dimanche 18 octobre 2026

Pour un ramadan politique – Chronique du 19 octobre

Bonjour-bonjour

 

Le reproche fait aux dirigeants qui nous gouvernent est systématique : ils sont déconnectés, « hors-sol », ils n’écoutent pas – ou plutôt ils « n’entendent pas » la plainte du peuple qui leur dit : on se prive mais on n’y arrive plus !

Et c’est vrai : quand on compte jusqu’au dernier centime, qu’on remplit son caddy de la semaine avec la limite de 50 euros maximum, on vit avec la crainte de dépasser son faible budget et de ne pas passer la caisse sans devoir abandonner quelques articles. Au lieu de cela j’appartiens à cette classe de consommateur qui ne regarde pas les prix de ce qu’il achète – sauf à vérifier qu’il est honnête – et qui peut se permettre un dépassement de budget sans sourciller.

- La pauvreté est une expérience que seule la restriction des ressources permet : les responsables politiques ou fonctionnaires ne l’ont certainement pas et c’est tant mieux… sauf qu’ils ne peuvent gérer les finances avec un vécu de ce que représente une allocation de ressource minimum qui fixe le RSA à 1000 euros : pour eux c’est une variable dans un calcul : l’essentiel est que ça tombe juste.

 


Vu ici


Alors pourquoi ne pas tenter un « stage de pauvreté » ? Je veux dire que certains fonctionnaires de Bercy – voire même certains ministres – seraient durant toute une période (disons 6 mois) rémunérés au SMIC, pas un euro de plus ? Les traites et les loyers du fonctionnaire seraient pris en charge par l’État, qui ne laisserait à charge que le montant qu’un smicard lambda doit acquitter mensuellement. Et vaille que vaille, ce haut responsable devrait à son tour faire ses courses chez Auchan avec la calculette à la main.

Idée farfelue ? Pas tant que ça. ATD-Quart monde exige de ses bénévoles qu’ils n’aient pour ressources que le SMIC - et même, ceux qui reçoivent le SMIC n'en conserveront individuellement qu'une partie, le reste alimentant une caisse commune. Ça ne vous suffit pas ? Alors, songez au ramadan : parmi ses significations, la solidarité avec les plus pauvres – entendez ceux qui ont faim – est la plus souvent citée.

Oui, le dénuement est comme la faim : le ventre vide, c’est un cri ; le ventre plein, ce n’est qu’une idée.

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N.B. Le parangon de cette expérience n'est autre que Wittgenstein. Voir ici.

samedi 17 octobre 2026

Au feu, les pompiers ! – Chronique du 18 octobre

Bonjour-bonjour

 

La France est en panne ! Son moteur grippe, grince, cale. Le tiroir-caisse est coincé, c’est le chaos !

 


Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ? N’avons-nous rien vu venir ? Pourquoi est-on resté impuissant pour désamorcer ces colères ? Et que faire pour empêcher qu’elles ne reviennent durant des mois saccager nos belles villes ?

Le problème parait ardu et pourtant il est beaucoup plus simple à résoudre qu’il n’y parait : il faut de L’ARGENT indispensable pour mettre du lubrifiant social là où ça bloque.

Solution simple en théorie seulement car, voyez-vous, de l’argent on n’en a pas. 

Comment faire ? En théorie donc, c’est simple : il suffirait de produire d’avantage ; comme cela on vend plus et on encaisse plus de bénéfices. – Seulement ça ne marchera pas puisqu’il faudrait investir dans la machine productive, alors que tous nos sous passent dans le paiement des intérêts de la dette.

Les manifestants se récrient : « On ne veut plus entendre de tels arguments ! DE L’ARGENT il y en a, mais il va aux actionnaires. Il faut prendre là-dessus pour aider les plus pauvres d’entre nous » Autrement dit on prend aux riches pour donner aux pauvres, ou si vous préférez plus élégant, on modifie la répartition des richesses. 

- Seulement voilà : les riches sont des oiseaux migrateurs et s’ils ont moins à picorer chez nous ils iront mettre leur argent ailleurs, là où le fisc est moins gourmand. Reste plus qu’à mettre une interdiction de sortir des capitaux du pays, comme le font les pays les plus pauvres… Allez voir les résultats.

