mardi 11 juin 2024

La mélancolie n’empêche pas de mourir – Chronique du 12 juin


 

 

Bonjour-bonjour

 

je m’étais promis chers amis de trouver un sujet de chronique un peu léger et rafraichissant pour vous faire oublier un instant la pesanteur des inquiétudes  nourries par la vie politique actuelle. Mais, las ! Voici ce qui me vient ce matin : 

« Johnny Hallyday est mort ; Françoise Hardy également et (du coup) moi je ne me sens pas bien »

Les idoles yé-yés ne sont plus de ce monde – Tiens-toi bien Jacque Dutronc ; et toi aussi Eddy Mitchell. Pareil pour toi, Sylvie. (Pardonnez-moi d’oublier Sheila)

 

Françoise Hardy… Son premier succès elle l’a connu avec « Tous les garçons et les filles » c’était en 1962, j’avais 20 ans et un nombre incroyable d’épreuves à passer pour avancer dans la vie – autant dire qu’elle a été pour moi une compagne de galères mais aussi d’émotions très intenses, et que c’est pour cela que je ne l’oublie pas.

A 20 ans les émotions sont des souvenirs qui s’impriment dans la cire encore molle de la mémoire. C’est que la mémoire des émotions est un bagage de la vie qui nous suit avec fidélité et qui ressuscite à chaque occasion telle que vécue la première fois – ou presque. Car ces souvenirs de chansons sont une sorte de première fois, qui nous reviennent environnés d’autres expériences affectives constituant cette expérience du « déjà-plus » qui constitue la nostalgie.

 

- Immortelle nostalgie : la chanteuse de la mélancolie est elle-même devenue un souvenir nostalgique : et ça on ne pourra pas lui retirer. Mais peut-être est-ce là le propre de nos souvenirs issu d’un passé affectif. Les grecs anciens pensaient que la vraie immortalité venait du souvenir conservé par les vivants. Homère vit encore dans nos mémoires, vie qui se renouvelle avec chaque génération qui s’émerveille chaque matin quand apparait « l’aurore aux doigts de rose »

 

Alors, c’est vrai : les chanteurs n’auront droit qu’à un petit bout de cette immortalité – mais après tout, même à temps partiel, c’est quand même de l’immortalité

lundi 10 juin 2024

Dissolution : une régénération du pouvoir – Chronique du 11 juin

Bonjour-bonjour

 

L’annonce de la dissolution de la chambre des députés reste aujourd’hui encore un évènement dont l’émotion n’est pas retombée : n’avons-nous pas là un jeu dangereux choisi par un jeune et irréfléchi Président dont le but serait de satisfaire l’orgueil d’un homme qui s’est défini lui-même comme le « maitre des horloges » ? 

Pourtant et indépendamment de ces opinions circonstancielles, on peut apprécier les mécanismes de la Constitution qui jouent là, sous nos yeux, avec des situations imaginées il y a maintenant plus de 60 ans :

            - Et principalement le fait que cette dissolution soit prévue comme un ressourcement du pouvoir par les élections. Quelque chose comme une régénération du pouvoir par le peuple dépositaire de la souveraineté.

Un exemple d’une telle pratique est fourni par l’Égypte antique sous le noms de « fête-sed » :

- Les historiens spécialistes de l’Égypte ancienne parlent des célébrations rituelles qui accompagnent les 30 ans de règne du Pharaon appelées « fête-sed » :

« L’origine du rituel serait à rechercher dans une antique chasse de qualification destinée à désigner le nouveau chef de clan, après avoir sacrifié l'ancien, devenu trop âgé pour assurer son rôle de chef de chasse.

Le sacrifice, théoriquement pratiqué au bout de trente ans de chefferie, se serait transformé en rite de régénération royal, succédant à une cérémonie d'inhumation d'une statue du pharaon, substitut symbolique du corps du vieux chef sacrifié. » 

La fête-Sed était donc une cérémonie régénératrice que le pharaon pouvait organiser pour montrer à son peuple qu'il était capable de gouverner le pays. À certaines époques, et selon le pharaon, ces fêtes étaient l'occasion de démonstration physique du souverain (course à pied, capture de taureau, chasse au lion ou à l'hippopotame, etc.). » (Lire ici)

 

Bref : on aurait ici la volonté de montrer que le chef est encore assez puissant pour dominer ses adversaires qui briguent sa place, sans quoi il est mis à mort et remplacé par son « challenger » victorieux. Passée inaperçue dans nos démocraties cette régénération du pouvoir est restée présente : personne ne peut conquérir ou conserver le pouvoir sans une démonstration de force.

