jeudi 22 octobre 2026

La vie en rose – Chronique du 23 octobre

Bonjour-bonjour

 

Vous connaissiez octobre rose, le pot aux roses, la panthère rose. Mais connaissez-vous le diamant rose ?

 



Exposé ces jours-ci à Chantilly, le Diamant rose a été en 1926 l’objet d’un vol dans le musée Condé où il est revenu après une histoire rocambolesque que vous pourrez lire ici si le cœur vous en dit.

- Devenu aujourd’hui l’un des trésors les plus précieux du musée Condé, il nous donne l’occasion de nous interroger sur la valeur attribuée aux diamants.

On rattache couramment cette valeur aux propriétés physiques de cette pierre (inaltérable, capable de refléter la lumière, rareté relative). Mais c’est surtout sa valeur symbolique qui lui donne tout son prix : symbole de force et d’invincibilité, le diamant devient le signe de la puissance arborée par les monarques.

A l’époque moderne, devenu une marchandise comme une autre, c’est principalement sa rareté qui retient l’attention. Comme l’a expliqué René Girard, le désir est essentiellement mimétique : nous désirons ce que désirent les autres, parce qu’ils sont nombreux à le faire.

Nous sommes dans la logique du marché qui fixe par exemple la valeur des tableaux de maitres.

Étonnante constatation : alors que nous sommes prêts à défendre notre droit à réaliser nos désirs, comme s’ils manifestaient notre nature la plus authentique et la plus intime, voilà qu’on nous explique que – non, décidément ce n’est pas notre originalité que nous défendons, mais bien notre conformité à un groupe d’individus. Bien sûr, l’envie de posséder ce que possèdent les autres ne serait la marque du désir qu’à condition de comprendre que ces « autres » ne sont pas n’importe qui, mais des personnes aux quelles nous accordons un certain prestige.

Réciproquement, les privilégiés qui arborent ces signes de puissance le feraient pour sentir l’attirance qu’ils exercent sur autrui.

L’essentiel du désir serait donc non pas de combler un manque mais de devenir désirable.

mercredi 21 octobre 2026

Auto-défense – Chronique du 22 octobre

Bonjour-bonjour

 

Bientôt la nouvelle manif’ de fin de semaine avec gilets-jaunes, étudiants et casseurs ? Ne craignez-rien braves gens pour votre croissant du dimanche matin : votre boulanger s’est équipé et a collé ce sticker sur sa vitrine :


 


Vous l’aurez compris : ce soir-là les commerçants ne comptent pas contempler le pillage de leurs magasins en se tordant les mains de désespoir. Les boutiques d’articles de défenses qui vendent à peu près tout ce qui se fait en la matière, de la bombe au poivre jusqu’au pistolet à grenaille, ont été dévalisées. Et le patronne de ce petit restaurant de nous expliquer qu’elle est allée prendre des leçons de tirs – sans dire si elle en avait profité pour s’armer, mais on le devine sans peine. 

En tout cas, certains propriétaires de commerce l’ont dit : « Samedi dernier on a regardé la police recevoir toute la journée des cocktails Molotov avant de disparaitre au moment où ils ont fait sauter la vitrine ». On comprend qu’à présent, ceux qui sentent leur patrimoine menacé pensent qu'il est urgent de se substituer à l’État  – et il ne s’agit pas seulement des commerçants : les habitants des appartements situés au-dessus des boutiques se sentent concernés eux aussi : le « home-jacking » risque bien de venir compléter la gamme de déprédation commises.

 

- Paul Valéry avait dit (en 1931) « Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible nous périssons » : on comprend pourquoi plus personne ne se résout à voir la police recevoir des pavés sans répliquer. D’ailleurs ils vont avoir des consignes pour cela. Et quant on sait que des soldats du dispositif « Sentinelle » vont être dans les rues on frémit : on nous dit qu’ils ne sont là que pour donner confiance aux braves gens mais que jamais ils ne devront faire usage de leur arme. 

Leur arme ? Un fusil d’assaut qui fait mouche à 3 kilomètres ?


 

 

Gare aux réaction un peu irritées des soldats qui reçoivent des pavés sur la figure !

mardi 20 octobre 2026

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? – Chronique du 21 octobre

Bonjour-bonjour

 

Violence, sécheresse, inondations, hausse du CO2, guerre en Ukraine….

 

 

Sébastien Lecornu lors des questions au gouvernement hier

 

Je frémis en lisant les informations matinales : partout ce n’est que désolation, lamentations et appel au secours : rarement le constat aura été aussi affligeant, au point qu’on se demande pourquoi le sort s’acharne sur nous, pauvres français qui n’avons rien fait de mal ?

