dimanche 7 avril 2024

Génération bagnole – Chronique du 8 avril

Bonjour-bonjour

 

Ce matin je tombe sur un article qui encourage les amateurs de voitures d’occasion à acheter sans hésiter des véhicules ayant 15 ou 20 ans d’âge et affichant 200000 km au compteur.

Ce qui sollicite mon attention, c’est le fait que, réciproquement, les possesseurs de ces voitures les ont gardées une vingtaine d’années. Pendant 20 ans ils ont su résister aux pressions commerciales qui les invitaient à acquérir le dernier modèle, celui qui ne roulait pas encore dans les rues, et qui affichait les meilleurs chiffres en matière de puissance, de sécurité ou de respect de l’environnement. Là-dessus les municipalités en ont rajouté avec les vignettes Crit’Air qui prétendent interdire l’usage de ces vieilles voitures dans les centres villes.

Ces amoureux des vieilles bagnoles ont donc oublié les pulsions sensuelles qui les portaient vers le Premium technologique ou esthétique. Comme les vieux couples qui deviennent de plus en plus solidaires avec le temps, ces automobilistes conservateurs se sentent liés à leur antique véhicule, comme si leur confort et leur sécurité dépendait de la longue habitude qu’ils en avaient.

Et pourtant… Dans les années 60 il existait bien une « libido carrulus », qui a fait de la fierté d’avoir une voiture une véritable passion amoureuse. Faute de pouvoir la mettre dans leur lit, ces personnes auraient aimé coucher dedans, et d’ailleurs les constructeurs ne se faisaient pas faute de les émoustiller d’avantage encore avec des détails esthétiques : c’était l’époque où la hiérarchie des chromes battait son plein.

  


De 1960 à 2024, que s’est-il passé pour que l’amour de la nouveauté incarné dans la voiture devienne une fidélité à l’ancienneté ? Devons-nous croire que, comme la libido qui vieillit avec l’âge, l’amour pour la voiture se soit assagi, puis modifié en attachement ?

Cette bonne vieille voiture, qui a connu mes joies et mes tourments depuis 20 ans, je vais la conserver comme on conserve les vieux pots de confiture. 

samedi 6 avril 2024

Polir le hérisson – chronique du 7 avril

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin dans la presse : l'humoriste et acteur Panayotis Pascot a comparé sa relation avec son père au "dilemme du hérisson" raconté par Schopenhauer (1).

Petit rappel : La fable du hérisson - Dès sa naissance, le hérisson se retrouve face à un épineux dilemme : se rapprocher de ses congénères les jours de grands froids pour se maintenir au chaud ou s'en écarter pour ne pas risquer de se faire piquer et succomber à une hémorragie. L’humoriste cité imagine la relation à son père selon cette histoire : « Mon père, quand je suis trop près, il me pique. Quand je suis trop loin, j'ai froid. Il faut que je trouve la bonne distance ».

On lira ci-dessous (note 1) le texte de Schopenhauer, qui, comme on le voit trouve une solution à ce dilemme dans le contrôle des rapports avec les proches, la famille ou les amis. C’est aussi ce que propose Sophie Galabru (philosophe et autrice de Faire famille) : « S'éloigner, prendre le large, pour se préserver des comportements toxiques et "trouver la bonne distance dans sa famille, de s'aimer à la juste place et à la bonne hauteur (…) Élaborer une philosophie des liens. »

 

- Je poserai une question : lorsque la situation du hérisson est inéluctable (« Il n'y a pas de moyen pour polir le hérisson » disait Aristophane), peut-on prôner comme Schopenhauer, ou comme ces commentateurs actuels, le contrôle des relations avec les proches ? Si c’est effectivement la solution lorsqu’il s’agit des relations sociales qui n’impliquent pas d’affectivité, bien sûr c’est la bonne attitude. Devant les personnes avec qui on collabore à un même projet, on évite de s’investir affectivement, et on se tient prudemment à une distance proportionnelle à leur toxicité. 

Seulement lorsqu’il s’agit de relations qui sont aussi affectives, comment croire qu’on peut opérer un tel calcul ? Comme imaginer même qu’on le souhaite ?  « Chérie, je t’aime, amour de ma vie. Seulement comme je ne veux pas souffrir au cas où tu viendrais à me décevoir, je préfère garder certaines distance avec toi : ne partageons pas la même maison, gardons nos habitudes de sorties séparées avec nos amis personnels, allons au cinéma l’un sans l’autre au cas où le plaisir ne serait pas partagé. »

Vous y croyez, vous, à un amour – ou même à une amitié – enfermés dans des frontières aussi étanches ? Oui ? 

