dimanche 13 juillet 2025

Tremblante liberté – Chronique du 14 juillet (2)

Bonjour-bonjour

 

Entendu hier : « Pour être libre il faut être craint ; pour être craint il faut être puissant »

Et c’est signé Emmanuel Macron.

En face d’une formule aussi péremptoire il ne reste soit qu’à la rejeter en bloc, soit à la faire fonctionner pour savoir à quoi ça nous mène. Je choisirai cette seconde option en mettant les définitions à la place des mots.

- Ici, la Liberté implique la crainte des autres puisqu'elle résulte d’un rapport de forces. Et donc elle nécessite qu’on impose sa volonté aux autres qui n’en veulent pas. 

- Elle exclue toutefois la lutte permanente qui consume les forces au lieu de leur permettre de s’exprimer. Il faut donc que cette domination implique la crainte - donc le consentement et la soumission.

- Telle est la puissance qui est reconnue sans avoir à s’épuiser dans une lutte permanente. 

- Est libre celui qui est reconnu comme étant le plus fort – et donc celui qui possède la force de dissuasion la plus évidente.

 

--> Donc cette formule nous mène à la course aux armements, les ressources absorbées par les armées étant un investissement … dans la liberté.

o-o-o

Une fois qu’on a fait ça, il ne reste plus qu’à montrer quelles idées sont mises à l’écart par une telle formule et en particulier :

- Celle de la liberté publique résultant de la coopération dans l’espace public. On consultera Hanna Arendt là-dessus.

- Celle de la liberté impliquant la fraternité entre les hommes – revendiquée en particulier par notre devise républicaine.

- Et puis aussi celle de la paix résultant d’un contrat implicite entre des nations qui profitent de la tranquillité pour prospérer sans avoir à prendre aux autres ce qu’elles peuvent produire elles-mêmes.

La Liberté, combien ça coûte ? – Chronique du 14 juillet (1)

Bonjour-bonjour

 

L’armée, combien ça coute ?...

- Un Lycée : dépense moyenne pour un élève ou un étudiant est de 8 480 euros. Soit plus de 8 millions d’€ pour un établissement de 1000 élèves

- Une médiathèque : le coût moyen d’une médiathèque par mètre carré, estimé à 431 euros. La médiathèque Jean Falala de Reims a une superficie de 6 500 m2 – soit 28015 €.

- Un Canon Caesar : son prix est estimé entre trois et quatre millions d'euros pièce (le double pour un char Leclerc)

- Un Sous-marin nucléaire type Barracuda : 1,7 milliard par exemplaire.

 

Bref : tout comme on calcule la superficie d’un lieu en nombre de terrains de football, on peut évaluer le coût d’un canon ou celui d’un sous-marin en nombre de Médiathèques ou de lycées auquel il faudra renoncer pour dégager les capitaux nécessaires pour les produire. 

Car – et c’est là que je voulais en venir– hier quand le Président nous a dit que pour garantir sa Liberté la France devra augmenter le budget de ses armées de 3,5 milliards d’€, précisant en outre que cet argent ne devra venir ni de l’impôt ni de l’emprunt, alors on doit se demander à combien de Médiathèques et combien de lycées il faudra renoncer pour financer ce surcoût. 


- Ajoutons que les protestations sont immédiatement arrêtées par l’argument de l’économie de guerre – à savoir que, quand c’est la liberté et la souveraineté d’un pays qui sont en cause, alors on ne compte plus les sacrifices mais seulement les quels seront utiles.

Sachez simplement que, pour préserver le niveau du moral du pays je n’ai évoqué que le renoncement à des lieux de culture, et pas à des hôpitaux ou à des logements…




samedi 12 juillet 2025

Crash du Boeing d'Air India – Chronique du 13 juillet

Bonjour-bonjour

 

Le mystère s’épaissit : le rapport préliminaire de cet accident vient d'être rendu public, et après l'analyse des boîtes noires, il envisage la possibilité d'une erreur humaine.

Il nous indique en effet que les « switch » d’alimentation des moteurs, les interrupteurs, étaient en position coupée, c'est-à-dire que physiquement, ils avaient été désactivés dans le cockpit par l’un des deux pilotes. (Article ici)

 


 

Il faut savoir que contrairement à ce que l’image suggère, l’interrupteur en question n’est pas comme un bouton de lumière, sur lequel on pourrait appuyer par erreur, ou comme si on pouvait accrocher son pull par inadvertance pour le déclencher. Non, il faut forcément réaliser une procédure, c'est-à-dire tirer le contrôle avant de changer la position. Et cela, c'est nécessairement quelqu'un qui le fait avec sa main.

- Le relevé des boîtes noires nous indique qu’un des pilotes dit à l’autre : « C'est toi qui a coupé le moteur ? » Et le deuxième pilote répond, « mais non, j'ai rien fait ». 

