vendredi 25 septembre 2026

Et la spiritualité b*** ? – Chronique du 26 septembre

Bonjour-bonjour

 

La veillée du Pape avec la jeunesse du Stade de France a renforcé cette impression déjà perçue au cours de la journée : le message chrétien rencontre actuellement un besoin de spiritualité fortement présent chez les jeunes.

L’idée que la vie de chacun a un sens, que ce sens est en rapport avec les autres – mais aussi avec la nature, le monde autour de nous – oui, voilà ce qui échauffe les esprits et qui donne envie de rencontrer celui dont l’existence témoigne à chaque instant de la prééminence de ces engagements.

Je ne détaillerai pas les moments où hier soir le Pape a relié les soucis de ces jeunes avec les perspectives ouvertes par la religion catholique – on s’en fera une idée en lisant ce compte-rendu publié par le Vatican. Je noterai simplement qu’il a su montrer comment les angoisses du moment sont en prise avec la spiritualité – laissant néanmoins planer la possibilité de la rencontrer quand bien même on la rabaisserait subrepticement au niveau de l’immanence d’un monde sans Dieu. Car pour trouver dans la nature de quoi soutenir notre aspiration à plus de grandeur, plus de beauté, point n’est besoin de faire appel à Jésus et au miracle de la vie éternelle.

Beaucoup pensent qu’un monde sans transcendance est dévoré par la passion de la consommation, remplaçant le dépassement de soi par l’accumulation des biens matériels. Ils oublient que cette immanence à la quelle nous sommes confrontés par le monde actuel est aussi celle un monde doté d’une profondeur qui, pour rester dans l’immanence, n’en est pas moins une aventure et un ravissement. Certes Léon XIV n’a pas dérogé à la foi en un Dieu paradoxal qui meurt et qui nous apporte la vie ; mais il a laissé cette option ouverte, l’essentiel demeurant que chacun comprenne qu’il peut rencontrer quelque chose de plus grand que lui.

 

 

Léon XIV lors de la veillée au Stade de France hier 

(@Vatican Media)

 

Ce que le Vatican avait suggéré avec cette illustration qui montre Léon XIV dans un halo lumineux surgissant au milieu des ténèbres.

------------------------

N.B. Pour l’association « Libre Pensée », Léon XIV ne peut être à la fois un chef d’État et un responsable religieux. « Seuls les valets de service et les agenouillistes convulsifs veulent ne pas voir qu’il s’agit bien d’une visite religieuse et pastorale destinée à glorifier et encenser le culte catholique" (lu ici)

jeudi 24 septembre 2026

Les machines désobéissantes – Chronique du 25 septembre

Bonjour-bonjour

 

Plus que jamais les « trois lois de la robotique » d’Isaac Asimov sont d’actualité.

Petit rappel de ces lois : 

1) Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;

2) Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ;

3) Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.

Bien entendu ce qu’on observe ces jours-ci avec les dérives de certaines IA viole systématiquement ces lois. Ce qu’Asimov avait exclu et qui pourtant était déjà bien connu, c’est le moment où les machines seraient suffisamment autonomes pour prendre l’initiative de nuire aux humains – chose qu’il avait baptisé « le complexe de Frankenstein »

Aujourd’hui on en est à vérifier que des barrières suffisamment solides ont été édifiées pour endiguer l’action délétère des programmes. Or, tout se passe comme si ces intelligences exécutaient correctement leur mission – infiltrer et détruire de l’intérieur un système donné tout en effaçant les traces de cette effraction. Sauf qu’on avait installé une interdiction de s’attaquer à certains programmes – et que cette interdiction est contournée par la machine qui passe outre, menaçant de nuire à de grandes organisations étatiques.

Que faire ? Détruire ces machines et annoncer qu'on va les abandonner comme on le fit du temps des métiers à tisser mécaniques ?

 

Deux ludittes s'en prennent à un métier Jacquart.

