mercredi 17 juin 2026

Ah !... Le progrès ! – Chronique du 18 juin

Bonjour-bonjour

 

Ah !... Le progrès ! Qui donc n’a pas rêvé d’un monde où plus rien ne serait comme avant, où les voitures voleraient et les téléphones équipés d’un écran, permettraient de voir son interlocuteur. 

- Oui, mais tout ça, c’était avant – dans les années 50-60 quand on imaginait que l’an 2000 serait l’occasion de nouveautés technologiques saisissantes. – Et puis nous voilà en 2026 : certaines de ces nouveautés sont apparues et puis on les a laissées tomber, par désintérêt. Ainsi des images en 3D ; et même dans une certaine mesure du téléphone avec vision existent, certes, mais restent tout à fait facultatif.

On est même revenu sur certaines innovations, délaissant au passage les progrès réalisés ; c’est comme cela qu’on assiste à la réapparition des microsillons, chargés de la nostalgie des 45t de nos ancêtres.

Une autre preuve du rôle joué par cette nostalgie : voici qu’une marque automobile réputée pour son excellence technologique, je veux parler de Porsche, a eu l’idée d’installer un simulateur de boite de vitesse mécanique sur son dernier modèle électrique. Voyez plutôt : « En alternative au mode automatique, les conducteurs peuvent passer d’un rapport virtuel à l’autre à l’aide des palettes du volant sport GT. Les changements de vitesse sont simulés de manière très réaliste : des à-coups perceptibles, un couple de traînée spécifique à chaque rapport – comparable au frein moteur d’un véhicule thermique. » Dans le même temps, « Le son intérieur et extérieur du Porsche Electric Sport Sound s’adapte à la situation de conduite en fonction de la charge et du régime moteur » (Lu ici)

Quiconque a eu l’occasion de voyager dans une voiture électrique a pu apprécier le silence dans l’habitacle, le confort d’une voiture qui accélère sans accoups et la sensation de glissement dans l’espace. Hé bien c’est tout cela qui est supprimé par un renfort technologique qui recrée le bruit, les vibrations et les secousses à l’accélération. Ne vous moquez pas : vous même vous acceptez bien de retrouver les craquements et la bande passante limitée de vos antiques microsillons tout-juste sortis des usines où on les réanime après les avoir détruits autrefois.

On le devine : tout cela nous parle de notre nostalgie, de notre attachement au passé de nos grand-mères. L’odeur de leurs confitures mijotant sur le coin de la cuisinière s’est dissipée, mais on veut la retrouver, même s’il faut, abandonnant la plaque à induction, casser du bois pour la cuisson. 

 

 

Bizarre ? Oui, mais on est fait comme ça.

mardi 16 juin 2026

Quel est l’organe du consentement ? – Chronique du 17 juin

Bonjour-bonjour

 

L’affaire Patrick Bruel oppose très classiquement des femmes qui accusent le chanteur de les avoir violées – et lui qui rétorque qu’elles étaient consentantes. On a fait des tonnes de commentaires sur le sujet du consentement et je ne me risquerai pas à en rajouter. Pourtant, il existe encore un doute : celui d’un retournement de l’appréhension de la situation : est-il possible que dans certains cas un consentement authentique disparaisse et que ne reste que la situation d’un rapport finalement désagréable ?

Le chanteur Dave l’affirme : il a connu des femmes qui lui ont dit ne plus avoir du tout le souvenir d’avoir consenti à l’acte sexuel auquel elles semblaient pourtant avoir été consentantes. Dave ajoute : « Ça m’est arrivé une fois de me trouver dans le lit avec une fille qui avait des phénomènes très clairs qu’ont les femmes quand elles sont excitées, et qui me disait ‘Oui mais ce n’est pas ma tête qui a envie’. » (Lu ici)

Les amateurs de chanson d’autre fois se rappelleront "la servante du grand café" qui refuse les avances d’un jeune Bidasse après lui avoir – du moins le croit-il – répondu favorablement : « Mais les femmes, ça n'a pas d'raison / Quand ça dit oui, ça veut dire non. »

Cette dissociation entre le désir et la raison, pourrait-elle expliquer ce sentiment de viol a posteriori ? Voilà en tout cas une question qui peut interpeller le philosophe (ainsi que le psychologue). Comme je l’ai dit plus haut les débats sur le consentement ont à peu près épuisé la question. Reste à imaginer une situation où la jeune femme qui répond à Dave « ce n’est pas ma tête qui a envie » serait sincère : est-ce que cela changerait quoique ce soit au jugement final ?

lundi 15 juin 2026

De la guerre sainte – Chronique du 16 juin

Bonjour-bonjour

 

La sainteté de la guerre est peut-être toujours présente au fond des conflits qui ensanglantent notre époque : les ukrainiens font-ils autre chose que sauver leur patrie des prétentions russes à l’annihiler en l’intégrant à la Russie ?

