samedi 12 septembre 2026

De la laideur comme signal commercial – Chronique du 13 septembre

Bonjour-bonjour

 

Les nostalgiques de la célèbre 2CV Citroën devraient oublier leur mélancolie : la Deuch’ a une descendance.

Voyez plutôt : 

 


1) Un élément de comparaison ? Le prix : 

* à sa sortie en 1948 au Salon de Paris, la Citroën 2CV coûtait 228 000 anciens francs : il fallait 4 mois de smic pour acheter une 2cv.

* La Citroën Ami est disponible à l'achat à partir de 8 190 €, soit un peu moins de 6 mois de smic. 

 

2) Un autre élément : à 70 ans d’écart, le même constat : chez Citroën on ne craint pas la laideur dès qu’il s’agit de véhicules à petits prix. Ainsi la célèbre 2 cv, qui n’avait sûrement pas le 1er prix d’esthétique automobile, avait du moins le mérite d’être compatible avec les ressources populaires, ce qui supposait l’adoption de solutions de carrossage qui prennent en compte d’avantage la fonctionnalité que l’esthétique. De nos jours, on notera que pour réduire les coûts de fabrication, l’AMI est conçue avec un minimum de pièces : les portières sont dessinées pour être symétriques, de sorte qu’elles ne connaissent ni droite ni gauche. Comme une porte de réfrigérateur les charnières et la fermeture sont interchangeables. Pratique mais qui fait ressembler la voiture à un pot de yaourt.

3) Reste une question : mettre ainsi l’accent sur l’économie au détriment de l’esthétique, est-ce un bon calcul ? Il y a quelques années, le constructeur indien Tata a inventé la Tata Nano qui fut un échec commercial. Il s’est dit à l’époque que les Indiens qui cherchaient à accéder à la voiture voulaient un modèle qui signale leur possession d’une voiture comme une promotion sociale ce qu’ils ne pouvaient pas espérer avec un modèle ouvertement bas de gamme.

Alors certes nous avons chez nous les Bobos qui s’enorgueillirait d’un tel profil. 

Mais eux, ils en sont au vélo-cargo.

vendredi 11 septembre 2026

Retraités, vous allez morfler – Chronique du 12 septembre

Bonjour-bonjour

 

Retraités, mes amis, vous qui avez du temps libre à revendre, préparez-vous à passer quelques après-midi passionnantes en regardant les débats à l’Assemblée nationale. Car on va s’y écharper autour de la réduction de votre retraite, via une désindexation de l’inflation.

En cause ? Cette déclaration du ministre des Comptes publics, David Amiel, qui avoue qu' « il n'y a pas aujourd'hui le premier euro pour revaloriser les retraites. » Le Premier ministre doit trancher entre trois options… Attention ! Roulement de tambour, suspens insoutenable ! « Avec dans tous les cas la nécessité d'économiser 6 milliards d'euros. »

 

--> Vous l’aviez deviné, n’est-ce pas, amis retraités ? Ces 6 milliards d’euros vont sortir de votre poche, et c’est sur ce point que les débats de l’Assemblée Nationale vont être passionnants. Parce que jusqu’à présent quand on parlait de la retraite c’était pour envisager d’augmenter le durée du travail – et ça mes amis, il faut avouer que ça vous donnait plutôt envie de sourire. « Allez-y, augmentez la durée de cotisation, ça sera toujours bon pour nous »

 


Retraité satisfait

 

Mais voilà – tout a une fin et votre insouciance ne sera bientôt plus d’actualité : à votre tour de montrer votre solidarité ; et peu importe que vous ayez cotisé durant toute votre vie active. On prend les sous là où ils se trouvent, dans votre poche s’il le faut.

Dont acte. Mais attendez un peu : est-ce là tout ce à quoi il faut vous attendre ? N’y a-t-il pas d’autre domaines dans lesquels on risque encore de vous demander d’être solidaires avec la Nation ? Des domaines tels que la santé par exemple. Car, amis retraités, il faut aussi l’avouer : vous n’êtes plus aussi solides qu’avant, « il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour vous écraser ; une vapeur, une goutte d’eau suffit pour vous tuer » aurait dit Pascal. Et tout ça a un nom : déficit de la sécu - plus vous êtes vieux, plus vous êtes malade, et plus vous coutez cher. Et comme les retraités sont aussi des vieux, ils vont devoir contribuer plus que d’autres au nivellement du trou de la sécu.

