samedi 15 novembre 2025

Les fôtes d’ortografe : une intolérable corruption. – Chronique du 16 novembre (2)

Bonjour-bonjour

 

C’est sous le titre « Mafia sort de cette Corse » que la rédaction de Corse-matin reprend l’info illustrée par cette image (voir ici). Au premier degré, on constate que les manifestants corses ont une meilleure orthographe que les rédacteurs de Corse-matin pour lesquels l’impératif du verbe « sortir » obéit à une règle… disons exotique. (Je laisse de côté la « maffia » avec 2 « f » qui orne la pancarte sur la photo ; ainsi que la possession diabolique suggérée)

 


Sachant que les bulletins d’information de la presse écrite (c’est bien à cela que correspond ce billet publié sur le net, certes, mais néanmoins dans une version écrite) doivent être contrôlés avant publication, on doit hélas admettre que ce laxisme n’est pas seulement celui d’un jeune rédacteur inexpérimenté, mais bien celui, plus aguerri, d’un rédac’chef.

 

Cette faute est plus qu’un manquement à la langue française ; publiée dans la presse, elle est aussi un indicateur du niveau de corruption des règles grammaticales sans lesquelles on ne saurait plus communiquer entre nous. Et cette corruption-là n’est pas un effet de la mafia, mais  d’une certaine façon elle est plus grave. On peut admettre que si la corruption de la langue est moins visible que celle de la société elle n’en est pas moins délétère : si c’est la Corse entière qui est victime de la mafia, c’est la France toute entière qui est victime de l’indifférence à l’égard de notre langue.

La vertu dormitive de l’opium – Chronique du 16 novembre (1)

Bonjour-bonjour

 

Allez : un peu de science aujourd’hui.

Un cerveau gros comme une graine de sésame vient de déchiffrer ce que la science croyait hors de portée des insectes : expliquons. Le bourdon, cet insecte pollinisateur, possède un cerveau qui abrite moins d’un million de neurones. Pour comparaison, le cerveau humain en contient 86 milliards. Pourtant, ces minuscules créatures ont démontré une capacité que personne n’avait jamais observée chez un invertébré : elles peuvent apprendre à distinguer des durées différentes de clignotement lumineux. Autrement dit, elles comprennent les bases du code Morse. Pourquoi les bourdons possèdent-ils cette capacité alors qu’elle ne semble avoir aucune utilité évidente dans leur vie quotidienne ? (Lire ici)

Constatant que même les organismes dotés des cerveaux les plus rudimentaires possèdent naturellement une forme de perception temporelle, les scientifiques à court d’inspiration pour expliquer ce phénomène ont fini par dire : « Cette capacité d’encoder et de traiter la durée pourrait être une propriété intrinsèque du système nerveux lui-même, inhérente au fonctionnement même des neurones. »

On se rappelle qu’autrefois, pour expliquer que l’opium fasse dormir on évoquait la « vertu dormitive de l’opium ». Cette pure tautologie, qui faisait rire du temps de Molières, n’explique rien mais on fait comme si elle satisfaisait toutes les curiosités.

C’est bien commode : c’est comme cela que nous parlons du talent propre à nos dirigeants, doués de façon innée de la faculté de percevoir l’avenir 


 

Le Grand Timonier

vendredi 14 novembre 2025

Pétain vaut-t-il une messe ? – Chronique du 15 novembre

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui aura lieu à Verdun une messe « pour le repos de l’âme de Philippe Pétain et des victimes de la guerre » à la quelle s’oppose vigoureusement le maire de la ville, affirmant : « je ne peux pas accepter qu'à Verdun, on puisse honorer la mémoire du maréchal Pétain qui est l'antithèse de l'humanité (...), qui a contribué à la mort de dizaines et de dizaines de milliers d'innocents ». Cette cérémonie ayant été interdite, le Tribunal administratif l’a rétablie, précisant que  « Le juge des référés a estimé que cette cérémonie « en hommage au maréchal Pétain et à ses soldats », compte-tenu notamment de sa date et du lieu dans lequel elle était organisée, n’était pas, en elle-même, de nature à susciter des troubles à l’ordre public. » (lire ici)

 

On se trouve dans le très classique conflit entre ceux qui estiment que la trahison entache l’histoire complète du traitre, alors que d’autres pensent qu’on ne peut condamner une personne dans sa totalité alors qu’elle a accompli des actes héroïques par ailleurs. Dans un registre plus léger on retrouve ce débat à propos de Roman Polanski dont on discutait si son talent de cinéaste devait être préservé de la honte du viol commis 50 ans plus tôt. Peut-on séparer l’homme de l’œuvre ? Le Maréchal de la collaboration ? 

