lundi 7 août 2023

Un monde sans voisinage – Chronique du 8 aout

Bonjour-bonjour

 

C’est une émission entendue sur France-culture hier et relayée par cet article : on y trouve des analyses de Jean-Michel Geneste Archéologue du Paléolithique.

Comparant la grotte Chauvet ornée il y a 36000 ans à celle de Lascaux datant d’il y a 18000 ans, Jean-Michel Geneste explique la difficulté de saisir les changements qui se sont opérés entre ces deux dates.

« Ce sont des temps tellement lointains que l’on a du mal à identifier les changements de ces sociétés, de ces cultures parce que les changements se sont faits à un rythme moins important. La vitesse du progrès matériellement sensible, se fait au prorata de l'interaction des intérêts individuels dans des contextes où la démographie nous dit qu'il y avait des quantités d'humains bien plus basses. Le nombre du million d'individus a été atteint aux alentours de 40 000 ans. Avant la grotte Chauvet, il y avait très peu d'interactions et d'évolution, le changement était rare. » (Article cité)

 

Cette thèse affirme que les mécanismes du progrès des cultures étaient les mêmes qu’aujourd’hui, mais qu’à l’époque paléolithique ces changements se faisaient à des rythmes beaucoup plus lents en raison du faible nombre d’humains vivants sur terre. En effet, 1 million d’humains vivaient sur terre à l’époque de la grotte Chauvet, ce qui implique qu’on devait rarement rencontrer des étrangers pour leur emprunter leurs inventions. On pourrait comparer de façon plaisante cette situation à celle qui serait la vôtre si vous viviez dans le bush australien : à supposer qu’il vous manque un tire-bouchon vous devriez prendre votre avion et parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour trouver une porte à la quelle frapper. Les innovations devaient déjà exister lors du paléolithique, mais elles ne pouvaient se rencontrer ni s’additionner 

 

J’aimerais dire que cette façon de considérer le passé lointain en refusant toute coupure entre le lointain passé et notre présent (puisqu’entre les deux il s’est simplement produit une densification de l’humanité) est en totale opposition avec ce qu’on enseignait à l’époque du structuralisme – du temps de Lévi-Strauss. Il se disait alors que l’histoire suppose une accumulation du passé dans le présent et donc que c’est avec ce phénomène que les cultures humaines sont entrées dans la voie du changement historique. Lorsque toute innovation disparait avec son auteur et que la tradition reprend à chaque génération là où elle en était restée, nulle évolution n’est possible et il serait oiseux de s’interroger sur les progrès réalisés entre Lascaux et Chauvet.

dimanche 6 août 2023

Vie quotidienne – Chronique du 7 aout

Bonjour-bonjour

 

Vous vous demandez peut-être de quoi est faite la vie d’un chroniqueur au mois d’aout, quand rien ne se passe, sauf les feux de forêt ou les inondations de campings ? Éh bien sachez-le : un chroniqueur-philosophe n’est jamais à cours de découvertes fort intéressantes – non pas parce qu’un philosophe a toujours quelque chose à dire, même quand on pourrait bien s’en passer – mais parce que ce sont les faits humains en apparence les plus banaux qui comportent le plus de révélations sur la vie.

 

- Ainsi de la météo à laquelle le public est particulièrement attentif, au point que les relevés du climat en été sont l’occasion des jugements « définitifs » sur qualité de la vie.

 


Août 1963 : la météo en Normandie

 

« Du vent, de la pluie, des températures qui peinent à dépasser les 20 °C. En cet été 2023, les Normands (et les touristes) peinent à garder le moral. Mais si ça peut en conforter certains, il y a soixante ans, en août 1963, il ne faisait que 3 °C à Caen, il y avait de la pluie et même de la neige sur l’Ouest. La une de « Ouest-France » parlait alors d’un « été pourri dans l’Ouest ». (Lu ici)

On s’est toujours intéressé au temps qu’il fait et les proverbes de nos campagnes montrent qu’on a continuellement cherché à prévoir le climat des mois à venir. Occasion de noter que dans les observations climatiques c’est l’avenir qui intéresse les observateurs : savoir non seulement le temps qu’il fait, mais aussi celui qu’il fera. Même un organisme sérieux comme la météorologie nationale y va de ses prévisions saisonnières, comme s’il ne suffisait pas de l’imaginer depuis sa fenêtre.