- Que faire alors ? Vous pouvez toujours philosopher, ça au moins ça ne coûte rien – Par exemple dire que l’État n’est rien d’autre qu’un organisme qui serait là pour résoudre les problèmes de fin de mois. Ce qui n’est pas rien, j’en conviens ; mais je ne suis pas sûr ça marche encore comme ça aujourd’hui.

vendredi 16 octobre 2026

Du « pourquoi ? » au « comment ? » – Chronique du 17 octobre

Bonjour-bonjour

 

Un article récemment publié (ici) revient une fois de plus sur une énigme irritante que beaucoup considèrent comme une faille dans le connaissance scientifique : « Qui de l’œuf ou de la poule est arrivé le premier ? » - et de constater que cette question forme un cercle dont la science serait incapable de sortir.

 


Pourtant la solution est écrite, noir sur blanc par Diderot dans le rêve de d’Alembert (1769) : « Si la question de la priorité de l’œuf sur la poule ou de la poule sur l’œuf vous embarrasse, c’est que vous supposez que les animaux ont été originairement ce qu’ils sont à présent. Quelle folie ! » 

Tout est dit, et les découvertes scientifiques actuelles (article cité) ne font que confirmer l’intuition de Diderot.

Et pourtant… Nous refusons de cesser de tourner la question dans tous les sens : « Pour pondre un œuf de poule, il faut logiquement qu’une poule existe déjà pour le produire. » 

La raison de cette résistance est à chercher dans les obstacles épistémologiques dont Bachelard a fait l’analyse (voir ici). Nous n’y reviendrons pas. En revanche une autre raison explique cette résistance : il s’agit de la question des origines premières des phénomènes, telles qu’analysées par Auguste Comte. Alors qu’à l’état théologique ou métaphysique l’esprit cherche à connaitre l’origine premières des phénomènes, l’état scientifique se développe à partir du renoncement à cette question, pour ne s’intéresser qu’au rapport qui existe ente les faits. La science renonce au « pourquoi » pour ne répondre qu’au « comment ».

 

L’énigme des premiers commencements, voilà le véritable mur contre le quel notre esprit vient obstinément se fracasser. Par exemple qui donc renonce à chercher ce qu’il y avait avant le Big-Bang ? Cette question a pourtant été dénoncée par Thomas d’Aquin (13ème siècle) qui disait (je résume) : « Si le temps est apparu avec la création du monde, alors il est impossible de chercher à savoir ce que faisait Dieu avant, puisque, si le temps n’existe pas, alors les notions d’« avant » et d’ « après » n’ont aucun sens ».

Si rien n’a changé depuis, c’est que notre cerveau est organisé de façon à résister à ces évidences. Qu’on les appelle « obstacles épistémologiques » ou « biais cognitifs », le résultat est le même : nous devons penser contre nous-mêmes.

jeudi 15 octobre 2026

Chronique d’un chaos annoncé – Chronique du 16 octobre

Bonjour-bonjour

 

Présidentielle 2027 : Faites vos comptes 

* 21 % des Français envisagent de quitter la France si Marine Le Pen est élue

* Près de la moitié de nos concitoyens de confession musulmane (46%) affirmant ainsi qu’ils pourraient partir pour un autre pays

* 44% des Français de confession juive, considèrent l’arrivée au pouvoir du parti à la flamme comme un potentiel facteur déclenchant leur départ

* Par ailleurs 38% des Français songeraient à participer à une grève générale à l’appel des syndicats en cas de victoire de Marine Le Pen.

* S’expatrier est également une option envisageable pour 40% des membres de la génération Z (14-29 ans).

* Et pour finir 75% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se disent même prêts à refuser de respecter les lois qu’ils jugeraient injustes, 

* Mais c’est également l’ambition de 45% des membres de la fonction publique. (Source : ici)

o-o-o

Vous l’aurez compris : seuls les vieillards cacochymes ou les paralytiques resteront chez eux comme si de rien n’était. Occasion de vérifier que la moitié de la France refuse de vivre avec l’autre et que la répartition de ces groupes étant incertaine on ne pourra même pas envisager de les séparer par une frontière territoriale.

