lundi 12 janvier 2026

Peut-on rire de tout ? – Chronique du 13 janvier

Bonjour-bonjour

 

Vu sur Internet ce dessin de Charlie-Hebdo : 

 


 

- Ce dessin, qui aujourd’hui fait scandale, rappelle celui qui fut publié le 16 novembre 1970 – Bal tragique à Colombey-1 mort.

 

 

 

 

L’Hebdo de Hara-kiri, futur Charlie Hebdo, évoquait ici la mort du Général de Gaulle comparée à la tragédie du 5-7, une discothèque où un incendie fit périr 146 personnes. Le titre fut interdit par le gouvernement et réapparut sous le nouveau titre « Charlie Hebdo » peu après.

Et voici un nouveau dessin cette fois de Charlie Hebdo :

 

 

Commentaire de la presse :

« Le vendredi 9 janvier 2026, jour de l'hommage national en Suisse, le journal satirique a publié sur son compte X un dessin montrant deux skieurs devant un panneau Crans-Montana, la face noircie et en flammes avec l'inscription, "Les brûlés font du ski, la comédie de l'année »

Les réactions suite à ce dessin du 9 janvier :

- Les contre : « La satire, c’est bien quand ça dénonce quelque chose. Mais se moquer de gamins de 14 ans morts dans d’atroces souffrances… »

- Les pour : « C’est dans la veine de Charlie Hebdo, l’humour noir à son paroxysme, il faut prendre ça au 5e degré »

- Et puis : « On peut rire d’absolument tout, il suffit de prendre du recul. »

On évoque donc ici l’humour noir et un « 5ème degré ». 

Voyons un peu :

- « L’humour noir est une forme d'humour qui souligne avec cruauté, amertume et parfois désespoir l'absurdité du monde, face à laquelle il constitue quelquefois une forme de défense. » On aurait donc ici une dénonciation de la jeunesse de Crans-Montana, venue aux sports d’hiver et qui pour l’essentiel fait la fête en Discothèque. Façon de relativiser la tragédie en réduisant cette tragédie au néant de loisirs qui auraient mal tourné ?

- Quant au 5ème degré, il faudrait nous dire ce qu’il est. En général cette opération de mise à distance a un but : celui de faire rire – or on ne voit pas bien, ici ce qu’il y a de comique.

 

« On ne peut pas rire de tout » : ce constat est un peu éculé. Ici il a toutefois une utilité : celle de nous suggérer que, oui, on peut rire de tout – à condition que ça soit drôle.

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PS Les images sont provisoirement  bloquées par Google 

dimanche 11 janvier 2026

Dry january – Chronique du12 janvier

 


 

– Ça y est ! C’est reparti. 

– Quoi donc ?

– Le dry january, un mois entier sans alcool.

– Ça ce n’est pas pour moi. Oui, je bois, certes, mais jamais avec excès. C’est ce que recommandent les alertes : « A consommer avec modération »

- Attention ! La modération, on ne sait jamais où ça s’arrête. D’ailleurs on croit savoir que ce sont les lobbies des marchands de vin qui ont imposé cette restriction sur les affiches des campagnes anti-alcoolique.

– Bof… Autrefois on osait demander au Bon Dieu de nous éclairer sur la dose d’alcool qu’on pouvait consommer et Il le faisait de façon très raisonnable.

– Comment ça ?

– Hé bien lisons les Mémoires de Goethe, lorsqu’il relate son Voyage sur le Rhin. Il dit avoir rencontré à Mayence un évêque qui avait prononcé un « Joyeux Sermon » recommandant de boire tant que Dieu nous le permettait.

–  Voilà bien les poivrots ! Ils vont jusqu’à mobiliser Dieu dans l’éloge de leur vice.

–  Pas du tout. Il n’est que de lire ce sermon pour voir qu’il s’agit de prescriptions très précises et qui ne laissent aucun doute sur les limites à ne pas franchir. Voyez plutôt :

« Que celui qui au troisième ou au quatrième pot, sent sa raison se troubler au point de ne plus reconnaître sa femme, ses enfants, ses amis, et de les maltraiter, s’en tienne à ses deux pots, s’il ne veut pas offenser Dieu et se faire mépriser par son prochain ; mais que celui qui, après en avoir bu quatre, cinq ou six, reste en état de faire son travail et de se conformer au commandement de ses supérieurs ecclésiastiques et séculiers, et de secourir son prochain, en cas de besoin, que celui-là absorbe humblement et avec reconnaissance la part que Dieu lui a permis de prendre. Qu’il se garde bien cependant de passer la limite des six mesures, car il est rare que la bonté infinie du Seigneur accorde à un de ses enfants la faveur qu’il a bien voulu me faire, à moi, son serviteur indigne. » (Lire ici)

– Avec ça on devait avoir des trognes rouges pour illuminer l’église à la messe du soir.

