vendredi 9 janvier 2026

Haro sur les mobilités douces – Chronique du 10 janvier

Bonjour-bonjour

 

A Reims, comme sans doute dans d’autres villes moyennes, des travaux d’aménagements urbains font polémique. Il ne s’agit pas seulement de déplorer leur durée et la gène occasionnée, mais aussi les équipements de voirie qui suppriment des places de stationnement et qui réduisent la circulation automobile.

Alors que dans le même temps la ville de Reims s’équipe de lignes de bus nouvelle génération, les commerçants (car c’est d’eux qu’il s’agit) dénoncent ce choix : « Qui prend le bus ? Les étudiants et les personnes qui n'ont pas les moyens de s'acheter une voiture et donc de consommer dans nos établissements. » (Lu ici)

Exit donc le privilège accordé aux « mobilités douces » avec pistes cyclables et voies réservées aux transports collectifs. Les commerçants de centre-ville le proclament : loin de l’image bobo de l’urbain soucieux de préserver l’air de la vile et le paysage urbain avec ses petites places piétonnes, les riches préfèrent la voiture et s’ils le peuvent, ils ne vont dépenser leur argent que là où ils peuvent stationner. 

D’ailleurs il n’y a pas que les riches à penser comme cela : il suffit de voir comment les commerces de périphérie ont triomphé des centres-villes : justement par les parkings géants réduisant le parcours piéton entre le mode de déplacement et le lieu d’achat.

L’homme moderne reste motivé par deux tendances bien connues : l’une, c’est l’individualisme qui le pousse à se déplacer en solo en non en transports collectifs ; l’autre c’est la loi du moindre effort, attestée depuis un lointain passé.

On dira que ce constat vaut pour des villes moyennes et sûrement pas pour des métropoles comme Paris où l’air pur et la verdure sont des valeurs essentielles. Soit. Mais si c’est au prix d’une distorsion de la nature humaine on peut douter de l’intérêt d’une telle situation.


- Quoi ? On me dit que ces propos sont ceux d’un vieux boomer fatigué ? Allez donc vous coincer dans les embouteillages des zones commerciales un samedi après-midi : vous l’en reparlerez des mobilités douces.

jeudi 8 janvier 2026

L’amour au temps du néolithique – Chronique du 9 janvier

Bonjour-bonjour

 

L’archéologie est depuis quelques années la proie des journalistes à sensation : il s’agit de décrire nos ancêtres, Néandertal ou Cro-Magnon, dans leur vie privée – celle pour laquelle les indices matériels sont inexistants, mais qui permet de les rêver parmi nous. Par exemple : vivaient-ils en couple ? Combien avaient-ils d’enfants ? Étaient-ils amoureux-d’amour ?

 

Or, voici qu’à Valdaro, dans le nord de l’Italie, des fouilles ont révélé une tombe datant de 5500 ans et contenant … un couple enlacé, face contre face.



Vu ici

« Les “amants de Valdaro”, surnom qui leur a été donné, semblent nous adresser un geste romantique du passé. Certains chercheurs y voient même une preuve d’amour. Beaucoup considèrent que cette étreinte intime ne peut être que l’expression d’une relation amoureuse. » précise l'article cité, avant d’appeler à la prudence : « peut-on au moins en déduire quelque chose sur les relations sociales de ces temps reculés ? Les gens de l’âge de pierre formaient-ils des couples stables, ainsi que le suggère la double sépulture de Valdaro, où l’amour aurait pu jouer un rôle ? »

Notons que cette attitude tombale a été choisie par les proches de ce couple, ce qui devait signifier quelque chose.

Et puis, on peut quand même dire une chose : ces défunts venus d’un autre monde nous révèlent à nous-mêmes. Nous sommes à l’affut d’une preuve que l’amour, si fugace chez nous, en venant d’un si lointain passé se révèle beaucoup plus solide et durable que nous le croyions.

Si l’amour existait déjà au temps de Cro-Magnon, alors c’est qu’il possède une sorte d’éternité liée à notre espèce. L’amour romantique, celui qui a uni Roméo à Juliette, est inscrit dans notre ADN.

mercredi 7 janvier 2026

Funérailles de B.B. : où était Bossuet ? – Chronique du 8 janvier

Bonjour-bonjour

 

Lisant le récit des obsèques de Brigitte Bardot, je suis frappé par la superficialité du reportage : après avoir énuméré les personnalités présentes et évoqué les absentes, on s’est extasiés sur le cercueil en osier couronné de fleurs des champs (intérieur capitonné de vichy rose). Quelle simplicité ! 

