lundi 15 juin 2026

De la guerre sainte – Chronique du 16 juin

Bonjour-bonjour

 

La sainteté de la guerre est peut-être toujours présente au fond des conflits qui ensanglantent notre époque : les ukrainiens font-ils autre chose que sauver leur patrie des prétentions russes à l’annihiler en l’intégrant à la Russie ?

Pour évoquer ce sujet on peut provisoirement prendre un peu de champ. Et réfléchir au mal dont la destruction est la justification finale des combattants. Autrement dit, faire la guerre c’est se livrer à un malicide.

- « Malicide » : Un mot nouveau pour justifier la guerre et le meurtre. Signifiant le fait d’« ôter la vie d'un méchant » et plus particulièrement d’un hérétique, il nous découvre un domaine où le Bien et le Mal sont les seuls déterminants des rapports humains. Entendez que le respect de la personne humaine, son inviolabilité, sont subordonnés à la valeur que lui attribue ou lui refuse un système de valeurs enraciné dans une croyance religieuse - ce qui nous ramène à la guerre sainte.

C’est ainsi que Saint Bernard rassure les Templiers, ces croisés permanents : s’ils sont tués au combat, ils gagnent le Paradis car ils meurent pour Dieu ; lorsqu’ils tuent en combattant l’infidèle, ils n’encourent aucun risque pour le salut de leur âme car, ce faisant, ils ne commettent pas un homicide, mais un « malicide ». Pour Dieu l’homme n’a de valeur que dans la mesure où il accepte la mission qui lui est assignée, à savoir chanter Sa gloire. Dès qu’il en déroge, alors Dieu, c'est à dire les hommes missionnés pour œuvrer à sa place, peuvent le supprimer.

Dès qu’on veut sanctifier la guerre il faut donc deux choses :

- des valeurs fondées dans l’absolu ;

- des hommes missionnés pour les châtier

Pour qu’une telle situation soit acquise, il faut donc donner congé aux valeurs humanistes qui accordent cette universalité à l’être humain entendu dans sa plus grande extension, et accepter que les valeurs soient fondées sur une source extérieure à l’humanité, comme l’est un Dieu transcendant qui est, par nature, en dehors d'elle.

dimanche 14 juin 2026

Le droit à la haine – Chronique du 15 juin (2)

 

N.B. Un autre post est publié ce jour – voir ci-après

 

 

Bonjour-bonjour

 

 

Je publiai récemment (ici) un texte consacré à « la prière du para » qui demande à Dieu des ennemis à détruire. Je voyais en cette prière un signe fort abstrait du goût pour la violence et le massacre mutuel des hommes.

Or voici que l’actualité met au premier plan un exemple beaucoup plus concret en la personne d'un nouveau partisan de l’extrême-droite italienne, le général Roberto Vannacci, 57 ans, qui vient de fonder son mouvement à la droite de la Ligue du Nord. 

 


L’ex-général Roberto Vannacci, 

 

Dans un essai raciste et homophobe, Roberto Vannacci s’insurge contre « les règles douteuses d’inclusion et de tolérance imposées par les minorités », et il revendique « le droit à la haine ».

L’époque qui a porté Donald Trump au pouvoir nous a habitués à entendre n’importe quoi. Mais le droit à la haine, ça c’est quand même nouveau.

On ne se laissera pas distraire par les interrogations que soulève un tel droit : on admettra qu’il s’agit d’abord d’une tolérance qui est argumentée par un refus d’admettre dans la société – voire même dans le genre humains – des communautés telle qu’en forment par exemple les gays. - Ou les juifs ce dont on aurait un exemple historique avec l’antisémitisme nazi.

On le voit : le pire n’est pas la haine, mais les raisons par lesquelles on la justifie. Car l’amoureux trahi peut bien haïr la femme qui l’a trompé et refuser de lui pardonner. C’est un fait d’ordre purement privé et on le laissera ruminer sa vengeance : cela ne nous concerne pas. En revanche s’il trouve là une raison pour condamner toutes les femmes comme étant des êtres inférieurs dans l’espèce humaine, là il y a danger de décivilisation (au sens macronien du terme).

On ne peut pas aimer tout le monde, dit la sagesse populaire : ce serait de toute façon une utopie. Mais donner une place à la haine, si peu que ce soit, et c’est le fameux « vivre ensemble » qui se trouve ruiné.

En Suisse, une votation anti-immigration – Chronique du 15 juin (1)

Bonjour-bonjour

 

En Suisse comme ailleurs, l’interdiction des migrants est une obsession de l’extrême-droite à ceci près qu’ici ça passe par des votations qui reviennent régulièrement pour obtenir des lois restrictives.

