dimanche 17 avril 2022

Le pourquoi du comment – Chronique du 18 avril (2)

Bonjour-bonjour

 

On ne le sait qu’aujourd’hui, après bien des années d’ignorance : le boson W, une particule connue depuis 1983 s’avère plus lourde que prévu.

Et alors, direz-vous ? Que voulez-vous que ça me fasse ? 

Si les chercheurs sautent de joie, c’est que si on s’est trompé sur la masse du boson W, cela veut dire que la théorie est fausse, qu’elle a un problème. Et ça, c’est une excellente nouvelle !  

Pourquoi une bonne nouvelle ?

« Parce que les physiciens savent que le modèle standard est incomplet. Et ils cherchent depuis des dizaines d’années des indices qui pourraient les amener à la compléter. En particulier, cette théorie n’arrive pas à décrire la gravité – Depuis Newton on ne sait pas décrire, à l’échelle microscopique, la force qui fait tomber les pommes des arbres, et qui nous maintient les pieds sur Terre. C’est donc un grand espoir qui s’ouvre aujourd’hui, grâce au boson W, de trouver une brèche, pour percer ce mystère. » Lire ici.

 

Ainsi donc aujourd’hui encore, comme au 18ème siècle, à l’époque de Newton, on ignore tout des origines de la force gravitationnelle, même si on le recherche de toujours près.

L’essentiel ici c’est que Newton ne s’interdise pas d’expliquer le comment même s’il ne comprend pas le pourquoi : pourquoi les pommes tombent, pourquoi nos pieds restent sur la terre ? On ne le sait pas, mais on sait comment on marche.

On lira ce texte dans le quel Newton indique quelle est sa position, car elle est essentielle, surtout aujourd’hui où la connaissance scientifique a été remise en question par les anti-vax.

On y trouve deux affirmations :

1° « les hypothèses, soit métaphysiques, soit physiques, soit mécaniques, soit celles des qualités occultes, ne doivent pas être reçues dans la philosophie expérimentale (= science expérimentale) ». Autrement dit les connaissances scientifiques n’ont rien à voir avec les opinions.

2° « il suffit que la gravité existe, qu’elle agisse selon les lois que nous avons exposées, & qu’elle puisse expliquer tous les mouvements des corps célestes & ceux de la mer ».

Autrement dit on peut savoir sans tout savoir. 

samedi 16 avril 2022

Les bâtisseurs de cathédrale – Chronique du 17 avril (jour de Pâques)

Bonjour-bonjour

 

Hasard ou pas, l’actualité réunit en ce jour de Pâques la reconstruction de Notre-Dame et un reportage sur la Sagrada Familia : à Paris comme à Barcelone ce sont les mêmes gestes, les mêmes métiers qui permettent d’élever ces cathédrales dont l’occident s’est couvert comme d’un « blanc manteau » pour reprendre la formule de Georges Duby.

 

- Vérifions : « Après l’incendie du 15 avril 2019 qui a ravagé la toiture et la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris des travaux de sécurisation et de consolidation ont été entrepris. Depuis l’été 2021, ceux préalables à la reconstruction se poursuivent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du joyau gothique. Une « cathédrale de métal a été montée à l’intérieur même » du joyau gothique. La nef et le transept sont encombrés de 1 200 tonnes de tubes d’acier. Un immense échafaudage, bardé de réglettes lumineuses, traversé d’escaliers et de six monte-charges, qui s’élève à environ trente mètres. S’appuient dessus des cintres en bois consolidant les voûtes fragilisées. » Ça c’est pour Notre-Dame. (Lu ici)

Quand le visiteur se rend sur le chantier de la Sagrada Familia, « il rencontre une accumulation verticale de colonnes hérissées de grues, qui ne laisse pas présager la luminosité intérieure de ses nefs successives, ni la forêt de fines colonnes arc-boutées, ni la modernité de ses décors floraux. » (lire ici)

 

Mais la ressemblance ne s’arrête pas là. Alors que la construction de Notre-Dame s’est étirée sur deux siècles nécessités au moins en partie par les tâtonnements pour concevoir les arcs-boutants capables de soutenir un édifice si haut avec des baies si vastes, la Sagrada Familia est encore en chantier depuis 140 ans en raison des problèmes techniques à surmonter pour édifier une nef qui culmine à 65 mètres sans contreforts extérieurs. 

