vendredi 21 avril 2023

France, ta police f* le camp ! – Chronique du 22 avril

Bonjour-bonjour

 

« Nombre record de départs au sein de la police, et de la gendarmerie » annonce un rapport de la Cour des Comptes daté du 13 avril (info lue ici)

On pourrait supposer que ce mouvement soit la conséquence des manifestations très éprouvantes pour les forces de l’ordre telles que celles des Gilets-jaunes ou encore des manifs anti-réforme des retraites. 

Oui, c’est vrai – mais pas seulement, car ce serait ne pas tenir compte d’un autre phénomène, qui est celui de la concurrence. Oui, la concurrence, celle qui est exercée par les polices municipales qui attirent de plus en plus de policiers et de gendarmes grâce à de meilleures conditions de travail et de rémunération. Aujourd’hui la problématique n’est plus celle de l’engagement dans le maintien de l’ordre « Tu seras flic, mon fils ! » mais dans le calcul des heures de services de leur rétribution. 

Du temps de Courteline on se moquait des fonctionnaires, des « ronds de cuir » soupçonnés de ne faire que de la présence derrière un bureau et de passer leur temps à compter les heures entre celle de leur arrivée et celle de leur départ. Une telle attitude serait bien sûr incompatible avec le service de maintien de l’ordre, mais on voit bien que cet horizon n’a pas tout à fait disparu des préoccupations des forces de l’ordre, ainsi que le prouve la mise en concurrence des services recruteurs.

La difficulté aujourd’hui tient principalement au recrutement voulu par le ministère :  il ne suffit plus de recruter, il faut encore fidéliser pour éviter cette fuite des agents en formation. « Il apparaît nécessaire de déployer une politique de fidélisation différente, axée sur l’amélioration des conditions de travail et la gestion dynamique des ressources humaines », plaident les magistrats de la Cour des comptes.

- Quand on parle d’amélioration des contions de travail, je comprends. Mais quand on me parle de « gestion dynamique des ressources humaines » - là, je ne pige plus.

jeudi 20 avril 2023

Nous autres démocraties nous savons maintenant que nous sommes mortelles – Chronique du 21 avril

Bonjour-bonjour

 

Il y a maintenant un peu plus de 30 ans, un politologue américain, Francis Fukuyama, marquait les esprits en affirmant que la fin de la guerre froide (on était rappelons-le en 1992) marquait « la fin de l’histoire », c’est-à-dire la suprématie absolue et définitive de l'idéal de la démocratie libérale. (Lire ceci)

Aujourd’hui, nous sommes en 2023 et la Russie alliée à la Chine (et probablement suivie par l’Inde) déclare ouvertement que l’ennemi c’est l’occident et ses démocraties libérales. Quant à l’Europe-Unie, elle compte en son sein des pays qui, telle la Hongrie, sont adeptes d’un régime « fort » qu’on appelle « démocratie illibérale », qui tord le cou à pas mal de principes jugés ici républicains.

- On a fait à Fukuyama un procès en falsification théorique de l’histoire. Nulle vision globale n’est possible qui supposerait une l’humanité évoluant depuis ses débuts vers ce but unique : la démocratie.

C’est d’ailleurs ce qui apparait de nos jours : nul besoin d’inventer une quelconque aventure humaine linéaire et toujours orientée vers le même point final : la recherche de régimes reprenant du passé le principe d’un gouvernement autocratique est suffisamment évidente pour ne pas être ignorée. Et bien sûr, ces régimes proclament leur haine des démocraties, jugées pernicieuses et décadentes.

Le point à souligner, c’est que ces régimes ont leurs sympathisants jusque chez nous autres, les démocrates. Que dire en effet des partis ou des mouvements désignés comme « populistes » ? L’allégeance de leurs sympathisants à un chef, jugé charismatique et dont les propos sont répétés mille et mille fois, selon la logique des influenceurs de réseaux qui veut que la valeur d’une affirmation dépende du nombre de « like » qui lui sont attribués, en témoigne.