Gravure anonyme • WIKIMEDIA COMMONS 


Plus sérieusement, nous nous efforçons de construire des programmes nantis de barrières suffisamment robustes, raison pour laquelle les grands concepteurs de ces programmes demandent des délais. 

- On se heurte alors à une autre des grandes lois qui gouvernent le progrès humain. Il s’agit de la loi de Gabor : « Ce qui peut être fait techniquement le sera ». Loi tout aussi fantaisiste dans son énonciation, mais qui risque bien d’être appliquée ici. Car qu’est-ce qui empêcherait un concepteur de tels programmes de retirer la muselière apposée à sa création, dès lors que ses intérêts – quand bien même ils seraient criminels – seraient en cause ?

- La véritable réponse à cette menace consiste à rendre le fonctionnement de nos systèmes informatisés impénétrables à ces attaques, qu’elles viennent d’êtres humains ou d’autres machines. On dira qu’on le fait déjà mais qu’il y a toujours des failles de sécurité. 

Réponse : qu’on renforce notre lutte contre celle-ci, quitte à mobiliser l’IA pour les déceler. Après tout nous pouvons nous aussi manipuler nos machines désobéissantes.

mercredi 23 septembre 2026

Bien venue à Léon (Tondellier ) ! – Chronique du 24 septembre

Bonjour-bonjour

 

« Léon est né le vendredi 18 septembre 2026 à Lens. Et tout le monde va très bien ! » selon le communiqué de Marine Tondelier, la patronne du parti « les Écologistes ».

Entre la visite du pape et les récents exploits d’un jeune nageur français, le prénom Léon connait une fulgurante réhabilitation après avoir été un prénom ridicule affublant des personnages dérisoires. Une telle promotion interroge sur la rôle attribué au prénom choisi pour son enfant : influence mystérieuse ou marqueur social mesurable selon des modes ?

- Certains ont en effet utilisé l’étymologie des prénoms pour en déduire les caractéristiques apportées à l’enfant. Ainsi, un enfant prénommé « Léon » aurait ces caractéristiques selon ce site spécialisé : « Léon est un prénom qui inspire le respect et l'admiration, tout en conservant une simplicité qui le rend accessible et universel. Il est le reflet d'une personnalité forte, capable de leadership et de protection, à l'image du roi des animaux. » Il se peut que des parents aient choisi le prénom de leur enfant après avoir consulté de telles sources. En tout cas, depuis l'abandon de l’obligation sociale voulant qu’un prénom ait obligatoirement un rapport avec celui des parents, parrains/marraines etc., ce choix est devenu un indicateur des intentions des parents à l’égard de leur progéniture.

- Raison pour laquelle ce prénom peut devenir un fardeau pour l’enfant qui comprend peu à peu qu’il a été « missionné » pour s’identifier à tel ou tel personnage. Mais il se peut aussi qu’un prénom gouverne de façon mystérieuse le destin d’un enfant comme ce fut le cas pour Scarlett Johansson devenue star mondiale de cinéma et dont on dit que le prénom fut une référence au personnage de Scarlett O’Hara du film Autant en emporte le vent, choisi par sa maman, cinéphile reconnue. 

--> A ce compte on admettra que le choix d’un prénom devrait être fait par les intéressés eux-mêmes comme ce fut le cas pour Georges Moustaki qui choisit ce prénom de scène en hommage à Georges Brassens.

Oui, c’est cela : que chacun dise comment il voudrait s’appeler en fonction de ses choix dans la vie. Certain voudront peut-être s’appeler Adolf ou Joseph – à moins que ce ne soit Benito ? Quant à moi, ce serait plutôt René (- Descartes)

mardi 22 septembre 2026

Et le prix Goncourt est attribué à ChatGPT ! – Chronique du 23 septembre

Bonjour-bonjour

 

Ça devait arriver : un roman (= C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien), qui est en bonne position pour le prix Goncourt, est dénoncé comme susceptible d’avoir été écrit par une IA.