Étrange ressemblance qui pourtant ne s’arrête pas là. Après avoir visité la Sagrada Familia il y a une dizaine d’années, je restais sur un banc au pied de l’édifice à regarder les maçons s’affairer, portant des sacs de ciment, gâchant le mortier avant de monter dans les échafaudages qui à l’intérieur se perdaient dans l’ombre de la voute. J’ai eu alors l’impression que ce que je voyais là, c’étaient les bâtisseurs de cathédrales qui au 13ème siècle, à Reims ou à Paris, ont construit ces monuments qui marquent notre esprit. Par-delà les siècles, ce sont les mêmes gestes, les mêmes hommes, la même confiance dans l’avenir : ce que nous avons commencé, d’autres viendront et l’achèveront.

vendredi 15 avril 2022

4 vertus qui vous permettraient de vivre plus longtemps – Chronique du 15 mars

Bonjour-bonjour

 

Vous tous, les angoissés, les dépressifs, les anxieux du soir, de la nuit et du petit matin, réjouissez-vous ! Voici enfin le remède à vos maux – et pour faire bonne mesure une recette de jouvence qui vous permet d’espérer vivre plus longtemps.

Je lis en effet dans cet article : 

« L'optimisme, le soutien social, le bonheur et avoir un but de vie favoriseraient une mortalité plus faible. » Article qui ajoute illico : « favoriser des activités et des situations qui mettent en œuvre l’optimisme et le soutien social, et avoir un but de vie et se sentir heureu.x.se auraient des effets significatifs sur la durée de notre vie. »

Là je sens monter en moi une certaine rogne qui m’habite à chaque fois que des articles de développement personnel ou « welfare » me tombent sous les yeux. 

Ça fait ça :

- Pour vivre plus longtemps, soyez heureux

- Comment on fait pour être heureux quand on ne l’est pas ?

- Soyez optimiste !

- Et comment être optimiste quand on est pessimiste ?

- Ayez un but dans la vie !

- Mon taf est débilitant et mon seul but c’est de finir le mois plus tard que le 15. 

- Trouvez un soutien social.

- Je suis seul, ma meuf m’a quitté, mes potes ont pris le large.

Etc. : ces enfonceurs de portes ouvertes savent ce que tout le monde sait : mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade. Reste à dire comment on y parvient quand on est précisément « pauvre et malade ». Alors je sais bien que l’article du magazine a précisé qu’on doit « favoriser » les activités qui donnent accès à ces états – comme s’ils étaient le fait de situations sur lesquelles nous avons prise. Mais si c’était le cas, ça se saurait ! 

 

- Le bonheur pour les pauvres ; le bonheur pour les malades ; le bonheur pour les réprouvés, les prisonniers, les moches et les bancals. A part certaines religions, il n’y a personne pour dire comment ça marche.

jeudi 14 avril 2022

Élémentaire, mon cher Watson ! – Chronique du 15 avril

Bonjour-bonjour

 

Une tendance de fond sévit depuis quelques années chez les archéologues : celle qui consiste à romancer des scénarios de la vie des hommes préhistoriques, celle des premiers sapiens (voire des néanderthaliens) jusqu’aux éleveurs agriculteurs du néolithique. Ainsi peut-on apprendre comment s’est organisée la société du temps de Neandertal, comment il s’est « accouplé » avec des sapiens, et aussi comment se passaient les relations entre les hommes et les bêtes.  

Dans ce domaine, le « pompon » revient à ce compte rendu d’une découverte de traces fossilisées dans le sol il y a 10000 ans au Nouveau-Mexique.

Il s’agit d’abord de relevés de traces de pieds objectivement décrites :

            - il s’agit de petits pieds faisant des enjambées au rythme d’1,70 mètres par secondes, plus rapide donc qu’une marche classique

            - Cette piste est un aller-retour en ligne droite

            - L’incurvation du pied droit et la forme irrégulières des empreintes, à plusieurs reprises, témoignent de l’impraticabilité du terrain emprunté

            - L’empreinte suggère également que la personne en question portait un poids sur son flanc droit à l’aller – mais non au retour.

            - Des petites empreintes de pieds apparaissent de façon intermittentes également à l’aller et non au retour. 

o-o-o

Que s’est-il passé ? Qu’en pensez-vous mon cher Holmes ?