 


Notre erreur n’est pas d’avoir cru que nos démocraties marquaient la fin de l’histoire, mais d’avoir imaginé la menace qui pèse sur elles comme étant liée à l’individualisme, moment où le citoyen ne vote plus qu’en fonction de son intérêt privé et non de l’intérêt général. Certes, cette fêlure existe bien aujourd’hui. Mais elle est infiniment moins dangereuse que l’amour de la soumission et que l’esprit de meute.

Il faut (re)lire La Boétie.

mercredi 19 avril 2023

E. Macron à portée d'engueulade – Chronique du 20 avril

Bonjour-bonjour

 

Suite au « bain de foule » d’Emmanuel Macron en déplacement hier en Alsace, beaucoup se sont interrogés sur l’opportunité pour lui de s’exposer à la colère – voire même à la haine – de la foule. Ses justifications, inopérantes sur des manifestant exaspérés, accompagnent des affrontements qui vont donner une visibilité supplémentaire à la contestation : « Les gens ont quand même envie qu’il y ait des images de contestation. Où qu’il aille, il trouvera des opposants », explique un participant à la réunion » (Lu ici)

 

Parmi les explications, certaines font intervenir le terme de « catharsis », mot qui, venu du grec ancien, véhicule avec lui un contexte qu’il est bon de rappeler. Selon Aristote la catharsis correspond à une purification des passions grâce à la représentation dramatique. Cette définition associant le spectacle à un effet psychologique est liée à une fonction de la tragédie grecque qui n’a plus cours aujourd’hui. Elle a été transposée par Freud de la façon suivante : « Selon Freud, en psychanalyse, la catharsis est tout autant une remémoration affective qu'une libération de la parole, elle peut mener à la sublimation des pulsions. » (Art. Wiki) Ainsi – sans même faire référence à la remémoration – la catharsis psychanalytique a au moins deux effets : l’un de libérer la parole ; l’autre de sublimer les passions.

 

C’est là que la démarche d’Emmanuel Macron prend son sens. Car pour « passer à autre chose » comme il le souhaite, il faut que les conflits aient libéré la totalité de leur potentiel énergétique. Ceci se fait dans la vie quotidien dans le face-à-face avec un adversaire ; mais dans le cas présent, alors que c’est précisément le Président qui est pris pour seul responsable des traumatismes subis, ce face-à-face manque et la parole libératrice ne peut trouver une expression dans les slogans et autres invectives des défilés contestataires. Il faut donc, comme le dit Emmanuel Macron être « à portée d’engueulades »

 

 


Vu ici

 

On le voit il ne s’agit pas seulement de « libérer la parole », mais à coup sûr de la rendre solidaire d’une dépense pulsionnelle du fait de la présence de son destinataire.

- La démarche politique ayant comme on l’a dit, pour objectif de « tourner la page », de « passer à autre chose », la sublimation (1) résultant de cette catharsis est tout à fait souhaitable. 

Admettons en effet que le mécontentement populaire soit chronique : nul ne peut éradiquer la quantité de violence suscitée par la frustration venue de la vie quotidienne. Mais lorsque cette violence sort de sa latence, alors elle cherche un objet sur lequel se fixer : le Président, ou des immigrés, ou les jeunes des banlieues, ou qui on voudra – qu’importe ? On n’aura rien gagné en termes de paix sociale. La sublimation intervient alors pour transformer l’affect de colère ou de violence en énergie active pour transformer le monde, actualiser des idéaux, voire même (pourquoi pas ?) créer des œuvres d’art.

--> Engueuler le Président, ça soulage peut-être mais surtout ça libère des forces pour faire autre chose.

Notre Président est donc en l’occurrence plutôt freudien

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(1) « La sublimation en déplaçant l’objet de la pulsion sexuelle met à la disposition du travail culturel des quantités de forces extraordinairement grandes et cela par suite de cette capacité spécialement marquée chez elle de pouvoir déplacer son but sans perdre pour l'essentiel de son intensité. » Lu ici

mardi 18 avril 2023

Faites-moi confiance ! – Chronique du 19 avril

Bonjour-bonjour

 

Et voici le président Macron parti au-devant des citoyens-électeurs pour retrouver la confiance qu’ils lui refusent ; sans elle il ne pourrait gouverner qu’avec la force.