Est-ce vrai ? Les logiciels experts destinés à dépister les textes initiés par des machines sont-ils fiables ? J’entends dire qu’un extrait de l’Épitre aux corinthiens a été diagnostiqué écrit par une IA à 88%. La controverse n’est donc pas prête de s’éteindre. (lire ici)

- Par contre, la vraie question est celle-ci : à supposer que ce soit vrai et que ChatGPT soit effectivement à l’origine du roman de Thélyson Orélien, son intérêt en serait-il diminué ? 

L’alternative est : ou bien la machine ne peut que plagier la création humaine ce qui, même en supposant cette imitation parfaite, lui retire son intérêt puisqu’on préfèrera toujours l’original à la copie. À l’opposé, peut-on tenir pour inessentiel le fait que seule une machine l’ait conçu, parce que son essence humaine serait tout à fait secondaire ? 

 

 

GDJ/PIXABAY

 

- Dans le premier cas on admet que ce soit de l’histoire que témoigne l’ouvrage de l’écrivain, et on ne peut pas le comprendre sans cela – d’où la nécessité de faire de la machine une production humaine liée à l’époque et aux rêves des hommes ; et du coup elle ne pourrait rien faire d’autre que transmettre ces caractéristiques à des œuvres mécaniquement produites. 

- Si par contre nous supposons que l’ouvrage que nous tenons dans nos mains et que nous lisons n’a pas à être envisagé du point de vue de l’auteur, alors les questions qui se posent sont toute différentes. On se trouve renvoyés à l’irruption dans les années 60 de la « Nouvelle critique » de Roland Barthes qui trouve dans l’œuvre elle-même la logique qui permet de l’analyser et de la critiquer. 

Est-ce à dire que dans ce cas, la machine est un écrivain comme un autre ? Pas exactement. Selon cet article qui analyse les principes de la nouvelle critique, « L'écrivain emploie une écriture première, un langage-objet qui porte directement sur le monde, les autres et Dieu. » - Autrement dit, c’est bien quand même dans son rapport au monde, à l’homme et à Dieu que l’ouvrage littéraire prend naissance. Et du coup, voici la machine de nouveau mise hors-jeu, réduite au rôle de plagiaire, obligée d’imiter cette intrication entre l’homme et ce qui l'entoure.

On connait la formule de Buffon : « Le style est l'homme même » - autrement dit l’écrit est pris dans la pâte humaine, il fait corps avec elle et il se construit en se nourrissant à son imagination. L’IA générative n’est donc qu’un plagiat éhonté, qui singe l’homme et qui n’est rien sans lui.

 

lundi 21 septembre 2026

Adieu, bonne vieille T.S.F. !..... - Chronique du 22 septembre

Bonjour-bonjour

 

Voici ce que je lis ce matin : « Les radios publiques, privées et associatives ont demandé lundi aux pouvoirs publics en France et en Europe de rendre obligatoire l’installation de récepteurs hertziens dans les voitures neuves, en pointant le fait que certains constructeurs s’en passent désormais. »

– Alors, ça y est ? La radio – votre radio – écoutée sur le poste installé dans votre voiture – est périmée ? 

– Oui, vous le savez depuis qu’on vous parle de la DAB+, la radio numérique, et qu’en même temps certaines de vos stations (comme France musique) disparaissaient de vos appareils habituels.

Voilà donc une page de plus dans votre cahier des « Objets disparus » où vous consignez tous ceux qui disparaissent après avoir fait le cadre de votre vie (comme le Solex, la Seccotine ou le mange-disque)

 

 

Occasion de le rappeler : nous sommes tellement attachés à ce passé si personnel, si émotionnel, qu’il constitue une sorte de patrimoine. Pas celui fait de cathédrales et de palais qu’on vient de célébrer – plutôt celui pour lequel nous réservons le terme anglo-saxon de « vintage » toujours utilisé avec affection. 

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »  demandait le poète. Nous avons la réponse : oui, ces objets ont une âme mais nous ne le découvrons que le jour où ils disparaissent de notre monde.