« Élémentaire mon cher Watson ! Il s’agit d’une femme qui porte sur son flanc droit un enfant – probablement âgé de 3 ans à peine. Elle se presse, glisse dans la boue, déséquilibrée par le poids de l’enfant, qu’elle dépose de temps à autre pour souffler un peu. La situation est urgente : avait-elle conscience d’un risque imminent dans cet environnement hostile où évoluaient des tigres à dents de sabre et des lions des cavernes ? Ou s’agissait-il d’une mission importante, peut-être pour livrer l’enfant ? Dans tous les cas, les traces de l’enfant sont absentes sur la piste du retour, vers le sud. La femme est seule et revient sur ses pas avec un rythme toujours aussi soutenu. »


- Vous croyez peut-être que je blague ? Lisez plutôt l'article référencé plus haut, rédigé par d’éminents chercheurs tels que Matthew R. Bennett, professeur de sciences de l'environnement et géographiques à l'Université de Bournemouth, et son équipe d’archéologues lors de la mise au jour de cette piste exceptionnelle, dans le parc national des White Sands au Nouveau-Mexique.

Il faut donc lire Connan Doyle avant de se lancer dans les études archéologiques.

mercredi 13 avril 2022

Monsieur Tavares travaille-t-il autant que 1266 hommes ? – Chronique du 14 avril


 



Dessin de Tignous (Dessinateur victime des terroristes de Charlie Hebdo)

 

Bonjour-bonjour

 

À partir de quel rémunération le salaire d’un travailleur est-il excessif ? Quand, du temps de l’URSS, Stakhanov extrayait 14 fois la quantité de charbon normale pour un homme, alors on pouvait admettre qu’il touche 14 fois le salaire de base d’un mineur.

Or, chez Stellantis la rémunération annuelle de Carlos Tavares, le PDG de l’entreprise, atteint 19 millions d’euros, soit 1266 fois le Smic. Sur la base du stakhanovisme, il faudrait donc admette que Monsieur Tavares fait le même travail de 1266 travailleurs ? – Bien sûr il n’en est rien et personne au monde ne pourrait prétendre à un tel exploit. 

Mais alors, comment fait-on pour gagner 19 millions d’euros en un an ? 

Voyons le détail comment se décomposent les 19 millions de monsieur Tavarès (Source le Monde) :

- 1,9 million de fixe 

- 7,5 millions de variable 

- 5,5 millions au titre de la première année d’un plan de performance de trois ans 

- 1,7 million de prime de réalisation de la fusion 

-  2,3 millions de contribution à sa future retraite) 

- 47 millions de stock-options non répertoriés ici

- Et quelques autres rémunérations exceptionnelles non détaillées.

Monsieur Tavares est donc rétribué pour de très nombreux travaux différents comme débuter un plan de performance, réaliser une fusion et toucher un à-valoir sur sa future retraite. Quel travailleur en ferait autant ? Après tout, Stakhanov tout héros qu’il fut ne faisait qu’un seul travail – à savoir extraire du charbon.

Mais bien sûr nous faisons fausse route. Le salaire d’un homme, ce n’est pas le montant nécessaire pour compenser la force de travail dissipée durant son exercice. Ça c’était bon du temps de Ricardo et de Marx. Aujourd’hui, la force de travail est une marchandise comme une autre : elle est donc payée au prix du marché. La question est de savoir combien d’argent monsieur Tavares a rapporté à Stellantis.  

Et puis aussi : combien Volkswagen ou Ford seraient-il prêts à payer monsieur Tavares pour l’embaucher ?

mardi 12 avril 2022

Un coup d’avance – Chronique du 14 avril

Bonjour-bonjour

 

Devant le soutien très ferme, presque en forme de ralliement, apporté par l’ancien Président Nicolas Sarkozy au candidat Macron, on se doute bien qu’il y a quelque chose là dessous.

En politique la défaite n’est qu’une péripétie dans un processus beaucoup plus long ; ainsi de la défaite historique des partis traditionnels, en particulier celle de Valérie Pécresse pour LR.

Autant dire que dans les états-majors des partis, avant que le second tour des présidentielles soit passé on s’affaire autour des alliances pour les législatives.

