jeudi 9 décembre 2021

Des viols sans intentions sexuelles – Chronique du 10 décembre

Bonjour-bonjour

 

Émile Daraï, gynécologue accusé de viols, est définitivement mis en retrait par l’enquête de la commission de l’AP-HP  qui pourtant “ne retient aucune connotation sexuelle /... / certains manquements ayant été relevés dans le recueil du consentement à certains gestes”. (Lu ici)

En clair, le médecin a été accusé par plusieurs ex-patientes de pratiquer des examens vaginaux et rectaux de manière brutale et sans demander leur consentement. 

Cette distinction entre viols à intention sexuelle – et viols sans intention sexuelle me surprend, car je croyais que le viol était un acte nécessairement lié à une pulsion sexuelle. Bien sûr le viol est parfois associé à une pulsion sadique, mais enfin le sadique est toujours animé par un désir en dernière instance sexuel. Ici pas du tout : il s’agit d’un praticien qui considère ses patientes comme un morceau de barbaque dans le quel il fourre sans prévenir spéculums et autres engins. Il le reconnait d’ailleurs lui-même : « ces femmes ont pu percevoir l’examen clinique que j’ai pratiqué comme dénué d’empathie et de bienveillance ». Mais enfin, accuseriez-vous de viol un proctologue qui fourre un spéculum dans votre anus sans crier gare ?

... Mais je ne viens pas aujourd’hui pour juger ce praticien mais plutôt sonder la notion de viol sans connotation sexuelle.

- On connait par cœur l’article 222-23 du Code pénal : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ». L’intention n’est jamais mentionnée, seul l’acte pris dans sa réalité matérielle compte : bien sûr, qui donc irait faire une chose pareille s’il n’avait une intention sexuelle ? Personne.

Personne – vraiment ? Voyez donc du côté des crimes commis par les soldats occupants à l’encontre des populations civiles et en particulier sur les femmes. On veut croire que ces brutes assouvissent des pulsions bestiales ; sans doute – mais pas toujours. Il s’agit parfois aussi de déshonorer les époux en fuite qui n’ont pas pu défendre leurs femmes. Cette volonté de nuire ne peut se confondre avec la jouissance, elle est même autre chose que de la pure cruauté : il s’agit d’anéantir un ennemi en montrant qu’il n’existe plus là où est sa place naturelle. En effet, dans la nuit des temps, l’homme devait protéger sa compagne en tant qu’elle portait sa semence et qu’elle ne devait pas être fécondée par l’étranger. Chaque homme était alors comme le mâle dominant dans la harde de gorille, et les envahisseurs utilisaient les femmes qu’ils venaient de dominer pour diffuser leurs gènes en les violant. (1)

- Les femmes d’alors étaient de simples machines à reproduire des hommes ; de nos jours le viol sans désir sexuel est une volonté de les traiter encore comme telles : il s’agit d’un meurtre symbolique. 

On voit que dans leur indifférence les gestes du gynécologue sont bien loin de tout cela.

Mais ça ne les rend pas supportables pour autant.

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(1) Plus près de nous, on se rappelle de l'enlèvement des Sabines 

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