lundi 10 mars 2025

L’agnotologie, vous connaissez ? – Chronique du 11 mars

Bonjour-bonjour

 

Jusqu’à présent je croyais que c’était uniquement dans les réseaux sociaux que l’ignorance fleurissait, toute puissante et fière d’elle-même. Seulement voilà : depuis l’arrivée de l’administration Trump et des décrets du nouveau Président, l’ignorance est devenue non seulement la seule voie ouverte, mais encore la seule légale. 

 

--> Si Galilée était américain en 2025, quel sort lui serait réservé ?

 

On apprend par cet article que Robert Proctor, professeur d’histoire des sciences à l’université de Stanford, a étudié la façon dont l’ignorance pouvait être construite en dévoyant les outils de la science. « Il a constitué une nouvelle discipline, l’agnotologie, mettant au jour comment certains industriels instillent le doute sur la nocivité de leurs produits ou activité – cigarettiers en tête. Dans cet entretien, il évoque notamment les racines de l’offensive de l’administration Trump contre des pans entiers de la recherche académique ».

Oui, vous avez bien lu, la culture de l’ignorance (excusez cet oxymore) a pris une telle extension que la science peut la prendre comme objet d’étude. On sera soulagé de savoir que la science a une telle envergure qu’elle peut englober ce qui la détruit dans ses analyses. Mais ce contre quoi luttent les politiciens et les lobbyistes de tout poil, c’est l’influence que la science peut avoir sur le comportement des gens. C’est que l’ignorance permet le développement de l’influence des manipulateurs, et par là même la soumission pacifique des victimes, et leur passivité devant ceux qui vont les plumer avant de les dépecer. 

Par exemple : les électeurs de Trump qui sont d’origine latino s’étonnent devant les malheurs qui tombent sur les migrants dont ils font partie. Et bientôt les femmes électrices du Président-ultraconservateur vont s’apercevoir que leur espace de liberté se restreint au profit de celui des hommes : elles ont voté pour un chef à poigne sans même écouter ce qu’il promettait de faire quant aux libertés fondamentales des femmes.

Les cyniques hausseront les épaules : bien fait pour elles. Mais les victimes de leur vote ne sont pas seulement dans les rang des populistes.

dimanche 9 mars 2025

A bout de souffle – Chronique du 10 mars


 


 

Vu ici

 

Bonjour-bonjour

 

Ne vous sentez-vous pas comme ce monsieur à la recherche de son souffle ? Oui, pris dans cette tornade d’évènements, d’annonces dont certaines vont être rétractées demain et d’autres actées, tournant ainsi définitivement la page du 20èmesiècle, nous avons perdu nos ancrages et nous voilà ballotés de-ci, de-là, comme une bouteille prise dans un tourbillon.

Que faire, sinon s’arrêter et regarder l’environnement nouveau afin de le juger froidement ?

- Pour prendre ce recul j’éviterai de porter des jugements sur l’actualité trop remuante et sur l’Histoire dont les tours et les retours me cachent encore bien des choses. J’irai donc vers le gros, l’énorme, le super-évident. Autrement dit, vers l’examen du rôle de la force qui affleure dans tous les évènements, ne serait-ce que chez nous avec la mise au rencart des débats sur l’âge de la retraite, remplacés par l’interrogation sur le moyen de sortir de nos usines les millions d’obus qui nous manquent . 

- La force c’est ce dont Donald Trump fait usage lorsqu’il dit aux Ukrainiens « Vous n’avez pas les cartes en mains » où aux européens « Je vous laisse tomber, défendez-vous tout seuls ». Ce que je veux pointer, c’est la légitimité dont celui qui possède les canons et les avions peut faire montre. 

En 1935, Staline demandait à Pierre Laval qui le suppliait de respecter les libertés religieuses : « Le Pape, combien de divisions ? » C’était bien clair, non ?

Si vous voulez qu’on vous mette les points sur les « i », alors allez voir du côté de Blaise Pascal qui nous dit : « Ne pouvant faire qu'il soit forcé d'obéir à la justice on a fait qu'il soit juste d'obéir à la force. » Autrement dit : « Ne pouvant fortifier la justice on a justifié la force ». Ajoutant pour que tout soit bien clair : « /Ceci/ afin que la justice et la force fussent ensemble et que la paix fût, qui est le souverain bien. » – le souverain bien est assuré, quel que soit celui qui écrase les autres sous sa botte, ce sera toujours mieux que le chaos de la guerre civile. (1)

Ne criez pas au scandale et la provocation : demandez-vous plutôt pourquoi certains dictateurs ont une popularité sans égale : ne serait-ce que Poutine dont les exactions sont admirées plus que dénoncées par ceux-là même qui les subissent. 