Pour évoquer ce sujet on peut provisoirement prendre un peu de champ. Et réfléchir au mal dont la destruction est la justification finale des combattants. Autrement dit, faire la guerre c’est se livrer à un malicide.

- « Malicide » : Un mot nouveau pour justifier la guerre et le meurtre. Signifiant le fait d’« ôter la vie d'un méchant » et plus particulièrement d’un hérétique, il nous découvre un domaine où le Bien et le Mal sont les seuls déterminants des rapports humains. Entendez que le respect de la personne humaine, son inviolabilité, sont subordonnés à la valeur que lui attribue ou lui refuse un système de valeurs enraciné dans une croyance religieuse - ce qui nous ramène à la guerre sainte.

C’est ainsi que Saint Bernard rassure les Templiers, ces croisés permanents : s’ils sont tués au combat, ils gagnent le Paradis car ils meurent pour Dieu ; lorsqu’ils tuent en combattant l’infidèle, ils n’encourent aucun risque pour le salut de leur âme car, ce faisant, ils ne commettent pas un homicide, mais un « malicide ». Pour Dieu l’homme n’a de valeur que dans la mesure où il accepte la mission qui lui est assignée, à savoir chanter Sa gloire. Dès qu’il en déroge, alors Dieu, c'est à dire les hommes missionnés pour œuvrer à sa place, peuvent le supprimer.

Dès qu’on veut sanctifier la guerre il faut donc deux choses :

- des valeurs fondées dans l’absolu ;

- des hommes missionnés pour châtier ceux qui ne les respectent pas

Pour qu’une telle situation soit acquise, il faut donc donner congé aux valeurs humanistes qui accordent cette universalité à l’être humain entendu dans sa plus grande extension, et accepter que les valeurs soient fondées sur une source extérieure à l’humanité, comme l’est un Dieu transcendant qui est, par nature, en dehors d'elle.

dimanche 14 juin 2026

Le droit à la haine – Chronique du 15 juin (2)

 

N.B. Un autre post est publié ce jour – voir ci-après

 

 

Bonjour-bonjour

 

 

Je publiai récemment (ici) un texte consacré à « la prière du para » qui demande à Dieu des ennemis à détruire. Je voyais en cette prière un signe fort abstrait du goût pour la violence et le massacre mutuel des hommes.

Or voici que l’actualité met au premier plan un exemple beaucoup plus concret en la personne d'un nouveau partisan de l’extrême-droite italienne, le général Roberto Vannacci, 57 ans, qui vient de fonder son mouvement à la droite de la Ligue du Nord. 

 


L’ex-général Roberto Vannacci, 

 

Dans un essai raciste et homophobe, Roberto Vannacci s’insurge contre « les règles douteuses d’inclusion et de tolérance imposées par les minorités », et il revendique « le droit à la haine ».

L’époque qui a porté Donald Trump au pouvoir nous a habitués à entendre n’importe quoi. Mais le droit à la haine, ça c’est quand même nouveau.

On ne se laissera pas distraire par les interrogations que soulève un tel droit : on admettra qu’il s’agit d’abord d’une tolérance qui est argumentée par un refus d’admettre dans la société – voire même dans le genre humains – des communautés telle qu’en forment par exemple les gays. - Ou les juifs ce dont on aurait un exemple historique avec l’antisémitisme nazi.

On le voit : le pire n’est pas la haine, mais les raisons par lesquelles on la justifie. Car l’amoureux trahi peut bien haïr la femme qui l’a trompé et refuser de lui pardonner. C’est un fait d’ordre purement privé et on le laissera ruminer sa vengeance : cela ne nous concerne pas. En revanche s’il trouve là une raison pour condamner toutes les femmes comme étant des êtres inférieurs dans l’espèce humaine, là il y a danger de décivilisation (au sens macronien du terme).

On ne peut pas aimer tout le monde, dit la sagesse populaire : ce serait de toute façon une utopie. Mais donner une place à la haine, si peu que ce soit, et c’est le fameux « vivre ensemble » qui se trouve ruiné.

En Suisse, une votation anti-immigration – Chronique du 15 juin (1)

Bonjour-bonjour

 

En Suisse comme ailleurs, l’interdiction des migrants est une obsession de l’extrême-droite à ceci près qu’ici ça passe par des votations qui reviennent régulièrement pour obtenir des lois restrictives.

 


Affiche de l’UDC en faveur de la votation limitant le chiffre de la population suisse. A noter le mouton blanc, symbole des suisses « de souche ».

