mercredi 14 octobre 2026

Z’avez pas honte ? – Chronique du 15 octobre

Bonjour-bonjour

 

Selon le ministre des Comptes publics, depuis 50 ans, «80% de l’augmentation de la dépense publique n’est pas allée dans la jeunesse, elle n’est pas allée dans les investissements dans l’avenir, elle est allée vers la retraite et vers la santé ». Il a également fustigé « une machine infernale qui nous mène dans le mur » ... (Lire ici)

Vous l’aurez compris : non seulement les retraites des fonctionnaires coutent très cher à l’État, mais elles contribuent encore à accroitre le déficit. Occasion de vous interroger : « Ma retraite est-elle juste ? Est-elle un dû ? Et au nom de quoi puis-je la réclamer comme tel ? »

La solidarité intergénérationnelle est invoquée : ce que vous faites pour payer les retraites en cotisant durant votre vie active, sera fait en votre faveur lorsque l’heure de la retraite aura sonné pour vous. Sauf que beaucoup disent : « J’ai cotisé ma vie durant et je suis maintenant réduit à une pension misérable. Ce n’est pas juste » - comme s’il devait y avoir un rapport entre cotisation et pension, ce qui n’est pas le cas. 

--> Mais alors, pourquoi évoquer tout le temps des modes de retraites faisant la part belle à la proportionnalité – comme les retraites par capitalisation (des rentes), ou encore les retraites à point (tant de points acquis durant la vie active, tant de montant de retraite le moment venu) ?

- La belle idée de la solidarité serait-elle hors de sujet s’agissant du grand âge ? Occasion de le rappeler : certaines civilisation « premières » ont pour coutume de laisser mourir les vieux devenus des bouches inutiles à nourrir. On évoque en particulier le scénario du film japonais « La ballade de Narayama », qui se résume ainsi : « La coutume veut que les habitants arrivant à l'âge de 70 ans s'en aillent mourir volontairement au sommet de Narayama, « la montagne aux chênes », aidés par leur fils aîné. C'est là que se rassemblent les âmes des morts. »

 

 

 

Le fils porte sur son dos son aïeule impotente sur les pentes de la montagne pour l’abandonner.


Alors voilà : j’ai 85 ans. Devrais-je dire « J’ai bien assez vécu, et si ma retraite doit empêcher les jeunes d’avoir des lycées propres ou des autoroutes entretenues, alors je veux bien qu’on m’administre le bouillon de 11 heures » ?

OK ? Attendez un peu – je pourrais aussi bien dire : « Ma pension empêche de construire plus de porte-avions ; ou encore de fabriquer en grande série des missiles capables de semer la mort partout à 25000 km/h »

mardi 13 octobre 2026

Éloge des déchets – Chronique du 14 octobre

Bonjour-bonjour

 

Notre guerre aux déchets est de chaque instant. Les mots d’ordre sont : ne pas les produire quand on peut les éviter ; les recycler le cas échéant.

  

 

Et pourtant… La science est formelle : il y a au moins deux déchets sans lesquels nous ne saurions vivre – ce sont les microbiotes et les phages. Autrement dit, les matières fécales et le germes venus dans les eaux croupies évacuées par nos égouts. Plus précisément encore, les bactéries qui assurent un bon fonctionnement de l’intestin (ici), et les virus « mangeurs de bactéries » que l’on trouve, entre autres, dans les eaux usées évacuées des maisons (ici).

 

Alors, voilà que certains chercheurs préconisent pour soigner quelques pathologies la « greffe de microbiote », autrement dit l’ingestion volontaire d’excréments humains (le « caca »). On insiste même sur le rôle bénéfique de certaine échantillons « allogènes » - entendez venus d’étrangers porteurs d’autres souches que les nôtres : allez dire ça à monsieur Zemmour, histoire de voir sa réaction. Quant à boire de l’eau croupie pour guérir des maladies résistantes aux antibiotiques, pas besoin d’être xénophobe pour être dégouté.

 

La leçon de tout ça, c’est que la nature s’occupe de notre santé sans tenir compte de nos goûts et dégoûts. Qui sommes-nous pour refuser ses lois ? On sait que l’excès d’hygiène est probablement à l’origine de certaines allergies – voire même de maladies auto-immunes.

Vous savez ce qui vous reste à faire : oubliez votre gel douche et votre brosse à dents quelque temps et voyez comment vous vous portez.

lundi 12 octobre 2026

Congélateurs : périlleuse sécurité – Chronique du 13 octobre

Bonjour-bonjour

 

Vous avez lu comme moi cette info : « Des cybercriminels se sont introduits dans les unités de gestion de système de congélation de centaines de supermarché. Ils ont visiblement utilisé le système de dégivrage pour pousser la température à 50°. » (Voir ici)

Au-delà de la surprise de découvrir qu’on peut à distance modifier le réglage des congels’ de supermarchés, il y a la prise de conscience de la simplicité du procédé qui a permis à des hackers de réaliser cette attaque : il leur a suffi de prendre le contrôle de la connexion de ces appareils avec la centrale qui en assure le bon fonctionnement. Ce système est comme un cordon connexion qu’il suffit de débrancher côté serveur pour le reconnecter sur le logiciel pirate. 

