développement de cette mise en concurrence entre l’homme et la machine, ou bien la nature même de cette innovation introduit-elle quelque chose de nouveau ?

Qui saura le dire ? On pourra du moins observer que la principale nouveauté consiste en ce que c’est au plus haut niveau de la hiérarchie des entreprises que la machine remplace l’homme. A quand le PDG-robot ?

Ne haussez pas les épaules, et voyez plutôt ceci :

 


Mme Tang Yu, PDG du chinois NetDragon Websoft et de ses 6000 employés, est le premier robot à être nommé à la tête d’une société. Disponible H24, elle ne touche aucun salaire. NetDragon Websoft (ici)

 

Oui, vous avez bien lu : Madame Wang manage 6000 employés et elle ne touche aucun salaire.

C’est là que la machine représente un véritable danger pour les hommes.

dimanche 15 février 2026

Restons polis – Chronique du 16 février

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin (ici) :

Mike Waltz, l’ambassadeur des États-Unis, défendait la vision de l’ONU de Donald Trump lorsque Kaja Kallas (cheffe de la diplomatie européenne) a levé les yeux au ciel en soupirant. 

- Elle a publié sa réaction par cette série de photos (ci-dessous) qu’elle commente elle-même : Me trying to stay polite while an American explains Europe to Europeans

 



Devant cette charmante réaction toute diplomatique je constate que le langage de la diplomatie vient tout à coup de s’enrichir : il enregistre à présent les expressions, mimiques, grimaces etc. qui s’introduisent dans le discours sans jamais laisser de traces verbales.

- Autant dire que l’échange diplomatique doit à présent tenir compte de l’image enregistrée et diffusée simultanément.

Il y a un inconvénient toutefois : celui de ne pas pouvoir maitriser totalement les émotions qui se dessinent sur le visage : n’y aurait-il pas quelque chose qu’on voudrait dissimuler ?

Moyennant quoi il faudrait venir négocier avec un masque blanc :

 

 

Drôle de progrès !

samedi 14 février 2026

L’amour : derrière la partenaire enfiévrée, la bobonne – Chronique du 15 février

Bonjour-bonjour

 

Une fois passée la saint-Valentin on se retourne et on se pose la question : « Pourquoi elle (lui) et pas un(e) autre ? » Car outre la promesse « d'amour-toujours » cet amour de Valentin est aussi promesse d’exclusivité.

Comment cela s’explique-t-il ? On connait l’explication donnée par Stendhal dans sa fameuse « cristallisation » : « Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections. »

Sauf que la description qui suit est plus une illustration qu’une véritable explication.

Pour aller plus loin il faut lire cette étude venue du Japon. « En 2025, des chercheurs de Kyoto étudient le cerveau amoureux de 47 hommes en couple réagissant à leur partenaire, une amie et un ami.

Les résultats montrent un noyau accumbens spécifique au partenaire en début de relation, dont la représentation se rapproche progressivement de celle d’un lien amical. »

« Noyaux acumbens ? C’est quoi ? » 

 

 

 

Voir ici


« Au sein du cerveau, le noyau accumbens participe au "circuit de la récompense", ce qui veut dire qu'il est activé lorsque le sujet attend une récompense. Dans ce cas, il reçoit des signaux dopaminergiques activateurs (la sérotonine est plutôt inhibitrice). » Dans le cas de l’amour, « une région cérébrale liée à la récompense appelée le noyau accumbens montrait des modèles d'activité clairement différenciés pour un partenaire par rapport à un ami de sexe opposé. » Bref, l’être aimé a la faculté par sa simple représentation de mettre le cerveau en attente de récompense spécifique. 

Mais la recherche japonaise va plus loin : l’amour de Saint-Valentin s’étiole et il n’est pas sûr que la prochaine soit célébrée avec le (la) même partenaire. Comment expliquer cela ? 

- Là encore la physiologie du cerveau joue son rôle : « Dans les relations plus longues, cette distinction neuronale est devenue moins prononcée. Ce changement peut refléter un passage de l'amour passionné caractéristique des relations en début de parcours vers une forme d'amour plus stable et compagnon qui partage des caractéristiques avec une amitié profonde".

Ainsi donc : lorsque l’amour décline tout n’est pas fini : derrière le (la) partenaire enfiévrant(e) le couple se profile : « Plus la relation durait, moins le noyau accumbens distinguait le partenaire de l'amie. Ce lien persistait après prise en compte des scores d'intimité, de passion et d'engagement. » Désespérant ? Pas du tout – du moins pour les japonais : « Pour les chercheurs, il s'agit d'un basculement biologique, non d'une perte de sentiment. »

 

On devine la question : est-il possible de réactiver l’action du noyau accumbens ? Car on voudrait que les amoureux des contes de fées ne soient pas obligés de mourir comme Roméo et Juliette pour éviter de former une famille faisant des enfants chaque année.

- Mais là, la science nous lâche. Plus d’études de stimulation, tout juste une observation : la musique stimule la production de dopamine. Comme si pour conserver la spécificité de la passion il suffisait de faire apparaitre le(la) bien-aimé(e) sur un fond de marche nuptiale.