Mais ne tremblez pas trop : vous allez avoir des soutiens qui vont se lever pour vous défendre : ce sont les Big Pharma.

jeudi 10 septembre 2026

Quand le loup devient végan – Chronique du 11 septembre

Bonjour-bonjour

 

On parle aujourd’hui de la polémique qui se développe sur France-Inter à propos de Charles Sapin embauché pour tenir un édito politique de 2 minutes tous les dimanches matin alors qu’il vient de la rédaction de Valeurs actuelles.

Sibyle Veil, patronne de Radio France, a annoncé le maintien de Charles Sapin sur la chaîne publique, rappelant que « le service public appartient à tous ». 

- Yes, madam’, et Charline Vanhoenacker d’ironiser : « Si on recrute un directeur de Valeurs Actuelles, c’est pour des questions de 'pluracisme'… euh, pluralisme, désolé »

Alors, rien ne prouve que le passé risque de configurer le présent et l’avenir. Que monsieur Sapin ne soit pas le loup qui veut se faire enfermer dans la bergerie pour mieux croquer les brebis, ça va de soi. Mais qu’il soit embauché pour les idées qui ont produit la condamnation de Valeurs actuelles et qu’on dise : « Il en faut pour, tous les goûts », là ça devient douteux.

- Quand J.D. Vence est venu faire la morale aux Européens au nom de la liberté, lors de son discours de Munich (il y a 2 ans) la réponse a été « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Et certes, ceux qui menacent les libertés démocratiquement garanties ne peuvent prétendre avoir des idées émancipatrices. Alors, quand Sybile Veil affirme que la liberté démocratique suppose que toutes les opinions soient libres de s’exprimer, on lui répond que tout ce qui se dit n’est pas opinion, reprenant l’analyse de J-P Sartre dans la Question juive à propos de l’antisémitisme. Les propos haineux et racistes du policier municipal de Carcassonne a figé d’horreur ; mais après tout, il pouvait bien utiliser sa liberté de parole ? Ce qu’il a fait affirmant qu’on a violé sa vie privée. – Non, monsieur : vos propos sont intolérables au nom de la liberté d’exister, tout simplement.

Monsieur Sapin n’a encore rien fait de mal au micro de France-Inter ? Tant mieux, mais quand on vient dire que sa nomination a été faite au nom de la pluralité des opinions, on se demande ce que nous promet cette diversité-là ?

En cette période électorale, beaucoup de loups vont promettre la paix aux petits agneaux.




mercredi 9 septembre 2026

Il n’y mit pas la patte, il y mit le menton, ron-ron – Chronique du 10 septembre

Bonjour-bonjour

 

Il est des agressions sexuelles plus problématiques que d’autres. Si plaquer un baiser forcé en est une, la morsure de fesses en revanche est plus discutable. Celle dont nous parlons aujourd’hui oppose l’animateur télé Vincent Cerutti à une standardiste. L’affaire avait eu lieu en février dernier lorsque le monsieur a plaqué au sol, devant témoins, la plaignante, Caroline Barel, avant de planter ses dents à travers son jean. À son retour à son domicile, la jeune femme avait constaté la présence d’un hématome à l’endroit de la morsure, qu’elle a immortalisé avec son téléphone. La victime témoigne : « Il avait l’habitude de mordre les fesses de ses collaboratrices. Je l’avais prévenu qu’il n’était pas question qu’il me touche. Pourtant, dès 2015, alors que je ne m’y attendais pas, il s’est acharné comme un chien enragé sur mon fessier. Il a recommencé quelques mois plus tard lors d’une séance photo destinée aux réseaux sociaux. Mon cri de douleur a été si fort qu’il a alerté une hôtesse d’accueil qui se trouvait un étage au-dessus » (lu ici)

S’agissant d’une habitude de l’animateur, on ne peut qu’être interloqué : s’agit-il d’une agression sexuelle ou bien d’une obsession ? Si oui, en quoi une morsure peut en porter le témoignage ? Occasion de revoir les fondamentaux freudiens.

 

- Freud a une certitude : la morsure est une manifestation non voilée du désir de manger : Vincent Cerutti aurait alors manifesté le désir de copuler avec la jeune femme – seulement au lieu de lui mettre la main aux fesses comme les hommes ordinaires, lui ce sont ses dents qu’il a planté dans son fessier. 

 


Human cannibalism, engraving by Theodor de Bry.

