lundi 7 mars 2022

Du cynisme en politique – Chronique du 8 mars (1)

Bonjour-bonjour

 

Désarroi du Président Macron hier, après son entretien téléphonique avec le président Poutine. Celui-ci en effet propose d’ouvrir des corridors humanitaires pour évacuer les civils ukrainiens vers... la Russie. Voilà donc ces malheureux pris sous les bombardements de l’armée russe à qui on imposerait pour évacuer de se jeter dans la gueule du loup. Emmanuel Macron cherche ses mots pour qualifier cette attitude. Après avoir taxé les propos de Poutine d’hypocrites, il finit par lâcher : « c’est du cynisme moral et politique »

 

Que veut-il dire par là ?

Le cynisme est un concept hérité de la Grèce antique. Le cynique était alors un adepte de la philosophie de Diogène et d'Antisthène, philosophes qui avaient le plus grand mépris pour les conventions sociales et l’opinion publique, n’hésitant pas à le montrer en pratiquant la provocation. (Cf. CNRTL)

On voit qu’il s’agit d’une attitude morale plus globale visant à discréditer les valeurs ; mais le cynique ne fait pas de discours pour cela : il se contente de violer publiquement ces règles –c’est ainsi que Diogène vivait dans un tonneau sur l’Acropole, et qu’il se masturbait en pleine rue, simplement pour monter qu’il serait bien agréable que la faim puisse se calmer aussi facilement que la pulsion sexuelle.

- La proposition russe est en effet cynique parce qu’elle est provocatrice : faisant hypocritement mine d’accepter une mesure humanitaire, le Président Poutine propose comme asile des camps d’internements russes où les ukrainiens seraient en danger de mort tout autant que sous les bombes.

 

Mais ce cynisme est aussi politique, puisqu’il montre ouvertement son mépris pour les accords internationaux, comme la Convention de Genève, qui impose des protéger les civils en particulier en accordant des trêves humanitaires. 

D’ailleurs ce mépris de la Convention de Genève n’est pas seulement un effet oratoire, il est aussi chaque jour présent sur le terrain avec les bombardements des marchés des écoles des hôpitaux.

dimanche 6 mars 2022

Bêêêê ! – Chronique du 7 mars

Bonjour-bonjour,

 

Hier dimanche, fin du salon de l’agriculture. A cette occasion, 2 022 brebis accompagnées d’une escouade de bergers et de bergères ont déferlé sur les Champs-Élysées qui n’avaient pas vécu une telle sidération depuis... les Gilets-Jaunes de triste mémoire.

 

 

Le journal Sud-Ouest nous informe : « “Excuse me, what will be there ?” (« Que va-t-il se passer ? »), demande une femme en manteau de fourrure, au milieu d’une foule stationnée à deux pas des Champs-Élysées. « There is sheeps that will make the transhumance » (« Des moutons vont faire la transhumance »), répond un Béarnais gaillard en béret et foulard jaune» Le journal ne précise pas si la dame a compris ce que lui disait ce béarnais que nous ne comprenons habituellement pas lorsqu’il parle en français.

 

Mais ce n’est pas là l’essentiel. « La France et six autres pays veulent faire reconnaître la transhumance au patrimoine immatériel de l’Unesco » – d’où cette manifestation d’un genre inhabituel. (Art. cité).

La transhumance... Ce mot ressuscite en moi des souvenirs, venus des livres d’image de mon enfance, de troupeaux sur des sentiers de Provence, précédés de bergers jouant du pipeau et suivi de chiens aboyant dans le clair matin. Le vieux monde quoi...

Pour moi, la transhumance c’est du passé. À notre époque les animaux qui pâturent en alpage y viennent en vans et leurs bergers arrivent en trials qu’ils utilisent pour redescendre au village en fin de semaine faire la teuf en s’abreuvant de Kro. 

Peut-être... Mais quittons ces images et conservons l’idée que l’humanité qui s’est orientée vers l’élevage il y a 10 ou 12 milliers d’années n’a pas encore franchi un nouveau pas pour abandonner ces mécanismes qui lui ont permis de faire disparaitre les aléas de la vie des chasseurs cueilleurs.

Car, même en consultant les discours-programmes des écologistes les plus radicaux, ceux pour qui la lampe à huile reste une option, on ne trouve nulle trace de la moindre nostalgie pour le mode de vie des chasseurs-cueilleurs. On m’objectera peut-être que les adeptes de la permaculture ont franchi ce pas. En dehors du fait qu’il s’agit là avant tout d’une philosophie les permaculteurs n’ont pas encore dit que nous devions renoncer à élever des poules ou des lapins.