…Après tout, on pourrait essayer ?

vendredi 13 février 2026

La culture du renoncement – Chronique du 14 février

Bonjour-bonjour

 

Entendu hier sur un plateau télé, un responsable de la sécurité qui, parlant des chutes de neige, employait le terme « culture » alternativement à propos de la culture du risque, puis de la culture du renoncement. Sachant que le mot cultureainsi employé désigne « Ensemble des pratiques, connaissances, traditions et normes d’un domaine ou d’une communauté donnée. » on comprend que la « culture du risque » consiste à savoir prendre des risques tout en sachant se conformer à des normes usuelles, lesquelles conduisent à la culture du renoncement.

Ainsi l’un limite l’autre : en ski on est libre de prendre des risques, mais on doit rester responsable des accidents qui mettent en danger notre vie et celle des autres. A quoi répond l’attitude du renoncement.

- Toutefois, la « culture du renoncement » met en jeu également une attitude morale : celle de l’abandon du projet. C’est « l’action de se priver de toute satisfaction personnelle ou égoïste, de s'oublier soi-même. »  Les risques encourus par l’individu doivent ainsi définis selon les risques encourus par la société toute entière. (Voir ici)

Soit. Mais c’est aussi une notion de renoncement aux désirs de l’individu, comme de partir ski aux pieds pour faire sa trace dans un champ de neige immaculé. Renoncer suppose un désir qui recule selon l’évaluation du risque dans des circonstances particulières – mais ce désir est soutenu par l’habitude instillée de partout dans la société de consommation, qui nous dit « Il suffit de désirer pour acheter ».

Car voilà le mystère : renoncer ne s’oppose pas à désirer mais à consommer. Si vous venez d’arriver dans la station où vous avez loué une semaine de ski, vous n’êtes pas là pour ronger votre frein en station, mais pour dévaler les pentes. C’est ça qu’on vous a appris, en même temps qu’on vous agitait la carotte du travail sans autres limites que celles des forces mobilisables pour … acheter de quoi consommer.

Oui, vous avez acheté de la neige skiable éventuellement artificielle, mais surement pas des champs de neige capables traitreusement de vous ensevelir.

« Sachez renoncer ! » - qui donc, à part les écolos « punitifs » vous diraient cela aujourd’hui ?

jeudi 12 février 2026

Gisèle Pelicot : « On n’a qu’une vie » - Chronique du 13 février

Bonjour-bonjour

 

Gisèle Pelicot publie un récit de sa vie semble-t-il axé (car je ne l’ai pas encore lu) sur un grand mystère : comme être heureux quand on a subi une humiliation qui écrase une vie de souillures qui semblent ineffaçables ? Comment ce passé terrible ne déborde-t-il pas sur le présent et aussi sur l’avenir ? Comment être encore joyeu(se) ?

 

Crédit : Joel Saget/AFP


Selon le récit rapporté par ce livre, le crime d’abus sexuel peut entrainer deux réactions opposées : 

* l’une, celle de Caroline sa fille, qui « envoie valser les assiettes. » Selon ce résumé, « Elle s'attaque ensuite aux photos, "elle déchirait tout". Ses frères ne l'arrêtent pas. Les trois enfants enchaînent les allers-retours à la déchetterie (…) "Leurs souvenirs étaient devenus des mensonges", écrit Gisèle Pelicot.

* Gisèle Pelicot, quant à elle, « tente coûte que coûte de se cramponner aux bons moments de ces cinquante ans passés ensemble. "Si j'efface tout, je suis morte et depuis longtemps", car "la vie ne se rejoue pas" »

Concluant ainsi : "J'avais besoin de ce qui avait été. Mes enfants ne le pouvaient pas. Impossible de distinguer leur père de l'empoisonneur et du violeur", explique-t-elle dans ses mémoires. "T'as eu une vie de merde", me disait Caroline. Non ce n'était pas vrai."

 

- Voilà : il faut avouer qu’on ne comprend pas tout de suite : le bonheur vécu peut-il être détruit pas un malheur révélé ? Pas s’il est vrai que le bonheur constitue une preuve d’existence : cet homme n’a pas toujours été l’abominable criminel qu’il est aujourd’hui puisque j’ai été heureuse avec lui. Au lieu de réviser son passé, Gisèle Pélicot le considère comme un acquis qui illumine jusqu’au présent.

Et si on ne comprend pas, c’est que nous considérons cela comme une « attitude ». Non, le bonheur n’est pas une attitude, mais un état. 

De plus, s’il est vrai qu’on n’a qu’une vie comme il est dit plus haut, ça ne signifie pas forcément que le présent révèle le sens du passé, car il est possible en effet que le passé soit si solidement arrimé au présent que celui-ci n’ait de sens que dans sa continuité.

Voyez comme nous sommes : cela nous le savons bien, mais nous ne croyons ça possible que dans le cas d’une brisure due à un traumatisme. Pourquoi pas l’inverse, avec le bonheur ?

mercredi 11 février 2026

Salon de l’agriculture sans les vaches – Chronique du 12 février

Bonjour-bonjour

 

C’est désormais acté : le Salon de l’Agriculture s’ouvrira sans bovins, tenus à l’écart pour cause de l‘épizootie de dermatose nodulaire.


