dimanche 7 mai 2023

Dis-moi quel est ton prénom… – Chronique du 8 mai 2023

Bonjour-bonjour

 

Aux Etats-Unis une institutrice a publié sur Internet une liste des prénoms des élèves les plus turbulents en classe. D’autres profs ont alors joué le jeu en ajoutant des prénoms

Le résultat ?

- Voici les prénoms d’élèves perturbateurs

            * Parmi les prénoms de filles, on trouve Kayla, Layla, McKayla, Kenzie, McKenzie, Faith, Haven, Heaven, Hope, Trinity, Tiffany, Brittany, Ashley, Angel, Stephanie, Bethany, Melinda, Miranda et Keyana.

            * Côté garçons, on trouve : Travis, Chase, Dash, Jeremiah, Joaquin, Michael, Julian, Carmine, Logan, Legend, Ashton, Alfonzo, Angel, Brandon, Bradley, Dakota, Cayden, Cody, Christian et Landon. (Tout ça lu ici)

 

Alors bien sûr tous ces prénoms ne signifient rien chez nous, mais l’essentiel n’est pas là : on trouverait facilement des équivalents – on sait déjà que Kévin ferait partie de la liste. Ce qu’il faut admettre, c’est que le prénom donné plus ou moins arbitrairement à la naissance est considéré comme significatif pour la vie entière de l’enfant.

Ceci renvoie au moment où les parents décident du prénom que leur enfant à naitre va porter ; d’ailleurs notons que les échographies en dévoilant le sexe du bébé à naitre ouvre largement le moment du choix. Alors il y a ceux qui vont choisir un prénoms à la mode, porté par beaucoup d’autres enfants ; et puis ceux qui au contraire voudront que leur enfant n’en rencontre jamais un autre né la même année et portant le même prénom – un prénoms singulier.

Mais il y a aussi ceux qui vont le choisir en fonction de la part de chance qu’il est censé apporter à l’enfant ; et réciproquement, ceux qui commencent en éliminant les prénoms mal famés : la liste américaine devait sans doute servir à cela.

Autrefois la naissance était déterminante en fonction du signe astrologique ; aujourd’hui c’est en fonction du nom.

samedi 6 mai 2023

Un despote éclairé bien à nous – Chronique du 7 mai

Bonjour-bonjour

 

Deux professeurs de philosophie viennent d’être suspendus pour avoir tenu sur tweeter des propos jugés attentatoires à l’image et à la réputation de l’école publique. (Voir ici)

- On leur reproche ainsi de ne pas avoir respecté leur « devoir de réserve ». Devoir qui se définit ainsi : « Le devoir de réserve désigne l'obligation faite à tout agent public de faire preuve de réserve et de retenue dans l'expression écrite et orale de ses opinions personnelles.

L'obligation de réserve n'est pas conçue comme une interdiction d'exercer les droits élémentaires du citoyen : liberté d'opinion et liberté d'expression.

Le devoir de réserve ne concerne pas le contenu de vos opinions, mais leur mode d’expression. » (Lire ici)

- On devine qu’ici le mode de transmission a été jugé déterminant : les profs en question auraient bien pu dire ce qu’ils pensaient dans la salle des profs, mais pas sur tweeter où ils ont 100000 abonnés.

- Oui, mais alors, quelle liberté de penser nous reste-t-il dès lors qu’on ne peut communiquer ses opinions personnelles ? Le devoir de réserve n’est-il pas un attentat à la liberté dès lors que l’État s’arroge le droit de gouverner comme bon lui semble des pensées venues de la sphère privée ?

 

On sait que Kant préconisait une totale liberté sous réserve pour le monarque éclairé (= Frédéric 2) d’avoir une police assez forte pour en réprimer les effets. Il va même jusqu'à penser que le despotisme éclairé peut donner plus de liberté que la simple démocratie :

« Mais aussi, seul celui qui, éclairé lui-même, ne redoute pas l'ombre, tout en ayant sous la main une armée nombreuse et bien disciplinée pour garantir la tranquillité publique, peut dire ce qu'un État libre ne peut oser : " Raisonnez tant que vous voudrez et sur les sujets qu'il vous plaira, mais obéissez ! » (Kant - Qu’est-ce que les lumières ?)