Conclusion ? L’auteur de l’article avance que, selon lui, c'est une erreur involontaire qui aurait été provoquée par l'un des deux pilotes, potentiellement après une perte de conscience de quelques secondes.

- Mystère… Toutefois pas tant que ça. La situation avait été envisagée il y a plus de 30 ans par Scott Adams (créateur du personnage Dilbert) qui avait écrit ceci : « Dans quelques années, les avions seront pilotés par un commandant et un chien. Le travail du chien sera de surveiller les boutons pour que le pilote ne touche à rien. »

Oui, ce genre de situation, ça ne s’invente pas, puisque ça s’anticipe.

vendredi 11 juillet 2025

Être ou ne pas être : telle est la question - Chronique du 12 juillet

Bonjour-bonjour

 

Autrefois, c’était la nature qui décidait si un couple allait ou non avoir un enfant. Autrement dit, l’idée que les parents se faisaient de son éventuelle venue était secondaire : content, pas content, c’était la même chose.

Mais depuis que la contraception a fait son entrée dans la vie des couples, tout à changé. Il s’agi de savoir si la future mère et le futur père sont d’accord pour avoir un rejeton. Et du coup la question s’est posée de savoir pourquoi on refuserait de faire cet enfant (qui d’ailleurs manque cruellement dans les statistiques des démographes).

 

- Cet article de Reporterre pointe un fait largement répandu : il s’agit des écolos qui ne veulent pas avoir d’enfant. Telle cette femme qui a rompu avec son compagnon qui en voulait et à qui elle a répondu « non, parce que je ne veux pas que mon enfant naisse sur une terre plus polluée et moins belle que celle que je connaissais »

- On se focalise sur la justesse de cette prophétie – son incertitude ne devrait-il pas la disqualifier lorsqu’il s’agit de donner la vie ? Certes. Et aussi qu'à vouloir généraliser ce raisonnement c'est la fin de l'espèce humaine qui est proposée ? Certes encore.

- Mais encore plus étrange est cette volonté d’intervenir dans le destin d’un être humain et qui consiste à décider qu’il est meilleur pour lui de ne pas exister plus tôt que d’être. Cette volonté de néant appliquée non à soi-même mais à autrui fait frémir. Elle rappelle la formule du pessimisme antique et que Nietzsche rappelle dans l’Origine de la tragédie, où il fait répondre par le vieux Silène au roi Midas qui lui demandait ce qui vaut le mieux pour les hommes : « Race éphémère et misérable, enfant du hasard et de la peine, pourquoi me forces-tu à te révéler ce qu’il vaudrait mieux pour toi ne jamais connaître ? Ce que tu dois préférer à tout, c’est pour toi l’impossible : c’est de n’être pas né, de ne pas être, d’être néant. Mais, après cela, ce que tu peux désirer de mieux, — c’est de mourir bientôt. »

 


"Etre ou ne pas être": autrefois Hamlet posait la question pour lui-même - comment accepter de continuer à vivre ? Mais ce choix est-il possible lorsqu’il s’agit de décider pour autrui ? Et encore : si c’était comme on décide pour l’enfant mineur : ce serait pensable. Mais décider pour un autrui qui n’existe pas encore, se substituer à une volonté en lui refusant justement l’existence – comment penser cette contradiction ?

jeudi 10 juillet 2025

La vie n’a pas de prix, mais elle a un coût – Chronique du 11 juillet

Bonjour-bonjour

 

Lu ceci dans la presse du jour: « La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) monte au créneau. Face au déficit grandissant de la Sécurité sociale, l’organisation patronale avance une série de propositions chocs… »

On peut s’étonner que ce soient les patrons qui prétendent juger du droit de leurs salariés à être défrayés du coût des soins qu’ils reçoivent – mais on sait que les arrêts de travail en font certainement partie.

Reste qu’en écartant cette prétention, on peut remercier la CPME de prendre une position strictement comptable : selon elle, il est urgent de « sortir de l’illusion du tout gratuit » en matière de soins. 

--> En restant à ce niveau, je suis personnellement plutôt raccord avec ce jugement : en effet je m’étonne toujours que les soins soient considérés comme ne coûtant absolument rien, comme si on ne savait pas que quelqu’un vient derrière nous pour payer l’addition. 

Exemple : je viens de recevoir en pharmacie une paire de chaussette (= bas de contention) : je ne la paye pas et, confusément j’estime qu’elle ne coute rien. Pas un sou : raison pour laquelle elle m’est délivrée tout à fait « gratuitement ». 