 

Au Salon de l’agriculture


Occasion de remarquer combien les bovins, en particulier les vaches attirent la sympathie du public. Comme si le large mufle de l’animal dominé de ses gros yeux pensifs avait quelque chose d’humain qui provoquait une relation sécurisée. Les enfants eux-mêmes étaient attirés par « la vache Meuh-Meuh », tandis que les politiques savaient qu’il fallait, comme le disait Jacques Chirac, « tâter le cul des vaches » pour être populaire.

Les animaux de la ferme sont assez largement liés à des symboles dont le plus fréquent est le caractère repoussant du cochon. Georges Orwell en a tiré parti dans son roman dystopique « La ferme des animaux ». Autant dire qu’on va visiter le Salon de l’Agriculture non pas pour son côté rural, mais bien pour faire un tour du côté de nos voisins : ce défilé de caractères pris à travers les animaux parait sans doute plus acceptable que la dénomination brutale de nos « semblables ». C’est d’ailleurs l’occasion de relever combien ce terme de « semblable » est équivoque. Qui donc est semblable à nous, tout en n’étant pas nous ?

mardi 10 février 2026

Le Zin-zin de France-Inter – Chronique du 11 février

Bonjour-bonjour

 

La blague de Guillaume Meurice sur Benjamin Netanyahu va finalement être rejugée.

Petit rappel : Limogé par Radio France en 2024 pour avoir qualifié à deux reprises le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu de « nazi sans prépuce », Guillaume Meurice conteste la légalité de son licenciement et réclame quelque 400 000 euros de dommages et intérêts à Radio France.

L’origine de l’affaire remonte au début novembre 2023, quand Guillaume Meurice a suggéré dans un sketch sur Halloween un « déguisement » de Benjamin Netanyahu, « sorte de nazi mais sans prépuce ». (Lu ici)

 

C’est peut-être aujourd’hui, alors qu’aux Etats-Unis l’accusation de « nazi » s’abat sur les membres du service d’ordre « ICE », qu’il faut revenir sur cet évènement. Car traiter quelqu’un de nazi n’a rien de délictueux ; par contre le faire à titre de « blague » pour faire rire, voilà qui mérite licenciement.

On a donc une double contrainte : 

*d’abord celle de la loi : quiconque se sent outragé par des propos tenus à son égard peut porter plainte pour offense ; 

* et puis par ailleurs on est dans le cadre d’un rire sur commande – un rire vendu au détail à tant la minute et qui donc doit respecter les termes d’un contrat aux termes duquel le commanditaire à le pouvoir d’acheter ou non la chronique en question.

Puisque l’affaire se juge devant les prudhommes on comprend qu’on est dans le second cas. 

Voilà donc une affaire bien banale et si elle n’impliquait pas le 1er ministre israélien on n’aurait même pas à en parler.

Résumons-nous : la faute pour laquelle l’humoriste est licencié relève de la faute professionnelle – sauf qu’il s’agit d’un comique pour lequel la liberté de parole est la condition sine qua non de son art.

Aurait-on oublié que les bouffons du Roi jouissaient déjà de cette liberté refusée à tous les courtisans ?

 

Maître du portrait de Angerer, Un fou, vers 1519-1520.

 

…. Reste qu’ils étaient protégés par leur statut de « fou du roi ». Guillaume Meurice aurait-il dû fournir un certificat de dérangement mental ?

lundi 9 février 2026

Saint-Valentin : offrez un sextoy – Chronique du 10 février

Bonjour-bonjour

 

La Saint-Valentin n’est plus ce qu’elle était. C’est ce que montre cette étude menée à Paris et publiée aujourd’hui : « À l’approche du 14 février, une étude exclusive révèle un basculement discret mais profond des imaginaires amoureux. Moins de chandelles, plus de liberté. Moins de symboles figés, davantage d’exploration intime. »

« Exploration intime… » Quésaco ? Lisons : « 55,7 % des Parisiens de 25-34 ans possèdent au moins un sextoy, contre 21,4 % chez les plus de 55 ans. Pourtant, tous âges confondus, Paris demeure plus réservée qu’on ne l’imagine : seulement 41,5 % des Parisiens déclarent posséder un sextoy. » 

Bien. Jusqu’ici, rien de surprenant : le tabou placé sur le désir et les pratiques sexuelles est allé voir ailleurs, et donc nous voilà dans un monde où la pornographie est « open-bar ». Mais alors qu’est-ce que cela a donc à voir avec la Saint-Valentin ? Car ne l’oublions pas, cette fête des amoureux célèbre plutôt la tendresse et l’extase des regards que les soubresauts de l’orgasme.