Donc : tant que nous n’aurons pas décidé d’abandonner l’élevage pour la production de protéines animales de laboratoire, nous devrons accepter que des brebis transhument

– Ah ! Mais pas sur les Champs-Élysées quand même !

samedi 5 mars 2022

Rien n’est certain – sauf pour Poutine – Chronique du 6 mars

Bonjour-bonjour

 

Vous reconnaissez ? 

 


Oui, c’est la centrale nucléaire de Zaporijia, située en Ukraine. C’est la plus grande d’Europe et elle a été prise sous les bombardements russes – au point qu’un bâtiment administratif a pris feu et qu’à l’intérieur de la centrale les techniciens ont craint être eux-mêmes attaqués.   On les entend en effet sur cette vidéo s’adresser en russe aux assaillants : « Arrêtez de tirer sur l’installation nucléaire (…) Arrêtez immédiatement de tirer, vous mettez en danger la sécurité du monde entier. Le fonctionnement d’une partie cruciale de la centrale de Zaporijia pourrait être endommagé. Nous ne serons pas en mesure de la rétablir. » (Voir ici)

 

On admettra que les artilleurs russes savaient très bien ce qu’ils faisaient et qu’en spécialistes avertis de la centrale de Zaporijia ils évitaient soigneusement de toucher les organes vitaux de l’installation. Je sais : le risque de bavure était de toute façon trop grand pour être pris – mais c’est quand même cohérent avec le projet évident du Président Poutine : accabler les occidentaux de la terreur nucléaire, non seulement par la menace de bombardement atomique mais aussi par la crainte de l’explosion des centrales nucléaires, à commencer par la plus importante (mais rappelons qu’ils ont aussi pris le contrôle de Tchernobyl de triste mémoire)

 

Le fera-t-il ? Ne le fera-t-il pas ? On compare parfois le Président russe à un joueur d’échecs, jeu très pratiqué en Russie. Il vaudrait mieux le comparer à un joueur de poker rompu à la technique du bluff. Il y a quelques semaines, alors que l’armée russe encerclait déjà l’Ukraine, de très doctes spécialistes se demandaient : « Que se passe-t-il dans la tête de Vladimir Poutine ? » et ils répondaient : « Lui-même n’en sait rien ». Triste constat : ces gens, censés nous éclairer, étaient incapables de voir le piège tendu par l’ennemi.

Car, au lieu de dire : « La seule certitude, c’est que rien n’est certain – sauf pour Poutine », ils se rengorgeaient dans leur pseudo savoir pour dire : « Nous savons que Poutine ne sait pas ce qu’il va faire ».

A mon avis on devrait renvoyer ces spécialistes à leurs chères études.

vendredi 4 mars 2022

Et pendant ce temps, la vie continue – Chronique du 5 mars

Bonjour-bonjour

 

Malgré les abominations venues d’Ukraine, les villes assiégées, les centrales nucléaires bombardées, ignorant que nous sommes saturés de crainte et de colère, les évènements « habituels » continuent. Ainsi :

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé jeudi la fin du port du masque, sauf dans les transports, et la suspension du pass vaccinal à compter du 14 mars. 

Ça c’est une bonne nouvelle ! Plus de pass, plus de raison de bloquer le samedi après-midi pour manifester contre la dictature – On va pouvoir aller chez Ikéa pour repenser la déco du salon. Chic !

Toutefois des recombinants auraient été découverts dans plusieurs régions. C’est ainsi que18 séquences du recombinant "Deltacron" ont été détectées en France.

Ah, ça : mais alors les mesures de libéralisation sanitaire annoncées auraient-elles été prises seulement pour favoriser la candidature d’Emmanuel Macron ? Ce foutu virus pourrait-il revenir nous infecter en pleine guerre d’Ukraine ?

Le désormais candidat à la présidentielle Emmanuel Macron se met en scène dans une vidéo de campagne publiée ce vendredi 4 mars sur les réseaux sociaux.

Montrant avec désinvolture son insolente facilité, le Président a concocté une vidéo filmée durant la nuit le montrant en plein travail à l’Élysée. Montée et mise sur YouTube elle est en ligne dès ce matin. Fastoche ! 

Nouvelle condamnation pour Éric Zemmour. Le candidat d’extrême droite a été condamné, ce vendredi 4 mars, à verser un total de 70.000 euros aux plaignants pour “contrefaçon de droits d’auteur”. Dans son clip de campagne diffusé fin novembre, il avait utilisé des images de films sans autorisation.

