Bonjour-bonjour
Ça devait arriver : un roman (= C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien), qui est en bonne position pour le prix Goncourt, est dénoncé comme susceptible d’avoir été écrit par une IA.
Est-ce vrai ? Les logiciels experts destinés à dépister les textes initiés par des machines sont-ils fiables ? J’entends dire qu’un extrait de l’Épitre aux corinthiens a été diagnostiqué écrit par une IA à 88%. La controverse n’est donc pas prête de s’éteindre. (lire ici)
- Par contre, la vraie question est celle-ci : à supposer que ce soit vrai et que ChatGPT soit effectivement à l’origine du roman de Thélyson Orélien, son intérêt en serait-il diminué ?
L’alternative est : ou bien la machine ne peut que plagier la création humaine ce qui, même en supposant cette imitation parfaite, lui retire son intérêt puisqu’on préfèrera toujours l’original à la copie. À l’opposé, peut-on tenir pour inessentiel le fait que seule une machine l’ait conçu, parce que son essence humaine serait tout à fait secondaire ?
GDJ/PIXABAY
- Dans le premier cas on admet que ce soit de l’histoire que témoigne l’ouvrage de l’écrivain, et on ne peut pas le comprendre sans cela – d’où la nécessité de faire de la machine une production humaine liée à l’époque et aux rêves des hommes ; et du coup elle ne pourrait rien faire d’autre que transmettre ces caractéristiques à des œuvres mécaniquement produites.
- Si par contre nous supposons que l’ouvrage que nous tenons dans nos mains et que nous lisons n’a pas à être envisagé du point de vue de l’auteur, alors les questions qui se posent sont toute différentes. On se trouve renvoyés à l’irruption dans les années 60 de la « Nouvelle critique » de Roland Barthes qui trouve dans l’œuvre elle-même la logique qui permet de l’analyser et de la critiquer.
Est-ce à dire que dans ce cas, la machine est un écrivain comme un autre ? Pas exactement. Selon cet article qui analyse les principes de la nouvelle critique, « L'écrivain emploie une écriture première, un langage-objet qui porte directement sur le monde, les autres et Dieu. » - Autrement dit, c’est bien quand même dans son rapport au monde, à l’homme et à Dieu que l’ouvrage littéraire prend naissance. Et du coup, voici la machine de nouveau mise hors-jeu, réduite au rôle de plagiaire, obligée d’imiter cette intrication entre l’homme et ce qui l'entoure.
On connait la formule de Buffon : « Le style est l'homme même » - autrement dit l’écrit est pris dans la pâte humaine, il fait corps avec elle et il se construit en se nourrissant à son imagination. L’IA générative n’est donc qu’un plagiat éhonté, qui singe l’homme et qui n’est rien sans lui.