- Mais, bon : après tout ce n’est peut-être qu’un effet d’optique : peut-être qu’on ne regarde que ce qui ne va pas et qu’on en oublie les bonnes choses qui se préparent, comme les vacances qui viennent d’arriver, et Noël qui va très vite embraser nos vitrines et nos rues.

- « Nos vitrines » … Vous voulez parler de celles qui sont encore en place et des magasins qui n’ont pas été pillés ? ....

- Taisez-vous, espèce de défaitiste ! Rappelez-vous de la chanson de 1935 : Tout va très bien, madame la marquise… L’ironie développée par cette chanson devrait nous faire tous réfléchir : il y a bien pire que nous – et même si tout ne va pas pour le mieux, on est quand même mieux chez nous que dans un pays quelconque - par exemple d'Afrique sub-saharienne.

- Et alors ?

- Imaginez un peu les infos auxquelles on échappe : 

* Covid : l’épidémie gagne du terrain.

* Guérilla : l’Ultra-gauche menace nos prochaines manifs’  

* Corruption : avant de quitter le pouvoir, le Président a placé sa famille à la tête des armées et des principaux ministères ;

* Économie : le pays emprunte désormais à 10%

       * Sécheresse : la Corse ravitaillée en eau douce par bateaux-citernes

- C’est vrai que, vu comme ça…

lundi 19 octobre 2026

Violence : des maux aux mots – Chronique du 20 octobre

Violences urbaines de samedi :

 

Le mot du jour : la colère

 


… Et puis quelques formules entendues au cours des reportages ou tables rondes consacré(e)s à la violence de la rue :

* Macron : game over

* Que Dieu prie pour nous !

* J’ai l’alarme à l’œil

* La convergence des brutes

* Souriez, demain sera pire

* Bismillah c’est les ténèbres

* Un couvre-feu à Paris

* Le fusil de chasse sous le comptoir

* Les ingénieurs du chaos

* Marine Le Pen : la France apaisée

Et pour finir :

« Si l’État est fort, il nous écrase ; s’il est faible, nous périssons » (Paul Valéry)

dimanche 18 octobre 2026

Pour un ramadan politique – Chronique du 19 octobre

Bonjour-bonjour

 

Le reproche fait aux dirigeants qui nous gouvernent est systématique : ils sont déconnectés, « hors-sol », ils n’écoutent pas – ou plutôt ils « n’entendent pas » la plainte du peuple qui leur dit : on se prive mais on n’y arrive plus !

Et c’est vrai : quand on compte jusqu’au dernier centime, qu’on remplit son caddy de la semaine avec la limite de 50 euros maximum, on vit avec la crainte de dépasser son faible budget et de ne pas passer la caisse sans devoir abandonner quelques articles. Au lieu de cela j’appartiens à cette classe de consommateur qui ne regarde pas les prix de ce qu’il achète – sauf à vérifier qu’il est honnête – et qui peut se permettre un dépassement de budget sans sourciller.

- La pauvreté est une expérience que seule la restriction des ressources permet : les responsables politiques ou fonctionnaires ne l’ont certainement pas et c’est tant mieux… sauf qu’ils ne peuvent gérer les finances avec un vécu de ce que représente une allocation de ressource minimum qui fixe le RSA à 1000 euros : pour eux c’est une variable dans un calcul : l’essentiel est que ça tombe juste.

 


Vu ici


Alors pourquoi ne pas tenter un « stage de pauvreté » ? Je veux dire que certains fonctionnaires de Bercy – voire même certains ministres – seraient durant toute une période (disons 6 mois) rémunérés au SMIC, pas un euro de plus ? Les traites et les loyers du fonctionnaire seraient pris en charge par l’État, qui ne laisserait à charge que le montant qu’un smicard lambda doit acquitter mensuellement. Et vaille que vaille, ce haut responsable devrait à son tour faire ses courses chez Auchan avec la calculette à la main.

Idée farfelue ? Pas tant que ça. ATD-Quart monde exige de ses bénévoles qu’ils n’aient pour ressources que le SMIC - et même, ceux qui reçoivent le SMIC n'en conserveront individuellement qu'une partie, le reste alimentant une caisse commune. Ça ne vous suffit pas ? Alors, songez au ramadan : parmi ses significations, la solidarité avec les plus pauvres – entendez ceux qui ont faim – est la plus souvent citée.

Oui, le dénuement est comme la faim : le ventre vide, c’est un cri ; le ventre plein, ce n’est qu’une idée.