Pendant ce temps la justice ne chôme pas : et voilà monsieur Z frappé au portefeuille. Obligation pour lui d’embaucher quelques oligarques de plus pour financer ses PV.

Dans le tournoi Xbox One, c’est Ryze Diablo, représentant du Stade de Reims qui l’a emporté face aux joueurs de l’Olympique de Marseille de Sebiinho.

Le Stade de Reims, champion de France d’un tournoi sur Xbox one ! Voilà qui va faire remonter le moral des citoyens.

 

Oui, la guerre peut continuer, on s’en bat les c***

jeudi 3 mars 2022

Il y a 50 ans, Pioneer s’envolait – Chronique du 4 mars

Bonjour-bonjour

 

« Lancée le 3 mars 1972, la sonde Pioneer 10 se trouve aujourd’hui à 20 milliards de kilomètres de la Terre. L’ensemble de ses instruments ont rendu l’âme, faute d’énergie, mais elle a passé sans encombre la ceinture de Kuiper. Elle se dirige vers Aldébaran, dans la constellation du Taureau, qu’elle devrait atteindre d’ici 2 millions d’années » Lu ici

 

- Si cet anniversaire m’intéresse encore, c’est en raison de la plaque embarquée, « comportant un message pictural de l’humanité, destiné à d’éventuels êtres extraterrestres » (1). C’est ce message envoyé dans l’infini galactique à destination d’une civilisation externe à notre Système solaire qui avait frappé les esprits. Le voici :

 

 

Alors, pourquoi s’intéresser à cette « bouteille à la mer interstellaire », en dehors du fait qu’elle spécule sur l’existence de civilisation extra-terrestre ?  Hé bien c’est essentiellement pour son contenu supposé compréhensible pour des êtres vivants doués d’une culture avancée.

Déjà, supposer une telle possibilité parait naïf : les scientifiques de la NASA sont des rêveurs – pourquoi pas ? Mais une fois admis ce préalable, on s’interroge sur les principes qui pont permis à ces gens de se mettre d’accord sur les inscriptions à graver sur cette plaque : c’est là que ça devient intéressant.

 

Nous passerons sur le caractère ésotérique des indices mentionnés et destinés à transmettre des informations sur l’origine de la sonde et sur les hommes qui l’ont créée ; également sur la quasi impossibilité pour les êtres humains ordinaires que nous sommes de comprendre ces indices : cela laisse songeur sur la réflexion des ingénieurs qui ont pondu ce panneau. (Ceux d’entre vous, chers lecteurs qui voudront tout comprendre liront cet article informatif)

Par contre, je suis beaucoup plus intéressé par ce qu’on n’y trouve pas :

            - Déjà, nulle mention de Dieu. Je crois deviner que les concepteur devaient s’entendre sur les symboles à inscrire et que si les religions sont fertiles en symboles, par contre il doit être impossible de se mettre d’accord sur une évocation universelle de Dieu.

            - Ensuite, aucune référence au génie créatif de l’Homme. Pas un tableau, ni une statue ni un poème – et encore moins une partition de musique. 

            - Pas une illustration pour montrer ce qu’est la nature. Seuls l’homme et la femme montrent des corps vivants (et encore pas tout à fait précis : le sexe féminin n’est pas esquissé, seul « le mont de vénus est apparent » selon l’article cité). 

 

On l’aura compris, ces inscriptions sont essentiellement orientées vers nous-mêmes et non vers des êtres spéculatifs. Raison pour laquelle on ne trouve que des données scientifiques.

 

Le message de cette Plaque est donc le suivant : la science seule est universelle

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(1) Pionner 11, Voyager 1 et Voyager 2 seront elles aussi équipées d’une telle plaque informative.

mercredi 2 mars 2022

L’Histoire s’invite dans notre quotidien – Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

On le sait depuis longtemps : les émotions suscitées par l’actualité sont intenses mais brèves. Elles exigent pour survivre d’être ré-excitées en permanence – et de surcroît elles ne peuvent occuper le devant de la scène qu’une par une. 

Il y a un conflit des urgences et c’est ce que le GIEC vient d’expérimenter avec amertume ces jours-ci. Alors qu’il publiait un nouveau rapport, véritable brûlot qui aurait dû tétaniser le public (vu qu’il annonce que les risques liés au réchauffement climatique sont déjà réalisés et qu’il ne nous reste plus qu’à prendre des mesures pour nous en protéger - ce que nous ne faisons pas suffisamment), sa publication est passée complètement inaperçue, tous les médias étant envahis par les informations consacrées à la situation en Ukraine.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une péripétie liée au fonctionnement des médias et des réseaux sociaux. Ce serait faire fausse route. C’est l’Histoire qui s’invite dans notre quotidien.