Toutefois l’essentiel pour le chroniqueur à l’affût de la nouveauté n’est pas dans ce qui se répète mais dans ce qui change. Or comme on vient de le noter, de nos jours aussi l’interrogation sur le climat ne résulte pas seulement du souci de savoir ce que je dois mettre dans ma valise, mais ce que ça révèle de l’état de la planète. Quand je rôtis sur la plage de la Baule, je m’imagine l’Amazonie entrain de flamber. Quand mon camping est inondé, c’est la mousson qui transforme les rues de Bombay en torrents qui me vient à l’esprit.

Et cette tendance est révélatrice non seulement de l’éco-anxiété, mais aussi de l’orientation générale et constante de l’esprit humain qui veut croire que ce qu’il observe aujourd’hui est révélateur de ce qui va advenir demain pour le monde entier.

Le sage est celui qui sait que demain n’est pas encore écrit et que, même s’il l’était, il ne nous serait pas permis de tourner la page du présent.

samedi 5 août 2023

Les J.O. : combien ça coûte ? – Chronique du 6 aout

Bonjour-bonjour

 

Alors que la France affirme avec sérénité que la préparation des J.O. 2024 progresse selon le calendrier prévu, une épreuve reste néanmoins incertaine : celle des compétition de natation dans la Seine. La raison en est la présence de bactéries indésirables dans l’eau, suite parait-il aux pluies intenses de ces derniers jours qui a d’ailleurs entrainé l’annulation du test qui devait avoir lieu récemment. A titre d’information, on apprend qu’au Royaume-Uni des dizaines de sportifs sont tombés malade après une épreuve de natation en mer du Nord en raison de la forte pollution bactérienne (1)

Les autorité françaises précisent que des bassins de rétention des eaux pluviales sont en cours de construction pour empêcher ces débordements responsables de contamination. (2)

 

Alors que nous sommes en période de contraction budgétaire en raison du montant de la dette française, voilà que sans qu’on en soit vraiment informés, on finance des travaux qui n’ont autre intérêt que de rendre possible une épreuve de natation olympique qui pourrait bien sûr avoir lieu ailleurs sans frais supplémentaires. Dans mon souvenir d’écolier le règne de Louis XIV était émaillé de conflits entre le monarque donnant des fêtes versaillaises et Colbert qui signalait au Roi que leur magnificence était incompatible avec les finances du royaume. 

 


Une nouvelle casserole pour Emmanuel Macron : il serait l’héritier de Louis XIV.

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(1) Trois jours avant l'événement, un prélèvement effectué par l'Agence de l'environnement avait révélé la présence de 3900 colonies d'E. coli pour 100 ml, soit un ratio 39 fois plus important que ce qui avait été mesuré un mois auparavant.

Si la bactérie E. coli est naturellement présente parmi la microflore digestive de l'être humain, certaines souches de cette bactérie sont pathogènes. Elles peuvent être responsables de troubles variés, allant d'une diarrhée bénigne à des formes plus graves, comme des diarrhées hémorragiques ou des atteintes rénales sévères. (Lu ici)

(2) Par exemple sur la Marne, lire ici.

vendredi 4 août 2023

Elle ne respecte donc rien ?! – Chronique du 5 aout

Bonjour-bonjour

 

C’est de Sandrine Rousseau dont il est question, peu après sa « sortie » sur Geneviève de Fontenay, juste après son décès. La députée écologiste l’a accusé « d'avoir fait reculer l'image et les droits des femmes » pour avoir comme on le sait dirigé le concours des Miss France.

Cette critique n’est certes pas nouvelle, mais elle intervient alors que la France pleure la disparition de « la dame au chapeau », de son franc parler, et de son éthique sourcilleuse quant à la « pureté » des jeunes femmes venues concourir pour le port de la fameuse écharpe.