Theodor de Bry, America, Part 3, 1593/Library of Congress, Washington, D.C. (neg. no. LC-USZ62-45105)

 

C’est le cannibalisme, désir primitif de l’incorporation qui referait surface ici. Je retiens de cet article passionnant le fait qu’il y a une équivalence quasi universelle entre manger et copuler, raison pour laquelle « Tout comme la sexualité, la nourriture est partout l’objet de prohibitions ».  Survivance du stade oral, le névrosé désirerait manger la femme tout comme le nourrisson « mange » le sein de sa nourrice. On peut sursauter, mais demandons-nous « à supposer qu’on en ait le droit, quelle partie de notre partenaire souhaiterions-nous manger ? » On peut trouver cela incongru, mais je fais le pari que nous aurions tous une réponse qui nous viendrait à l'esprit. 

L’article cité pointe un fait : il y a partout un tabou de la nourriture qui prendrait naissance dans le refoulement de l’oralité. Serait-ce le tabou de la nourriture qui ferait l’objet de scandale ici : « Vous n’avez pas le droit de manger les fesses de votre collaboratrice » ? 

Au minimum ce fait divers a donc pour intérêt de soulever la question du tabou alimentaire : pour quelle raison est-il universel ? A quel désir secret répond-il ? De nos jours faut-il chercher la réponse du côté des végans ou dans les secrets enfouis de notre petite enfance ?

mardi 8 septembre 2026

Du mensonge comme arme politique – Chronique du 9 septembre

Bonjour-bonjour

 

Il arrive que les débats politiques rejoignent les débats philosophiques : ainsi de la proposition de Marine Tondelier de faire une loi pour « interdire le mensonge en politique, sous peine d'inéligibilité » un peu comme ce que s’apprête à faire le pays de Galles : « Si le projet aboutit, le pays de Galles pourrait devenir le premier pays à mettre en place un mécanisme spécifique visant les fausses déclarations des responsables politiques. » (lu ici) ; on a en mémoire l’affaire Jérôme Cahuzac, ministre délégué au budget déclarant solennellement à l’Assemblée Nationale en 2012 « Je n’ai pas je n’ai jamais eu de comptes à l’étranger. Ni maintenant, ni avant » ce qui fut démenti un peu plus tard comme on s’en souvient.

- Le mensonge est aussi une arme politique qui a pour effet de tromper les électeurs pour obtenir leur vote, sachant qu’il n’y aurait plus de conséquences possibles. Ainsi du personnage imaginé par les Guignols de l’info avec un Chirac, récemment élu Président de la République, grimé en « super-menteur » pour faire une politique à l’opposé de ce qu’il avait promis durant la campagne présidentielle

 


Jacques Chirac alias Super-menteur

 

Du côté des philosophes on pense à l’essai publié par Emmanuel Kant en 1797 intitulé « Un prétendu droit de mentir par humanité » et qui fut au cœur d’une polémique avec Benjamin Constant. Celui-ci insistait sur le fait qu’une action ne pouvait être morale si ses conséquences contrevenaient aux principes même de cette morale, comme d’éviter de faire souffrir les hommes. Kant répondait en disant qu’il ne peut pas exister de droit de mentir même par humanité, parce que le mensonge porte atteinte à notre devoir de véracité. Or, la véracité est la condition de la valeur de la parole humaine

--> C’est ici que le philosophe de 1797 répond par avance aux politiques de 2026 : en politique il est indispensable d’avoir confiance dans la parole humaine parce que c’est sur elle que le pouvoir d’agir peut s’enraciner comme un droit.


En cette période de campagne électorale, les propos de Kant nous éveillent : les paroles fusent de partout, et faute d’avoir confiance en leur véracité, nous voilà contraints de tout recouper pour vérification. Tâche inépuisable qui finit par décourager les citoyens et les détourner du débat.

Marine Tondelier nous fait sourire avec sa proposition digne d’un Candide un peu benêt : bien sûr que tout le monde ment c’est même l’arme politique la plus facile à utiliser. Mais elle a aussi raison parce que l’on perd confiance dans la parole politique et qu’à à ce prix la vérité ne vaut pas grand-chose.

lundi 7 septembre 2026

De qui Ulrich Siegmund est-il le nom ? – Chronique du 8 septembre

Bonjour-bonjour

 

Le grand retour des idéologies : c’est fait ! Le 21ème siècle n’aura pas supporté très longtemps la fin de ces systèmes de pensée qui habillent le présent des couleurs chatoyantes du passé tout en nous promettant un avenir radieux. Aujourd’hui : une Allemagne faite de traditions et de pureté culturelle, de yodels et de fêtes de la bière.



