mardi 22 septembre 2026

Et le prix Goncourt est attribué à ChatGPT ! – Chronique du 23 septembre

Bonjour-bonjour

 

Ça devait arriver : un roman (= C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien), qui est en bonne position pour le prix Goncourt, est dénoncé comme susceptible d’avoir été écrit par une IA.

Est-ce vrai ? Les logiciels experts destinés à dépister les textes initiés par des machines sont-ils fiables ? J’entends dire qu’un extrait de l’Épitre aux corinthiens a été diagnostiqué écrit par une IA à 88%. La controverse n’est donc pas prête de s’éteindre. (lire ici)

- Par contre, la vraie question est celle-ci : à supposer que ce soit vrai et que ChatGPT soit effectivement à l’origine du roman de Thélyson Orélien, son intérêt en serait-il diminué ? 

L’alternative est : ou bien la machine ne peut que plagier la création humaine ce qui, même en supposant cette imitation parfaite, lui retire son intérêt puisqu’on préfèrera toujours l’original à la copie. À l’opposé, peut-on tenir pour inessentiel le fait que seule une machine l’ait conçu, parce que son essence humaine serait tout à fait secondaire ? 

 

 

GDJ/PIXABAY

 

- Dans le premier cas on admet que ce soit de l’histoire que témoigne l’ouvrage de l’écrivain, et on ne peut pas le comprendre sans cela – d’où la nécessité de faire de la machine une production humaine liée à l’époque et aux rêves des hommes ; et du coup elle ne pourrait rien faire d’autre que transmettre ces caractéristiques à des œuvres mécaniquement produites. 

- Si par contre nous supposons que l’ouvrage que nous tenons dans nos mains et que nous lisons n’a pas à être envisagé du point de vue de l’auteur, alors les questions qui se posent sont toute différentes. On se trouve renvoyés à l’irruption dans les années 60 de la « Nouvelle critique » de Roland Barthes qui trouve dans l’œuvre elle-même la logique qui permet de l’analyser et de la critiquer. 

Est-ce à dire que dans ce cas, la machine est un écrivain comme un autre ? Pas exactement. Selon cet article qui analyse les principes de la nouvelle critique, « L'écrivain emploie une écriture première, un langage-objet qui porte directement sur le monde, les autres et Dieu. » - Autrement dit, c’est bien quand même dans son rapport au monde, à l’homme et à Dieu que l’ouvrage littéraire prend naissance. Et du coup, voici la machine de nouveau mise hors-jeu, réduite au rôle de plagiaire, obligée d’imiter cette intrication entre l’homme et ce qui l'entoure.

 

On connait la formule de Buffon : « Le style est l'homme même » - autrement dit l’écrivain est un individu pris dans la pâte de l’écrit, il fait corps avec le texte tel qu’il se construit, nourrissant l’imagination de la lecture. L’IA générative n’est donc qu’un plagiat éhonté, qui singe l’homme et qui n’est rien sans lui.

lundi 21 septembre 2026

Adieu, bonne vieille T.S.F. !..... - Chronique du 22 septembre

Bonjour-bonjour

 

Voici ce que je lis ce matin : « Les radios publiques, privées et associatives ont demandé lundi aux pouvoirs publics en France et en Europe de rendre obligatoire l’installation de récepteurs hertziens dans les voitures neuves, en pointant le fait que certains constructeurs s’en passent désormais. »

– Alors, ça y est ? La radio – votre radio – écoutée sur le poste installé dans votre voiture – est périmée ? 

– Oui, vous le savez depuis qu’on vous parle de la DAB+, la radio numérique, et qu’en même temps certaines de vos stations (comme France musique) disparaissaient de vos appareils habituels.

Voilà donc une page de plus dans votre cahier des « Objets disparus » où vous consignez tous ceux qui disparaissent après avoir fait le cadre de votre vie (comme le Solex, la Seccotine ou le mange-disque)

 

 

Occasion de le rappeler : nous sommes tellement attachés à ce passé si personnel, si émotionnel, qu’il constitue une sorte de patrimoine. Pas celui fait de cathédrales et de palais qu’on vient de célébrer – plutôt celui pour lequel nous réservons le terme anglo-saxon de « vintage » toujours utilisé avec affection. 

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »  demandait le poète. Nous avons la réponse : oui, ces objets ont une âme mais nous ne le découvrons que le jour où ils disparaissent de notre monde.

Toutefois, cette force est tellement importante qu’elle a parfois su résister aux progrès de la technologie : on le sait depuis que le microsillon 33 Tours a réussi à se maintenir face à l’invention du C.D. Même à présent que la dématérialisation se poursuit avec le streaming, il est encore possible d’acheter des microsillons neufs et de les poser religieusement sur sa platine tourne-disque. 

Qui sait ? Il en ira peut-être de même avec vos bons vieux transistors ?

dimanche 20 septembre 2026

Un Mickey métaphysicien – Chronique du 21 septembre

Bonjour-bonjour

 

Des chercheurs ont réussi à faire croitre un organoïde de cerveau humain dans des souris qui à présent se développent grâce à lui.  

