Bonjour-bonjour
Un article de Reporterre (à lire ici) revient sur l’œuvre d’Ivan Illich dont on célèbre ces jours-ci le centenaire de la naissance. Occasion de le vérifier : depuis les années 1970 les errements économiques et sociaux dûs au développement de la puissance technique liée à la recherche de profit sont connus et anticipés. On pense principalement à René Dumont et à son célèbre verre d’eau. Ivan Illich est aussi un de ces visionnaire dont l’œuvre entière nous interdit de dire : « On ne savait pas ».
Illich ne se borne pas à dénoncer le pillage des ressources de la planète. Il analyse plus particulièrement comment la croissance qui parait servir de barrière contre l’appauvrissement est en réalité source de la concentration des capitaux entre toujours moins de détenteurs de la véritable puissance : celle de l’argent. Cette « société d’abondance » dit Ivan Illich est à l’origine de la « pauvreté moderne », façon de souligner combien elle est dure pour les classes pauvres et moyennes, rendues otages de l’argent. On voit par exemple comment la possession d’une voiture au lieu d’être comme autrefois signe de richesse accompagne aujourd’hui la dépendance vis-à-vis des ressources du travail.
Mais Ivan Illich est plus qu’un lanceur d’alerte : il pointe aussi la réponse à ces catastrophes annoncées : pour que les rapports sociaux soient placés sous le signe de l’équité, il faut qu’une société limite d’elle-même la consommation d’énergie de ses plus puissants citoyens. C’est cet appel à un sursaut démocratique qui retentit aujourd’hui en pure perte. Les français sont exactement comme en 1939 : en retard d’une guerre. Pour eux ce qui importe, c’est la croissance – alors que ce qui importe prioritairement c’est la répartition des biens. On a cru qu’il n’était pas besoin de changer la répartition du gâteau pour calmer la faim des plus pauvres : il suffirait d’en augmenter la taille. On voit bien que ça ne résout rien.