lundi 27 juillet 2026

Haruki Murakami n’est pas un robot – Chronique du 28 juillet

Bonjour-bonjour

 

Je reviens sur l’épineuse question du dépistage des robots dans la genèse d’œuvres littéraires ou artistiques. On sait en effet combien les romans sont scrutés à la loupe pour savoir si leur auteur déclaré est bien d’origine humaine, autrement dit si une IA générative n’aurait pas par hasard présidé à leur création. Certains ont joué le jeu en avouant que tel ou tel chapitre avait été écrit avec cette assistance – et on doit avouer qu’on ne l’aurait pas deviné.

Pourtant certains auteurs l’affirment : l’IA ne fonctionne pas du tout comme leur propre cerveau au moment d’écrire : c’est ce que souligne Haruki Murakami : « L'IA prend en compte tout ce qui s'est passé jusqu'à présent et établit des analogies » ; en revanche le rôle d'un romancier consiste « à faire surgir quelque chose de nouveau qui vous traverse soudainement l'esprit ». (Lire ici)

Autrement dit, la machine combine selon des règles connues des éléments déjà énoncés, alors que l’intelligence humaine invente de toute pièce des énoncés nouveaux. Là où le robot récite, l’homme invente.

Deux objections :

            * D’abord pouvons-nous faire la différence entre du recyclé et du neuf ? Si notre connaissance n’est pas encyclopédique, il se peut que les IA nous trompent en rafraichissant des énoncés déjà produits par d’autres alors que nous les croyons sortis de cerveaux humains : on l’a vu avec la thèse bidonnée d’Etienne Klein qu’il est possible de faire passer pour du « tout neuf » ce qui a été pompé ailleurs, et le jury de thèse n’y a vu que du feu.

            * Ensuite il se pourrait que notre propre cerveau « oublie » qu’il récolte le fruit d’une source contenue dans sa mémoire alors nous dorlotons cette création comme si c’était une véritable invention.

C’est là que la déclaration de Murakami prête à la critique : comment sait-il qu’il vient d’inventer ce qu’il a écrit ? Nous-mêmes qui sommes ses lecteurs en lisant ses livres les plus récents nous nous disons « Tiens ! Il se répète » (1)

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(1) Je pense en particulier à la Cité aux murs incertains.

dimanche 26 juillet 2026

Homme/cochon : un seul et même cœur – Chronique du 27 juillet

Bonjour-bonjour

 

On apprend aujourd’hui qu’un homme a survécu deux mois avec un cœur de cochon greffé dans sa poitrine – et qu’il vivrait sans doute encore aujourd’hui si on avait pu déceler la présence d'un virus porcin dissimulé dans l’organe, un agent infectieux discret passé inaperçu lors des contrôles préalables (Lire ici).

On rigole un peu : « Oui, on sait que les hommes sont tous des cochons ce n’est pas étonnant que leur cœurs battent à l’unisson… » Mais on passe alors à côté de l’essentiel : le vérité c’est qu’on arrive en reprogrammant le capital génétique du porc à lui faire produire un cœur compatible avec les besoins de l’homme. Finies les rêveries sur le cœur siège des émotions, détenteur de la nature de l’animal. Le cœur est une pompe et pour l’obtenir il suffit d’avoir le code génétique : la nature fait le reste. Et ça, on sait le faire depuis qu’on sait fabriquer un tel code et l’introduire dans une cellule. 

C’est le triomphe de l’animal-machine, loin des rêveries romantiques des adeptes du vitalisme : tout ce qui fait la surprenante autonomie des organismes répond à un déterminisme qui se laisse déchiffrer avec le code génétique.

 

- Fini le mystère de la nature ? Pas tout à fait. L’animal, quel qu’il soit possède une partie génétiquement déterminée qui est transmissible par la reproduction ; mais il est aussi l’expression de son environnement de sorte que chaque individu diffère de ses congénères pour autant que son environnement diffère également. Et ça, c’est modulable à l’infini.

 

Mais si le premier mécanisme peut servir à distinguer les spécimens d’espèces différentes, le second peut servir à les rapprocher malgré tout.

C’est ainsi que des exemplaires d’espèces différentes, pour autant qu’ils soient soumis aux mêmes penchants, peuvent se ressembler, comme le cochon qui jouit de se rouler dans la fange et l’homme qui se vautre dans la débauche.







samedi 25 juillet 2026

Un cercueil plein d’argent – Chronique du 26 juillet

Bonjour-bonjour

 

Si les informations sont exactes (voir article cité), les soldats russes sont mercenaires dans leur propre pays.

Voyez les chiffres : 

- Un soldat déployé au front perçoit au minimum 195 000 roubles par mois (environ 2 150 euros), quand le salaire minimum en Russie atteint seulement 27 000 roubles (294 euros).