--> D’où l’observation essentielle : ce qui est supposé assurer la sécurité du système devient la porte d’entrée pour le piratage. D’ailleurs j’entends dire que les magasins qui se reconnectent aujourd’hui le font après avoir coupé cette voie de communication.

C’est donc là que la faille véritable apparait : pas d’Internet sans communication ; c’est même de là qu’est venu ce projet génial de connexion mondiale entre des centres d’archivages de données devenus ainsi des serveurs. (C’est ce que signifie le sigle « www » figurant dans toutes les adresse Internet : « World Wide Web », c’est à dire « toile (d'araignée) mondiale » ou « réseau mondial ».) Si vous voulez avoir une sécurité véritable tout en communicant avec des correspondants, il faut imaginer qu’entre vous et eux il existe une sorte de tunnel avec une seule entrée, par où vous introduisez vos données, et une seule sortie, chez eux. On voit que ce projet est irréalisable dès lors que vous autorisez l’entrée à d’autres personnes qui possèdent un code – piratable comme on le voit.

Mais enfin, pour un quidam comme moi, la question lancinante qui taraude l’esprit est : on a pu monter à 50° la température de ces frigos ; et maintenant qu’est qui empêche un geek malintentionné de déclencher le feu nucléaire ?




dimanche 11 octobre 2026

Une blessure narcissique – Chronique du 12 octobre

Bonjour-bonjour

 

Rappelez-vous : nous sommes en plein 17ème siècle et le Chevalier de Méré lance au jeune Pascal un défi concernant le problème des partis qui sera à l’origine du calcul des probabilités. A l’époque il était courant en effet d’afficher en un lieu public le texte d’un problème de mathématique, avec pour enjeu la gloire de l’avoir résolu. La pratique s’est conservée jusqu’à nos jours et de nombreux titulaires de la médaille Fields sont célèbres pour avoir réalisé des démonstrations qui résistaient parfois depuis des siècles.

Et puis patatras : « Mardi 6 octobre, OpenAI, l’entreprise américaine à l’origine de ChatGPT, a annoncé la publication de 722 manuscrits mathématiques, regroupés en 372 familles de résultats, produits avec l’aide d’un modèle d’intelligence artificielle expérimental. Parmi les questions abordées figurent des problèmes ouverts dans plusieurs branches des mathématiques, dont certains résistent aux chercheurs depuis des décennies. » peut-on lire ici.

Et nous voilà de nouveau confrontés à la plus grave blessure que l’IA puisse nous infliger : une blessure narcissique. Car il ne s’agit pas pour les mathématiciens de se réjouir de l’avancée réalisée dans leur science grâce à ces machines, mais bien de se lamenter de voir leur terrain d’étude labouré par d’autres qu’eux – réaction tout à fait révélatrice : comme du temps de Pascal, la recherche mathématique procéderait seulement par défi : prouver qu’on a trouvé une solution là où d’autres cherchaient en vain. La fierté semble parfois même l’emporter sur la gloire d’avoir fait progresser la recherche mathématique.

Et si cette blessure narcissique était présente dans les autres domaines où l’IA l’emporte sur les hommes ? Rappelez-vous encore de la partie d’échec perdue par Garry Kasparov face à Deep Blue, l’ordinateur inventé par IBM ; il se dit que suite à cette victoire la machine a disparu, IBM ayant refusé de communiquer sur ce douloureux évènement. C’est que les échecs sont un jeu où la pure intelligence peut se faire admirer – or, voilà : le propre de l’homme c’est elle, l’intelligence.

 


 

On comprend mieux alors pourquoi l’Intelligence artificielle fait problème. Oubliant que le vrai problème est « Une machine qui simule l'intelligence est-elle véritablement intelligente ? », on passe à l’étape suivante : « Que vaut notre intelligence dès lors qu’une machine la possède – et encore mieux que nous ? »

Les chinois fabriquent des robots qui courent la marathon : qu’ils aillent plus vite que nous, on s’en fiche. Mais qu’ils surpassent notre intelligence – là ça ne va plus !

samedi 10 octobre 2026

Que messieurs les assassins commencent – Chronique du 11 octobre

Bonjour-bonjour

 

Suite au projet américain d’exécuter publiquement un homme (cf. Post d’hier), l’Église rappelle son opposition à toute mise à mort, y compris pour un motif judiciaire. 