Le cas de Philippe Pétain est à la fois classique et exceptionnel. Classique parce qu’il y a eu deux périodes bien distinctes dans sa vie : l’une où il fut justement honoré pour son action décisive dans la bataille ; l’autre où il imposa une politique de soumission et d’adhésion à l’idéologie criminelle des nazis, obtenant même d’être l’objet d’un véritable culte pour cela.

 

Dans le cas de Philippe Pétain, la solution passe à mon avis par l’évaluation de la charge mémorielle dont il est, aujourd’hui encore, l’objet.

- Y a-t-il plus de français émus par son action à la tête de l’armée française en 1916 montrant que la Nation toute entière se sent redevable envers lui de la victoire de 1918 …

… que de français écœurés par l’abjection de la poignée de main de Montoire ?

- Exit donc le débat sur l’« essence » de la personne humaine qui ne saurait être double et dont la nature devrait être jugée à l’aune d’un acte criminel. Mise à jour du critère de l’émotion publique, sur laquelle s’appuie d’ailleurs le jugement du Maire – mais aussi le Tribunal administratif, et appelant à une évaluation d’opinion publique.

Finis les débats métaphysiques, place aux sondages d’opinons.

jeudi 13 novembre 2025

Progrès technique : une dialectique sans issue ? – Chronique du 14 novembre

Bonjour-bonjour

 

Qu’est-ce qui alimente la croissance ? La « destruction créatrice » : telle est la réponse qui a valu à Philippe Aghion, Joel Mokyr et Peter Howitt leur prix Nobel d’économie. Et ne croyez pas qu’il s’agisse d’une boutade destinée à épater les ignorants que nous sommes : il s’agit d’une thèse bien connue de Schumpeter, qui affirme simplement que « l’innovation, parce qu’elle rend obsolètes les technologies, les biens, les équipements, les secteurs d’activité d’hier, crée tout en détruisant. » (Lire ici)

- La « destruction créatrice », ce concept fondamental forgé par Joseph Schumpeter en 1942 fait tressaillir le philosophe. Car il s’agit là d’une formule qui ressemble à la définition de la dialectique hégélienne. Il s’agit bien d’une forme d’évolution par la quelle une étape est remplacée par une autre au cours d’un processus de destruction alimenté par une contradiction interne ; et c’est ce processus qui constitue un progrès : on pense l’IA qui aujourd’hui facilite le fonctionnement des entreprises tout en mettant au chômage des millions de travailleurs.

- Progrès ? Qu’en disent donc les malheureux chômeurs jetés dehors par les prouesses de l’IA ?

Mais n’oublions pas que la dialectique comporte trois moments : après la thèse (= situation initiale : des travailleurs effectuent une tâche donné), voici l’antithèse (= situation nouvelle : la même tâche avec ces employés au chômage) ; et maintenant, place à la synthèse (= troisième situation : ces travailleurs gagnent un nouvel emploi créé par le progrès technique précédent.) 

 

- Toutefois, n’oublions pas que la dialectique est impliquée dans une trajectoire historique : telle est la dialectique historique de Hegel, qui va d’une origine vers une fin que constitue l’avènement de la liberté pour Hegel ou de la société sans classe pour Marx.

Et pour nous aujourd’hui ? 

mercredi 12 novembre 2025

Qui sont les « papas influenceurs » ? – Chronique du 13 novembre

Bonjour-bonjour

 

Ce matin, lu ceci : « Vous connaissez les tradwives, ces « épouses traditionnelles » ? Des influenceuses racontent leur vie idéalisée de femmes au foyer apaisées, entièrement dévouées à leur mari et à leurs enfants. Mais dans ces contenus, un personnage reste aux abonnés absents : le mari. » (Voir ici)

Selon Pamela Aronson, professeure de sociologie à l'Université du Michigan-Dearborn, « La figure du mari « à l’ancienne », celui qui ramène seul l'argent à la maison, travaille dur et est fréquemment absent mais présenté comme principal soutien de famille est en déclin depuis longtemps ».

 


Mari traditionnel, seul pourvoyeur des ressources du foyer

 

--> Si la figure du mari traditionnel, simple travailleur discret peine à émerger, une autre, plus moderne, gagne en visibilité : celle du papa influenceur.