 


Et pourtant… C’est bien d’une oraison funèbre qu’on aurait eu besoin. Que n’avons-nous eu Bossuet ?

- Pour mémoire, évoquons l’oraison funèbre que Bossuet prononça en 1670 à l’occasion des funérailles d’Henriette d’Angleterre épouse de Monsieur, frère du roi Louis XIV. A la suite de l’émotion suscitée par la brutalité de l’évènement, Bossuet prend l’occasion de montrer que la grandeur de la naissance et de la vie passée en magnificences et en honneurs est réduite à néant par la mort, montrant ainsi que la vraie grandeur consiste en l’humilité de la foi qui prosterne la créature devant son Créateur.

Comme les honneurs de la naissance d’Henriette d’Angleterre, la beauté et les richesses que posséda Brigitte Bardot ne furent d’aucun secours pour la protéger de la déchéance. Quel honneur y a-t-il à posséder ce qu’on ne peut conserver ? « Madame se meurt, Madame est morte » se lamentait Bossuet devant la brutalité de la mort d’Henriette. Mais aujourd’hui, on aurait dû avouer : « Brigitte vieillit, Brigitte est vieille »

Oui, hier Bossuet n’était pas à Saint-Tropez. Mais son message aurait dû être dans tous les esprits : à travers cette mort, ce sont « la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines » qui se trouvent exposés.

mardi 6 janvier 2026

Sortie de route ou bifurcation ? – Chronique du 7 janvier

Bonjour-bonjour

 

On le sait : le siècle considéré comme une période formant une unité de base pour l’Histoire et qui dure environ 100 ans, ne coïncide pas forcément avec le calendrier. On admet généralement que le 20ème siècle a débuté en 1914 avec la Grand guerre, mais qu’en est-il pour le 21ème siècle ?

 


La présence de ruptures dans l’histoire est caractérisée par l’imprévisibilité de l’avenir. Il s’agit de périodes de basculement tellement marqué qu’on ne voit pas clairement de quoi demain sera fait.

A présent deux évènements nous signalent l’existence d’une pareille révolution :

- D’abord trois révolutions technologiques qui bouleversent déjà notre monde et qui se sont accélérées depuis peu : il s’agit * de l’Intelligence artificielle à laquelle est associée Chat GPT, * des énergies renouvelables avec les éoliennes et les panneaux solaires, * et de la bio-technologie rendue possible par la récente découverte de l’outil CRISPR-Cas9. Le fait que l’avenir de nos sociétés soit devenu imprévisible du fait de ces changements montre qu’il s’agit bien de révolution.

 

- En suite, cette imprévisibilité est à son maximum avec les décisions du Président américain d’imposer par la force la volonté de l’État Américain au mépris du droit international. Cette actualité ne devient compréhensible qu’à condition de renoncer à la lire comme une péripétie de l’histoire initiée depuis 1945. On parle aujourd’hui d’un « néocolonialisme » en référence à la colonisation du monde par l’Europe dont le 19ème siècle nous a donné un exemple.

… Néanmoins nous ne sommes pas si sûrs de notre lecture : le cas Trump en particulier nous interpelle : s’agit-il d’une sortie de route (avec réintégration de la trajectoire habituelle suite à de nouvelles élections) ou d’une bifurcation irréversible de l’histoire ?

lundi 5 janvier 2026

Une loi de la nature – Chronique du 6 janvier

Bonjour-bonjour

 

Entendu sur Inter (« La terre au carré » avec Mathieu Vidard) ces analyses publiées par Olivier Hamant dans un petit ouvrage intitulé « Antidote à la culture de la performance – Robustesse du vivant. »

Pour résumer sa thèse : « La nature ne cherche pas la performance (ni l’efficience) mais la robustesse. Par exemple, la reproduction sexuée est très peu performante (100.000.000 de spermatozoïdes dans une seule éjaculation, pour une seule fécondation possible), mais ça marche suffisamment dans toutes les situations, ce que ne fait pas l’efficience. »

Olivier Hamant en déduit une philosophie du progrès qui ne cadre pas du tout avec les recherches orientées vers une productivité maximum. Le but n’est pas d'obtenir un maximum d’efficience, mais un maximum de robustesse : la machine ne doit pas forcément aller plus vite que les autres, mais rester en service le plus longtemps possible avec le moins de pannes possibles. On se rappelle encore des Volkswagen originelles, qu’on appelait les « Coccinelles ». Avec leur moteur surdimensionné pour une performance relativement modeste, ces voitures franchissaient les déserts et avalaient des centaines de milliers de kilomètres sans aucune panne.