– Moquez-vous : à l’époque de l’évêque de Mayence, on savait que la joie de l’ivresse modérée est une grâce que Dieu nous accorde dans son infinie bonté.

samedi 10 janvier 2026

Choisis ton camp, camarade – Chronique du 11 janvier

Bonjour-bonjour

 

« Souriez demain sera pire » : j’ai chroniqué cette formule de Murphy il y a peu. Pourtant c’est encore elle qui m’est venue à l’esprit hier à l’annonce de la signature du traité du Mercosur par l’Europe malgré l’opposition française. C’est qu’on voit non seulement la perte d’influence de la France en Europe, mais qu’on pèse aussi la dégradation des performances de l’agriculture française. Voici la production agricole française rétrogradée au 5ème rang mondial : bien que restée 1ère en Europe on devine que ce n’est plus pour longtemps – d’où l’injonction « Souriez demain sera pire ».

 

--> Après la désindustrialisation, la France connait une « désagriculturisation » : comment ne pas être pessimiste ? Les politiques de tout bord répètent inlassablement le même message : ils ont l’explication de cette régression et ils savent comment y remédier. Ils ne sont pas les seuls : tout comme les américains ils veulent redonner à leur pays sa grandeur d’autrefois « Make France Great Again ». 

Admettons. Reste à dire à quelle grandeur on voudrait revenir : les 30 Glorieuses ? Louis XIV ? La Deuch ou Versailles ?



Je suppose que la réponse va dépendre de l’engagement politique : si nos réformateurs viennent de la gauche, on va nous promettre de revivre les années 60 et l’évasion en Deuch’ dans nos belles campagnes. Si par contre on se situe à droite, on va nous promettre de retrouver la splendeur du Grand Siècle – après avoir chassé tous les migrants venus du sud.

Choisis ton camp, camarade.

vendredi 9 janvier 2026

Haro sur les mobilités douces – Chronique du 10 janvier

Bonjour-bonjour

 

A Reims, comme sans doute dans d’autres villes moyennes, des travaux d’aménagements urbains font polémique. Il ne s’agit pas seulement de déplorer leur durée et la gène occasionnée, mais aussi les équipements de voirie qui suppriment des places de stationnement et qui réduisent la circulation automobile.

Alors que dans le même temps la ville de Reims s’équipe de lignes de bus nouvelle génération, les commerçants (car c’est d’eux qu’il s’agit) dénoncent ce choix : « Qui prend le bus ? Les étudiants et les personnes qui n'ont pas les moyens de s'acheter une voiture et donc de consommer dans nos établissements. » (Lu ici)

Exit donc le privilège accordé aux « mobilités douces » avec pistes cyclables et voies réservées aux transports collectifs. Les commerçants de centre-ville le proclament : loin de l’image bobo de l’urbain soucieux de préserver l’air de la vile et le paysage urbain avec ses petites places piétonnes, les riches préfèrent la voiture et s’ils le peuvent, ils ne vont dépenser leur argent que là où ils peuvent stationner. 

D’ailleurs il n’y a pas que les riches à penser comme cela : il suffit de voir comment les commerces de périphérie ont triomphé des centres-villes : justement par les parkings géants réduisant le parcours piéton entre le mode de déplacement et le lieu d’achat.

L’homme moderne reste motivé par deux tendances bien connues : l’une, c’est l’individualisme qui le pousse à se déplacer en solo en non en transports collectifs ; l’autre c’est la loi du moindre effort, attestée depuis un lointain passé.

On dira que ce constat vaut pour des villes moyennes et sûrement pas pour des métropoles comme Paris où l’air pur et la verdure sont des valeurs essentielles. Soit. Mais si c’est au prix d’une distorsion de la nature humaine on peut douter de l’intérêt d’une telle situation.


- Quoi ? On me dit que ces propos sont ceux d’un vieux boomer fatigué ? Allez donc vous coincer dans les embouteillages des zones commerciales un samedi après-midi : vous l’en reparlerez des mobilités douces.

jeudi 8 janvier 2026

L’amour au temps du néolithique – Chronique du 9 janvier

Bonjour-bonjour

 

L’archéologie est depuis quelques années la proie des journalistes à sensation : il s’agit de décrire nos ancêtres, Néandertal ou Cro-Magnon, dans leur vie privée – celle pour laquelle les indices matériels sont inexistants, mais qui permet de les rêver parmi nous. Par exemple : vivaient-ils en couple ? Combien avaient-ils d’enfants ? Étaient-ils amoureux-d’amour ?

 

Or, voici qu’à Valdaro, dans le nord de l’Italie, des fouilles ont révélé une tombe datant de 5500 ans et contenant … un couple enlacé, face contre face.



