Bonjour-bonjour
Il arrive que les débats politiques rejoignent les débats philosophiques : ainsi de la proposition de Marine Tondelier de faire une loi pour « interdire le mensonge en politique, sous peine d'inéligibilité » un peu comme ce que s’apprête à faire le pays de Galles : « Si le projet aboutit, le pays de Galles pourrait devenir le premier pays à mettre en place un mécanisme spécifique visant les fausses déclarations des responsables politiques. » (lu ici) ; on a en mémoire l’affaire Jérôme Cahuzac, ministre délégué au budget déclarant solennellement à l’Assemblée Nationale en 2012 « Je n’ai pas je n’ai jamais eu de comptes à l’étranger. Ni maintenant, ni avant » ce qui fut démenti un peu plus tard comme on s’en souvient.
- Le mensonge est aussi une arme politique qui a pour effet de tromper les électeurs pour obtenir leur vote, sachant qu’il n’y aurait plus de conséquences possibles. Ainsi du personnage imaginé par les Guignols de l’info avec un Chirac, récemment élu Président de la République, grimé en « super-menteur » pour faire une politique à l’opposé de ce qu’il avait promis durant la campagne présidentielle
Jacques Chirac alias Super-menteur
Du côté des philosophes on pense à l’essai publié par Emmanuel Kant en 1797 intitulé « Un prétendu droit de mentir par humanité » et qui fut au cœur d’une polémique avec Benjamin Constant. Celui-ci insistait sur le fait qu’une action ne pouvait être morale si ses conséquences contrevenaient aux principes même de cette morale, comme d’éviter de faire souffrir les hommes. Kant répondait en disant qu’il ne peut pas exister de droit de mentir même par humanité, parce que le mensonge porte atteinte à notre devoir de véracité. Or, la véracité est la condition de la valeur de la parole humaine.
--> C’est ici que le philosophe de 1797 répond par avance aux politiques de 2026 : en politique il est indispensable d’avoir confiance dans la parole humaine parce que c’est sur elle que le pouvoir d’agir peut s’enraciner comme un droit.
En cette période de campagne électorale, les propos de Kant nous éveillent : les paroles fusent de partout, et faute d’avoir confiance en leur véracité, nous voilà contraints de tout recouper pour vérification. Tâche inépuisable qui finit par décourager les citoyens et les détourner du débat.
Marine Tondelier nous fait sourire avec sa proposition digne d’un Candide un peu benêt : bien sûr que tout le monde ment c’est même l’arme politique la plus facile à utiliser. Mais elle a aussi raison parce que l’on perd confiance dans la parole politique et qu’à à ce prix la vérité ne vaut pas grand-chose.