 

Vous avez bien lu : " Raisonnez tant que vous voudrez et sur les sujets qu'il vous plaira, mais obéissez ! » Ne s’agit-il pas d’une devise pour la démocratie française ?

 Mais alors, il est où, notre despote éclairé ?

Monsieur Macron a encore bien du travail devant lui.

vendredi 5 mai 2023

Le jour où la pluie viendra – Chronique du 6 mai 2023

Bonjour-bonjour

 

Hier une procession a été organisée à Draguignan en présence de l’évêque, pour « demander la pluie » dans une région fortement touchée par la sécheresse. « Nous allons reprendre les traditions de nos anciens et processionner pour demander au Ciel de penser à nous », déclare sur sa page Facebook la paroisse de Draguignan. « Le peuple chrétien prend acte d’une problématique, à l’image du manque d’eau. Et il s’adresse à Dieu pour lui demander son intervention », ajoute l’évêque de Fréjus. (Lire ici)

Le manque d’eau est donc une « problématique », à laquelle le recours à Dieu peut apporter une réponse technique. Curieuse déclaration n’est-ce pas ? Comme si les hommes de Provence, constatant le niveau exagérément bas des nappes phréatiques se disaient « Il faut faire quelque chose. Allons demander à l’église de faire le nécessaire pour que la pluie revienne. »

- On le sait, nos anciens ne raisonnaient pas du tout comme cela ; ils pensaient que l’absence de pluie signifiait que Dieu manifestait son courroux et les punissait en laissant le pays se dessécher. Il fallait donc faire des processions et des prières, mais pas comme on exécute une ordonnance en sortant de chez le médecin, mais bien comme un effort pour changer notre attitude vis-à-vis de Dieu et obtenir ainsi son pardon.

C’est que le monde d’autrefois était un « monde enchanté », comme disait Max Wéber signifiant ainsi que la magie était une technique de salut, alors qu’aujourd’hui le monde est devenu strictement rationnel : aucune finalité à rechercher dans les faits naturels, aucune volonté supérieure, aucun message à nous adressé. C’est vrai. Mais dans le même temps, les évènements qui jalonnent notre vie ont perdu leur sens : ainsi de la maladie, jadis preuve d’une volonté divine de nous sanctionner pour nos excès – et qui frappe aujourd’hui un peu au hasard. Le dernier né est mort ? Autrefois, on aurait pensé que Dieu l’avait rappelé à Lui ; aujourd’hui on se dit que c’est probablement une malformation génétique, ou alors les services médicaux n’ont pas été à la hauteur. 

Nous sommes seuls face à nous-mêmes et à notre raison raisonnante. C’est pourtant dans un rapport personnel avec le monde que nos ainés comprenaient la vie ; ils n’en tiraient pas grande efficacité ; en revanche leur vie n’était pas absurde et ils ne se décourageaient pas d'obtenir des miracles.

Aujourd’hui, seuls les écologistes radicaux parviennent à vivre la Nature comme si elle était un être vivant doué de volonté avec la quelle ils pouvaient se réconcilier.



jeudi 4 mai 2023

Les stagiaires – Chronique du 5 mai

Bonjour-bonjour

 

La visite du Président Macron dans un lycée professionnel a mis au cœur de l’actualité le rôle de l’apprentissage dans le cursus secondaire – quand on connait le chiffre des emplois qualifiés qui ne trouvent pas preneurs faute de formation adéquate, on ne s’en étonne pas.

 

- Remarquons que si la France a toujours privilégié la formation en établissement scolaire, l’Allemagne a quant à elle préféré confier aux entreprises la responsabilité de former les jeunes qui pourront ensuite venir remplacer la génération précédente dans les ateliers où ils ont appris le métier. Dans les années 60 (= du temps de ma jeunesse), on disait qu’on ne devait sous aucun prétexte confier aux patronat le rôle d’éducateur, sous peine de voir de jeunes hommes et femmes devenir des êtres « unidimensionnels » pour parler comme Marcuse. Alors il faut dire qu’aujourd’hui, ou bien cette image est devenue obsolète (= idéologique), ou bien nos ambitions ont changé. En tout cas, sous le nom de stage, les jeunes lycéens sont très largement invités à venir découvrir l’entreprise. Bien entendu, les lycées professionnels d’où parlait hier le Président délèguent une part de plus en plus significative de l’apprentissage aux professionnels. 