 

Dessin de Peynet


« Cette fracture générationnelle dit beaucoup d’un changement de rapport à l’intimité. Chez les Millennials (= Personne devenue adulte aux environs de l'an 2000), le romantisme ne se limite plus à la démonstration affective : il inclut l’audace, le dialogue autour des désirs et l’exploration consentie. La Saint-Valentin devient alors moins une célébration figée qu’un moment de reconnexion à soi et à l’autre. »

Dont acte. Nous voudrions néanmoins comprendre comment cette « reconnexion » s’effectue à la fois sur le plan du « romantisme » et sur celui de « l’érotisme ». Car c’est là que ça coince : jusqu’ici ces deux plans étaient conçus comme attachés à deux ambiances différentes, l’une du sentiment, l’autre de la passion charnelle ; et l’un pouvait succéder à l’autre mais jamais venir en même temps, au point que le garçon qui se serait risqué à dire lors d’une première rencontre à une jeune fille : « Je sens qu’on est fait l’un pour l’autre, mais permets une vérification : quelle est la marque de ton sextoy préféré ? »

Oui, voilà ce qui devrait être la réponse à notre étonnement : nous assistons à une normalisation des discussions autour de l’intimité, du plaisir et des fantasmes. Les mouvements féministes ont replacé le plaisir féminin au centre des débats. Certains y voient l’effet de la culture contemporaine qui fait soin de soi un sujet légitime. Car c’est aussi quelque chose de très nouveau : le plaisir sexuel est devenu un plaisir comme un autre, par exemple le plaisir gastronomique ou l’ivresse d’une attraction de fête foraine.

dimanche 8 février 2026

La belle braguette – Chronique du 8 février


 Bonjour-bonjour


Lu ceci : « L’Agence mondiale antidopage va examiner des soupçons d’injections d’acide hyaluronique dans les parties génitales masculines pour améliorer les performances des sauteurs à ski. »

Étonnant, non ? Lisons la suite : « En janvier, une enquête du quotidien allemand Bild avait révélé l’existence de techniques d’agrandissement temporaire du pénis pour obtenir un avantage aérodynamique. Certains athlètes s’injecteraient de l’acide hyaluronique dans le pénis afin de faire gonfler cette partie de leur anatomie. Le but ? Changer les mesures de leur combinaison et en obtenir une plus grande. Au moment du vol, avec plus de prise au vent, ils atterriraient ainsi plus loin. » (Lu ici)



Avouez que vous n’y aviez pas pensé ! Non pas faute de connaitre la technique du saut à ski, mais bien parce qu’agrandir le pénis il semblait que ça ait à voir avec un avantage au niveau des performances sexuelles et rien du tout avec l’amélioration de la silhouette.

Sauf que … si vous en avez une qui fait 20 centimètres (rêvons un peu) non seulement vous seriez bien gaulé, mais vous pourriez aussi tirer parti du fait que ça doit se voir.

--> Mettez-vous au saut à ski – ou alors lancez la mode de la belle braguette. Et ça ne serait pas nouveau : 


 

Pieter Brueghel l'Ancien, La danse de la mariée en plein air (détail), vers 1566.

 

Je sens que nos stylistes ne vont pas tarder à s’emparer de « l’affaire »

 

samedi 7 février 2026

Vivement dimanche ! – Chronique du 8 février

Bonjour-bonjour

 

Une étude récente le souligne : le repos du dimanche est une coutume incarnée par d’innombrables habitudes venues du fond des siècles, tels que le repas dominical, les habits pour « s’endimancher », les loisirs familiaux (dont le ciné du dimanche soir), etc. Au point qu’on en vient à se demander quelle réforme sociale parviendrait à le supprimer.

Et pourquoi voudrait-on le supprimer ? Me vient à l’esprit que bien des acquis sociaux (congés payés, 35 heures de travail hebdomadaire, la retraite à 62 (?) ans) sont actuellement menacés : le « modèle français » risque bien d’être taillé en pièces par de futures réformes contraintes par le budget de la Nation. 

D’où le question : à quoi serions prêts à renoncer pour sauver le reste qui peut encore l’être ?

- On vient de le voir, on ne renoncera pas au dimanche. Jour où la famille se regroupe et se régénère, personne n’acceptera de voir supprimé cette « respiration » humaine.

- La 5ème semaine de congés ? Saluée comme une avancée de la civilisation, comme le furent en leur temps les congés payés de 36, on y verrait une régression nationale.

- Idem pour la sécu et les retraites : le droit à vivre garanti de naissance, voilà qui ne se marchande pas.

Oui, mais : il faudra bien l’accepter puisqu’on ne pourra pas continuer à vivre à crédit comme on le fait régulièrement depuis 1974. On aura beau faire payer les riches, viendra le moment où on touchera le fond du sac. 

Si on refuse de renoncer aux avantages acquis, il faudra pour continuer à profiter des ressources de l’argent public en arriver à réduire les montants ou – ce qui devrait financièrement revenir au même – en modifier l’assiette selon les possibilités financières de chacun.

C’est donc la frugalité qui constitue la solution : que chacun reçoive l’assistance publique en proportion de ses biens : moins de grosses retraites sous réserves qu’il y ait moins de petites ; que les remboursements de la sécu tiennent compte des capacités de chacun à financer ses dépenses de santé, etc.