Et Donald Trump ? 

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(1) Pascal écrivait ceci à l'époque de la fronde

samedi 8 mars 2025

Gene Hackman et son épouse victimes de la maladie d’amour ? – Chronique du 9 mars

Bonjour-bonjour


La découverte simultanée des corps de Gene Hackman et de son épouse Betsi Arakawa a posé la question de leur coïncidence : ce décès de couple relèverait-il du « Syndrome du cœur brisé » comme on a appelé la pathologie présente dans des cas de décès d’un conjoint bien-aimé ?


« Avoir le cœur brisé » ne serait en effet pas qu’une banale expression faisant référence à la souffrance ressentie après une trahison, une séparation ou la perte d’un être cher. Cette maladie s’apparente au premier abord à une crise cardiaque et bien que la littérature et la chanson qui regorgent d’exemples de cas de la « maladie d’amour » (écouter ici Michel Sardou) en aient fait une interprétation beaucoup plus romantique et fantaisiste - la maladie d’amour ne serait pas un mythe et dans certains cas elle pourrait même entraîner la mort. En réalité, les médecins qui l’ont étudiée au Japon parlent plutôt d’une cardiomyopathie de stress ou d’un syndrome de Takotsubo (piège à poulpe, en japonais). (Lire ici)

 

Mais avant même d’impulser une pareille déformation cardiaque, le syndrome du veuf est une expression qui a été employée pour décrire les bouleversements physiques et psychologiques qui peuvent survenir lorsque l’on perd son ou sa « partenaire de vie ». Autrement dit, le choc créé par la perte de la personne aimée se comprend à partir d’un processus général appelé le deuil.

Oubliant un instant l’analyse freudienne du « travail de deuil », restons au niveau de l’étude scientifique communément admise : les personnes endeuillées passent généralement par plusieurs phases :

1) Le choc et le déni. À l’annonce du décès, le conjoint survivant entre généralement dans une phase de choc émotionnel, marquée par une sensation d’irréalité ou un refus d’accepter la perte. Le déni est une réaction protectrice face à l’intensité de la douleur.

2) La colère. Une fois la perte reconnue, un sentiment de colère peut émerger et être dirigé contre le défunt qui nous a quitté, contre soi-même (sentiment d'impuissance) ou contre la vie en général (sentiment d'injustice).

3) Le marchandage. « Il s’agit d’une phase d’illusion pendant laquelle on peut se convaincre qu’un retour en arrière est encore possible. Certaines personnes se tournent vers la religion, dans l’espoir de pouvoir négocier un retour de l’être aimé. Pour d’autres, cette phase prend la forme d’un dialogue intérieur où l’on tente de rejouer la fin du scénario avec les fameux "et si…" ».

4) La dépression. Lorsque la perte est pleinement acceptée, une phase de dépression ou de tristesse intense peut s’installer. Elle est marquée par une grande douleur émotionnelle, une perte d’intérêt pour les activités habituelles, un isolement social, et des symptômes physiques comme la fatigue ou l'insomnie.

5) L'acceptation. Cette phase n’est pas forcément synonyme d’oubli. Elle consiste plutôt à apprendre à vivre avec la perte. La personne commence à retrouver un équilibre émotionnel, à réorganiser sa vie sans son ou sa conjoint(e), et à envisager de nouveaux projets.

6) La reconstruction. Avec le temps, la personne veuve commence à reconstruire sa vie, à ajuster ses routines quotidiennes, et à trouver de nouvelles sources de sens ou d’accomplissement. « Cette phase de réadaptation et réinvention personnelle permet même à certaines personnes d'envisager une nouvelle relation affective », souligne la psychologue. (Lu ici)

On l’a compris, vouloir faire du décès de Gene Hackman et de son épouse un cas de deuil pathologique est surtout une occasion de nous informer de l’évolution de ce deuil lorsqu’il prend une tournure intense. On peut mourir d’amour, sans que ce soit un « miracle » du sentiment amoureux.

vendredi 7 mars 2025

Notre IA qui êtes-aux-cieux…. – Chronique du 8 mars

Bonjour-bonjour

 

Il y a quelques décennies, des sites internet de confession en ligne, avec pénitence, absolution, et signe de croix tracé avec la souris, faisaient sourire. Et puis, les années passant beaucoup d’autres excentricités ont fait oublier cette pratique virtuelle de la dévotion.