- Appelés à trouver rapidement de l’embauche dans les entreprise où ils sont admis, les stagiaires depuis longtemps demandent à être rémunérés, ce qui était absolument exclu du fait que leur stage avait (officiellement) pour seule et unique fonction de leur apprendre le métier, et non de produire quoique ce soit. On sait également que la réputation de ces situations d’apprentissage ne correspondaient pas du tout à cette définition, les apprentis servant le plus souvent à faire les basses besognes dont les employés ne voulaient pas, ou à constituer un renfort de production lors des accélérations passagères (1).

- Reste que faute d’être attractives, les filières professionnelles n’attiraient pas beaucoup et surtout pas de jeunes capables d’avoir un peu d’ambition. C’est à cette situation que répond la proposition du Président de rémunérer les stages dès septembre. Je ne discuterai pas ici du niveau très faible proposé, mais plutôt du fait que cette rémunération constitue un effacement supplémentaire de la frontière qui dépare la mission d’éducation de cette de le formation professionnelle. Les élèves qui sont dans ces lycées doivent en même temps connaitre et adopter les codes de la filière professionnelle dans le quelle ils sont engagés. Finie la liberté de se développer selon ses aspirations. Savoir se maquiller proprement pour les filles, et obéir au contremaitre pour les garçons : voilà ce que notre jeunesse doit apprendre 2023…

Il faut rééditer Marcuse.

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(1) Mon expérience en bac pro de vendeurs m’a montré que ces stages situas en novembre-décembre, lors su « coup de feu » de fin d’année n’étaient pas rémunérées alors que le travail était à peu près le même que celui qui était fourni par des vendeurs plus chevronnés.

mercredi 3 mai 2023

Repose en paix, cher RIP - Chronique du 4 mai 2023

 


 

Bonjour-bonjour

 

Le Conseil constitutionnel a rejeté ce mercredi la deuxième demande de Référendum d'Initiative Partagée (R.I.P.) faite par la gauche. Le socialiste Jérôme Guedj, auteur de cette nouvelle formule a déclaré : « On a un RIP qui a été construit pour ne pas vraiment être appliqué »

On aurait donc écrit un texte règlementant la pratique du référendum d’initiative populaire, mais en le tempérant de telle sorte (l’initiative étant désormais « partagée ») qu’il soit impraticable. Façon de dire qu’on ne peut se passer d’une telle disposition – car le peuple doit pouvoir à tout moment contrôler par lui-même la bonne marche de la législature ; mais qu’en même temps la dite législature s’efforce d’empêcher la manifestation de cette volonté du peuple.

On a donc ici un exemple de moment où la démocratie est en lutte avec elle-même, lutte de légitimité au plus haut niveau, puisqu’il s’agit du contenu de la constitution elle-même : preuve que celle-ci porte les traces des luttes politiques qui ont accompagné ses réformes (1).

C’est que cette irruption d’une légitimité autre que celle qui a été déléguée lors des élection est la manifestation d’une volonté de s’autogérer qui a été le fer de lance des révolutionnaires des années 1970. Mais aujourd’hui elle est surtout marquée d’une méfiance viscérale à l’égard du pouvoir, comme l’ont bien fait voir les Gilets-Jaunes.

 

- Je voudrais revenir sur un point assez délicat : l’âge de départ à la retraite, sur lequel le RIC devait porter est-il un point politique ou technique ?

            * Technique il l’est selon le gouvernement : il s’agit de financer la retraite par répartition qui sans cela dépendrait de financement public. En tant que tel ce projet n’entre pas dans le cadre des sujets soumis au suffrage populaire – sinon autant demander de voter pour fixer le montant du SMIC.

            * Politique il l’est aussi – voire même principalement – pour l’opposition qui y voit un dispositif, facultatif du point de vue financement des retraites, mais indispensable pour qui a la volonté d’accroitre la quantité de travail fournie en France. Là est la volonté politique sur laquelle le peuple peut avoir à dire quelque chose.

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(1) Le référendum d'initiative partagée est inscrit dans l'article 11 de la Constitution de la Cinquième République française en 2008. Voir une étude détaillée ici.

mardi 2 mai 2023

Circulez ! – Chronique du 3 mai

Bonjour-bonjour

 

La nouvelle du jour : à Portofino, les touristes n'ont plus le droit de s'arrêter de marcher.