La question n’est bien entendu pas de savoir ce que, culturellement, les Allemands préfèrent, mais comment vont-ils vivre quand le pouvoir imposera de ne rien tolérer d’autre. Ulrich Siegmund est sûrement un petit gars bien sympathique, mais il ne veut rien voir qui dépasse hors de la culture dite germanique, et surtout pas ce qui atteste du respect d’autres traditions et d’autres cultures. Si chez nous le port du voile islamique fait débat, dans l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, le parti d’extrême droite qui porte Siegmund aux portes du pouvoir) on a depuis longtemps résolu le problème : pour celles qui veulent le porter, c’est : Dehors !

- Comment faire entendre un tel discours dans une Allemagne qui a vécu le drame hitlérien ? Ulrich Siegmund est-il un petit Hitler qui est en train de grandir ? 

--> La question est peut-être mal posée. On devrait se demander : « Comment réintégrer Hitler à l’histoire de la nation et du peuple allemand, et donc « comment le sortir du ghetto de la monstruosité sans pareil ? »

- Et là, on a des embryons de réponse. Comme celle qui affirme que le peuple allemand a réalisé de grandes choses du temps des nazis, que l’obsession antisémite de Hitler a été une erreur, et que c’est elle justement qui lui a fait perdre la guerre. La grandeur du parti nazi est d’avoir su faire triompher l’Allemagne malgré l’antisémitisme hitlérien.

- Bien entendu tout cela est déjà connu – chez nous la réhabilitation de Pétain est un refrain que bien des gens nous fredonnent depuis longtemps. Mais attendez le cran suivant : par exemple le culte du chef au quel les cours d’histoire auront redonné toute la brillance.

Il faudrait aujourd’hui inverser la formule habituelle : non pas « De qui le nouveau président est-il le nom ? » Mais bien « Qui va réincarner le Maréchal ?  »


Pour mémoire, quand Alain Badiou a lancé cette formule qui devait faire florès, « De qui Nicolas Sarkozy est-il le nom ? », la réponse était Philippe Pétain.

dimanche 6 septembre 2026

Mon nom est Bardella – Jordan Bardella. – Chronique du 7 septembre

Bonjour-bonjour

 

Décidément il y a des sujets qui s’invitent dans l’actualité et qu’on n’attendait pas. Ainsi de la vie sentimentale de Jordan Bardella – ou plutôt de son attirance pour le faste dont est entouré sa dulcinée.

Jordan Bardella est pointé du doigt aussi bien par l’opposition que par son propre parti, pour son train de vie aux côtés de la princesse Maria Carolina : “Le luxe c’est son point faible” dit-on au sein du RN. « Jordan Bardella n’est plus aussi populaire qu’avant. En cause : son train de vie, jugé trop luxueux. », nous apprennent les Instituts de sondages (Lu ici)

Intéressant tout de même : on ne le critique pas pour avoir donné son cœur à une ci-devant aristocrate, mais bien pour partager son train de vie au point qu’on l’imagine en smoking blanc, œillet rouge à la boutonnière sirotant son Martini au bar d’un palace : un vrai James Bond.

Tout se passe comme si on ne pouvait être l’ami des riches et des pauvres en même temps : « Il faut choisir ton camp, camarade ». L’ennui avec le suffrage universel, c’est que les pauvres sont beaucoup plus nombreux que les riches et donc qu’ils détiennent le pouvoir de faire et de défaire les majorités. Quand on aspire au pouvoir, il faut plaire aux pauvres, c’est indispensable.

Et puis il y a Marine Le Pen. Riche – très riche – héritière, elle a su masquer le chiffre de son compte en banque. Mais elle souffre de la comparaison, imposée par son jeune co-listier, avec la fringante Marie-Caroline :


 

Cette cruelle comparaison peut jouer en la défaveur de Jordan Bardella à qui on reprocherait un choix pourtant évident. Question : les français veulent-ils une grand-mère défraîchie ou bien un jeune mâle capable de séduire une jeune beauté sexy et riche ?

De toute façon ne vous trompez pas : c’est sur ce genre de réflexion que la vie politique de la France va se décider.