samedi 24 octobre 2026

Livre écrit par une IA : qu’est-ce que ça change ? – Chronique du 25 octobre

Bonjour-bonjour

 

Et si le fait que le livre de Thélyson Orélien ait été probablement entièrement écrit par une IA ne touchait que la confiance que nous avons pour l’écrivain, et ne changeait rien aux émotions du lecteur ? C’est ce que remarque le psychanalyste Serge Hefez : « Il faut savoir que le recours à l’IA n’annule pas l’émotion première : si j’ai été touché, j’ai été touché. Ce qui s’est passé en moi était réel. Le trouble commence quand je cherche à comprendre avec qui, ou avec quoi, cette émotion s’est partagée ». (Lu ici) Autrement dit ce recours à une intelligence artificielle permet dans un premier temps de distinguer ce qui relève de l’écriture et ce qui relève de la lecture. Je crois me rappeler que Sartre écrivait quelque part que les émotions, les sentiments ressentis à la lecture sont en définitive ceux du lecteurs, l’écrivain ne pouvant que les libérer grâce à son texte.

Le vrai problème est ailleurs : Gaspard Koenig souligne qu’il ne pourrait apprécier un livre dans lequel on ne retrouverait pas l’intention de l’auteur. C’est aussi l’avis du même Serge Hefez : « Le livre /de Thélyson Orelien/ est impressionnant. Son écriture est puissante, elle nous plonge au cœur des émotions qu’elle raconte. J’ai le sentiment de lire un texte écrit avec du sang et des larmes, un texte qui ne triche pas ; /.../ Lire ces pages en imaginant qu’une machine, dans laquelle ne coulent ni sang ni larmes, a pu en produire les mots me plonge dans un abîme de perplexité. »

 

- Autrement dit, même s’il s’agit d’une œuvre de fiction, c’est la continuité entre le ressenti de l’auteur et celui du lecteur que l’on recherche. Comme si l’important était l’émotion qui produit les mots et les phrases. Est-ce vrai ? Demandons-nous donc si Beethoven était amoureux quand il composait sa Lettre à Élise, et comment ce petit pervers de Mozart a pu se glisser dans la peau de Don Juan tout comme dans celle de la frémissante Zerlina.

 


J’ai entendu un acteur dire que lorsqu’il a joué un personnage comique dans une comédie, il ne le trouvait pas drôle, mais le public se tordait de rire quand il était à l’écran.

Bref : où se trouve donc l’émotion dans ces cas-là ?

vendredi 23 octobre 2026

Comme en 40 – Chronique du 24 octobre

Bonjour-bonjour

 

La France vint tout juste d’éviter la dégradation de sa note Moody’s malgré une rumeur persistante défavorable. Reste un climat social tendu alors que les intérêts de la dette s’envolent et les craintes d’émeutes lors de rassemblements sur la voie publique persistent, faisant craindre une aggravation de la crise sociale et politique.

Dans ce climat on redoute une campagne électorale agitée et personne ne peut prévoir ce qu’il se passera après cette élection, sachant que quiconque sera élu devra faire face à ces contraintes qui devraient réduire sa marge de manœuvre  à zéro.

S’il ce sombre pronostic est vrai, alors il nous faut élire un héros, quelqu’un qui réussira grâce à son charisme à gouverner suivant les règles imposées par la BCE (probable prochain interlocuteur de la France en matière d’emprunt). Sachant que personne, quelque soit son parti, ne pourra éviter une mise aux normes des dépenses française, autant avoir un Président, doué d’une personnalité d’exception, qui réussisse à imposer aux Français ces mesures forcément impopulaires. Un peu comme le fit le général De Gaulle, imposant en 1962 la paix en Algérie.

Mais puisqu’on parle du général De Gaulle, songeons à 1940. Jusque-là les français ont été agités avec Front populaire, manifestations, occupations d’usines etc. Les allemands envahissent Paris, et que font les parisiens ? Vont-ils tout casser dans les rues en criant « Pourris d’Allemands hors de la France !!! » Bien sûr que non ! Ils ont fait le dos rond, rasant les murs et notant l’adresse à laquelle dénoncer à l’occupant leur voisin juif. 

--> Alors, quand les banques internationales vont débarquer à Bercy et imposer taxes et baisses de salaires, alors qu’eux seuls possèdent la bourse capable de leur donner un peu d’argent un fin de mois, croyez-vous qu’ils vont tout casser pour avoir plus ?

Vous connaissez la réponse : ils feront la queue pour retirer au distributeur les 20 euros aux quels ils ont droit pour la semaine.

 

 

En Grèce, devant un distributeur pour retirer

la somme allouée hebdomadairement à chacun pour la semaine. 

