Bonjour-bonjour
Hier, je regardais distraitement la cérémonie de remise des prix du Tournoi de Rolland Garros, lorsque mon attention fut attirée par une inscription, floquée sur la veste de Mirra Andreeva : « I want to thank myself ».
Cette formule, sans doute reprise du chanteur Snoop Dogg, a retenu mon attention, d’autant que Mirra Andreeva l’a développée explicitement (cf. ici). Mais plus généralement, cette façon de se tourner vers soi-même, de se remercier comme on remercierait un partenaire fidèle, surprend, alors que l’on ne manque pas de se gourmander lorsqu’on a oublié ou raté quelque chose d’essentiel : « Que je suis bête ! » Tout se passe comme si on était sous la surveillance d’un éducateur sévère qui nous taperait sur les doigts pour nos fautes et qui par ailleurs dirait : « Si je ne dis rien, alors c’est que ça va ».
Cette façon de se diviser entre professeur et élève fait bien sûr penser à la structure de la personnalité psychique selon Freud, entre le Ça, le moi et le surmoi. Voici les termes dans lesquels Freud décrit l’action de ce dernier : « Le surmoi sévère ne perd pas de vue le Moi et, indifférent aux difficultés opposées par le ça et le monde extérieur, lui impose les règles déterminées de son comportement. S'il vient à désobéir au surmoi, il en est puni par de pénibles sentiments d'infériorité et de culpabilité. » (Voir ici) Si la punition est au menu de cette surveillance, nulle récompense en revanche n’est à en attendre.
Et c’est là mon étonnement : pourquoi cette asymétrie me parait-elle si évidente ? Pourquoi le plaisir du succès n’est-il pas pour moi un sujet de fierté ? Pourquoi suis-je si prompt à m’humilier moi-même et si peu enclin à me valoriser ? Question d’éducation, dira-t-on, pour moi boomer issu de l’éducation castratrice et qui avait des comptes à régler avec mon père. Tout cela a dû s’évaporer dans l’éducation moderne : cette auto-humiliation a-t-elle disparu pour autant ? Sans doute pas tout à fait puisque Mirra Andreeva a eu besoin des services d’un psychologue américain pour découvrir qu’elle méritait de s’auto-féliciter. D’où lui venait donc cette intuition de la faute ?
Et si, justement c’est cette culpabilité-là qui était première, édifiant un rempart pour empêcher l’auto-récompense – alors même que le cerveau est construit sur elle : ne devrions-nous pas dire qu’il y a un conflit originaire entre la nature et la civilisation ?