Pourtant, sachons-le : si nous devions payer les soins que nous recevons, il y a belle lurette que nous aurions hypothéqué la maison. La mesure de notre ignorance de ce fait est la stupéfaction qui est la nôtre lorsque nous apprenons qu’aux États-Unis il faut souscrire un emprunt pour financer l’opération chirurgicale dont dépend notre vie.

C’est pourtant indispensable d’en avoir conscience lorsqu’il faut fixer le budget de la sécu. Car en lui fixant des limites, on doit avoir conscience de fixer la limite au-delà de laquelle les soins sont réservés aux riches. Et si c’était aussi le droit des riches à vivre ? Si au-delà de cette ligne, les pauvres n’ont plus qu’à crever ?

Bref : le décision qui fixe les limites du droit au remboursement est une décision politique.

mercredi 9 juillet 2025

BZZzzzzzz – Paf ! – Chronique du 10 juillet

Bonjour-bonjour

 

Et si les technologies imaginées pour faire la guerre servaient également au confort des hommes ?

Ainsi le « Photon Matrix », ce petit appareil inventé en Chine, sur la base des détecteurs de drones, peut maintenant servir à nous débarrasser en quelques millisecondes des moustiques.

 


Vous en rêviez, Photon Matrix l’a fait

 

« Selon le constructeur, l’appareil intègre un Lidar (1) pour détecter les moustiques. Il peut déterminer l’angle, la distance et leur taille en seulement trois millisecondes, puis leur tire dessus avec un petit laser. » Il est actuellement proposé à un prix réduit de 424 euros pour la version de base, et 536 euros pour la version Pro, avec un prix de lancement ultérieur de 594 euros ou 765 euros respectivement. 

Voilà une idée qui va faire florès : inventer des utilisations capables de rendre utiles aux civils les engins de destructions militaires. On pense bien sûr immédiatement aux drones, déjà largement utilisés pour les livraisons ou les surveillances de forets en période d’incendies, mais toutes sortes d’autres détournement des usages militaires vers les pacifiques sont également les bienvenus. 

- Occasion de se réjouir des progrès que l’humanité ne manque pas de faire de toutes ses inventions, fussent-elles mortifères ? Oui, sans doute. Mais c’est aussi le moment de constater que la guerre est tellement intégrée aux actions humaines qu’on ne saurait agir dans ce domaine sans agir dans tous les autres.

----------------------------

(1) Lidar :  Appareil qui émet un faisceau laser et en reçoit l'écho (comme le radar), permettant de déterminer la distance d'un objet.

mardi 8 juillet 2025

Lire des livres, quelle perte de temps ! – Chronique du 9 juillet

Bonjour-bonjour

 

Le chroniqueur que je suis est las de retrouver chaque jours toujours les mêmes sujets à discuter. Voyez plutôt : « Gel des crédits, non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, jours de carence des fonctionnaires, « année blanche » sur les prestations sociales… La majorité sénatoriale a livré des recommandations drastiques pour redresser les comptes. » (lu ici

… Oui, ça va finir par arriver, mais en attendant quels nouveaux commentaires ajouter aux commentaires déjà faits ?

 

« Du coup » (cf. Post d’hier), me voilà contraint de choisir des sujets « disruptifs », autrement dit d’abonder des thèses en ruptures avec l’attitude commune.

--> Tel que celui-ci : « J’ai passé 8 280 heures à lire des livres, quelle perte de temps ! »

Ici l’auteur envisage paisiblement le moment où l’humanité aura perdu définitivement le gout et la capacité à mener à bien la lecture. L’auteur s’insurge :

- Et alors ? Faisant œuvre de provoc’ jusqu’au bout, il interroge : reprenant la liste des 8280 titres lus en 10 ans, il demande « qu’en ai-je conservé ? À quoi tout cela a-t-il servi ? »

Et nous-mêmes ? Après un moment qu’on espère agréable, combien y a-t-il de livres dont on a pu se dire : « Celui-là je le garde : je le relirai bien ». C’est en effet un critère : voyez toutes ces boite-à-livres : l’abandon de ces livres et l’adoption d’autres livres ne signifie-t-il pas qu’ils ne sont que des objets de consommation comme n’importe quel autre, dont l’usage est limité à la durée de leur lecture ?  

 


Ma thèse est qu’il y a bien des livres à garder dans sa bibliothèque, des livres de percée sur des idées, des visions, des horizons jamais imaginés et dont le contenu ne sera jamais tout à fait épuisé. Des livres qui resteront vivants à la différence de ces livres innombrables qui ne seront jamais qu’un petit tas de feuilles sèches pour reprendre l’image de Sartre.

D’où la question : le monsieur de l’article cité a lu 8280 livres en 10 ans. Mais pour lire un chef d’œuvre, combien de temps faut-il ? Oublions Guerre et paix aux 2000 pages ; mais pour (re)lire le Petit Prince ?