 

 Qu’on le regrette ou s’en félicite nous ne sommes plus en 89, et pas prêts d’y revenir.

jeudi 22 octobre 2026

La vie en rose – Chronique du 23 octobre

Bonjour-bonjour

 

Vous connaissiez octobre rose, le pot aux roses, la panthère rose. Mais connaissez-vous le diamant rose ?

 



Exposé ces jours-ci à Chantilly, le Diamant rose a été en 1926 l’objet d’un vol dans le musée Condé où il est revenu après une histoire rocambolesque que vous pourrez lire ici si le cœur vous en dit.

- Devenu aujourd’hui l’un des trésors les plus précieux du musée Condé, il nous donne l’occasion de nous interroger sur la valeur attribuée aux diamants.

On rattache couramment cette valeur aux propriétés physiques de cette pierre (inaltérable, capable de refléter la lumière, rareté relative). Mais c’est surtout sa valeur symbolique qui lui donne tout son prix : symbole de force et d’invincibilité, le diamant devient le signe de la puissance arborée par les monarques.

A l’époque moderne, devenu une marchandise comme une autre, c’est principalement sa rareté qui retient l’attention. Comme l’a expliqué René Girard, le désir est essentiellement mimétique : nous désirons ce que désirent les autres, parce qu’ils sont nombreux à le faire.

Nous sommes dans la logique du marché qui fixe par exemple la valeur des tableaux de maitres.

Étonnante constatation : alors que nous sommes prêts à défendre notre droit à réaliser nos désirs, comme s’ils manifestaient notre nature la plus authentique et la plus intime, voilà qu’on nous explique que – non, décidément ce n’est pas notre originalité que nous défendons, mais bien notre conformité à un groupe d’individus. Bien sûr, l’envie de posséder ce que possèdent les autres ne serait la marque du désir qu’à condition de comprendre que ces « autres » ne sont pas n’importe qui, mais des personnes aux quelles nous accordons un certain prestige.

Réciproquement, les privilégiés qui arborent ces signes de puissance le feraient pour sentir l’attirance qu’ils exercent sur autrui.

L’essentiel du désir serait donc non pas de combler un manque mais de devenir désirable.

mercredi 21 octobre 2026

Auto-défense – Chronique du 22 octobre

Bonjour-bonjour

 

Bientôt la nouvelle manif’ de fin de semaine avec gilets-jaunes, étudiants et casseurs ? Ne craignez-rien braves gens pour votre croissant du dimanche matin : votre boulanger s’est équipé et a collé ce sticker sur sa vitrine :


 


Vous l’aurez compris : ce soir-là les commerçants ne comptent pas contempler le pillage de leurs magasins en se tordant les mains de désespoir. Les boutiques d’articles de défenses qui vendent à peu près tout ce qui se fait en la matière, de la bombe au poivre jusqu’au pistolet à grenaille, ont été dévalisées. Et le patronne de ce petit restaurant de nous expliquer qu’elle est allée prendre des leçons de tirs – sans dire si elle en avait profité pour s’armer, mais on le devine sans peine. 

En tout cas, certains propriétaires de commerce l’ont dit : « Samedi dernier on a regardé la police recevoir toute la journée des cocktails Molotov avant de disparaitre au moment où ils ont fait sauter la vitrine ». On comprend qu’à présent, ceux qui sentent leur patrimoine menacé pensent qu'il est urgent de se substituer à l’État  – et il ne s’agit pas seulement des commerçants : les habitants des appartements situés au-dessus des boutiques se sentent concernés eux aussi : le « home-jacking » risque bien de venir compléter la gamme de déprédation commises.

 

- Paul Valéry avait dit (en 1931) « Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible nous périssons » : on comprend pourquoi plus personne ne se résout à voir la police recevoir des pavés sans répliquer. D’ailleurs ils vont avoir des consignes pour cela. Et quant on sait que des soldats du dispositif « Sentinelle » vont être dans les rues on frémit : on nous dit qu’ils ne sont là que pour donner confiance aux braves gens mais que jamais ils ne devront faire usage de leur arme. 

Leur arme ? Un fusil d’assaut qui fait mouche à 3 kilomètres ?


 

 

Gare aux réaction un peu irritées des soldats qui reçoivent des pavés sur la figure !

mardi 20 octobre 2026

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? – Chronique du 21 octobre

Bonjour-bonjour

 

Violence, sécheresse, inondations, hausse du CO2, guerre en Ukraine….

 

 

Sébastien Lecornu lors des questions au gouvernement hier

 

Je frémis en lisant les informations matinales : partout ce n’est que désolation, lamentations et appel au secours : rarement le constat aura été aussi affligeant, au point qu’on se demande pourquoi le sort s’acharne sur nous, pauvres français qui n’avons rien fait de mal ?