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N.B. Le parangon de cette expérience n'est autre que Wittgenstein. Voir ici.

samedi 17 octobre 2026

Au feu, les pompiers ! – Chronique du 18 octobre

Bonjour-bonjour

 

La France est en panne ! Son moteur grippe, grince, cale. Le tiroir-caisse est coincé, c’est le chaos !

 


Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ? N’avons-nous rien vu venir ? Pourquoi est-on resté impuissant pour désamorcer ces colères ? Et que faire pour empêcher qu’elles ne reviennent durant des mois saccager nos belles villes ?

Le problème parait ardu et pourtant il est beaucoup plus simple à résoudre qu’il n’y parait : il faut de L’ARGENT indispensable pour mettre du lubrifiant social là où ça bloque.

Solution simple en théorie seulement car, voyez-vous, de l’argent on n’en a pas. 

Comment faire ? En théorie donc, c’est simple : il suffirait de produire d’avantage ; comme cela on vend plus et on encaisse plus de bénéfices. – Seulement ça ne marchera pas puisqu’il faudrait investir dans la machine productive, alors que tous nos sous passent dans le paiement des intérêts de la dette.

Les manifestants se récrient : « On ne veut plus entendre de tels arguments ! DE L’ARGENT il y en a, mais il va aux actionnaires. Il faut prendre là-dessus pour aider les plus pauvres d’entre nous » Autrement dit on prend aux riches pour donner aux pauvres, ou si vous préférez plus élégant, on modifie la répartition des richesses. 

- Seulement voilà : les riches sont des oiseaux migrateurs et s’ils ont moins à picorer chez nous ils iront mettre leur argent ailleurs, là où le fisc est moins gourmand. Reste plus qu’à mettre une interdiction de sortir des capitaux du pays, comme le font les pays les plus pauvres… Allez voir les résultats.

- Que faire alors ? Vous pouvez toujours philosopher, ça au moins ça ne coûte rien – Par exemple dire que l’État n’est rien d’autre qu’un organisme qui serait là pour résoudre les problèmes de fin de mois. Ce qui n’est pas rien, j’en conviens ; mais je ne suis pas sûr ça marche encore comme ça aujourd’hui.

vendredi 16 octobre 2026

Du « pourquoi ? » au « comment ? » – Chronique du 17 octobre

Bonjour-bonjour

 

Un article récemment publié (ici) revient une fois de plus sur une énigme irritante que beaucoup considèrent comme une faille dans le connaissance scientifique : « Qui de l’œuf ou de la poule est arrivé le premier ? » - et de constater que cette question forme un cercle dont la science serait incapable de sortir.

 


Pourtant la solution est écrite, noir sur blanc par Diderot dans le rêve de d’Alembert (1769) : « Si la question de la priorité de l’œuf sur la poule ou de la poule sur l’œuf vous embarrasse, c’est que vous supposez que les animaux ont été originairement ce qu’ils sont à présent. Quelle folie ! » 

Tout est dit, et les découvertes scientifiques actuelles (article cité) ne font que confirmer l’intuition de Diderot.

Et pourtant… Nous refusons de cesser de tourner la question dans tous les sens : « Pour pondre un œuf de poule, il faut logiquement qu’une poule existe déjà pour le produire. » 

La raison de cette résistance est à chercher dans les obstacles épistémologiques dont Bachelard a fait l’analyse (voir ici). Nous n’y reviendrons pas. En revanche une autre raison explique cette résistance : il s’agit de la question des origines premières des phénomènes, telles qu’analysées par Auguste Comte. Alors qu’à l’état théologique ou métaphysique l’esprit cherche à connaitre l’origine premières des phénomènes, l’état scientifique se développe à partir du renoncement à cette question, pour ne s’intéresser qu’au rapport qui existe ente les faits. La science renonce au « pourquoi » pour ne répondre qu’au « comment ».

 

L’énigme des premiers commencements, voilà le véritable mur contre le quel notre esprit vient obstinément se fracasser. Par exemple qui donc renonce à chercher ce qu’il y avait avant le Big-Bang ? Cette question a pourtant été dénoncée par Thomas d’Aquin (13ème siècle) qui disait (je résume) : « Si le temps est apparu avec la création du monde, alors il est impossible de chercher à savoir ce que faisait Dieu avant, puisque, si le temps n’existe pas, alors les notions d’« avant » et d’ « après » n’ont aucun sens ».

Si rien n’a changé depuis, c’est que notre cerveau est organisé de façon à résister à ces évidences. Qu’on les appelle « obstacles épistémologiques » ou « biais cognitifs », le résultat est le même : nous devons penser contre nous-mêmes.