Bon, peut-être… Maximiser le plaisir, minimiser les peines : c’est la prudence même. Mais n’est-ce pas une vie de comptable qui gère les plaisirs et les peines en fonction du bénéfice escompté. Imaginez ce que quelqu’un comme Nietzsche aurait dit de cela ?

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(1) Repris de Schopenhauer (dans les Parerga et paralipomena) : 

« Un été, une famille de hérissons, vint s’installer dans la forêt. Il faisait beau, chaud, et toute la journée les hérissons s’amusaient sous les arbres.

Ils batifolaient dans les champs, aux abords de la forêt, jouaient à cache-cache entre les fleurs, attrapaient des mouches pour se nourrir, et la nuit, ils s’endormaient sur la mousse, tout près des terriers.

Un jour, ils virent tomber une feuille d’un arbre : c’était l’automne.

Ils jouèrent à courir derrière les feuilles, qui tombaient de plus en plus nombreuses, et comme les nuits étaient un peu fraîches, ils dormaient sous les feuilles mortes.

Or il se mit à faire de plus en plus froid, dans la rivière, parfois, on trouvait des glaçons.

La neige avait recouvert les feuilles, les hérissons grelottaient toute la journée et la nuit, tant ils avaient froid, ils ne pouvaient fermer l’œil.

Aussi, un soir, ils décidèrent de se serrer les uns contre les autres pour se réchauffer, mais s’enfuirent aussitôt aux quatre coins de la forêt : avec leurs piquants, ils s’étaient blessé le nez et les pattes.

Timidement, ils se rapprochèrent, mais encore une fois, ils se piquèrent le museau, et chaque fois qu’ils couraient les uns vers les autres, c’était la même chose. 

Pourtant, il fallait trouver absolument comment se rapprocher : les oiseaux les uns contre les autres se tenaient chaud, les lapins, les taupes, tous les animaux aussi.

Alors, tout doucement, petit à petit, soir après soir, pour avoir chaud, mais pour ne pas se blesser, ils s’approchèrent les uns des autres, ils abaissèrent leurs piquants, et avec mille précautions, ils trouvèrent enfin la bonne distance.

Et le vent qui soufflait, ne leur faisait plus mal, ils pouvaient dormir, bien au chaud, tous ensemble….. »

vendredi 5 avril 2024

Ils n’arrêteront donc jamais ? – Chronique du 6 mars

Bonjour-bonjour

 

Il y a quelques jours je reprenais l’info selon la quelle la dessinatrice Coco, qui œuvre habituellement à Charlie Hebdo était menacée de mort pour son dessin (publiée par Libé) représentant un assiégé de Gaza poursuivant en salivant un rat.

Cette fois c’est directement à la une de Charlie que le sacrilège est commis : 

 


 

« Le nonoss qui excite la meute » – Dessin de Riss

 

Ici pas d’Islam, pas de wokisme mais le manque de respect qui finalement était aussi le moteur du scandale soulevé par le dessin de Coco. « C’est un très grand manque de respect envers le petit Emile…. On dit qu’on a la liberté d’expression, mais si c’est pour être insultant et irrespectueux envers un mort, allez vous faire soigner » peut-on lire sur X. (Cf. l’article ici)

 

On appréciera la modération de ce commentaire, et surtout sa capacité à mettre en relief le sujet qui fait problème : c’est le refus de respecter ce qui est respectable, comme la souffrance, le deuil, la foi religieuse. On peut très bien recevoir ces critiques, car ce n’est pas le fait d’avoir le droit de faire quelque chose qui autorise à le faire si c’est au prix de souffrances infligées à autrui.

Toutefois, il ne faudrait pas oublier la furie médiatique qui s’est emparée des chaines d’info 24h/24h lors de la découverte de ces restes : ce ne fut que reportages sur reportages pour mouliner sans cesse la même petite information : « Oui, c’est le crâne du Petit-Émile et quelques-unes de ses dents qui ont été retrouvées.» Et aussitôt :   

« Oui, le Petit-enfant-perdu est mort et peut être a-t-il été démembré ? On a retrouvé se petite culotte 100 mètres plus loin : qu’est-ce que cela signifie donc ?... »

Bref, le dessin de Riss ne va pas imaginer des trucs et des machins malsains. Il ne fait que décrire la réalité – du moins celle qu’on trouve sur ces télés d'info en continu. Inutile donc de s’indigner du dessin en question : mieux vaudrait s’en prendre à la réalité qu’il représente.