Mais voilà : comment retrouver la confiance perdue ? 

Le Président refuse de laisser croire qu’il a trahi : n’a-t-il pas honnêtement mis la retraite à 65 ans dans le programme sur lequel il a été élu ? Mais qu’importe : pour exister, la confiance exige qu’on soit deux.

A – Qu’est-ce donc que la confiance ? Pourquoi existe-t-elle et comment se fait-il qu’on l’accorde parfois ? 

- Faire confiance peut relever d’une question technique, rationnelle, de la simple rationalité. Fruit d’un calcul, la confiance serait alors un simple moyen de réduire les risques. Les britanniques la désignent par le terme de « reliance » (le fait de compter sur quelqu’un de fiable) qu’ils distinguent de :

- La confiance proprement dite (« trust »), qui suppose une sorte de foi en tel ou tel homme, qu’on accorde parfois sans pouvoir l’expliquer par des raisons exactes et qui s’exprime de façon implicite – voire même inconsciente.

B – Quelle conséquences pour le président ?

Aujourd’hui, pour bénéficier de la première forme de confiance, le président doit donner des preuves de sa loyauté en sortant le carnet de chèques. C’est ce qu’il a fait pour les Gilets-jaunes ; ce n’est pas sûr qu’il puisse encore le faire aujourd’hui. 

C’est donc la relation de confiance directe, d’homme à homme, qui ne coute rien et qui vaut blanc-seing que le Président espère réactiver.

C – Qu’en dit l’historien ?

Un peu d’histoire : rappelez-vous, nous sommes en 1958 et le Général de Gaulle crie aux algérois qui demandaient le maintien de l’Algérie française « Je vous ai compris ! ». Sous leurs acclamations il rentre en métropole et lance avec le FLN les négociations qui vont mener à l’indépendance de l’Algérie.

Sans relancer une analyse historique des faits, considérons que depuis longtemps la politique a su compléter le pouvoir de la parole par celui des armes : « Pactes sans sabres, ne sont que palabres » disait Hobbes (Léviathan,II, XVII). On peut en toute confiance signer des traités de paix, ce n’est pas pour autant qu’on dépose les armes. 

De nos jours, c’est bien ce que l’intersyndicale a compris. 

D – En faisant confiance que fait-on ?

La vie quotidienne nous donne une interprétation de la confiance et des limites à lui imposer : en accordant sa confiance on se met en état de faiblesse par rapport à celui qui en est le dépositaire. C’est dans cette mesure que les relations humaines sont si fortes, mais aussi que la trahison peut exister.

L’acte de confiance est une sorte de foi : non seulement elle est un pari sur l’avenir, mais elle ne tient pas compte des capacités techniques de celui en qui on a confiance. S’agissant de Dieu, le seul risque est qu’il n’existe pas. S’agissant de politique on entend durant les campagnes électorales des promesses mirifiques auxquelles électeurs croient sans chercher à savoir si ceux qui les tiennent pourront les réaliser.

lundi 17 avril 2023

ChatGPT à l’Élysée ! – Chronique du 18 avril

Bonjour-bonjour

 

C’est Sophie Binet, 


la nouvelle secrétaire générale de la CGT qui le dit : « On dirait que c’est ChatGPT qui a rédigé l’allocution du président Macron hier soir. »

- Et en effet ce que nous avons attendu hier ressemblait terriblement à d’autres discours déjà prononcés par l’exécutif quand il était contesté par l’opinion publique et qu’il cherchait à reprendre l’initiative sans reculer de trop. Manque d’imagination, ou manque de moyens ?

En tout cas, c’est bien ce que produisent les robots tels que celui-ci, qui ne font que compiler les documents classés dans la rubrique considérée, de sorte que le discours qui en résulte donne un propos tiédasse, qui ne fait que redire ce tout le monde a déjà entendu, enrobé dans une rhétorique apaisante et visant le consensus. 