 


On ne mesure pas les conséquences des « pannes » engendrées par les systèmes les plus efficients. Alors qu’une grande partie du commerce mondial se fait par voie maritime, on imagine facilement les conséquences d’un blocage du canal de Panama ou de Suez – un effondrement que les caravanes d’autrefois ne risquaient pas. Bien sûr l’histoire ne connait pas la marche arrière, et le retour aux caravanes ne risque pas de se produire ; mais suivant Olivier Hamant on devrait néanmoins intégrer les performances de nos innovations technologiques en matière de robustesse avant de les approuver. 

L’essentiel serait de développer cette norme dans tous les domaines de la vie sociale : l’organisation du travail dans les entreprises devrait par exemple réussir le test de robustesse, celui qui prend en compte les accidents du travail et les arrêts pour burn-out.

dimanche 4 janvier 2026

Ces ogres qui nous gouvernent – Chronique du 5 janvier

Bonjour-bonjour

 

Rappelez-vous : au début de l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine, on avait dit « Attention ! Quand il en aura fini avec les ukrainiens alors ce sera le tour des pays Baltes – et puis de la Transnistrie ; quant aux polonais, ils ont intérêt à bien garder leur frontière. »

 

Oui – on avait dit ça, et puis aujourd’hui on se contenterait d’une paix avec annexion du Donbass, sous réserve d’une force de sécurité à la frontière…

Voui-voui… Mais écoutez un peu Donald Trump qui aujourd’hui s’enorgueilli d’avoir pris le contrôle du Venezuela. Il clame que le régime de Cuba n’a que trop duré ; et puis que décidemment le Groenland doit être rattaché à l’Amérique : c’est une question de sécurité nationale.

Ce parallèle entre la Russie de Poutine et l’Amérique de Trump doit nous éclairer : nous sommes gouvernés par des ogres qui, une fois qu’ils ont gouté du sang ne peuvent plus s'arrêter.

 

 

L’Ogre du petit Poucet

 

Déjà Montesquieu le relevait : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. » : pourquoi s’en étonner ? Ce qui devrait nous surprendre c’est bien qu’on oublie une telle chose.

Toutefois, le droit international et les conventions qui en ont découlé depuis 1945 ont entretenu l’illusion qu’il était possible de s’en remettre à l’autorité de l’ONU, qui, sans violence et avec la seule autorité que lui confèrent les nations regroupées sous sa charte, pouvait obtenir le règlement pacifique des différends entre les pays.

 

- C’est que, dans le même temps on oublié la sentence de Hobbes : « Pactes sans sabres, ne sont que palabres » (Léviathan, II, XVII)

samedi 3 janvier 2026

Après la doctrine Monroe, voici la doctrine « Donroe » - Chronique du 4 janvier

Bonjour-bonjour

 

On s’était demandé à quoi pouvaient servir les forces navales formidables concentrées par les Etats-Unis au large du Venezuela :

 

 

Hier, l’attaque sur Caracas a répondu à cette question. Mais nous avons en outre eu un complément d’information : la prise de contrôle de ce pays par les Etats-Unis devait être mise en perspective avec la doctrine Monroe (du nom du 5ème Président des Etats-Unis) qui, rejetant l’ingérence des nations lointaines, affirmait le leadership des États-Unis sur l’hémisphère occidental. 

Le Président Trump a souligné son intention d’actualiser cette doctrine en la complétant par le « corollaire Trump ». Il s’agit de la « doctrine Donroe » du nom de l’actuel Président : « C’est le peuple américain et non les nations étrangères ou les institutions mondialistes, qui contrôlera toujours son propre destin dans notre hémisphère. ». On devine que pour en arriver là, les américains devront dominer également le monde.

Nous voici rassurés : depuis la fin de la guerre froide, l’histoire mondiale avait perdu son axe. Certes la Chine est venue nous dire que le monde allait passer sous sa domination, mais on manquait alors d’un second pôle pour donner à l’Historie sa véritable signification. C’est désormais chose faite : l’Histoire du siècle à venir sera celle de la lutte des Etats-Unis d’Amérique contre l’Empire chinois pour asservir et exploiter le monde.

On peut alors insérer cette prévision dans la continuité du passé : l’histoire de l’humanité est et restera celle de « l’exploitation de l’homme par l’homme ».

Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me rappelle quelque chose…