/Rappelons qu’un organoïde cérébral, aussi appelé minicerveau ou cerveau miniature, est une masse de cellules mimant la structure et les fonctions principales du cerveau (Art. Wikipédia)/

On lira ici le protocole expérimental qui a eu pour effet d’empêcher le développement du cerveau de souriceaux à qui on a injecté des organoïdes cérébraux humains qui se sont développés à la place de leur cerveau naturel. « Six mois après l’opération, les souris dites « xénocorticales » se comportaient comme des souris normales ; seuls de légers déficits de mémoire et une démarche un peu plus prudente, probablement liée à une coordination motrice fine légèrement altérée, les distinguaient de leurs congénères intactes. »

C’est là que l’on commence à ressentir le vertige. Déjà concevoir le développement artificiel d’un cerveau selon les mêmes plans qu’avec le développement normal au cours de la gestation, ça ouvre un horizon sur la créature de Frankenstein. Mais voilà qu’on se prend à rêver : allons-nous créer des souris qui possèdent une conscience ? Leur comportement rapporté dans l’article cité à une prudence issue de déficit ne serait-il pas plutôt issu d’une évaluation de la situation comme chez nous lorsqu’on se demande « Où vais-je ? » ? Et pour bientôt des souris qui vont s’interroger :

* Dieu existe-t-il ?

* Le temps a-t-il une fin ou est-il infini ?

* Qu'est-ce que l'âme ou la conscience ?

* Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Un Mickey métaphysicien serait barbant, je vous le concède. Mais avouez qu’on se sentirait parfois moins seuls...




samedi 19 septembre 2026

54 milliards = 12 milliards – Chronique du 20 septembre

Bonjour-bonjour

 

« Le niveau d'endettement de la France continuera d'augmenter pour atteindre 119,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026 et 121,7 % en 2027 », a indiqué samedi 19 septembre, le ministère de l'Économie et des Finances, avant d’ajouter : « Cette hausse est mécanique. Elle est la conséquence d'un déficit qui demeure élevé » (Lu ici)

Autrement dit les économies à réaliser ont d’abord pour objectif de freiner la hausse du déficit qui est mécaniquement attendue pour 2027. « Mécaniquement » veut dire : si on ne change rien à notre budget, alors un accroissement du déficit de 42 milliards d’euros est inéluctable quand bien même on n’emprunterait plus un sou. On comprend alors que sur les 54 milliards qu’on devra couper dans nos dépenses, seul 12 serviront à réduire la dette ; le reste servant à éviter son augmentation.

 

« Plus on pédale moins vite, moins on avance rapidement »

 …mais on avance quand même. La dette c’est comme un gros train lancé à 140 à l’heure et qui voit un véhicule sur la voie à un passage à niveau. Les freins bloqués il continue d’avancer jusqu’au choc final, dont on peut seulement espérer qu’il soit le moins brutal possible.

 


Nos actes d’hier engagent notre présent mais aussi l’avenir. Il va falloir s’habituer à cette évidence, qui vaut pour la dette comme pour le climat, et même pour notre santé quand l’âge nous contraint à subir les désordres consécutifs à des abus (alcool, drogue, sédentarité) restés pourtant silencieux jusqu’à présent. Le problème est celui d’une temporalité asymétrique : les bénéfices des consommations abusives d’hier sont déjà oubliés alors que le paiement de la dette qui en est la conséquence commence à peine et doit s’éterniser sur de longues années. 

vendredi 18 septembre 2026

Des machines plutôt que des hommes – Chronique du 19 septembre

Bonjour-bonjour

 

Bien qu’on soit habitués à l’inverse, il arrive parfois que des idées politiques fassent progresser une réflexion sur la société. Ainsi de cette proposition (lue ici) d’Éric Zemmour qui voudrait remplacer les immigrés renvoyés dans leurs pays par de robots. 

Se peut-il qu’on haïsse les hommes à ce point qu’on préfère vivre en compagnie de machines plutôt que de les rencontrer dans notre environnement ?

C’est sur ce point que je méditais hier, alors que faisant mes courses à Carrefour, je me suis trouvé « nez-à-nez » (sic) avec un robot nettoyant les allées du magasin.

 


 

Pudu CC1 – Robot nettoyeur de sol

 

Certes je ne suis pas habitué à nouer une conversation avec les agents d’entretien. Mais la possibilité de le faire est toujours à l’horizon, et je me sens rassuré de les voir : ils me confirment que je suis bien dans un environnement humain et non dans un univers robotisé.

Or c’est précisément cela que monsieur Zemmour annonce : mieux vaut des machines que des hommes – mieux vaut plus d’hommes du tout que des migrants, autrement dit des gens issus d’autres cultures que la mienne. Cette mise à l’écart de l’humanité qui est la signature de la haine de l’homme moderne. Autrefois – du temps des nazis par exemple – on cherchait simplement à éliminer certaines catégories d’êtres humains, et on s’arrêtait là. Les Nazis, justement ne se sont jamais demandés ce qu’il faudrait pour remplacer les juifs : il allait de soi, non pas que les Aryens fassent tout le travail, mais il y ait des races subalternes qui prendraient la relève. 