C’est ce que Christian Jacob, le patron du parti, affirme : "Emmanuel Macron a échoué sur son quinquennat et a généré des votes de désespérance. Le moyen de corriger cela passera par les élections législatives, car c’est au parlement que les textes sont votés". Propos repris de façon encore plus explicite par Nicolas Sarkozy : « Soit vous regardez les trains passer durant 5 ans, soit vous avez des parlementaires et quelques ministres ! C'est notre survie politique qui est en jeu » (1)

 

La politique est un métier qui consiste à faire jouer tous les ressorts possibles pour conquérir et conserver le pouvoir : c’est cela que Machiavel a largement expliqué dans Le Prince, son ouvrage publié en 1515 (2). Certes, rien n’est aussi schématique dans la réalité, et il se peut que des politiciens s’engagent de façon uniquement morale : faire le bien du pays et ne rien accepter qui irait contre, quand bien même ils y trouveraient un avantage personnel. Mais la contrainte matérielle à la conquête et à la conservation du pouvoir reste in fine le critère d’évaluation des mesures politique proposées. 

C’est d’ailleurs en ce sens que les démocraties sont supérieures aux dictatures, car elles accroissent les contraintes subies par le pouvoir et le mettent en demeure de tenir compte des aspirations du peuple. Ainsi du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) cher aux Gilets Jaunes et repris par la candidate du RN qui mettrait les gouvernants sous la menace d’une révocation en cours de mandat.

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(1) Lire l’article de Thomas Soulié et Marie-Pierre Bourgeois pour Bfmtv (voir ici)

(2) A télécharger ici

lundi 11 avril 2022

Les partis ? Tous partis ! - Chronique du 12 mars

Bonjour-bonjour

« T’as pas cent balles ? » Cette question on l’a entendue hier prononcée avec angoisse par quelques-uns des candidats déchus de l’élection présidentielle : ayant recueillis moins de 5% des voix, les voilà obligés de payer de leur poche leurs frais de campagne.

 

Ci-dessus, Valérie Pécresse appelle aux dons : "Je suis endettée personnellement à hauteur de 5 millions d'euros" (Voir ici). 

 

On ironisera : Valérie Pécresse en faillite ? On n’est pas prêts à lui confier les clés de Bercy ! Mais la vérité, c’est qu’aucun parti n’est épargné 

- Il fut un temps où on était communiste de père en fils ; où, vieil abonné du Figaro, on avait été toute sa vie du parti conservateur. Mais aujourd’hui, vous pouvez être le matin socialiste, l’après-midi centriste – mais le soir après le pastis, mélanchonniste.

Beaucoup d’électeurs l’ont dit lors de récents sondages : ils se sont déterminés à voter pour un candidat la veille du scrutin, voire même dans l’isoloir.

Oui, imaginez : vous collectez les 12 bulletins présents et, entré dans l’isoloir, vous vous dites : « Au fait le quel vais-je mettre dans l’enveloppe ? » Comment est-ce possible ? Sommes-nous devenus à ce point indifférents à la politique que nous jouions un vote à pile ou face ? Sûrement pas. Mais peut-être notre orientation politique varie-t-elle selon les inclinations, les émotions, les passions qui nous envahissent ? Un attentat islamiste, et je vote pour le fielleux qui promet, une fois élu, de jeter tous les musulmans à la mer ; si c’est une mère de famille qui pleure de faim avec ses trois enfants devant l’Armée du salut, me voilà soutien de l’Abbé Pierre ; le chômage augmente ? Vite, je choisis le libéral de service (Emmanuel ! Au secours !)

Le choix politique ne s’effectue plus qu’à court terme et avec lui l’élection Présidentielle relève du concours de beauté. Plus aucune visibilité : les résultats escomptés s’inversent au cours des sondages et celui qui rit le matin, l’après-midi pleurera.

 

Les sociétés démocratiques comme la nôtre deviennent impossibles à gouverner, mais ce n’est pas grave : en cas de défaillance des hommes, la nature reprend ses droits et c’est elle alors qui pilote le pays, le laissant dériver vers les gouffres pour qu’au dernier moment les matelots reprennent la barre. Et quand ils sont trop occupés à se chamailler pour le faire ? Qu’importe : ça fera un pays libre et indépendant de moins, mais ce qui compte pour notre Mère-Nature, c’est le global, c’est l’espèce : croyez-vous que l’humanité disparaitrait si la France, pays libre et de haute culture venait à disparaitre ?