Est-ce tout ? Et si la quantité de travail exigée était proportionnée à l’âge ? Disons 40 heures hebdomadaires à 25 ans et 30 heures à 50 ans ? Ça aurait l’avantage de répartir l’effort de participation à la vie commune sans forcément passer par l’impôt.

vendredi 6 février 2026

Jeffrey Epstein : une affaire sensible – Chronique du 7 février


Bonjour-bonjour

 

Si vous vous étonnez que l’« affaire Epstein » mobilise les médias au point qu’on ne parle plus que de ça, observez dans combien de domaines différents elle soulève des indignations. Argent, sexe, détournement du droit, corruption : l’affaire Epstein est un symptôme polymorphe du fondement – des bas-fonds – de nos sociétés. De Jean-Paul 2 à nos chefs d’État, tous ont posé avec lui pour une photo.


Avouez qu’il y a de quoi philosopher ! Mais avant de m’y risquer, je voudrais relever un fait assez notable : Jeffrey Epstein avait pour passion de collectionner les relations pour constituer un réseau de connaissances le plus gigantesque possible. C’est d’ailleurs la raison de la montagne de noms cités dans les documents récemment rendus publics.

Nous avons là une passion qui est sans doute assez répandue : aimer regrouper autour de soi un maximum de personnes susceptibles de former un groupe dont nous serions le centre. N’est-ce pas là la définition même d’Éros, cette pulsion fondamentale reconnue par Freud dans le dernier stade de sa théorie ? Fonder une famille, puis un clan, puis une nation : Epstein aurait mis en œuvre cette pulsion de vie à laquelle nous sommes tous attachés.

- Mais alors : de même qu’Éros s’oppose à Thanatos - cette pulsion « de mort » qui cherche à détruire ces vastes ensembles, il aurait quelque part un « anti-Epstein » acharné à détruire ces regroupements, par des propos clivants puis des actions destructrices ?  

jeudi 5 février 2026

La bonne mine – Chronique du 6 février

Bonjour-bonjour

 

Quand le visiteur se penche sur le malade au creux de son lit d’hôpital s’exclame : « Mais tu as bonne mine ! » –  à supposer qu’il soit sincère – le malade comprend que son visage porte des signes de santé : traits détendus, teint rose, regard franc.

Bien. Mais pourquoi le médecin ne se contente-t-il pas de tels signes ? Y aurait-il des pathologies si discrètes qu’elles progressent sans affecter l’aspect du visage ?

Sans doute – Mais alors pourquoi croit-on si aisément que le visage soit le « miroir du corps » comme on le dit « miroir de l’âme » ? A-t-il donc un privilège qui lui permette d’exprimer ainsi notre intériorité ? 

Occasion de rappeler que l’être humain est supposé constitué de la réunion de deux principes, l’un matériel : le corps ; et l’autre spirituel. Interface entre les deux : le visage et plus particulièrement le regard. Ainsi « la bonne mine » serait l’exposition de cette réunion d’un corps et d’une âme – ou pour le dire de façon usuelle : « un esprit sain dans un corps sain » qui n’est autre que la formule de la bonne santé.

- Certains diront : « Moi, je ne veux pas fouiller dans le tréfond de l’être. Je le prends tel qu’il apparait c’est-à-dire comme un tout » Très bien ; reste qu’il dispose d’une surface dont il faudra tenir compte pour savoir ce qui se passe à l’intérieur.

Et au fond l’essentiel est là : sans faire de métaphysique, celui qui pronostique ma santé grâce à l’aspect de mon visage croit fermement que l’apparence n’est pas trompeuse.

Ou, pour parler comme Hegel que « l’apparence est un moment de l’essence ».

Cette croyance n’est pas si aventureuse que cela : d’autres lisent le destin dans les lignes de la main ou dans la forme du crane.

dimanche 18 janvier 2026

Trump, le nouveau Père Ubu – Chronique du 18 janvier

Bonjour-bonjour

 

L’entêtement de Donald Trump devient pathétique : s’il n’obtient pas la possession du Groenland, il sabordera l’OTAN et détruira ses anciens alliés. 

On tremble car, même si nous autres européens nous le voulions nous ne pourrions pas lui donner satisfaction. C’est que le Groenland appartient aux Groenlandais

Bizarre ? Pas tant que ça. Récapitulons : le Groenland est un territoire constitutif du Danemark qui lui a accordé l’autonomie territoriale et l’autogouvernance. A ce titre, ce sont aux groenlandais et non aux danois de décider s’il est possible de vendre ce territoire aux USA. Mais voilà : les groenlandais cherchent principalement à consolider leur autonomie politique et territoriale – et surtout pas à se trouver un nouveau seigneur

- Au fond, Donald Trump est comme le Père Ubu. Celui-ci, après avoir par traitrise renversé Roi de Pologne pour s'emparer de son trône, devient un despote en guerre contre le peuple – en découvrant avec dépit « qu’il y a des polonais en Pologne », tout comme il y a des groenlandais au Groenland. 

Mais le rapprochement ne s’arrête pas là. Bien décidé à imposer son pouvoir, Ubu taxe les habitants avec un impôt de 10% sur tout ce qui existe dans le pays. 