Mais rien n’y fait : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt » dit cet antique proverbe. 

Rien n’a changé depuis.

jeudi 4 avril 2024

Tout interdire sauf la poêle Tefal ! – Chronique du 5 avril

Bonjour-bonjour

 

Il y a quelques semaines, le Bureau Européen de l’Environnement (BEE) a eu l’idée de tester la présence des polluants éternels (PFAS, acronyme de « alkyls perfluorés et polyfluorés ») dans les organismes de 13 responsables politiques européens originaires de pays différents : sur les 13 testés, 7 se sont révélés positifs. De quoi accélérer le débat sur leur interdiction. (Lu ici)


- Hier, débat à l’assemblée sur l’interdiction des PFAS : les députés adoptent une proposition de loi visant à réduire l’exposition aux « polluants éternels », sans interdire les ustensiles de cuisine qui en contiennent : on interdit tout, sauf la poêle Tefal !

 


Je laisse à d’autres l’analyse des conséquences du combat entre le souci de la santé humaine et les exigences du profit capitalistique. Par contre, j’observe avec intérêt que les ustensiles de cuisine sont sortis du périmètre de la loi, comme si l’éternité des polluants contenus dans le téflon étaient compensée par l’éphémérité de sa présence au fond de la poêle.

On nous dit que ce qui est éphémère ne dure pas et disparait sans laisser de traces ; ainsi de la vie humaine, comme l’ombre fugitive des cadrans solaires… et comme les particules de PFAS ingérées avec mes oeufs brouillés.

 

Inconsciemment j’assimile l’éternité à quelque chose de sublime : rien dans la sphère de l’humain n’y participe, sauf les diamants, qui nous dit-on sont éternels – et voilà que maintenant les polluants le seraient aussi ?

Mais prenons garde aux assimilations confuses : l’éternité est un concept qu’on utilise fréquemment dans un contexte théologique : il s’agit de parler de Dieu ou des âmes.

Par contre l’éternité qui est prise ici dans le contexte de la chimie, désigne simplement ce qui est indestructible. Alors, bien sûr les organismes sont plus fragiles que les molécules comme celles-ci sont plus instables que les atomes et les particules élémentaires. Les PFAS sont éternels, comme l’azote ou l’oxygène. 

On ne va pas crier au miracle pour autant.

mercredi 3 avril 2024

L’art de ne rien faire – Chronique du 4 avril

Bonjour-bonjour

 

Lu ceci : « Jean-Miguel Pire a publié "Otium, arts, éducation, démocratie". En redonnant toute son importance au concept de Otium, il invite chacune et chacun à se réapproprier plus que jamais cet espace humain assez maltraité par les temps modernes, à savoir la réflexion, l'entendement, l'épanouissement culturel individuel et/ou collectif qui, s'il est soigné, permet l'accès à la liberté individuelle et au développement de la démocratie. »

On lira le reste de ce bref l’article qui, en voulant redonner le goût des loisirs créatifs – je veux dire : ceux qui développent l’épanouissement de la personne – souligne l'abandon dans lequel se trouvent nos capacités réflexives, si souvent délaissées au profit du divertissement sans bénéfice autre que de « faire passer le temps ».

On trouve chez les grecs d’abord, puis chez les romains, cette notion de loisir, un temps libre de toute activité nécessaire à la production des moyens de satisfaire les besoins vitaux, propre aux citoyens libres (et qui ont donc des esclaves à leur service), qui est la condition d’une vie consacrée au bien public et à la politique : comment être disponible pour les débats publics sans cela ?

o-o-o

Chez nous, le problème est bien différent. 

- Notons d’abord qu’il n’est plus soumis à une condition sociale : tout le monde bénéficie d’un temps d’« otium », certes mélangé à du temps d’activité vitale, mais quand même sans aucun souci de rétribution.

- Et puis surtout, nous avons constaté qu’il ne suffisait pas d’avoir du temps libre pour qu’il soit rempli de telles activités. Au début des année 80 on avait même inventé le « Ministère du temps libre » pensant qu’il incombait aux pouvoirs publics d’organiser ces loisirs. Ce Ministère rapidement renvoyé aux oubliettes, les pouvoirs publics ne se sont ensuite plus jamais soucié d’organiser les périodes de loisirs – à juste titre : plus vous donnez de moyens d’enrichissement culturels et plus vous accroissez le fossé qui sépare les classes aisées des classes pauvres. La raison est que la fréquentation des bibliothèques, des musées, des spectacles vivants est toujours le fait des mêmes personnes. Augmentez l’offre, espérant voir les jeunes des classes populaires venir s’enrichir l’esprit, et vous ne verrez venir que les enfants de la bourgeoisie qui vont faire leur miel de ces nouvelles richesses.