C’est ainsi que Raphaël Glucksmann reproche à Emmanuel Macron de pratiquer un jeu de roulette russe avec 5 balles dans le barillet.

Ce reproche serait alors non de dissoudre pour redonner la parole au peuple, mais de le faire en prenant des risques insensés. Les westerns nous ont montré que cet affrontement devait s’opérer selon des règles un peu plus équilibrées. Comme le duel final de ce western de série B :


Young Jesse James (1960)


dimanche 9 juin 2024

L’alternative – Chronique du 10 juin

Bonjour-bonjour

 

L’essentiel à retenir ce matin, c’est que nous n’avons plus de députés. La démocratie est appelée à jouer son rôle, celui d’instaurer l’alternative au pouvoir politique en place.

Ce jeu si naturel est pourtant quelque chose qui nous sidère : les députés et les ministres ne sont donc pas dépositaires par naissance du pouvoir : ils l’ont acquis par les urnes et ils le perdront également par les urnes. Cet étonnement de constater ce matin que personne n’est par nature ni chef ni maitre du pouvoir, mais seulement dépositaire, c’est ce que nous voyons contesté violemment là où la démocratie est refusée par les Présidents sortants qui veulent devenir Président-à-vie.

 

Cette remarque de psychologie politique étant faite, la question est : « Et maintenant ? Quelle est alternative ? » Question qui devait être précédée de : « Y a-t-il une alternative ? »

- La majorité sortante prétend que non : rien ne peut améliorer la gouvernance actuelle, sinon de persévérer. On souffre, mais c’est peut-être le signe que les remèdes mis en place agissent et donc qu’ils devraient nous guérir.

- Les oppositions radicales prétendent quant à elles que tout doit changer, parce que nos souffrances sont le résultat des abus perpétrés par le clan au pouvoir ; si quelqu’un doit en souffrir ce sera désormais ceux qui ont abusé de leur position dominante.

- Les modérés diront, comme d’habitude « In medio stat virtus ». Faisons de tout un peu et on verra les choses se remettre en place.

 

Le rôle que je peux jouer ici n’est pas de vous aider à choisir entre toutes ces possibilités, mais simplement de vous faire admettre que vous ne pouvez pas être un citoyen sans accepter de jouer le rôle de défenseur du bien public. Le malheur est que de nos jours, chacun veut tirer la couverture à soi : on est citoyens à condition de voir ses intérêts pris en compte et satisfaits : les retraités ne voteront que pour le parti qui augmentera les retraites ; les profs pour ceux qui augmenteront les traitements des fonctionnaires ; les milliardaires voteront pour ceux qui ne rétabliront pas l’ISF, etc.

Attention : je n’ai pas dit que telle ou telle mesure ne serait pas bonne. Ce que je dis, c’est que voter pour telle ou telle mesure ne peut être un choix démocratique qu’à condition d’être reconnu comme mesure bonne pour tous. Que tous aient intérêt à avoir des retraités bien secourus, des profs bien payés ou des milliardaires florissants dont la fortune peut servir d’appât pour d’autres fortunes.

L’alternative est entre le « Bon pour tous » et le « Tous pour moi » : choisis ton camp, camarade.

samedi 8 juin 2024

Petite philosophie des souvenirs – Chronique du 9 juin

Bonjour-bonjour

 

Les célébrations d’évènements mémoriels qui font appel à des reconstitutions et à des évocations peuvent interroger : par exemple, pourquoi faire revivre le débarquement allié de juin 1944 ? Dans la vie quotidienne ces souvenirs ont-ils une quelconque importance ?