Suite aux révoltes suscitées par cet abus, le voilà contraint à partir en guerre, monté sur son « cheval à phynances », pour encaisser l’impôt et décerveler tous ceux qui lui résistent. Après bien des péripéties, Ubu reviendra en France pour se faire nommer « Maître des finances à Paris ».

- Plus fort que le Père Ubu, Trump n’a même pas besoin de venir à Paris pour nous faire les poches : signer des décrets dans le bureau ovale lui suffit

 

Pour conclure : si Alfred Jarry a mobilisé les Russes en Ukraine pour arrêter Ubu, aujourd’hui ce sont les descendants des esquimaux qui vont résister à l'invasion.

Adaptant le slogan MAGA à leurs besoins, les voici qui crient :

Make America Go Away

vendredi 16 janvier 2026

La puissance du poil – Chronique « genrée » du 17 janvier

Bonjour-bonjour

 

Je viens de visionner un spectacle de ballet monté par le Capitole de Toulouse en octobre 2024. Il s’agit de Sémiramis & Don Juan – Ballet de Gluck donné à l’Opéra national du Capitole (Octobre 2024)

- Oui, je sais : ça fait un peu tard, mais enfin pourquoi pas ? Car si je vous en parle c’est pour pointer un détail physique des danseurs, tous présentés à la mode de Béjart torses nus et soigneusement épilés – à l’exception des aisselles.

Je sais bien que parler de poils n’a jamais été reçu comme acceptable : déjà du temps de Platon, Socrate était scandalisé en imaginant que « des choses ignobles, telles que « poil, boue, ordure, enfin tout ce que tu voudras de plus abject et de plus vil, puissent être dotées d’une essence qui en ferait une réalité appartenant au monde de l'intelligible et qui auraient possédé la perfection éternelle et la réalité absolue. » Platon – Parménide (130c).

Si je cite cette référence, c’est qu’elle souligne l’ambiguïté du poil dans nos sociétés : à la fois vulgaire et malpropre, l’homme doit se raser pour être convenable ; mais ces mêmes poils, taillés en moustache et en barbe sont un signe de virilité et de la noblesse. C’est qu’ils sont le privilège des hommes – les quelques femmes porteuses de barbe étant classées dans le genre des monstres de foire.

Les danseurs du ballet du Capitole arborent donc une contradiction : certes leurs torses épilés signalent le caractère raffiné de leur personnage. Mais la touffe de poils conservée dans le creux de leurs aisselles apparait à l’état brut, sans aucun raffinement ; c’est qu’elle évoque quelque chose de sauvage, sorte de résurgence de la nature qui fait craquer le vernis culturel de la peau glabre. 

Cette image d’une force qui, tel un geyser, surgit brusquement en faisant craquer la surface lisse du corps donne une image saisissante de la puissance contenue dans la musculature de ces danseurs.

C’est sans doute avec ce message que la barbe de 3-jours a été choisie comme ornement valorisant par les hommes ?

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P.S. Ce contraste entre la nature et la culture apparait aussi avec ces pubis épilés qui laissent néanmoins surgir la pilosité naturelle dans des replis managés en cet endroit par la nature – chez les dames, cela va de soi.

jeudi 15 janvier 2026

Êtes-vous cultivé ? – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

Quand j’entends le mot culture, je cours me cacher. Car c’est l’occasion de prendre des mauvais coups, soit comme assassin de la civilisation, soit au contraire comme adepte d’un élitisme prétentieux.

Dans les deux cas on oublie que la culture est soumise à trois variables :

« Il existe, dans la société, plusieurs régimes légitimes de culture. 

* Certains, ceux des professionnels, reposent sur la contemplation artistique, 

* d’autres sur l’hédonisme et le plaisir, 

* d’autres encore sur l’intérêt relationnel et la dimension sociale de la pratique. (Lu ici

Traiter cette dernière forme de culture comme secondaire ou « non culturels » revient à nier la diversité des expériences esthétiques qui structurent aujourd’hui les usages culturels réels. 

Prenez les Festivals : 

* les uns sont destinés aux amoureux d’opéras, tels ceux de Wagner qui se retrouvent chaque été au Festival de Bayreuth : pour eux l’extase du souffle wagnérien est l’expression la plus pure de LA Culture.

* Pour d’autres le Festival est l’occasion de se rencontrer entre festivaliers comme à Avignon par exemple. Ça crée une solidarité entre initiés.

* Mais le plus gros des festivaliers se retrouvent dans grands concerts de variété qui rassemblent des dizaines, voire des centaines de milliers de passionnés qui vont danser pendant 3 jours sans s’arrêter. On ne parlera pas d’élites à leur propos, mais ils constituent exactement la même solidarité que les gens de Bayreuth ou d’Avignon.