Quelle est donc cette image de l’homme moderne diffusée par ces réseaux ? Il s’agit d’hommes qui partagent leur quotidien domestique, comme changer des couches, cuisiner pour leurs enfants, entretenir leur maison...

Ce qui signifie que la femme « tradiwife » dévouée à son mari et à ses enfants, est unie à un « tradihusband » investi, affectueux et présent, sans la rigidité hiérarchique du patriarche traditionnel.

Ainsi la classe réactionnaire américaine qui renie l’évolution du statut des femmes, aurait-elle gardé un peu du progrès réalisé par les hommes ? A moins que les hommes soient en retard dans le mouvement rétrograde du balancier de l’histoire ?

Dans ce cas il faudrait admettre que les hommes-MAGA sont des pionniers.

mardi 11 novembre 2025

Le grand remplacement : après les S.H, le P.Q. – Chronique du 12 novembre

Bonjour-bonjour

 

Lu (ici) en titre : « La fin du papier toilette semble plus que jamais imminente et son successeur est d’ores et déjà connu. »

 

 

Le papier toilette semble en effet sur le point de disparaitre au détriment d'une solution plus écologique. Vous ne me croyez pas ? Lisez plutôt : « On trouve le papier toilette réutilisable, souvent fabriqué en coton. Celui-ci peut être rangé dans un sac pour être lavé et réutilisé. Un choix à la fois économique et plus respectueux de l'environnement. Au Japon plus de 80 % des ménages l'ont déjà adopté. » (Article cité)

- On a eu les coupelles menstruelles destinées à remplacer les serviettes hygiéniques au moment des menstrues. Pas très appétissant mais enfin ça a autrefois servi et si les arrières grand-mères des femmes actuelles s’en sont contentées, pourquoi ne pas recommencer ?

Seulement voilà : le papier hygiénique nouvelle formule est un papier lavable et réutilisable. Et ça, ça ne passe pas. Je ne voudrais pas vous mettre mal à l’aise, mais imaginez un peu le cycle de ce papier, du sac à main d’où il sort propre – au même sac où il retourne après usage ; et puis la machine à laver pour nettoyer un stock de papier souillé avant de le sécher et de le remettre là où il devra attendre un nouveau cycle.

Pour sauver la planète, nous sommes prêts à de nombreux sacrifices – mais pas celui-là.

En revanche pourquoi ne pas nettoyer cette zone de notre corps après son fonctionnement avec des feuilles de plante verte qui pousserait dans les W.C. et dont on pourrait emporter un stock dans le sac-à-main – à toutes fins utiles ?

 

 

Par exemple, ces feuilles d’Alocasia 'Calidora' feraient parfaitement l’affaire.

lundi 10 novembre 2025

Duel à la baïonnette – Chronique du 11novembre

Bonjour-bonjour

 

Regardez ce vitrail :

 


C’est dans l’église de Saint-Michel-Chef-Chef (Loire atlantique) qu’on peut le trouver.

Et qu’y voit-on ? Un affrontement entre soldats français (en bleu) et soldats allemands (en vert) : combat au cours du quel un français menace de sa baïonnette un allemand alors qu’il est lui-même visé par un autre allemand. En bas du vitrail, une date : 1920.

- Voici donc la représentation de la guerre qui venait juste de se terminer : un duel entre un combattant français et un allemand. Alors que nous n’avons en tête que des images de tranchées, de soldats pris dans la boue et éventrés par la mitraille, la guerre pour ceux qui viennent de la subir est comme toutes les guerres, une rencontre d’homme à homme – quelque chose d’immuable au moins depuis l’Illiade.

- Dans l’histoire ces duels ont marqué l’imagination au point de vouloir faire réellement de toutes les batailles une somme d’affrontements individuels. Projet qui s’est brisé avec les armes de jet, tels que les arcs et les flèches qui ont décimé la chevalerie française durant la bataille d’Azincourt (1415). Pire encore : l’invention de l’arbalète qui perce les armures et permet à un homme de la piétaille de tuer les vaillants chevaliers : « Orlando furioso » le roman de chevalerie édité en 1532 se termine sur la destruction de cette arme considérée comme incompatible avec les combats guerriers inspirés des tournois.

- Voici l’occasion de réaliser combien la guerre est aujourd’hui dénaturée par les machines de mort manipulées à distance : on pense aux drones sans pilotes, mais notre glorieux canon « caesar » qui tue à 50 kms de distance ne vaut guère mieux.

Oui, quand il faut détruire l’ennemi, rien ne vaut la baïonnette.