Mais avec le confinement, la confession en « distantiel » a fait son retour au premier plan : rencontrer un prêtre via l’ordinateur, pourquoi pas ?

Mais avec les IA génératives, type ChatGPT, les choses ont changé. C’est qu’il ne s’agit plus de rencontre virtuelle avec un confesseur ; il s’agit, grâce à une Intelligence artificielle qui a ingurgité les textes des Pères de l’Église, des conciles, des encycliques..., d’obtenir des réponses à des questions existentielles de la foi que se pose un chrétien, sans qu’aucun ecclésiastique ne soit consulté. La machine jouerait alors le rôle dévolu au directeur de conscience, bien oublié aujourd'hui mais qui pourrait revenir sous cette version virtuelle au premier plan de la vie morale.

On aurait également la possibilité d’entendre le sermon du dimanche, fabriqué sur mesure pour la période et pour le public de fidèle concerné, concocté par une IA programmée sur mesure pour ce magistère.

Qu’en pense l’Église ?

- Voici ce qu’on lit à ce propos dans le journal La croix : « Nicolas Vandame et Benoît Sibille s’opposent au projet de création d’une intelligence artificielle (IA) catholique pour conserver le « magistère de la Parole ». Pour eux, l’idée qu’une IA puisse présenter « une synthèse des mystères de la foi » est insensée, car l’IA serait « intrinsèquement une profanation de la Parole ».


- « Magistère de la Parole » (notez la majuscule) : quésaco ? Lisons ceci : « Le « Magistère ordinaire et universel des évêques » est un enseignement universel… Il suppose la commune adhésion de foi des fidèles. Il est considéré comme divinement révélé et donc irréformable. » (Art. Wiki)

Bref : Dieu inspire le prêtre, mais il n’est pas prêt d’inspirer la machine « intelligente ».

 

Mais enfin : comment savons-nous que Dieu ne parle pas aux machines ? S’Il a inspiré le Sacré collège des cardinaux ou des évêques pour trancher les dilemmes de la foi et décréter les dogmes les plus connus, pourquoi ne ferait-Il pas de même avec des machines dès lors qu’elles serviraient à guider la méditation des fidèles et à confesser les croyants ?

Et si le Vatican était transformé en data-center ?

jeudi 6 mars 2025

Araignée ! Quel drôle de nom… – Chronique du 7 mars

Bonjour-bonjour

 

« Le Pape est mort. Un nouveau Pape est appelé à régner. – Araignée ? Quel drôle de nom ! Pourquoi pas libellule ou papillon ? » 

- Cette jolie comptine attribuée à Jacques Prévert permet d’évoquer la succession du pape François qui devra sans doute très prochainement avoir un successeur. Car en effet, même si Dieu veut le maintenir en vie, le Souverain Pontife risque bien de ne plus jamais avoir la force d’exercer son pontificat.

Les pronostics vont bon train avec comme à chaque fois des prévisions toutes absolument péremptoires – mais ne dit-on pas que « Qui entre pape au conclave, en ressort cardinal » ?

- Reste que l’essentiel est bien dans le pouvoir que possèdera ce futur élu d’orienter de façon significative l’action de l’Église dans le monde. Et de rapprocher le rôle de cet homme solitaire à la tête de l’Église de celui du Président des Etats-Unis d’Amérique, dont on voit qu’à lui seul il possède le pouvoir effectif de bouleverser la vie de chaque homme (ou presque) sur cette terre.


- De quoi faire réfléchir ceux qui, comme moi, bouffis de matérialisme historique affirment tranquillement que ce sont les masses qui font l’histoire, que les individus jouent au maximum le rôle d’aléa dans son cours inflexible. 

Que dit cette thèse ? Que si un homme seul est capable de dévier le cours de l'histoire, c’est simplement qu’un point de rupture a été atteint, l’action des individus n'étant que des hasards qui pèsent sur les tensions qui sont déjà à l'oeuvre. D'où une comparaison avec les tremblements de terre, ou comme le propose Bergson, avec la détente du pistolet chargé qui s’actionne d’un simple frôlement.