Monsieur Zemmour a-t-il songé qu’avec sa logique on arriverait un jour à avoir une race de seigneurs dépourvus de serviteurs humains ? Des maitres sans esclaves, cela a-t-il un sens ?

jeudi 17 septembre 2026

Qui va payer ? – Chronique du 18 septembre

Bonjour-bonjour

 

Il parait que les français sont nuls en économie, ce qui les rend vulnérables aux balivernes débitées par nos populistes. C’est peut-être moins vrai qu’on ne le croit, mais quand même : sommes-nous capables de faire la distinction entre « crise économique » et « crise financière » ?

Le Premier ministre nous donne l’occasion de faire la distinction avec cette déclaration concernant la dette publique : « L’année prochaine, à cause du contexte géopolitique qui pousse les taux d’intérêt à la hausse, le pays va devoir trouver 10 milliards d’euros supplémentaires » afin de faire face au remboursement des emprunts. » Voilà : ça c’est de la finance et les dix milliards annoncés, c’est bien du concret. Voilà qui est clair : circulez, y a rien à voir.

… Sauf que la question intéressante qui reste c’est bien celle de la répartition : déjà la distinction entre impôt et taxe, ça tous les français savent la faire, quand bien même ils auraient décroché avant la 3ème

Par ailleurs, les retraités le savent aussi : si on remplace l’abattement de 10%, par un forfait, ils seront touchés s’ils ont plus de 20000 € de pension annuelle. 

 

Mais après tout, qu’importe ? Que ce soit suite à une hausse des prix du carburant ou suite à une hausse des taux d’intérêt, les sous qui vont devoir être trouvés sortiront de la poche des français et c’est tout. Que ce soit avec une hausse des impôts ou des taxes, je m’en fiche royalement – au bout du compte, ce qui importe, c’est de savoir qui paye. Et là, aucune hésitation : les français sont fermes sur leurs bases : pas question que ce soit moi. 

- Les philosophes se sont échinés à réfléchir sur la distinction entre le sujet et autrui. En fait c’est plus simple qu’on ne croit : ceux qui doivent payer, sont appelés « les autres » ; ceux qui réclament des subventions sont appelés « moi ».

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N.B. Une idée maligne : au lieu de prendre dans la poche des français, le gouvernement avisé peut choisir de ne pas y mettre ce qu'il était censé donner. Comme disait Colbert, "L'art de l'imposition consiste à plumer l'oie de façon à obtenir le maximum de plumes avec le minimum de cris."

mercredi 16 septembre 2026

Vont-ils revenir ? – Chronique du 17 septembre

Bonjour-bonjour

 

De partout monte la colère : flambé des prix des carburants, blocage des ports par les pécheurs, menace des agriculteurs – sans parler de tous ceux qui sont tributaires de la voiture, petits salariés auxquels le pays doit beaucoup et ne donne rien.

Du côté de l’Élysée, on s’inquiète d'un retour d'une violente colère sociale à quelques mois du départ du Président. Mais pour l’heure il s’agit de discuter du budget de la nation. Reste une précision encore : les caisses sont vides et on ne peut espérer les remplir alors que les taux d’intérêt sont au plus haut.

On lira ici le reste des réflexions que ce sujet suscite, mais pour aller à l’essentiel, demandons-nous plutôt ce qu’il reste de l’action politique lorsqu’aucun choix ne s’offre aux représentants du pays. Lorsque Winston Churchill promit aux britanniques « de la sueur du sang et des larmes » dans son discours d’investiture le 13 mai 1940, il n’offrait aucune alternative : son discours n’en était pas moins politique. Le peuple était invité à faire corps pour résister à l’ennemi, et cette union était le seul acte vraiment civique. Dans ce cas, la politique consiste à accepter les mesures prises par le gouvernement quand bien même on devrait en souffrir.

En est-il autrement aujourd’hui alors que le renouveau nous est promis par différents partis pour les élections de 2027 ? Il se peut que les citoyens, délaissant les partis, s’emparent eux-mêmes du sujets et le fassent brutalement savoir, comme lorsque les Gilets-Jaunes descendirent dans la rue pour faire entendre leur voix.

 


Et que dit cette voix ? Que le peuple ne veut plus payer et que les élites gouvernantes doivent se soumettre ou se démettre. Du temps de Louis XIV on envoyait les Dragons saccager la province rebelle, on pendait quelques meneurs et tout rentrait dans l’ordre. De nos jours, on sait que l’acceptation doit être libre puisque nous sommes en démocratie.

Mais rester unis devant l’inévitable, seule manière de rester dans la lignée de l’action politique, cela n’est pas forcément du goût de tout le monde.