 

La conclusion est selon moi qu’il est vain de chercher un concept commun à mettre sous le vocable « culture ». Il s’agit d’un phénomène social qui remonte sans doute à une lointaine préhistoire des sociétés humaines et dont la signification est de vivre ensemble un certain divertissement.

mercredi 14 janvier 2026

Savez-vous où est Nuuk ? – Chronique du 15 janvier

Bonjour-bonjour

 

Alors, ça y est ? Le conseil de défense de l’Élysée d’hier a décidé d’envoyer un contingent français au Groenland, histoire de montrer aux Yankees que la Vieille Europe est encore là.

Lafayette, les voici !

Moi qui ne suis pas belliqueux pour un sou, je me délecte malgré moi d’imaginer un affrontement de soldats vêtus comme au 19ème siècle, avec des fusils longs comme le bras, qui se tirent dessus cachés dans l’embrasure d’une maison abandonnée – sauf qu’ici on aurait un igloo ébréché.

Ça aurait de l’allure ne croyez-vous pas ? – Mais hélas ! rien de tout ça ne risque d’arriver : l’immensité glacée du Groenland ne verra sûrement pas d’empoignades héroïques entre soldats vêtus de peaux de phoques. A notre époque, tout se passe par machines interposées, drones ou robots montés sur des skis – sans parler de missiles hypersoniques.

- Mais là encore, il n’y a que du rêve. La réalité est que les Américains n’ont sûrement pas besoin d’envahir quoique ce soit : ils n’ont qu’à décréter que leur volonté vaut titre de possession. Qui donc viendrait les déloger le jour où ils investiront Nuuk ?

- Quoi ? Vous ne savez-pas ce qu’est « Nuuk » ? Sachez donc que c’est la capitale du Groenland. Et que le temps que vous trouviez où ça se situe, les Américains en seront déjà repartis.

mardi 13 janvier 2026

L’œil, miroir de l’âme – Chronique du 14 janvier

Bonjour-bonjour

 

En Iran, de nombreux manifestants sont victimes de tirs de la police ayant pour effet de les éborgner. En France, on se rappelle du « Gilet-Jaune » Jérôme Rodrigues qui avait perdu un œil lors d’une manifestation en janvier 2019. Il n’avait pas été le seul mais à l’époque on avait conclu qu’il s’agissait d’une brutalité policière parmi d’autres. 

Mais voilà qu’on observe que la République islamique d'Iran a une tradition de blessures oculaires : « Autrefois rare, ciblé et assumé, l'aveuglement est aujourd'hui diffus, nié par les autorités, produit par des armes dites « non létales » et rarement sanctionné. La fonction politique demeure pourtant comparable : neutraliser sans tuer, marquer les corps pour dissuader, empêcher toute réémergence de la contestation. » (Voir ici).

L’article cité évoque aussi la fonction symbolique du regard considéré comme une manifestation de la puissance de l’individu. L’aveugler c’est l’en priver : « On associe explicitement la perte de la vue à la disqualification du pouvoir et à la fin de toute prétention souveraine. » (Art. cité)

Tout cela nous rappelle que le regard porte avec lui plus que la fonction visuelle. Il est chez nous considéré comme la « fenêtre de l’âme » tant son expression nous livre l’intime de l’être. Les yeux ouvrent sur la profondeur de la personne, et l’en priver c’est anéantir non seulement son expression, mais aussi sa puissance – on se rappelle le rôle que Sartre fait jouer au regard dans le pouvoir d’aliénation qu’Autrui exerce sur nous (exemple de la honte)

Rappelons-nous aussi du mythe d’Œdipe. Celui-ci ayant découvert l’horreur du crime qu’il vient de commettre, se crève les yeux pour éviter que son regard ne souille ce sur quoi il pourrait se porter. Pour les grecs, le regard est bien la réalité même de l’être.

lundi 12 janvier 2026

Peut-on rire de tout ? – Chronique du 13 janvier

Bonjour-bonjour

 

Vu sur Internet ce dessin de Charlie-Hebdo : 

 


 

- Ce dessin, qui aujourd’hui fait scandale, rappelle celui qui fut publié le 16 novembre 1970 – Bal tragique à Colombey-1 mort.

 

 

 

 

L’Hebdo de Hara-kiri, futur Charlie Hebdo, évoquait ici la mort du Général de Gaulle comparée à la tragédie du 5-7, une discothèque où un incendie fit périr 146 personnes. Le titre fut interdit par le gouvernement et réapparut sous le nouveau titre « Charlie Hebdo » peu après.

Et voici un nouveau dessin cette fois de Charlie Hebdo :

 

 

Commentaire de la presse :

« Le vendredi 9 janvier 2026, jour de l'hommage national en Suisse, le journal satirique a publié sur son compte X un dessin montrant deux skieurs devant un panneau Crans-Montana, la face noircie et en flammes avec l'inscription, "Les brûlés font du ski, la comédie de l'année »

Les réactions suite à ce dessin du 9 janvier :

- Les contre : « La satire, c’est bien quand ça dénonce quelque chose. Mais se moquer de gamins de 14 ans morts dans d’atroces souffrances… »

- Les pour : « C’est dans la veine de Charlie Hebdo, l’humour noir à son paroxysme, il faut prendre ça au 5e degré »

- Et puis : « On peut rire d’absolument tout, il suffit de prendre du recul. »

On évoque donc ici l’humour noir et un « 5ème degré ». 