 

L’argument pour réfuter cette thèse consisterait à remarquer que le recours à l’épreuve des « cent jours » courant jusqu’au 14 juillet serait un emprunt à l’époque du CPE quand Dominique de Villepin a cru pouvoir passer en force avec sa loi 49.3 (1) : peut-on croire qu’un robot dûment documenté laisserait passer une formule signant un échec pour désigner une relance espérée positive ?

Faudrait-il chercher les ratées du discours pour établir la preuve que les robots n’y sont pour rien – sorte de nouveau test de Turing ? Peut-être, mais je voudrais avancer un commentaire plus décisif. 

- Partons de l’idée qu’en effet, l’allocution du Président a été élaborée par un robot conversationnel. Si le Président a choisi ce texte (alors qu’il a des dizaines de conseillers à la plume affutée) ; s’il n’a pas fait confiance à sa propre plume à laquelle il a eu recours sans doute depuis le début de la crise, c’est qu’il a justement voulu faire du tiédasse et du conventionnel. Or on l’a dit, la base de données des robots leur permet en brassant des milliers de situations semblables, d’obtenir un discours de relance le plus semblable à ce qui s’est déjà fait

 

On devine que si cela était vrai, alors la véritable intention du pouvoir serait de lancer un hameçon sans appâter, de façon à le faire ensuite à moindre coût plus tard – justement quand les 100-Jours seront bien avancés. L’effet de surprise est un élément essentiel dans les manœuvres de l’art de la guerre, on le sait depuis Austerlitz.

- Ma thèse est donc que tout ce que fait le pouvoir politique a un sens politique. Si madame Binet veut faire croire que le Président Macron est méprisant vis-à-vis des français au point de déléguer sa parole à une machine elle fait croire qu’il n’agit que poussé par une basse passion. Attention quand même à ne pas sous-estimer l’adversaire.

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(1) Sur la bataille du CPE, voir ce document très complet

 

dimanche 16 avril 2023

Gentil le Toutou – Chronique du 17 avril

Bonjour-bonjour

 

Ils en ont de bonnes les biologistes quand ils s’occupent de l’évolution des espèces. C’est ainsi qu’ils prétendent avoir mis en évidence la preuve que l’espèce humaine, à l’instar des bonobos et autres chimpanzés, se sont « auto-domestiqués » au cours de leur évolution induisant une modification de leur morphologie, de leur comportement et surtout de leur patrimoine génétique liés à une « auto-sélection » des individus les plus dociles, les plus sociables, les moins impulsifs. 

Oui, ça ne colle pas vraiment avec l’expérience quotidienne, comme en témoigne cet article de presse intitulés ainsi : « TEMOIGNAGES. Incivilités, insultes, agressions, stress... Des vétérinaires brisent le tabou de leur souffrance au travail » - Et encore ne s’agit-il pas là d’une profession particulièrement exposée à la violence des usagers.

 

- Essayons d'y voir plus clair : lisons la suite de cet article  

Ce processus est décelable dans certaines espèces sauvages : ainsi des loups « qui sont ainsi devenus de gentils toutous, avec des cerveaux plus petits, un visage plus enfantin, un pelage plus tacheté, une queue qui rebrousse, une enfance prolongée, un comportement plus joueur, un langage plus développé. » On y ajoute pour faire bonne mesure « les porcs, les moutons, les vaches », avant de conclure : « c’est le syndrome de la domestication. » (Art. cité)

 

Il est tentant de voir dans ces exemples d’auto-domestication la preuve que la coopération entre membres d’une même espèce comporte un avantage évolutif que la violence ne comporte pas. Mais aussi, la description des effets de cette auto-sélection sur les individus laisse penser que la pérennisation des traits enfantins serait un effet de la domestication. Cela fait longtemps qu’on avait pointé la « néoténie » comme marque particulière de l’espèce humaine et des espèces domestiquées. (cf. cet article) Nous sommes des enfants attardés, tout comme nos chiens, nos chats et nos lapins.