 

Ces questions soulèvent le problème du mode d’existence du temps dans notre conscience, qu’il s’agisse du présent du passé ou du futur. On sait que Saint Augustin estimait que le seul mode d’existence du temps était le présent, durée évanescente et décliné selon trois modalités : le présent qui ne fait que passer ; le passé qui est un présent qui est devenu néant ; le futur qui est un néant qui tend à advenir.

 

Nous avons dit que ces commémorations supposaient un retour vers le passé. Mais encore faut-il qu’il y ait un passage entre le présent et le passé : soit on sort du stock de souvenirs ceux qui comportent des images de ces évènements passés ; soit on constate qu’il n’y a pas besoin de retourner vers le passé, parce qu’il y a survivance du passé dans le présent. C’est un passé qui n’est pas passé.

 

- En effet, les souvenirs sont parfois du présent gelé, enchâssé dans une durée qui, bien que passée, reste ancrée dans le présent, comme si aucune rupture n’avait eu lieu, comme si aucun changement ne pouvait le rendre périmé. J’évoquais hier les cérémonies commémorant le débarquement du 6 juin 44 avec le terme de « jubilé » – et c’est bien cela qu’évoque le jubilé : « Un jubilé est une fête marquant un intervalle de 50 ans et aussi l'anniversaire joyeux d'un événement dont les effets se prolongent dans le temps (règne, mariage, etc.). » (Lu ici)

- Je disais que les souvenirs sont parfois vécus comme du présent parce qu’ils restent en communication directe avec lui ; mais le plus souvent les souvenirs sont vécus comme du déjà-plus, images de ce qui est irrémédiablement anéantis. Quoiqu’ils restent présents dans la mémoire ils sont affectés de l’indice du néant ; la nostalgie se nourrit de cette sorte de souvenirs. Les anniversaires participent de l’évocation de ces souvenirs : « Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle » dit la vieille femme se souvenant de ce passé perdu à jamais, et dont le souvenir est le seul mode d’existence. Lui perdu, plus rien en reste.

 

- Reste quand même un dernier problème : qu’est-ce qui explique que certains évènements du passé restent gravés dans nos mémoires comme s’ils venaient de se dérouler ; et réciproquement pourquoi certains souvenirs sont frappés de ce coefficient d’irréversibilité et de nostalgie ? 

vendredi 7 juin 2024

La Seine, le loup et l’agneau – Chronique du 8 juin

Bonjour-bonjour

 

On s’amuse de la pollution de la Seine qui continue d’y interdire la baignade alors qu’une épreuve des J.O. devrait s’y dérouler dans moins de deux mois.

N’oublions pas que la pureté de l’eau est, sans doute depuis toujours, source d’inquiétude. Au moyen-âge, les épidémies étaient attribuées à son impureté dont on soupçonnait souvent les juifs d'être responsables. N'auraient-ils pas déjà empoisonné les puits ?

- On craignait que même les ablutions à l’eau claire provoquent des maladies : Louis XIV est réputé pour n’avoir pris que deux bains dans sa vie.

Mais surtout, n’oublions pas la célèbre fable du Loup et de l’Agneau :

 


« … en aucune façon / Je ne puis troubler sa boisson » dit l’agneau. Le Loup répond alors : « Tu la troubles, reprit cette bête cruelle… » et le fabuliste de conclure : « Là-dessus, au fond des forêts / Le loup l’emporte, et puis le mange, / Sans autre forme de procès. »

Bref, dans l’imaginaire issu de notre culture ancestrale, la pollution de l’eau (et en particulier celle des rivières) occupe une place de choix. Aujourd’hui encore l’impureté charriée par les cours d’eau est une menace nourrie par son aspect limoneux et les détritus qu’elle charrie -bien avant de voir ces soupçons confirmés par des analyses scientifiques.

La « natation en eau libre » : comment une telle épreuve a-t-elle été inventée malgré tout ? Aurait-elle été choisie alors que la pollution du fleuve était encore très réduite ? 