Bigre ? 

Lisons (ici) : « Par décret officiel, si vous cessez de marcher sur le quai entre 10h30 et 18 heures, vous risquez une amende de 270 euros. »

 

Pourquoi donc une pareille injonction ? Les touristes débarquent en masse, parfois plus de 10 000, dans ce port de 400 habitants. Ainsi, sur l’embarcadère, il devient impossible de circuler. « Ce qu’on vise avec ce décret, ce sont les groupes nombreux », explique Giuseppina Chiarello, la cheffe de la police municipale. (art. référencé)

On comprend alors le problème : ce ne sont pas que les touristes veuillent faire du « sur place », c’est simplement qu’ils sont trop nombreux pour pouvoir mettre un pied devant l’autre. L’interdiction de stationner renvoie à l’interdiction de débarquer trop de gens sur le port.

On voit où en est le site de Portofino : comme Venise, comme les Cinq ports voisins, de nombreux autres endroits de par le monde sont victimes de leur succès auprès des Tour-operators : trop de candidats à la visite de ces sites prestigieux les transforment en fourmillère après le savoir dénaturés. Comment prétendre avoir vue la plafond de la chapelle Sixtine quand c’est au-dessus d’une marée de tête qu’on l’a entra-aperçu ? 

- Mais le plus surprenant, c’est que cette régulation ne se fasse pas spontanément : pourquoi les visiteurs ne renoncent-ils pas d’eux-mêmes à ces visites sans réelle possibilité de découverte ? Faut-il croire que le fait « d’avoir été là » suffisait à contenter les gens ?

Voyez par exemple en quoi consiste le succès de la Joconde :

 


 

Cliché pris en 2008 par l’auteur 

lundi 1 mai 2023

Connaissez-vous madame Tang Yu ? – Chronique du 2 mai

Bonjour-bonjour

 

Vous ne connaissez pas madame Tang Yu ? Non ? Voici son portrait :

 


 

Ça ne vous dit toujours rien ? Alors lisez ce qui suit : « En septembre 2022, la Chine, très en pointe dans le domaine de l’IA, déclarait qu’une femme robot pilotée par une IA avait été nommée PDG (après en avoir été le numéro 2) d'une entreprise de plusieurs milliers de salariés (Fujian NetDragon Websoft).

Et l’entreprise de vanter trois avantages majeurs par rapport à un PDG « humain » : elle travaille 24 heures sur 24, elle n’est pas payée, et (tenez-vous bien) elle n’a pas de sentiments. Elle porte un nom (Tang Yu) et peut s’exprimer, son minois apparaissant alors sur les ordinateurs sous forme d’humanoïde. » (Lu ici)

Passons sur l’étonnement de voir qu’un programme informatique se révèle suffisant pour gérer une entreprise de plusieurs milliers de salariés. Après tout Madame Tang a été déjà numéro 2 de l’entreprise avec succès. Reste qu’en compétition avec des humains elle l’emporte avec d’autres critères, tels que :

            1° la capacité de travail : être disponible 24h/24h, voilà le prodige qu’on ne parvient pas à obtenir des collaborateurs humains, pourtant soumis à des contraintes énormes. Un robot y parvient sans mal, comme on l’a vu hier 1er mai avec les caisses automatiques des magasins restés ouverts.

            2° Madame Tang n’est pas payée. Quand on connait les salaires mirobolants exigés par les dirigeants des grandes entreprises, on imagine que les actionnaires apprécient.

            3° Pour finir, on souligne qu’à la différence des humains, Madame Tang Yu n’a pas de sentiments. Voilà une observation banale : depuis toujours on imagine les machines capables de nous dominer justement en raison de cette absence, au point que les plus grands dirigeants semblaient ne pouvoir gouverner qu’en imitant l’insensibilité des robots. Or, voici que l’entreprise chinoise citée fonctionne en effet de cette façon et faute de détails on est obligé d’admettre que ça marche – suffisamment en tout cas pour que l’entreprise réalise les bénéfices sans les quels elle aurait déjà disparu.

 

Faut-il s’en désoler ? Plus d’amitié, plus de solidarité, plus de chaleur humaine ? Certes.

Mais aussi, plus de jalousie, plus de harcèlement sexuel, plus de colère, plus de haine…

Perdrait-on au change ?