 


Le chroniqueur du Figaro (1) se focalise d’abord sur l’irrespect dont fait preuve la député écologiste, allant jusqu’à mépriser le délai de décence qui habituellement ménage le défunt le temps que le deuil se fasse. (Lire ici)

S’appuyant sur cet exemple, la chronique du Figaro critique ensuite ces figures médiatiques issues du mouvement écologique qui rejettent de façon générale tout ce que nous admirons le plus : « Tout ce qui leur semble populaire est à leurs yeux suspect d'impureté. Ils ont fustigé le sapin de Noël, le tour de France, parlent d'interdire plus de quatre voyages en avion par an et les maisons individuelles avec jardin. Ils approuvent le saccage des œuvres d'art dans les musées. Madame Rousseau, elle-même, a condamné le barbecue comme machiste. Maintenant, c'est la beauté du corps féminin exposée à la télévision qui, à leurs yeux, devient suspecte ou immorale »

Laissant de côté le pêlemêle qui caractérise cette énumération, je retiens quand même que la beauté du corps féminin peut être, selon cet éditorialiste, mise en évidence par les canons usités dans les concours de beauté – chose dont on peut discuter ; qu’on peut sans vergogne l’exposer comme un simple objet ; et qu’il est « pur » de toute souillure. Ce qui signifie que la beauté féminine des Miss reste innocente de la concupiscence masculine qui la recherche et qui la soutient.

Façon de dire que la concupiscence ne souille que celui qui l'éprouve et non les objet sur les quels elle se répand.

Tiens! Une idée !

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(1) Il s’agit de Maxime Tandonnet, essayiste et haut fonctionnaire, il a soutenu la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007

jeudi 3 août 2023

La charge de la preuve – Chronique du 4 aout

Bonjour-bonjour

 

S’il y a des informations redondantes, c’est bien celles qui concernent les enquêtes judiciaires à charge contre l’ex-président Trump. A supposer que le principe de sobriété s’applique aux informations, on pourrait se contenter de donner un bulletin mensuel sur les « affaires » à charge à l’encontre de Donald Trump. 

Car c’est à chaque fois la même chose : Trump est accusé de manœuvres criminelles (aujourd’hui manœuvres "criminelles" visant à inverser les résultats de l'élection de 2020) ; le quel plaide non-coupable et enchaine en accusant la juridiction d’être injustement acharnée à sa perte. « Juridiction injuste, juge injuste », a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social, apparemment en référence à la juge fédérale Tanya Chutkan qui doit présider les débats au futur procès après l'audience de jeudi. » (Lu ici)

Pourtant on a fait un pas important hier : si l’ancien Président était traduit en justice rapidement (= avant les élections présidentielles) alors il aurait à prouver les accusations de trucage ou d’injustice qu’il profère à l’encontre de l’administration américaine.

- Car voilà l’essentiel : la charge de la preuve incombe aux accusateurs et non aux accusés. On accuse par exemple Cédric Jubillar d’avoir tué son épouse, mais on n’a pas retrouvé le corps : sans cette preuve les accusations ne valent rien. Éh bien quand Trump accuse les démocrates d’avoir truqué le scrutin, c’est à lui de le démontrer : tant qu’il n’aura pas montré comment les bulletins qui lui étaient favorables ont été détournés, personne ne pourra affirmer qu’il a raison de crier au trucage.

 

Et c’est là-dessus que je voudrais m’arrêter : le complotisme dont malheureusement les médias d’aujourd’hui font leur choux gras est systématiquement en défaut sur ce plan – sauf lorsqu’il s’aventure à produire des preuves qui la plupart du temps ont une valeur scientifique égale à zéro. (1)

Un proverbe dont on fait un grand usage aujourd’hui est le suivant : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ». C’est bien ainsi que fonctionnent les complotistes et ceux qui relaient leurs ineptie ; et pourtant la seule chose qui importe pour qui prétend détenir une vérité est la preuve qu’il apporte de son existence.

« Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment (= avec évidence) être telle » Descartes

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(1) Le seul cas notable de preuve apportée dans une pareille circonstance est celui du professeur Raoult qui prétend donner des leçons d’esprit scientifique à qui s’oppose à lui. Il le fait en exhibant des protocoles de validation de traitements à la chloroquine qui ne répondent pourtant pas à la démarche scientifiquement admise. Et quand on lui en fait la remarque il la rejette en disant qu’il s’agit-là de protocoles favorables aux laboratoires pharmaceutiques – ce qui de toute façon ne prouverait rien à l’encontre du résultat obtenu.

mercredi 2 août 2023

Fais ta valise, on rentre à Paris – Chronique du 3 aout

Bonjour-bonjour

 

Comme le suggère ce titre, paraphrasé de la célèbre formule de George Marchais en 1980, c’est le mot d’ordre dans les campings breton (et autres).