- En cas de blessure grave ou de décès, la famille du soldat peut percevoir en moyenne 15,2 millions de roubles, soit près de 168 000 euros, une somme qu'un ouvrier russe ne gagnerait jamais en toute une carrière.

Les Russes ont même donné un nom à cette compensation : le grobovïe, littéralement « l'argent-cercueil»




 

Cette information nous laisserait indifférent si nous n’avions pas en la lisant un petit sursaut : la défense de la patrie n’est-elle pas un devoir que chaque citoyen doit accomplir lorsqu’on le lui demande ? Ne doit-il pas donner sa vie et non la vendre ?

Tel est précisément le sujet de la Marseillaise qui appelle les patriotes au combat et au sacrifice : la France est comme un père qui nous protège mais que nous devons aussi protéger. C’est en effet cette filiation qui fait de la « patrie » l’équivalent d’un père pour le citoyen-soldat et qui lui impose ce sacrifice. Qui donc refuserait de prendre les armes pour défendre son père devenu incapable de le faire lui-même ? Disant ceci, c’est au Cid que l’on pense :  Rodrigue défie le comte pour protéger don Diègue, son père.

Pourquoi les russes ne reconnaissent-ils pas cette obligation ? Pourquoi la mobilisation générale ne les appelle-t-elle pas au combat ?

Il n’y a que deux réponses possibles : ou bien ce combat n’est pas reconnu comme un affrontement où le destin de la Russie est mis en jeu ; ou bien, malgré que ce soit le cas, la fibre du patriotisme a dépéri dans la conscience des russes.

Je veux croire que ce soit la première hypothèse qui soit la bonne. Mais alors c’est au pouvoir de s’interroger : le jour où la patrie sera en danger, ne risque-t-il pas de voir les jeunes hommes réclamer le « grobovïe » ?

vendredi 24 juillet 2026

Allez les champions ! - Chronique du 25 juillet



Bonjour-bonjour

 

Hier à l’Alpe d’Huez les coureurs du Tour de France se sont hissés vers le col dans un capharnaüm indescriptible de gens qui les interpellaient, les pressaient, couraient pour rester à leur côté - bébé sur le dos quand ce n’était pas un chien affolé en laisse. On ne connait pas un sport où les compétiteurs sont ainsi au contact de leur public : même pour les matchs de football où les supporters interviennent tout le temps, on a choisi de séparer soigneusement les uns des autres. Il arrive souvent que les spectateurs du Tour de France soient comme une foule qui fait obstacle à l’avancée du coureur qui doit la fendre en espérant qu’elle s’écarte à son passage. Et ceci dure jusqu’à ce que des barrières séparent à nouveau les uns des autres, rendant ainsi la course au seul affrontement entre coureurs.

 

J’ai l’air de regretter que ces barrières ne soient pas installées partout. Après tout il faudrait demander aux coureurs eux-mêmes ce qu’ils pensent de cette situation. Que le public ne soit pas seulement spectateur mais devienne aussi acteur de la compétition peut donner un peu plus d’énergie aux coureurs. Il y a certes des énergumènes qui gesticulent dangereusement au contact des coureurs ; et puis ceux qui en profitent pour enfiler un déguisement de mardi-gras. Mais dans tous les cas ils contribuent sans doute à une surproduction d’adrénaline qui va les soutenir dans leur effort.

jeudi 23 juillet 2026

La bactérie mangeuse d’uranium – Chronique du 24 juillet

Bonjour-bonjour

 

Et si l’avenir nous promettait une solution-miracle à nos problèmes de stockage de déchets d'uranium ? Si désormais l’argument employé contre les centrales nucléaires n’avait plus d’objet ?

- C’est une possibilité à laquelle nous pouvons rêver en lisant cette information : « En Saxe, en Allemagne, et plus précisément la mine d’uranium de Wismut GmbH Schlema-Alberoda, on a découvert des micro-organismes déployés comme de véritables petites équipes de nettoyage, capables de piéger l’uranium et de le figer dans une forme stable et bien moins problématique. » 

 On se propose bien sûr d’utiliser ces bactéries pour dépolluer des sites contaminés par la radioactivité.

 

La nature nous offrirait donc des bactéries capables de dépolluer un site nucléaire sans aucune intervention de notre part, en oubliant les tunnels à creuser, les murs de plomb et les portes en acier. Comme si, à tout poison, la nature offrait spontanément un contre-poison. On sait déjà combien la découverte des antibiotiques vérifie ce principe : les bactéries tueuses d’hommes sont naturelles, et les champignons tueurs de bactéries le sont également.

 

- Généralisons : à quand la découverte de bactéries mangeuses de CO2 ? On le sait : le COest un nutriment indispensable à la photosynthèse des plantes : pourquoi n’y aurait-il pas quelque part – par exemple en Amazonie – des microbes gloutons qui avaleraient pour leur plus grand bien des tonnes et des tonnes de ces gaz mortifère pour nous ?