 

Selon le Président Macron (1) il s’agit du « retour brutal du tragique dans l’histoire ». On ne sait trop s’il faut le croire mais à coup sûr, c’est l’Histoire (avec un grand « H ») qui s’invite dans notre quotidien (2). La guerre russo-ukrainienne implique en effet une cassure radicale dans l’équilibre entre les puissances issu d’une époque enracinée dans les conflits du 20ème siècle : d’un certain point de vue nous venons d'entrer complètement dans le 21ème siècle. 

 

Et voilà que c’est cet évènement, qui fera sans doute un chapitre entier dans les livres d’histoire, qui compose l’histoire immédiate, cette histoire « courte » que décrivait Braudel, faite du « temps individuel », du battement des évènements quotidiens, et des émotions qui l’agitent. Cette percussion de deux temps historiques résulte du surgissement de l’Histoire (avec un grand « H ») dans la nappe des évènements quotidiens – un peu comme une remontée à la surface du magma terrestre en cas d’éruption volcanique 

Nous sommes donc au point de jonction entre l’histoire longue : celle des historiens, et l’histoire courte : celle des magazines d’actualité. Ce point de jonction signifie que l’histoire « longue », celle des peuples et des sociétés est en train d’évoluer, quelle passe d’un point d’équilibre à un autre.

Le Président Poutine a eu raison quand il a prétendu agir par la guerre sur l’histoire longue. Seulement il a voulu le faire en revenant à l’Empire des Tzars : il ignore semble-t-il qu'il n’y a pas de marche arrière dans l’histoire.

Et personne ne sait de quoi demain sera fait.

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(1) Dans son allocution télévisée du 2 mars

(2) Ceux qui seraient intéressés par la question du tragique dans l’histoire chez Hegel, pourront se reporter à cet article


mardi 1 mars 2022

Grouillez-vous monsieur Lemaitre ! – Chronique du 2 mars

Bonjour-bonjour

 

Marre de la guerre en Ukraine ! Au placard les rodomontades politiques de tous bords ! Un peu d’air frais – de l’air pur et du soleil ! 

La création littéraire vient à notre secours pour nous aider à penser ce qui en vaut la peine : respirer dans une atmosphère neuve, vibrer à des émotions nouvelles, s’ouvrir sur des visons du monde encore jamais explorées.

 

- Le romancier Pierre Lemaitre était hier l'invité d'Augustin Trapenard pour son livre « Le grand monde »

Et que dit Pierre Lemaitre ? « En tant que romancier, ce qui m’intéresse c’est comment la littérature va éclairer le monde... Moi, je travaille sur les interstices du 20ème siècle » (lire ici)

Lemaitre répond ici aux questions pressantes de Trapenard désireux d’avoir le regard du romancier sur le monde actuel. Or, ni la politique ni l’histoire ne le concernent ; bien que situant son dernier roman dans une période marquée du point de vue de l’histoire coloniale française (il se passe à Saïgon en 1948) aucun jugement sur la situation historique ne vient ; comme il le dit : je travaille sur les interstices de l’histoire. Entendez que le monde réel n’a d’intérêt que pour servir de cadre et de soutien à la vie des personnages du roman.

 

Mais surtout, la littérature défendue par Pierre Lemaitre appelle le lecteur à s’ouvrir à des sensations et à des émotions nouvelles – du moins des émotions qu’il n’aurait pas eues spontanément. Alors, bien sûr, certaines d’entre elles sont faites d’effroi et de tristesse : tout ne se passe pas toujours bien dans les romans : si vous voulez voir exclusivement « la-vie-en-rose », achetez la collection Harlequin. La joie et le bonheur doivent se vivre sur fond de tension sans quoi ils n’ont plus de saveur – mais ce n’est pas tout. La littérature en nous dévoilant des chemins nouveaux pour traverser le monde est aussi une ouverture sur des perspectives philosophiques nouvelles – sans pour cela avoir des prétentions lourdement didactiques. 

 

Dans son livre Holzwege, Heidegger nous invitait à suivre des « Chemins qui ne mènent nulle part ». Ceux de Pierre Lemaitre iront là où il voudra nous amener – car le maitre de l’histoire, c’est lui. Mais pour y arriver on en passera par bien des lieux que nous ne soupçonnions pas. Et c’est pour cela qu’il nous faut attendre 4 ans pour savoir où ça va.

 

- 4 ans, c’est long ! Grouillez-vous monsieur Lemaitre !