 


Affiche de l’UDC en faveur de la votation limitant le chiffre de la population suisse. A noter le mouton blanc, symbole des suisses « de souche ».

  

Le projet qui a été rejeté hier stipulait que la population suisse ne devrait pas dépasser les 10 millions, alors que la confédération compte aujourd’hui 9,1 millions d’habitants. Si le seuil des 10 millions avait été dépassé, la Suisse aurait dû non seulement fermer ses frontières à de nouveaux migrants mais aussi dénoncer l'accord de libre circulation avec l'UE dans les deux ans, et d'autres accords bilatéraux portant sur l'asile et la sécurité. (Lire ici)

 

- Je n’épiloguerai pas sur ce que ce résultat nous dit de l’état de l’opinion en Suisse, mais je réfléchirai plutôt au procédé utilisé par l’UDC, le parti d’extrême droite suisse, pour obtenir ce résultat – à savoir geler le chiffre de la population pratiquement au niveau actuel. 

La plupart des pays qui cherchent à empêcher la migration sur leur sol se dotent de lois restrictives, de garde-frontières, voire de murs. Ici, rien de tout cela : c’est de l’intérieur que cet obstacle est érigé – obstacle qui met en cause le peuple lui-même : « Attention lui dit-on à ne pas proliférer d’avantage. » Car peu importe comment le chiffre fatidique de 10 millions serait dépassé : par un apport extérieur ou – pourquoi pas ? – par une fécondité retrouvée : ce serait également interdit. On imagine comment la Suisse réagirait dans ce cas, à supposer que les circonstances se présentent, par des amendes, ou à la chinoise avec des sanctions allant jusqu’à priver de toute ressource les familles trop nombreuses ?

Par-delà ces rêveries, la vérité est quand même que l’interdiction de la migration aurait un coût financier et que ce serait au peuple suisse de le payer.

samedi 13 juin 2026

La prière du para – Chronique du 14 juin

Bonjour-bonjour

 

Je découvre aujourd’hui cette « Prière » du parachutiste qui révèle un amour inconditionnel de la guerre :

 

Je veux l’insécurité et l’inquiétude,

Je veux la tourmente et la bagarre,

Et que vous me les donniez, mon Dieu,

Définitivement,

Que je sois sûr de les avoir toujours,

Car je n’aurai pas toujours le courage

De vous les demander.

(Lu ici)

 

Dieu seul est capable de « donner » aux hommes la guerre en toutes circonstances ; et de la leur donner alors même qu’ils ne la demandent pas – alors même qu’ils la refusent. Car la guerre est bonne pour les hommes même s’ils ont oublié à quel point ils l’aimaient.

Qu’on ne croie pas que cette amour inconditionnel de la guerre est invraisemblable. Car la guerre est une protection lorsque la décadence menace la civilisation : « Une nation s'éteint quand elle ne réagit plus aux fanfares ; la décadence est la mort de la trompette. » (Cioran – Syllogismes de l’amertume)

Et plus délectable encore, aux sources même de notre civilisation, la Chanson de Roland :  : « […] Gerier frappe l’amiral [sarrasin] : / il lui brise le bouclier, lui démaille la cuirasse ; / il lui plonge son bon épieu dans le cœur ; / il lui enfonce le fer qu’il lui passe à travers le corps / de la longueur de sa lance il l’abat mort sur place. / Olivier dit : « Belle est notre bataille ! » (La Chanson de Roland, laisse 97)

La guerre relève de l’art botanique : elle permet aux sociétés de se vivifier par le sacrifice de ses rameaux trop abondants. Et elle est aussi un plaisir.

Vous comprenez mieux comment on peut être para ?

vendredi 12 juin 2026

Plagiat : le cas Etienne Klein – Chronique du 13 juin

Bonjour-bonjour

 

Vous avez sans doute suivi comme moi le scandale soulevé au cours de l’émission « Arrêt sur image » par la révélation du plagiat réalisé par Etienne Klein lors de la rédaction de sa thèse de doctorat. (Article à consulter)

La polémique tourne autour de la gravité de ce détournement d’idées réalisé au cours de ce travail universitaire. Pour les uns c’est un crime contre l’honnêteté scientifique qui corrompt la science elle-même en ruinant la confiance qu’on peut avoir en elle ; pour d’autres (dont l’auteur) c’est un délit mineur lié non pas à un abus mais à une simple négligence : tout le monde peut réaliser ce genre d’emprunt, à condition de le signaler correctement. L’idée étant qu’une fois la recherche réalisée et dûment vérifiée, elle ne conserve plus la moindre trace de subjectivité ; en elle tout est devenu rationnel donc universel. 