C’est du moins ce que laisse penser ce reportage fait sur place : « Emmanuel et sa famille qui, après les pluies à répétition de ces derniers jours, ont fini par remiser leurs affaires dans le coffre de la voiture pour rentrer chez eux, dans l'Isère. "On devait partir demain, explique-t-il, mais, là, on est rincés". » Lu ici

Mais le reportage n’en reste pas là : « Philosophe, Emmanuel constate que ce n'était "ni la bonne année ni la bonne semaine pour venir en Bretagne, mais on reviendra, car c'est une belle région. »

Voilà donc Emmanuel qualifié de « philosophe ». Et pourquoi donc ? Parce qu’il est résigné. Oui, Emmanuel a tout simplement renoncé à lutter en redoublant les sardines de sa tente et en enfilant son K-way.

 

De quelle philosophie parlons-nous donc ici ? Certainement pas celle de Descartes qui cherche à devenir « comme maitre et possesseur de la nature » : il ferait beau voir que des caprices météo perturbent des vacanciers ! On trouve toujours aujourd’hui des philosophes comme Martha Nussbaum pour dire qu’il existe « un progrès moral basé sur le développement des capacités humaines essentielles et la réalisation d'une vie bonne pour tous. » (cité par chatGPT). 

--> Seulement voilà : depuis des siècles ce sont les thèses contraires qui dominent, en particulier celle des stoïciens.

Épictète disait qu’on devait « suivre la nature » car à vouloir lutter contre elle on ne pouvait que souffrir ou déclencher des catastrophes. C’est d’ailleurs cette thèse que les écologistes mettent en avant aujourd’hui : si le climat ne répond plus à l’ordre ancestral de la nature c’est justement parce que nous avons voulu la modifier pour la soumette à nos désirs. 

Emmanuel – notre campeur breton – est donc stoïcien lorsqu’il considère que ce sont les lois de la nature qui font le climat et donc qu’il s’agit simplement de ne pas se faire souffrir inutilement en s’inclinant devant elles plutôt que de chercher à lutter.

mardi 1 août 2023

Réservé aux dames – Chronique du 2 aout

Bonjour-bonjour

 

2 aout… Il est temps d’en parler : mesdames, vous qui êtes des mamans qui ploient sous une charge mentale éreintante, qui avez un mari aux passe-temps absolument débiles, voire même une belle famille envahissante : pensez à pratiquer la « momcation », autrement dit des vacances sans enfants, ni conjoint, déjà pratiqué aux US et qui commencent à trouver un écho en France. (1)

Partez en laissant tout ça derrière vous, mari, enfants, programme de visites touristiques obligés et de journée en Parc de loisirs. A vous l’hôtel avec des copines, le spa et les massages.

Pour toutes celles qui pratiquent ces vacances, une seule règle : l’absence totale de culpabilité, et un égoïsme à toute épreuve. C’est du moins ce que disent les pratiquantes de ce genre de vacances né comme on l’a dit aux Etats-Unis (lire ici)

 

S’agit-il d’une autorisation à la débauche ? Surement pas, ou du moins pas nécessairement. On aurait plutôt à faire à une sorte d’allocation forfaitaire (par exemple tous les deux ans) venant compenser les services rendus à la famille et permettant de matérialiser des modestes rêveries qui sont venues soutenir le courage de celles qui, chaque main doivent penser à la lessive à étendre et à la boite de Chocapic vide : il faut vite en racheter !

Car, si ce sont des minuscules plaisirs que s’octroient ces femmes en rupture de famille, c’est aussi que la souffrance dont il faut se débarrasser n’est intense que par sa répétition, son éternel retour qui bouffe l’horizon. 

« Éternel retour » : on retrouve la pensée de Nietzsche qui nous offre le choix entre le noir désespoir d’un futur sans avenir : il y aura toujours une boite de Chocapic vide à remplacer ; et un amour fou et sans justification de cet avenir-là, fait de retour indéfini. (2)

Pas d’échappatoire ? Et la momcation avec des copines spa et massages ? 

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(1) « Momcation », contraction de « mom » (maman) et de « vacation (vacances)

(2) Un exposé de la doctrine de l’éternel retour chez Nietzsche à lire ici.