Voilà ce qui se passe lorsqu’on remet en cause les options républicaines et démocratiques du pays. Car voilà : mon voisin de droite est un vieux réactionnaire qui estime que les étrangers n’ont rien à faire chez nous. Mon voisin de gauche est né en Algérie ; et sa femme porte le foulard. 

Quant à moi, je me sermonne : 

« Mais non, JP, tu dois les traiter comme des français quelconques, en tout cas ils le sont tout autant que toi.  

Le JP râle un peu : « Mais je peux quand même les détester un tout petit peu ? Sinon, qui donc détester ?

- Ça, mon ami, c’est ton affaire. C’est ta vie privée et tu y as droit tout comme chacun. Mais sache que ce personnage doit rester à la maison. Dans la rue, tu salues ces gens avec une parfaite civilité et tant qu’ils en font de même avec toi, tu leur parles de la pluie et du beau temps – ou du prix des carburants – sans la moindre acrimonie.

- C’est de l’hypocrisie !

- Peut-être. Mais rappelle- toi de ce que fait Alceste, le misanthrope de Molière : il part se réfugier dans son « désert » pour y vivre vraiment le mépris que lui inspire son prochain :

« Trahi de toutes parts, accablé d'injustices, / Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices, / Et chercher sur la terre un endroit écarté / Où d'être homme d'honneur on ait la liberté.»

- Et toi, dans quel « désert » vas-tu te réfugier en mai 2027 ?

mercredi 14 octobre 2026

Z’avez pas honte ? – Chronique du 15 octobre

Bonjour-bonjour

 

Selon le ministre des Comptes publics, depuis 50 ans, «80% de l’augmentation de la dépense publique n’est pas allée dans la jeunesse, elle n’est pas allée dans les investissements dans l’avenir, elle est allée vers la retraite et vers la santé ». Il a également fustigé « une machine infernale qui nous mène dans le mur » ... (Lire ici)

Vous l’aurez compris : non seulement les retraites des fonctionnaires coutent très cher à l’État, mais elles contribuent encore à accroitre le déficit. Occasion de vous interroger : « Ma retraite est-elle juste ? Est-elle un dû ? Et au nom de quoi puis-je la réclamer comme tel ? »

La solidarité intergénérationnelle est invoquée : ce que vous faites pour payer les retraites en cotisant durant votre vie active, sera fait en votre faveur lorsque l’heure de la retraite aura sonné pour vous. Sauf que beaucoup disent : « J’ai cotisé ma vie durant et je suis maintenant réduit à une pension misérable. Ce n’est pas juste » - comme s’il devait y avoir un rapport entre cotisation et pension, ce qui n’est pas le cas. 

--> Mais alors, pourquoi évoquer tout le temps des modes de retraites faisant la part belle à la proportionnalité – comme les retraites par capitalisation (des rentes), ou encore les retraites à point (tant de points acquis durant la vie active, tant de montant de retraite le moment venu) ?

- La belle idée de la solidarité serait-elle hors de sujet s’agissant du grand âge ? Occasion de le rappeler : certaines civilisation « premières » ont pour coutume de laisser mourir les vieux devenus des bouches inutiles à nourrir. On évoque en particulier le scénario du film japonais « La ballade de Narayama », qui se résume ainsi : « La coutume veut que les habitants arrivant à l'âge de 70 ans s'en aillent mourir volontairement au sommet de Narayama, « la montagne aux chênes », aidés par leur fils aîné. C'est là que se rassemblent les âmes des morts. »

 

 

 

Le fils porte sur son dos son aïeule impotente sur les pentes de la montagne pour l’abandonner.


Alors voilà : j’ai 85 ans. Devrais-je dire « J’ai bien assez vécu, et si ma retraite doit empêcher les jeunes d’avoir des lycées propres ou des autoroutes entretenues, alors je veux bien qu’on m’administre le bouillon de 11 heures » ?

