Bonjour-bonjour
Les « aides à la conduite » se multiplient dans les voitures neuves sous l’effet notamment de la réglementation européenne. Dès que nous sommes en voiture, le Commission européenne nous oblige à avoir un contrôleur sur le dos qui se met à émettre des bip-bips dès que nous enfreignons certaines règles : avertissement sonore de survitesse, le maintien dans la voie, la détection de somnolence, la surveillance de l’attention du conducteur, la reconnaissance des panneaux, la détection d’obstacles en marche arrière, mais aussi le freinage automatique d’urgence. (Lu ici)
Dans le même temps chez Dacia, il a été prévu de couper tous ces bips grâce à un « bouton magique », qui permet de désactiver ces avertissement « C’est même le bouton le plus utilisé dans nos voitures » selon Katrin Adt, directrice générale de Dacia.
- Attention toutefois à ne pas contrevenir aux interdictions de désactivation (car elles existent) : pour l’adaptation intelligente de la vitesse, par exemple, le règlement européen prévoit explicitement qu’« il doit être possible de désactiver le système », mais cette désactivation n’est pas permanente : « Le système de contrôle automatique doit retrouver son fonctionnement normal à chaque nouvelle activation du véhicule. » (Art. cité) (Ajoutons que les préfets ont depuis le 1er novembre 2021 le pouvoir d’obliger les applis à masquer leurs messages d’alerte de contrôle : le conducteur ne peut donc plus bénéficier des avertissements venus de conducteurs arrivant en sens inverse.)
Bref, nous voilà revenus à l’époque des pions qui surveillaient les potaches afin qu’ils ne se livrent pas à des activités défendues. Seulement ici ce ne sont plus des humains mais des machines incorruptibles et infatigables – au point qu’il a fallu prévoir la suppression de leur vigilance !
Voilà donc ce qui doit nous interpeller : notre besoin de contourner les contrôles est fondamentalement lié à notre espèce, et nous en empêcher entraine des perturbations graves dans notre vie. L’existence de machines qui anéantissent toute possibilité de désobéir est insupportable : du temps de la surveillance humaine, la défaillance du contrôle était inéluctable : il suffisait d’être patient et on pouvait profiter d’un moment d’inattention. Mais c’est devenu impossible avec des machines : le désespoir des usagers de telles voitures risquerait d’en empêcher l’usage, chose incompatible avec l’intérêt économique de l’entreprise. D’où l’autorisation de désobéir, comme si l’organisme de contrôle disait : « Je vous permets de vous émanciper de mon contrôle, mais sachez que ce n’est que pour une seule fois » Un peu comme le prisonnier qui bénéficie d’une permission de sortie, mais qui doit revenir dormir en prison.