jeudi 3 avril 2025

Mister Taxman a déclenché la guerre – Chronique du 4 avril

Bonjour-bonjour

 

Depuis hier, on ne parle que de ça : Mister Taxman a déclenché la guerre des tarifs douaniers et le commerce international va connaitre une crise généralisée au terme de la quelle les consommateurs vont être obligés de réduire leur consommation quoiqu’il leur en coûte.

Ainsi, alors que nous avons réussi à grand coup de boucliers tarifaires à satisfaire notre boulimie de consommation d’énergie – mais aussi de biens manufacturés, voitures, télés, ordinateurs, écrans, etc. – Hé bien voilà qu’il va falloir nous serrer la ceinture. Tout ça va coûter si cher qu’il nous faudra attendre 20 ans avant de pouvoir changer notre voiture. Nos rues vont ressembler à celles de la Havane :


 

Résultat : moins d’émission de CO2, moins de déforestation, moins d’extraction super-polluantes – tout ce que nous n’avons pas su faire par raison, voilà que nous le ferons par incapacité matérielle. Le monde va mal ? Et alors ? Le Docteur Tant-mieux va pouvoir pavoiser, son cabinet va déborder de clients.

Pour une référence un peu plus relevée, rappelez-vous du Professeur Pangloss et de sa maxime demeurée célèbre : « Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » qui figure dans Candide, le roman de Voltaire qui ridiculise l’optimisme du système de Leibniz. « Ridicule » avons-nous dit ? Oui, mais révélateur : tout ce qui pousse à la disparition de l’espèce humaine, éradiquée par ses propres méfaits, est bon pour la nature.

Une nature sans humains – voilà l’avenir radieux qui se profile.

mercredi 2 avril 2025

Donald Trump soumis à son hubris ? – Chronique du 3 avril

Bonjour-bonjour

 

Quand vous lisez (ici) que le CEO de Lehman Brothers ou encore de Vivendi Universal ont entrainé par leur hubris déraisonnable la faillite de leur entreprise, vous avez peut-être écarquillé les yeux : CEO : c’est quoi ? Hubris – Quésaco ?


Après avoir consulté les sites bien informés, vous avez trouvé la traduction «  CEO : Chief Executive Officer (=PDG) » et vous vous êtes senti rassuré. Pourtant arrivé à la notion d’hubris, ça n’a pas été la même chanson. A la question : « Pourquoi certains CEO paient trop cher certaines acquisitions », Richard Roll, professeur de finance, après avoir épuisé toutes les explications habituelles, finit par conclure qu’une partie du surcoût peut être imputée à l’égo du dirigeant et à la perte, par celui-ci, du sens de la mesure : c’est ce que Roll nomme l’hypothèse d’hubris. (Art. cité)

- Et c’est là que ça se complique, car il faut définir ce que signifie ce mot grec « hubris ».

Lisons encore l’article cité : « Ce terme fait moins référence à un concept qu’à un ensemble de mythes mettant en scène l’arrogance et l’insolence funestes de l’homme face aux dieux ». 

Et de citer trois sources :

- Le mythe d’Icare selon lequel ce fils de Dédale, méprisant les conseils de son père, vole trop près du soleil pour finir dans la mer. On pense également à Phaéton, qui, tenant à conduire le char du dieu Soleil à la place de son père Apollon, met le feu aux nuages.

- Pour Platon : « Quand déraisonnablement, un désir nous entraîne vers les plaisirs et nous gouverne, ce gouvernement reçoit le nom d’hybris ». (Phèdre)

- Et Aristote de préciser « La cause du plaisir ainsi ressenti par l’individu faisant preuve d’hybris est qu’il se considère lui-même très supérieur aux autres lorsqu’il les maltraite. »

 

L’avantage de ce détour est de fixer les moments essentiels du concept dans un cadre très précis : d’abord, l’hubris est synonyme d’excès. La raison qui connait le cadre à ne pas dépasser est mise hors circuit par le désir et la recherche de plaisir qui lui est associée. Chez les grecs, les cadres en question sont établis par les Dieux et vouloir les outrepasser est un crime qu’ils châtient sévèrement.

Mais chez nous pour qui les dieux grecs n’existent pas ? 

-Écoutez Kant : le désir a la faculté de nous faire croire à la possibilité d’atteindre un but inaccessible. Les dérives les plus invraisemblables deviennent le chemin que des gens guidés par leurs chimères vont emprunter pour peu qu’ils en aient le pouvoir.

- Mais là ne s’arrête pas la faute caractérisée par l’hubris. Comme Aristote le souligne, le plaisir est le but ultime de la démarche désirante. Or être gouverné par la recherche de plaisir est source des pires crimes, car le plaisir de s'éprouver supérieur aux autres implique de les considérer comme des objets purement et simplement.

 

L’hubris est non seulement déraisonnable, elle est aussi immorale. Ce que vérifie l’exemple cité pour commencer de Donald Trump

mardi 1 avril 2025

Question de dignité – Chronique du 2 avril

Bonjour-bonjour

 

Le journal l’Humanité a détourné le slogan du FN pour les législatives de 93 pour l’adapter à la situation d’aujourd’hui. Et ça fait ça :

 


On ne ferait que sourire de ce rapprochement si les citoyens français ne le disaient également dans divers sondages : « Oui, Marine Le Pen a été prise les doigts dans le pot de confiture ; oui elle mérite d’être sanctionnée ; oui encore elle devrait garder la tête basse. Mais non, elle ne mérite pas d’être privée de candidature élyséenne. »

Alors, certes, certains électeurs ont la dent plus dure : « Quand on voit ce qu’elle a pu faire en tant que simple députée européenne, on frémit en pensant à ce qu’elle pourrait faire comme Présidente de la France ! » Mais c’est pour ajouter tout de suite : « Mais c’est à nous électeurs de décider de ce qu’elle mérite de devenir ».

Et voilà l’essentiel : faisant fi des pauvres arguments du RN (du genre : « Il n’y a pas de délit parce qu’il est normal que les assistants parlementaires travaillent pour les députés en France et n’aient rien à voir avec le Parlement européen qui les rétribue »), le citoyen réclame le droit de juger lui-même de la dignité ou de l’indignité de Marine Le Pen en tant que candidate à la fonction suprême de Président de la République Française.