Toutefois, cette force est tellement importante qu’elle a parfois su résister aux progrès de la technologie : on le sait depuis que le microsillon 33 Tours a réussi à se maintenir face à l’invention du C.D. Même à présent que la dématérialisation se poursuit avec le streaming, il est encore possible d’acheter des microsillons neufs et de les poser religieusement sur sa platine tourne-disque. 

Qui sait ? Il en ira peut-être de même avec vos bons vieux transistors ?

dimanche 20 septembre 2026

Un Mickey métaphysicien – Chronique du 21 septembre

Bonjour-bonjour

 

Des chercheurs ont réussi à faire croitre un organoïde de cerveau humain dans des souris qui à présent se développent grâce à lui.  

/Rappelons qu’un organoïde cérébral, aussi appelé minicerveau ou cerveau miniature, est une masse de cellules mimant la structure et les fonctions principales du cerveau (Art. Wikipédia)/

On lira ici le protocole expérimental qui a eu pour effet d’empêcher le développement du cerveau de souriceaux à qui on a injecté des organoïdes cérébraux humains qui se sont développés à la place de leur cerveau naturel. « Six mois après l’opération, les souris dites « xénocorticales » se comportaient comme des souris normales ; seuls de légers déficits de mémoire et une démarche un peu plus prudente, probablement liée à une coordination motrice fine légèrement altérée, les distinguaient de leurs congénères intactes. »

C’est là que l’on commence à ressentir le vertige. Déjà concevoir le développement artificiel d’un cerveau selon les mêmes plans qu’avec le développement normal au cours de la gestation, ça ouvre un horizon sur la créature de Frankenstein. Mais voilà qu’on se prend à rêver : allons-nous créer des souris qui possèdent une conscience ? Leur comportement rapporté dans l’article cité à une prudence issue de déficit ne serait-il pas plutôt issu d’une évaluation de la situation comme chez nous lorsqu’on se demande « Où vais-je ? » ? Et pour bientôt des souris qui vont s’interroger :

* Dieu existe-t-il ?

* Le temps a-t-il une fin ou est-il infini ?

* Qu'est-ce que l'âme ou la conscience ?

* Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Un Mickey métaphysicien serait barbant, je vous le concède. Mais avouez qu’on se sentirait parfois moins seuls...




samedi 19 septembre 2026

54 milliards = 12 milliards – Chronique du 20 septembre

Bonjour-bonjour

 

« Le niveau d'endettement de la France continuera d'augmenter pour atteindre 119,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026 et 121,7 % en 2027 », a indiqué samedi 19 septembre, le ministère de l'Économie et des Finances, avant d’ajouter : « Cette hausse est mécanique. Elle est la conséquence d'un déficit qui demeure élevé » (Lu ici)

Autrement dit les économies à réaliser ont d’abord pour objectif de freiner la hausse du déficit qui est mécaniquement attendue pour 2027. « Mécaniquement » veut dire : si on ne change rien à notre budget, alors un accroissement du déficit de 42 milliards d’euros est inéluctable quand bien même on n’emprunterait plus un sou. On comprend alors que sur les 54 milliards qu’on devra couper dans nos dépenses, seul 12 serviront à réduire la dette ; le reste servant à éviter son augmentation.

 

« Plus on pédale moins vite, moins on avance rapidement »

 …mais on avance quand même. La dette c’est comme un gros train lancé à 140 à l’heure et qui voit un véhicule sur la voie à un passage à niveau. Les freins bloqués il continue d’avancer jusqu’au choc final, dont on peut seulement espérer qu’il soit le moins brutal possible.

 


Nos actes d’hier engagent notre présent mais aussi l’avenir. Il va falloir s’habituer à cette évidence, qui vaut pour la dette comme pour le climat, et même pour notre santé quand l’âge nous contraint à subir les désordres consécutifs à des abus (alcool, drogue, sédentarité) restés pourtant silencieux jusqu’à présent. Le problème est celui d’une temporalité asymétrique : les bénéfices des consommations abusives d’hier sont déjà oubliés alors que le paiement de la dette qui en est la conséquence commence à peine et doit s’éterniser sur de longues années.