 


Qu’importe qu’Archimède ait conçu son célèbre principe en prenant son bain et en constatant que sa jambe pesait « moins lourd dans l’eau que dans l’air » ? En faisant usage de ce principe, la référence à son « inventeur » ne fait qu’apporter un moyen de vérification supplémentaire, inutile si celle-ci est suffisamment établie par ailleurs.

 

- Pour nous, auditeurs des « Conversations » diffusées sur France-Culture, la question n’est pas de savoir si monsieur Klein plagie ou pas ses collègues : c’est même tout à fait mineur. La seule question est de savoir s’il apporte une véritable lumière sur la science ; et par-delà si nous comprenons mieux le réel.

Le reste ne nous concerne pas.

jeudi 11 juin 2026

Retailleau, castrateur-chef – Chronique du 12 juin

Bonjour-bonjour

 

Faut-il couper le zizi aux violeurs pour les empêcher de perpétrer leurs crimes ? 

 

 

 

Planche médicale par Charaf-ed-Din montrant une opération de castration totale effectuée par un musulman à l'époque timouride, 1456

 

 

 

 

Alors que Bruno Retailleau affole tout le monde en exhumant des vieux rapports sur la castration chimique (lu ici), il est temps de rappeler que le débat parlementaire est déjà allé beaucoup plus loin – par exemple avec la castration physique débattue en 2009 : « La question de la castration physique peut se poser et être débattue, y compris au Parlement.» Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Justice, a réagi dans une interview au Figaro Magazine, et sur Europe 1, à la demande de Francis Evrard, qui a pris la plume pour demander à « subir une ablation des testicules par chirurgie » (article publié en 2009)

Mais qu’elle soit physique ou chimique, la castration assimile toujours des actes de viol à un dérèglement hormonal.

 

Ce que conteste énergiquement Walter Albardier, psychiatre : « La très grande majorité des actes pédocriminels n’ont pas grand-chose à voir avec la question de la sexualité, mais avec la question de la violence, de la destructivité. Et là-dessus, ces traitements-là n’ont aucune efficacité »  (Art. cité)

On ne peut que lui donner raison quand on songe au fait que certains de ces violeurs ont à leur disposition des femmes consentantes et que pourtant ils agressent sexuellement d’autres femmes qui ne s’offrent pas à eux. Comme si on disait que « donner » c’est sans intérêt mais que « voler » c’est ça la jouissance. On songe bien sûr au cas de Patrick Bruel – dont par ailleurs on respecte la « présomption d’innocence » (sic).

L’inconvénient de cette réponse est de rendre très floues les frontières du viol : devenu simple destructivité, le viol est alors confondu avec toutes sortes d’actes pervers sans que la destruction du corps violé soit en cause. Par ailleurs le rôle du sexe comme organe proprement dit, considéré comme central dans la définition du viol (« Tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu’il soit ») est complètement occulté.

- Toutefois, je remarque qu’il y a une sorte d’application du Talion dans cette affaire de castration : « Tu détruis le corps de tes victimes, alors on va aussi détruire ton corps ». Comme bien souvent la punition est d’avantage une compensation accordée aux victimes qu’une punition des criminels.

mercredi 10 juin 2026

Au bac, réflexion sur la corruption du lien politique – Chronique du 11 juin

Bonjour-bonjour

 

Lisez ça : « Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils / les américains/ n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes. L’exercice de leurs devoirs politiques leur paraît un contretemps fâcheux qui les distrait de leur industrie. »

Intrigués, vous vous demandez peut-être quelle revue a publié ce reportage sur les américains à l’époque de Donald Trump. Et vous trouvez qu’il s’agit en réalité de l’extrait d’un texte d’Alexis de Tocqueville publié en 1840 et donné en sujet d’examen au bac, zone Asie-Pacifique. (Lire les sujets ici)

Concernant l’explication de ce texte, il ne s’agit pas de dire que Tocqueville a été un observateur extra-lucide, capable de deviner à des signes inconnus l’avenir des peuples – et en particulier la période actuelle où la vie politique est ramenée aux richesses espérées. Que par exemple le Venezuela soit ramené dans l’orbite des États soumis aux Etats-Unis d'Amérique et voilà qu’on se délecte avec le nombre de barils de pétrole cela va rapporter au citoyen américain ; idem pour l’Iran dont les richesses pétrolières sont connues

Au lieu de cela, Tocqueville se contente de faire fonctionner des principes très simples, déjà en place au 19ème siècle en Amérique, et qui montrent comment le lien politique peut être corrompu par la recherche des richesses personnelles et la conséquence qui en résulte – à savoir que « la place du gouvernement est comme vide. » ; entendez que ce sont des peuples que seuls les rapports de force gouverneront.

On ne peut que se féliciter que nos jeunes candidats-bacheliers soient invités à réfléchir sur notre époque en se penchant sur un texte datant de bientôt deux siècles.