Voyons un peu :

- « L’humour noir est une forme d'humour qui souligne avec cruauté, amertume et parfois désespoir l'absurdité du monde, face à laquelle il constitue quelquefois une forme de défense. » On aurait donc ici une dénonciation de la jeunesse de Crans-Montana, venue aux sports d’hiver et qui pour l’essentiel fait la fête en Discothèque. Façon de relativiser la tragédie en réduisant cette tragédie au néant de loisirs qui auraient mal tourné ?

- Quant au 5ème degré, il faudrait nous dire ce qu’il est. En général cette opération de mise à distance a un but : celui de faire rire – or on ne voit pas bien, ici ce qu’il y a de comique.

 

« On ne peut pas rire de tout » : ce constat est un peu éculé. Ici il a toutefois une utilité : celle de nous suggérer que, oui, on peut rire de tout – à condition que ça soit drôle.

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PS Les images sont provisoirement  bloquées par Google 

dimanche 11 janvier 2026

Dry january – Chronique du12 janvier

 


 

– Ça y est ! C’est reparti. 

– Quoi donc ?

– Le dry january, un mois entier sans alcool.

– Ça ce n’est pas pour moi. Oui, je bois, certes, mais jamais avec excès. C’est ce que recommandent les alertes : « A consommer avec modération »

- Attention ! La modération, on ne sait jamais où ça s’arrête. D’ailleurs on croit savoir que ce sont les lobbies des marchands de vin qui ont imposé cette restriction sur les affiches des campagnes anti-alcoolique.

– Bof… Autrefois on osait demander au Bon Dieu de nous éclairer sur la dose d’alcool qu’on pouvait consommer et Il le faisait de façon très raisonnable.

– Comment ça ?

– Hé bien lisons les Mémoires de Goethe, lorsqu’il relate son Voyage sur le Rhin. Il dit avoir rencontré à Mayence un évêque qui avait prononcé un « Joyeux Sermon » recommandant de boire tant que Dieu nous le permettait.

–  Voilà bien les poivrots ! Ils vont jusqu’à mobiliser Dieu dans l’éloge de leur vice.

–  Pas du tout. Il n’est que de lire ce sermon pour voir qu’il s’agit de prescriptions très précises et qui ne laissent aucun doute sur les limites à ne pas franchir. Voyez plutôt :

« Que celui qui au troisième ou au quatrième pot, sent sa raison se troubler au point de ne plus reconnaître sa femme, ses enfants, ses amis, et de les maltraiter, s’en tienne à ses deux pots, s’il ne veut pas offenser Dieu et se faire mépriser par son prochain ; mais que celui qui, après en avoir bu quatre, cinq ou six, reste en état de faire son travail et de se conformer au commandement de ses supérieurs ecclésiastiques et séculiers, et de secourir son prochain, en cas de besoin, que celui-là absorbe humblement et avec reconnaissance la part que Dieu lui a permis de prendre. Qu’il se garde bien cependant de passer la limite des six mesures, car il est rare que la bonté infinie du Seigneur accorde à un de ses enfants la faveur qu’il a bien voulu me faire, à moi, son serviteur indigne. » (Lire ici)

– Avec ça on devait avoir des trognes rouges pour illuminer l’église à la messe du soir.

– Moquez-vous : à l’époque de l’évêque de Mayence, on savait que la joie de l’ivresse modérée est une grâce que Dieu nous accorde dans son infinie bonté.

samedi 10 janvier 2026

Choisis ton camp, camarade – Chronique du 11 janvier

Bonjour-bonjour

 

« Souriez demain sera pire » : j’ai chroniqué cette formule de Murphy il y a peu. Pourtant c’est encore elle qui m’est venue à l’esprit hier à l’annonce de la signature du traité du Mercosur par l’Europe malgré l’opposition française. C’est qu’on voit non seulement la perte d’influence de la France en Europe, mais qu’on pèse aussi la dégradation des performances de l’agriculture française. Voici la production agricole française rétrogradée au 5ème rang mondial : bien que restée 1ère en Europe on devine que ce n’est plus pour longtemps – d’où l’injonction « Souriez demain sera pire ».

 

--> Après la désindustrialisation, la France connait une « désagriculturisation » : comment ne pas être pessimiste ? Les politiques de tout bord répètent inlassablement le même message : ils ont l’explication de cette régression et ils savent comment y remédier. Ils ne sont pas les seuls : tout comme les américains ils veulent redonner à leur pays sa grandeur d’autrefois « Make France Great Again ». 

Admettons. Reste à dire à quelle grandeur on voudrait revenir : les 30 Glorieuses ? Louis XIV ? La Deuch ou Versailles ?



Je suppose que la réponse va dépendre de l’engagement politique : si nos réformateurs viennent de la gauche, on va nous promettre de revivre les années 60 et l’évasion en Deuch’ dans nos belles campagnes. Si par contre on se situe à droite, on va nous promettre de retrouver la splendeur du Grand Siècle – après avoir chassé tous les migrants venus du sud.

Choisis ton camp, camarade.