L’humanité serait donc faite de gentils enfants ? Et notre Gourou s’appellerait Walt Disney ?

 


Toutefois, comme cet article le fait justement observer, en matière d’évolution il y a de la différence entre la théorie globalement vraie au niveau de l’espèce, et le détail de la vie des individus. Seulement on voudrait savoir comment – et surtout pourquoi – le gentil Toutou se transforme parfois en bête sanguinaire ?

Quand même : et si la gentillesse était un des grands ressorts de l’évolution ? 

--> Journée internationale de la gentillesse le 3 novembre prochain. D’ici là… à vous de voir.

samedi 15 avril 2023

Mon ordi chéri, as-tu une âme ? – Chronique du 16 avril

Bonjour-bonjour

 

Dimanche matin, après le café et le journal des brèves, vous voici disponible pour des réflexions un peu plus développées. Comme celle-ci : « L’IA est-elle la quatrième blessure narcissique de l’humanité ? »

- Bigre ! dites-vous. Il y a déjà eu trois de ces blessures et on ne me l’avait pas dit ? En tout cas je ne les ai même pas senties.

Expliquons. Dans l’article cité Freud est crédité de la découverte des trois premières : nous ne sommes plus comme on le croyait encore au moyen-âge au centre de l’univers ; et puis nous sommes devenus avec Darwin des singes un peu plus développés que les autres, mais rien de mieux. Quant à Freud lui-même il vient de révéler que notre Moi n’est qu’une péninsule émise par un vaste continent englouti que nous ignorons : l’inconscient. (1)

- Et voilà que notre intelligence, cette partie de notre psychisme qui porte notre essence et qui nous place au-dessus de tout ce que la vie a fait de mieux – la voilà, dis-je, qui perd sa place au profit des machines : l’IA la remplace avantageusement un peu partout et encore n’en est-elle qu’à ses débuts.

o-o-o

Loin de moi l’intention de reprendre ici l’énumération des mérites et des faiblesses de ces systèmes informatiques : le sujet est important mais il a été évoqué ici même bien des fois. Mais ce qui nous interroge ce matin ce serait plutôt la place accordée au narcissisme par Freud et validée par cet article. Faut-il se sentir dévalorisé par le fait que nos machines nous battent aux échecs ou au jeu de Go et qu’elles menacent de chômage bien des « cols-blancs » d’aujourd’hui ?

Certains ne le pensent pas : « dans l’histoire de la technologie, du silex jusqu’à l’ordinateur, on observe un grand mouvement d’externalisation des compétences. On a tout fait pour externaliser toutes les formes d’intelligences possibles, la mémoire et même la sensibilité (sic) » (Jean-Michel Besnier).  Au fond, si la machine se définit comme un outil animé qui remplace l’ouvrier, alors oui : l’IA est en effet une externalisation de nos compétences, que nous préférons déléguer à des machines pour jouir du temps ainsi libéré : banal. 

Toutefois, voici que dans ce face à face les hommes se sentent pris dans une compétition, dont ils sortent parfois vaincus comme on vient de le dire avec les échecs ou le Go.

Mais ce qui m’étonne, c’est que nous puissions nous sentir humiliés par des machines. Que nous importent leurs performances puisqu’elles ne fonctionnent pas selon la machinerie de notre propre cerveau ? (2). 

--> L’héritage freudien de cette formule est évident : la machine est investie d’un fantasme d’altérité qui la rend selon les cas aimable ou hostile, par lequel nous voyons en elle un alter-ego.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme » demandait Lamartine. S’agissant des ordinateurs la réponse est bien évidemment « Oui »

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(1) « Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu’elle a montré que la Terre, loin d’être le centre de l’Univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l’humanité par la recherche biologique, lorsqu’elle réduisit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s’est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. » Sigmund Freud, Introduction à la Psychanalyse (1916-1917)

(2) Les « réseaux neuronaux » artificiels dont elles sont dotées ne sont que des analogies avec notre cerveau, non une copie fidèle