OK ? Attendez un peu – je pourrais aussi bien dire : « Ma pension empêche de construire plus de porte-avions ; ou encore de fabriquer en grande série des missiles capables de semer la mort partout à 25000 km/h »

mardi 13 octobre 2026

Éloge des déchets – Chronique du 14 octobre

Bonjour-bonjour

 

Notre guerre aux déchets est de chaque instant. Les mots d’ordre sont : ne pas les produire quand on peut les éviter ; les recycler le cas échéant.

  

 

Et pourtant… La science est formelle : il y a au moins deux déchets sans lesquels nous ne saurions vivre – ce sont les microbiotes et les phages. Autrement dit, les matières fécales et le germes venus dans les eaux croupies évacuées par nos égouts. Plus précisément encore, les bactéries qui assurent un bon fonctionnement de l’intestin (ici), et les virus « mangeurs de bactéries » que l’on trouve, entre autres, dans les eaux usées évacuées des maisons (ici).

 

Alors, voilà que certains chercheurs préconisent pour soigner quelques pathologies la « greffe de microbiote », autrement dit l’ingestion volontaire d’excréments humains (le « caca »). On insiste même sur le rôle bénéfique de certaine échantillons « allogènes » - entendez venus d’étrangers porteurs d’autres souches que les nôtres : allez dire ça à monsieur Zemmour, histoire de voir sa réaction. Quant à boire de l’eau croupie pour guérir des maladies résistantes aux antibiotiques, pas besoin d’être xénophobe pour être dégouté.

 

La leçon de tout ça, c’est que la nature s’occupe de notre santé sans tenir compte de nos goûts et dégoûts. Qui sommes-nous pour refuser ses lois ? On sait que l’excès d’hygiène est probablement à l’origine de certaines allergies – voire même de maladies auto-immunes.

Vous savez ce qui vous reste à faire : oubliez votre gel douche et votre brosse à dents quelque temps et voyez comment vous vous portez.

lundi 12 octobre 2026

Congélateurs : périlleuse sécurité – Chronique du 13 octobre

Bonjour-bonjour

 

Vous avez lu comme moi cette info : « Des cybercriminels se sont introduits dans les unités de gestion de système de congélation de centaines de supermarché. Ils ont visiblement utilisé le système de dégivrage pour pousser la température à 50°. » (Voir ici)

Au-delà de la surprise de découvrir qu’on peut à distance modifier le réglage des congels’ de supermarchés, il y a la prise de conscience de la simplicité du procédé qui a permis à des hackers de réaliser cette attaque : il leur a suffi de prendre le contrôle de la connexion de ces appareils avec la centrale qui en assure le bon fonctionnement. Ce système est comme un cordon connexion qu’il suffit de débrancher côté serveur pour le reconnecter sur le logiciel pirate. 

--> D’où l’observation essentielle : ce qui est supposé assurer la sécurité du système devient la porte d’entrée pour le piratage. D’ailleurs j’entends dire que les magasins qui se reconnectent aujourd’hui le font après avoir coupé cette voie de communication.

C’est donc là que la faille véritable apparait : pas d’Internet sans communication ; c’est même de là qu’est venu ce projet génial de connexion mondiale entre des centres d’archivages de données devenus ainsi des serveurs. (C’est ce que signifie le sigle « www » figurant dans toutes les adresse Internet : « World Wide Web », c’est à dire « toile (d'araignée) mondiale » ou « réseau mondial ».) Si vous voulez avoir une sécurité véritable tout en communicant avec des correspondants, il faut imaginer qu’entre vous et eux il existe une sorte de tunnel avec une seule entrée, par où vous introduisez vos données, et une seule sortie, chez eux. On voit que ce projet est irréalisable dès lors que vous autorisez l’entrée à d’autres personnes qui possèdent un code – piratable comme on le voit.

Mais enfin, pour un quidam comme moi, la question lancinante qui taraude l’esprit est : on a pu monter à 50° la température de ces frigos ; et maintenant qu’est qui empêche un geek malintentionné de déclencher le feu nucléaire ?