Aurait-on eu pour ambition de reproduire les épreuves sportives telles qu’elles se déroulaient autrefois ? Dans ce cas on aurait dû remettre au programme les courses de chars et les combats de gladiateurs.

jeudi 6 juin 2024

L’élégance de Maxima-Reine des Pays-Bas – Chronique du 7 juin

Info du jour : la reine consort Maxima des Pays-Bas a été remarquée pour son élégance discrète aux commémorations du D-Day

 


 

(Maxima Zorreguieta est la reine consort des Pays-Bas depuis l’accession au trône de son mari, Willem-Alexander, en avril 2013.

On la voit ici arrivant aux commémorations du D-Day)

 

Bonjour-bonjour

 

Supposé que vous soyez un extra-terrestre débarquant en France hier et lisant cette information ; en admettant qu’on vous demande alors « Mais qu’est-ce donc que l’élégance ? » à n’en pas douter vous pourriez répondre : « Être élégant, c’est porter un chapeau de sorte qu’il ne glisse pas par terre malgré sa position improbable »

- On va afficher alors une mine désabusée assortie d’un haussement d’épaule : « Soyez un peu sérieux voulez-vous ? Il s’agit de répondre de façon exacte et non de vanner les gens »

Et si c’était justement là une vision exacte de la mode ? Lorsqu’on le félicitait pour son élégance, Brummell, le célèbre dandy londonien avait l’habitude de répondre : « Si j’avais été élégant vous ne l’auriez pas remarqué »

Étrange paradoxe, ne trouvez-vous pas ? En réalité l’élégance est invisible sauf par un détail qui démarque de l’ordinaire et qui signe l’exceptionnel d’un vêtement.

Imaginez maintenant une photographie de Karl Lagerfeld :

 

 

Sans son catogan ses cols montants et ses lunettes noires, l’auriez-vous remarqué ? Vous serait-il apparu comme un modèle de l’élégance française ?

Alors, pourquoi ne pas accepter que le chapeau figé dans une position invraisemblable figure l’élégance ?  

mercredi 5 juin 2024

Les 80 ans du D-day : eux, c’est nous ; et réciproquement – Chronique du 6 juin

Bonjour-bonjour

 

6 juin 1944 – 6 juin 2024 : 80 ans. Que signifie cet intérêt pour les dates anniversaires ?

 

- D’abord le jour anniversaire signifie que la date marquant l’origine d’un évènement est arrivée. Ces dates sont comme des point fixes sur un processus mobile, ce qui rend évident l’existence d’un cycle. C’est ainsi que le mouvement apparent des étoiles dans le ciel ramène  à date fixe la même configuration.

De la même façon, célébrer un anniversaire c’est reconnaitre que rien n’a changé depuis le jour initial ; il atteste même l’existence de cette fixité. Les vétérans du débarquement sont même déguisés avec leur uniformes d’époque pour nous dire : « Oui j’étais là et je peux vous dire qu’aujourd’hui c’est comme alors (les morts en moins) »

- La tradition historique le confirme avec les jubilés, fêtes célébrées depuis l’antiquité. Cette fixité du jubilé répond d'ailleurs à leur définition : « Le jubilé est une fête marquant (…) l'anniversaire joyeux d'un événement dont les effets se prolongent dans le temps (règne, mariage, etc.) » (def. Wiki.)

 

- Fêter aujourd’hui le 6 juin 1944 c’est dire : « Rien n’a changé depuis ce jour, ni l’héroïsme des combattants, ni l’union des alliés, ni la ferme détermination à sauvegarder les valeurs du monde libre ».

Et comme en 80 ans les générations se sont quand même succédées, le discours implicite est le suivant : « Depuis 80 ans l’héroïsme des vétérans s’est transmis, génération après génération, intégralement à nous. Eux, c’est nous – et réciproquement. »

On comprend pourquoi les anniversaires historiques ne peuvent être que joyeux, puis qu’il s’agit d’identifier notre époque à un passé heureux dont nous ne voulons pas qu’il soit passé.

Le 25 décembre, fêter Noël signifie que l’espérance liée à la naissance du Sauveur est toute entière revenue, comme pour l’an zéro.

On comprend que le 18 juin que nous célébrons soit celui de 1940 et non celui de 1815 (18 juin 1815 : Bataille de Waterloo)