Faut-il rejeter ces thèses, ou bien plus prudemment, faut-il examiner scrupuleusement le contexte pour évaluer à cet éclairage le rôle de l’action d’un Donald Trump, ou d’un futur maitre du Vatican ?

mercredi 5 mars 2025

En ce moment, les Baltes creusent des tranchées – Chronique du 6 mars

Bonjour-bonjour

 

Hier soir le discours martial du Président Macron a retenti comme une volée de cloches dans les campagnes françaises en 1914 : l’ennemi est sur le Rhin, il viendra bientôt jusque dans nos bras égorger nos fils nos compagnes.

 


On sait déjà que l’argent va être comme d’habitude « le nerf de la guerre » : nous avons parlé ici même et pas plus tard qu’hier de l’économie de guerre. 

- Maintenant il reste à dire qui va y aller ? Car, n’imaginons pas qu’on va arrêter les chars russes avec des drones pilotés depuis un centre bien caché quelque part dans la campagne française. Il va nous falloir des soldats, des Piou-Piou, des Bidasses. D’ailleurs on apprend que dans les Pays Baltes on creuse déjà des tranchées.

Rétablir la conscription, ça pose quelques problèmes : déjà ça va couter un bras ; c’est d’ailleurs pour ça qu’on avait décidé du temps de Jacques Chirac – pourtant « mili fana » – de supprimer la conscription ; ensuite où allons-nous mettre ces jeunes gens ? Les casernes ont disparu et en reconstruire, ça risque de prendre du temps. Mais surtout, pour être militaire aujourd’hui, il va falloir savoir faire autre chose que balayer la cour de la caserne.

La preuve en est que les séances de recrutement insistent sur les diplômes ou sur les capacités à en obtenir dans le sein de l’armée. On veut des gens un peu capables de réfléchir et d’apprendre le fonctionnement de dispositifs technologiques complexes. 

A ce compte, Bidasse aurait été réformé.

mardi 4 mars 2025

Retour prochain des cartes de rationnement – Chronique du 5 mars

 


 

Bonjour-bonjour

 

Le Président Macron n’a de cesse de nous faire entendre qu’il est temps de comprendre que la France doit entrer en « économie de guerre ». Mais nous dit-il de quoi il s’agit ? Point du tout !

Dans ce cas on va piocher Wikipédia et Google réunis. Et voilà le résultat :

- D’abord, une économie de guerre est caractérisée par l’accroissement de l’effort d’armement. Chez nous Dassault exulte.

- Ensuite, c’est de l’argent – beaucoup d’argent.  « Le ministre de l’Économie et des Finances, Éric Lombard, promet d’annoncer son plan de bataille le 20 mars » (lu ici) : pas la peine de vous faire un dessin je suppose – Si ? Dans ce cas attendez-vous à voir des plans d’équipements suspendus : pas d’écoles et de lycées supplémentaires ; les hôpitaux vont stagner dans leur misère ; je ne parle même pas du budget de la culture : pour ça, tirez les mouchoirs.

Bon : on aurait pu le deviner : si on prépare la guerre, on vide sa tire-lire. Mais pas que : car dans son sens extensif le terme en vient à désigner une réorganisation non seulement de l’économie, mais aussi de la vie sociale entière. Voici la liste des mesures fournie par Wiki (ici) :

- Contrôle exhaustif de la politique monétaire visant à éviter les processus d'hyperinflation ;

- Faveur accordée à l'autarcie au niveau des produits de base et du matériel militaire ;

- Mesures de réduction de la consommation énergétique ;

- Incitation à la main-d'œuvre féminine à bas coût pour occuper les postes de ceux qui intègrent l'armée ;

- Changements dans la politique agricole, qui dirigent les cultures et l'industrie de transformation vers la production de céréales et, en général, vers des produits apportant une grande quantité de glucides. 

- Augmentation de la production de l'industrie lourde et militaire ;

- Mise en place de mesures de réduction de la consommation privée, qui peuvent inclure le rationnement de l'industrie et des familles.

 

- Oui, je sais : évoquer les cartes de rationnement ça fout les chocottes : mais c’est simplement dans la logique de la guerre.