On rappelle que la peine de mort avait été autrefois justifiée pour son exemplarité : à ceux qui demandaient sa suppression, on répondait : « Que messieurs les assassins commencent » 

Aujourd’hui le Pape rappelle que « La peine de mort est inadmissible car elle constitue une atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » (Ici)

– L’origine du droit inconditionnel au respect (qui implique l’inviolabilité de la vie) est rappelée par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne de 2000 

On peut y lire : « La dignité humaine, c’est le fait que chaque personne a de la valeur et mérite le respect, simplement parce qu’elle est un être humain. Elle mérite un respect inconditionnel (sans conditions), peu importe son âge, son sexe, son état de santé physique ou mentale, sa condition sociale, sa religion ou son origine ethnique. » Qui ajoute cette en écho à Kant « Un être humain ne doit jamais être traité /seulement/ comme un objet ou un moyen. »

Insistons : « chaque personne a de la valeur et mérite le respect, simplement parce qu’elle est un être humain » (Lu ici)


--> Comme pour tout principe moral, le respect de l’Homme repose sur un principe premier qui est donc indémontrable, à savoir qu’il y a un droit qu’on ne fait rien pour mériter et que donc qu'on ne peut abolir par un démérite. C’est je crois cela que beaucoup refusent, parce qu’ils croient que le droit résulte d’un marché, « Je te donne ceci, donc je mérite cela ». Le respect de la vie est ce qu’on ne peut refuser, et il n’y a rien de plus à dire.

vendredi 9 octobre 2026

Mise à mort au 20 heures – Chronique du 10 octobre

Bonjour-bonjour

 

 

« Le secrétaire à la défense américain, Pete Hegseth, a annoncé que la mise à mort de Nidal Hasan serait effectuée publiquement, le 3 décembre. « Il sera fusillé par des soldats, comme il se doit, et nous veillerons à ce que le public puisse y assister, à ce que ce soit public » (Lu ici)

 

Cette nouvelle sinistre a dû vous frapper : « Le ministère de la Défense a assuré que la mise à mort de l’auteur d’une fusillade de masse sur la base militaire de Fort Hood (Texas), en 2009, serait filmée et diffusée en direct le 3 décembre. D’après The New York Times, une telle action publique « n’a pas été mise en place aux États-Unis depuis près d’un siècle »

- Une exécution publique (car c’est bien de cela qu’il s’agit) : on croyait que cette coutume barbare était abandonnée depuis fort longtemps, chez nous on se souvient encore de celle de Louis XVI :

 


… Mais, bon – tout ça on imaginait que c’était dans le monde d’avant, quand il était admis qu’une foule barbare se réjouisse au spectacle de ces exécutions. On n’oubliait qu’une seule chose : l’exécution capitale reste aux Etats-Unis un évènement où la présence d’un public restreint mais concerné est admis. Par exemple lors de la malheureuse exécution de Christa Pick la famille de la victime était présente, ce qui suppose que 30 ans après, le ressentiment contre elle était assez fort pour que ce spectacle constitue … quoi donc ? Un dédommagement ? Peut-être mais on pourrait aussi dire qu’il s’agit-là d’une forme de réjouissance qui libère les instincts les plus sanguinaires de l’espèce humaine. 


- Voir au JT de 20h une mise à mort judiciaire serait donc quelque chose à rapprocher des combats de gladiateurs du cirque romain, avec le pouce baissé:




jeudi 8 octobre 2026

Sortis du néant – Chronique du 9 octobre

Bonjour-bonjour

 

Notre Ministre de l’Éducation nationale est un poète : en pleine manif’ des lycéens, le voici qui prend la pose et annonce l'arrivée de 3.000 professeurs remplaçants dans les établissements les plus en difficulté. Comme une troupe venue en renfort et sortant tout à coup de la nuit…

 


Car en effet, d’où sortent subitement ces supplétifs venant prêter main-forte aux équipes clairsemées sur le terrain ? La crainte est bien réelle qu’il ne s’agisse que d’étudiants en cours de cursus et lancés dans l’aventure de la vie d’une classe sans autre préparation que leur bonne volonté.

Occasion de le rappeler : certes, enseigner ne s’apprend pas totalement sur les bancs de la fac et une phase de formation se fait seulement par la pratique. Et certes aussi, certains y réussissent sans avoir à apprendre, comme s’ils étaient nés pour ça : j’ai connu un stagiaire qui excellait si bien à dompter une classe réputée difficile que son prof-tuteur se mettait au fond de sa classe et contemplait son travail avec une délectation étonnée.

Seulement voilà : dans la majorité des cas cette maitrise s’acquiert avec un apprentissage dirigé, conseillé par ceux qui en sont passé par là et qui savent comment s’en sortir : on est loin je le crains d’en avoir 3000 dans nos placards.

La vérité est que le Ministère de l’Éducation Nationale fonctionne au minimum de ses ressources, ne lâchant du lest que lorsqu’il devient trop difficile devant l’opinion de ne rien faire. C’est un ministère où tout devrait être soumis à des impératifs techniques et qui pourtant fonctionne de façon politique.