Et quand bien même la Nature ne les aurait pas produits, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer et de les bricoler avec notre génie génétique, nos ciseaux CRISPR ?




mercredi 22 juillet 2026

Gaza, terre permise ? – Chronique du 23 juillet

Bonjour-bonjour

 

Oui, je sais : jouer sur les mots entre « terre promise » et « terre permise », c’est un peu faible. Mais je n’y résiste pas, d’autant que passer de l’un à l’autre ne manque pas de sens.

 

Voyons ça de plus près (Ce qui suit s’appuie sur cet article)

 

- Les faits : les extrémistes israéliens réclament aujourd’hui le droit de s’installer dans la bande de Gaza, qu’ils désignent d’un air extatique comme étant « Notre terre » : puisque Gaza fait partie de la terre qui fut « promise » par Dieu à Abraham, alors il leur est permis d’en prendre possession. 

- Au départ, le mouvement sioniste a revendiqué la Palestine pour les juifs pas seulement en raison d’une occupation antérieure, mais aussi parce que Dieu leur en fit don, ainsi que la Bible l’atteste en de nombreux endroits (cf. Deutéronome 11,11-12 ; et également l’article référencé).  

 

 

Moïse apercevant la Terre promise, F. E. Church, 1846

 

- Toutefois, la Terre en question ne fut que « promise » et non « donnée ». C’est qu’un peuple, les Cananéens, l’occupait déjà et que les hébreux devaient le combattre pour entrer en possession de l’héritage promis. Cette terre est donnée mais reste simultanément à conquérir : c’est une terre qu’il faut à la fois recevoir et prendre

 

- Les Israéliens d’aujourd’hui se reconnaissent le droit de chasser les Palestiniens du pays de leurs ancêtres parce que Dieu leur en a fait un devoir. En termes de légitimité l’État d’Israël chasse les palestiniens de leurs terres ni en raison d’un droit du « premier occupant » ni d'un « droit du plus fort » mais pour une raison religieuse.

On avait tendance à l’oublier parce que les bombes et les missiles font plus de bruit que les versets de la Bible. Mais les extrémistes religieux le rappellent à présent ingénument : ils peuvent le faire parce que Dieu leur en a intimé l’ordre.

mardi 21 juillet 2026

Pourquoi enregistrer les spectacles ? – Chronique du 22 juillet

Bonjour-bonjour

 

Regardez cette photo : 

 


© Aliaksei

 

Vous aurez reconnu une salle de concert comme il y en a tant, où le public préfère enregistrer et donc voir le spectacle sur son écran plutôt dans la réalité vivante.

L’article qui rapporte le phénomène en conclut « qu’on ne vit plus les évènements, on les observe à travers son écran ». Soit. Toutefois, quelques lignes plus haut, l’auteur de cet article prévenait : « Malgré la disponibilité d'enregistrements officiels de bien meilleure qualité, le public continue de préférer ses propres enregistrements, qu'il ne regardera probablement jamais »

Si je comprends bien, les amateurs de concerts paieraient fort cher une place pour assister à un spectacle dont ils ne tireraient même pas profit du fait de l’attention prêtée à l’enregistrement des artistes – et que ceci ne serait même pas une attitude de consommation différée, chacun voulant jouir tranquillement depuis son canapé du spectacle qu’il vient d’enregistrer, puisqu’en fait… il ne le regardera jamais ! N’est-ce pas là l’attitude du collectionneur qui accumule des objets non pas pour les consommer, mais seulement pour en contempler la présence, comme si le simple fait de les posséder suffisait à son bonheur ?

 

Toutefois, tandis que collectionner est une activité qui peut répondre à des aspirations profondes (comme comprendre, préserver, ordonner, transmettre, etc.), le vidéaste amateur se bornerait à la possession pure et simple de ces enregistrements. Comment comprendre ?

Profitons de cette occasion pour interroger ce besoin de posséder sans consommer : à quoi correspond-il ? 

- En face cette exclusivité passive, la possession n'aurait-elle pas la possibilité de montrer quelque chose de plus ?

--> Posséder, c'est inscrire quelque chose de soi dans la durée : ces objets nous survivent, ils portent la trace de notre passage. Ils sont donc conservés dans la mesure où ils expriment des goûts, des valeurs, une histoire personnelle. En bref, ces enregistrements sont un peu de nous-même qui se révèle et se conserve en même temps. Nous avions choisi d’assister à ce concert non pas pour dire : « J’ai eu un grand plaisir à être là » ; mais plutôt : « Je me reconnais bien dans celui qui a été au concert de Céline Dion »

Au fait, vous avez vos places pour septembre ?