Comme d’habitude on demande à l’École de combler ce hiatus creuse par le société. Avec le résultat qu’on sait.

mardi 2 avril 2024

Maintenant, il faut payer – Chronique du 3 avril

Bonjour-bonjour

 

Nous étions un peu surpris d’entendre Bruno Lemaire affirmer sur un ton péremptoire qu’il nous faudra faire 10, puis 20 milliards d’économies pour rester dans les limites d’un déficit acceptable. Il est vrai que sortis récemment du « quoiqu’il en coûte » on restait dans l’idée que l’État avait les moyen de subventionner les misères du peuple.

L’explication du tour de vis opéré par Bercy vient de nous être fournie par les déclarations de l’agence de notation Fitch relayées ici. Observant d’abord que la dégradation de la note de la dette souveraine française avait été justifiée, l’agence poursuit : « Cependant, toute autre action de notation négative dépendrait d'une nouvelle aggravation importante de l'endettement public, ce que nous considérons comme improbable, comme le reflète la perspective stable ».

Ce sont les marchés financiers qui ont la main sur la politique budgétaire française : telle est la réalité. Cette situation en a une autre pour corolaire : l’endettement entraine une perte de souveraineté, et donc une limitation de la liberté politique des dirigeants. Raison pour laquelle le Ministre de l’Économie, des finances et… de la souveraineté industrielle et numérique – alias Bruno Le Maire – est si sourcilleux sur la question. 

Les politiques qui gouvernent sont donc soumis à un dilemme : soit ils restent dans la limite des ressources du pays, et ils ne peuvent engager de grands programmes très couteux mais qui leur permettent de réaliser de grands projets ; soit ils le font, endettent le pays et doivent ensuite payer l’addition.

On en est là. Reste à observer que les dirigeants « payent l’addition » en renonçant à des programmes de prestige. Mais lorsqu’ils pratiquent le « quoiqu’il en coûte » alors ce sont les citoyens qui doivent mettre la main à la poche.



lundi 1 avril 2024

Vroum-vroum - Chronique du 2 avril

Bonjour-bonjour

 

Ah ! Mes amis, que lis-je ce matin ? Maserati en grande difficultés financières est en passe d’être rachetée par Tesla ? Ce fleuron de la culture automobile européenne, ornée du célèbre trident de Neptune, passerait donc sous la bannière de ce féroce capitaliste américain ? Et cela parce que les amoureux de ces voitures l’ont délaissée. (Lire ici)

 


 

Et pourquoi donc ce sacrilège ? Lisons l’article : « En 2023, la marque n’a enregistré qu’un bénéfice modeste de 6 %, malgré ses efforts pour se réinventer en tant que constructeur voitures de luxe 100 % électriques. Cette transition, censée propulser Maserati dans une nouvelle ère, n’a pas encore porté ses fruits, la clientèle historique de la marque restant sceptique face à l’absence de rugissement caractéristique de ses moteurs. »

 

- Oui, voilà la réponse : la Maserati électrique ne fait plus de bruit, elle avance dans le silencieux glissement de ses pneumatiques sur l’asphalte. Quelle déception !

--> Je l’avais prévu : dans un post de début aout, j'alertais les amoureux des belles voitures en leur disant qu'ils ne supporteraient pas d’être privés du «vroum-vroum » de leur auto. Et depuis, ça s’est vu : le directeur de Ferrari a prévenu que ses voitures feraient toujours le même bruit de moteur.

Imaginons donc : ces belles italiennes devenues de silencieux véhicules électriques sortent à présent de leur anonymat grâce à un dispositif électronique qui imite le rugissement du moteur thermique, exactement comme un clavier de synthétiseur produit le même son d’un Steinway. 

Un tel subterfuge suffirait-il pour restaurer la fierté d’être au volant de ces véhicules d’exception ? L’orgueil du conducteur est-il satisfait seulement en raison du son qui fait tourner la tête aux passants ? J’en doute…

Et puis, pourquoi les constructeurs de petites voitures n’en profiteraient pas pour doter eux aussi leurs tortues poussives de ce même son ? Après tout si ce n’est qu’une affaire de bruit on va échantillonner des bolides plutôt que des tacots qui font teuf-teuf.