Vu ici

« Les “amants de Valdaro”, surnom qui leur a été donné, semblent nous adresser un geste romantique du passé. Certains chercheurs y voient même une preuve d’amour. Beaucoup considèrent que cette étreinte intime ne peut être que l’expression d’une relation amoureuse. » précise l'article cité, avant d’appeler à la prudence : « peut-on au moins en déduire quelque chose sur les relations sociales de ces temps reculés ? Les gens de l’âge de pierre formaient-ils des couples stables, ainsi que le suggère la double sépulture de Valdaro, où l’amour aurait pu jouer un rôle ? »

Notons que cette attitude tombale a été choisie par les proches de ce couple, ce qui devait signifier quelque chose.

Et puis, on peut quand même dire une chose : ces défunts venus d’un autre monde nous révèlent à nous-mêmes. Nous sommes à l’affut d’une preuve que l’amour, si fugace chez nous, en venant d’un si lointain passé se révèle beaucoup plus solide et durable que nous le croyions.

Si l’amour existait déjà au temps de Cro-Magnon, alors c’est qu’il possède une sorte d’éternité liée à notre espèce. L’amour romantique, celui qui a uni Roméo à Juliette, est inscrit dans notre ADN.

mercredi 7 janvier 2026

Funérailles de B.B. : où était Bossuet ? – Chronique du 8 janvier

Bonjour-bonjour

 

Lisant le récit des obsèques de Brigitte Bardot, je suis frappé par la superficialité du reportage : après avoir énuméré les personnalités présentes et évoqué les absentes, on s’est extasiés sur le cercueil en osier couronné de fleurs des champs (intérieur capitonné de vichy rose). Quelle simplicité ! 

 


Et pourtant… C’est bien d’une oraison funèbre qu’on aurait eu besoin. Que n’avons-nous eu Bossuet ?

- Pour mémoire, évoquons l’oraison funèbre que Bossuet prononça en 1670 à l’occasion des funérailles d’Henriette d’Angleterre épouse de Monsieur, frère du roi Louis XIV. A la suite de l’émotion suscitée par la brutalité de l’évènement, Bossuet prend l’occasion de montrer que la grandeur de la naissance et de la vie passée en magnificences et en honneurs est réduite à néant par la mort, montrant ainsi que la vraie grandeur consiste en l’humilité de la foi qui prosterne la créature devant son Créateur.

Comme les honneurs de la naissance d’Henriette d’Angleterre, la beauté et les richesses que posséda Brigitte Bardot ne furent d’aucun secours pour la protéger de la déchéance. Quel honneur y a-t-il à posséder ce qu’on ne peut conserver ? « Madame se meurt, Madame est morte » se lamentait Bossuet devant la brutalité de la mort d’Henriette. Mais aujourd’hui, on aurait dû avouer : « Brigitte vieillit, Brigitte est vieille »

Oui, hier Bossuet n’était pas à Saint-Tropez. Mais son message aurait dû être dans tous les esprits : à travers cette mort, ce sont « la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines » qui se trouvent exposés.

mardi 6 janvier 2026

Sortie de route ou bifurcation ? – Chronique du 7 janvier

Bonjour-bonjour

 

On le sait : le siècle considéré comme une période formant une unité de base pour l’Histoire et qui dure environ 100 ans, ne coïncide pas forcément avec le calendrier. On admet généralement que le 20ème siècle a débuté en 1914 avec la Grand guerre, mais qu’en est-il pour le 21ème siècle ?

 


La présence de ruptures dans l’histoire est caractérisée par l’imprévisibilité de l’avenir. Il s’agit de périodes de basculement tellement marqué qu’on ne voit pas clairement de quoi demain sera fait.

A présent deux évènements nous signalent l’existence d’une pareille révolution :

- D’abord trois révolutions technologiques qui bouleversent déjà notre monde et qui se sont accélérées depuis peu : il s’agit * de l’Intelligence artificielle à laquelle est associée Chat GPT, * des énergies renouvelables avec les éoliennes et les panneaux solaires, * et de la bio-technologie rendue possible par la récente découverte de l’outil CRISPR-Cas9. Le fait que l’avenir de nos sociétés soit devenu imprévisible du fait de ces changements montre qu’il s’agit bien de révolution.

 

- En suite, cette imprévisibilité est à son maximum avec les décisions du Président américain d’imposer par la force la volonté de l’État Américain au mépris du droit international. Cette actualité ne devient compréhensible qu’à condition de renoncer à la lire comme une péripétie de l’histoire initiée depuis 1945. On parle aujourd’hui d’un « néocolonialisme » en référence à la colonisation du monde par l’Europe dont le 19ème siècle nous a donné un exemple.

… Néanmoins nous ne sommes pas si sûrs de notre lecture : le cas Trump en particulier nous interpelle : s’agit-il d’une sortie de route (avec réintégration de la trajectoire habituelle suite à de nouvelles élections) ou d’une bifurcation irréversible de l’histoire ?