  

Le projet qui a été rejeté hier stipulait que la population suisse ne devrait pas dépasser les 10 millions, alors que la confédération compte aujourd’hui 9,1 millions d’habitants. Si le seuil des 10 millions avait été dépassé, la Suisse aurait dû non seulement fermer ses frontières à de nouveaux migrants mais aussi dénoncer l'accord de libre circulation avec l'UE dans les deux ans, et d'autres accords bilatéraux portant sur l'asile et la sécurité. (Lire ici)

 

- Je n’épiloguerai pas sur ce que ce résultat nous dit de l’état de l’opinion en Suisse, mais je réfléchirai plutôt au procédé utilisé par l’UDC, le parti d’extrême droite suisse, pour obtenir ce résultat – à savoir geler le chiffre de la population pratiquement au niveau actuel. 

La plupart des pays qui cherchent à empêcher la migration sur leur sol se dotent de lois restrictives, de garde-frontières, voire de murs. Ici, rien de tout cela : c’est de l’intérieur que cet obstacle est érigé – obstacle qui met en cause le peuple lui-même : « Attention lui dit-on à ne pas proliférer d’avantage. » Car peu importe comment le chiffre fatidique de 10 millions serait dépassé : par un apport extérieur ou – pourquoi pas ? – par une fécondité retrouvée : ce serait également interdit. On imagine comment la Suisse réagirait dans ce cas, à supposer que les circonstances se présentent, par des amendes, ou à la chinoise avec des sanctions allant jusqu’à priver de toute ressource les familles trop nombreuses ?

Par-delà ces rêveries, la vérité est quand même que l’interdiction de la migration aurait un coût financier et que ce serait au peuple suisse de le payer.

samedi 13 juin 2026

La prière du para – Chronique du 14 juin

Bonjour-bonjour

 

Je découvre aujourd’hui cette « Prière » du parachutiste qui révèle un amour inconditionnel de la guerre :

 

Je veux l’insécurité et l’inquiétude,

Je veux la tourmente et la bagarre,

Et que vous me les donniez, mon Dieu,

Définitivement,

Que je sois sûr de les avoir toujours,

Car je n’aurai pas toujours le courage

De vous les demander.

(Lu ici)

 

Dieu seul est capable de « donner » aux hommes la guerre en toutes circonstances ; et de la leur donner alors même qu’ils ne la demandent pas – alors même qu’ils la refusent. Car la guerre est bonne pour les hommes même s’ils ont oublié à quel point ils l’aimaient.

Qu’on ne croie pas que cette amour inconditionnel de la guerre est invraisemblable. Car la guerre est une protection lorsque la décadence menace la civilisation : « Une nation s'éteint quand elle ne réagit plus aux fanfares ; la décadence est la mort de la trompette. » (Cioran – Syllogismes de l’amertume)

Et plus délectable encore, aux sources même de notre civilisation, la Chanson de Roland :  : « […] Gerier frappe l’amiral [sarrasin] : / il lui brise le bouclier, lui démaille la cuirasse ; / il lui plonge son bon épieu dans le cœur ; / il lui enfonce le fer qu’il lui passe à travers le corps / de la longueur de sa lance il l’abat mort sur place. / Olivier dit : « Belle est notre bataille ! » (La Chanson de Roland, laisse 97)

La guerre relève de l’art botanique : elle permet aux sociétés de se vivifier par le sacrifice de ses rameaux trop abondants. Et elle est aussi un plaisir.

Vous comprenez mieux comment on peut être para ?

vendredi 12 juin 2026

Plagiat : le cas Etienne Klein – Chronique du 13 juin

Bonjour-bonjour

 

Vous avez sans doute suivi comme moi le scandale soulevé au cours de l’émission « Arrêt sur image » par la révélation du plagiat réalisé par Etienne Klein lors de la rédaction de sa thèse de doctorat. (Article à consulter)

La polémique tourne autour de la gravité de ce détournement d’idées réalisé au cours de ce travail universitaire. Pour les uns c’est un crime contre l’honnêteté scientifique qui corrompt la science elle-même en ruinant la confiance qu’on peut avoir en elle ; pour d’autres (dont l’auteur) c’est un délit mineur lié non pas à un abus mais à une simple négligence : tout le monde peut réaliser ce genre d’emprunt, à condition de le signaler correctement. L’idée étant qu’une fois la recherche réalisée et dûment vérifiée, elle ne conserve plus la moindre trace de subjectivité ; en elle tout est devenu rationnel donc universel. 

 


Qu’importe qu’Archimède ait conçu son célèbre principe en prenant son bain et en constatant que sa jambe pesait « moins lourd dans l’eau que dans l’air » ? En faisant usage de ce principe, la référence à son « inventeur » ne fait qu’apporter un moyen de vérification supplémentaire, inutile si celle-ci est suffisamment établie par ailleurs.

 

- Pour nous, auditeurs des « Conversations » diffusées sur France-Culture, la question n’est pas de savoir si monsieur Klein plagie ou pas ses collègues : c’est même tout à fait mineur. La seule question est de savoir s’il apporte une véritable lumière sur la science ; et par-delà si nous comprenons mieux le réel.

Le reste ne nous concerne pas.