- Mais, bon : après tout ce n’est peut-être qu’un effet d’optique : peut-être qu’on ne regarde que ce qui ne va pas et qu’on en oublie les bonnes choses qui se préparent, comme les vacances qui viennent d’arriver, et Noël qui va très vite embraser nos vitrines et nos rues.

- « Nos vitrines » … Vous voulez parler de celles qui sont encore en place et des magasins qui n’ont pas été pillés ? ....

- Taisez-vous, espèce de défaitiste ! Rappelez-vous de la chanson de 1935 : Tout va très bien, madame la marquise… L’ironie développée par cette chanson devrait nous faire tous réfléchir : il y a bien pire que nous – et même si tout ne va pas pour le mieux, on est quand même mieux chez nous que dans un pays quelconque - par exemple d'Afrique sub-saharienne.

- Et alors ?

- Imaginez un peu les infos auxquelles on échappe : 

* Covid : l’épidémie gagne du terrain.

* Guérilla : l’Ultra-gauche menace nos prochaines manifs’  

* Corruption : avant de quitter le pouvoir, le Président a placé sa famille à la tête des armées et des principaux ministères ;

* Économie : le pays emprunte désormais à 10%

       * Sécheresse : la Corse ravitaillée en eau douce par bateaux-citernes

- C’est vrai que, vu comme ça…

lundi 19 octobre 2026

Violence : des maux aux mots – Chronique du 20 octobre

Violences urbaines de samedi :

 

Le mot du jour : la colère

 


… Et puis quelques formules entendues au cours des reportages ou tables rondes consacré(e)s à la violence de la rue :

* Macron : game over

* Que Dieu prie pour nous !

* J’ai l’alarme à l’œil

* La convergence des brutes

* Souriez, demain sera pire

* Bismillah c’est les ténèbres

* Un couvre-feu à Paris

* Le fusil de chasse sous le comptoir

* Les ingénieurs du chaos

* Marine Le Pen : la France apaisée

Et pour finir :

« Si l’État est fort, il nous écrase ; s’il est faible, nous périssons » (Paul Valéry)

dimanche 18 octobre 2026

Pour un ramadan politique – Chronique du 19 octobre

Bonjour-bonjour

 

Le reproche fait aux dirigeants qui nous gouvernent est systématique : ils sont déconnectés, « hors-sol », ils n’écoutent pas – ou plutôt ils « n’entendent pas » la plainte du peuple qui leur dit : on se prive mais on n’y arrive plus !

Et c’est vrai : quand on compte jusqu’au dernier centime, qu’on remplit son caddy de la semaine avec la limite de 50 euros maximum, on vit avec la crainte de dépasser son faible budget et de ne pas passer la caisse sans devoir abandonner quelques articles. Au lieu de cela j’appartiens à cette classe de consommateur qui ne regarde pas les prix de ce qu’il achète – sauf à vérifier qu’il est honnête – et qui peut se permettre un dépassement de budget sans sourciller.

- La pauvreté est une expérience que seule la restriction des ressources permet : les responsables politiques ou fonctionnaires ne l’ont certainement pas et c’est tant mieux… sauf qu’ils ne peuvent gérer les finances avec un vécu de ce que représente une allocation de ressource minimum qui fixe le RSA à 1000 euros : pour eux c’est une variable dans un calcul : l’essentiel est que ça tombe juste.

 


Vu ici


Alors pourquoi ne pas tenter un « stage de pauvreté » ? Je veux dire que certains fonctionnaires de Bercy – voire même certains ministres – seraient durant toute une période (disons 6 mois) rémunérés au SMIC, pas un euro de plus ? Les traites et les loyers du fonctionnaire seraient pris en charge par l’État, qui ne laisserait à charge que le montant qu’un smicard lambda doit acquitter mensuellement. Et vaille que vaille, ce haut responsable devrait à son tour faire ses courses chez Auchan avec la calculette à la main.

Idée farfelue ? Pas tant que ça. ATD-Quart monde exige de ses bénévoles qu’ils n’aient pour ressources que le SMIC - et même, ceux qui reçoivent le SMIC n'en conserveront individuellement qu'une partie, le reste alimentant une caisse commune. Ça ne vous suffit pas ? Alors, songez au ramadan : parmi ses significations, la solidarité avec les plus pauvres – entendez ceux qui ont faim – est la plus souvent citée.

Oui, le dénuement est comme la faim : le ventre vide, c’est un cri ; le ventre plein, ce n’est qu’une idée.

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N.B. Le parangon de cette expérience n'est autre que Wittgenstein. Voir ici.