samedi 28 février 2026

En Iran, mort du Guide suprême : et après ? – Chronique du 1er mars

Bonjour-bonjour

 

L’annonce de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la république coranique d’Iran a d’abord laissé sceptique. Comment les iraniens auraient-ils pu laisser leur chef suprême exposé aux bombardements meurtriers des israéliens et des américains ? A moins que quelque traitre ait laissé trainer des données capitales pour une opération commando ?

Mais quoiqu’il en soit des circonstances, ce matin la nouvelle est confirmée : Ali Khamenei est effectivement mort au cours des bombardements du 28 février.

 

Après un moment de satisfaction, la question vient : « Que va-t-il se passer à présent ? La mort d’un homme, de surcroit très vieux, peut-elle surprendre et affaiblir le régime iranien ? »

- Son grand âge laisse entendre que sa succession était largement prévue. « Depuis la mort d'Ebrahim Raisi, le candidat le plus souvent évoqué pour la succession d'Ali Khamenei est son fils, Mojtaba Khamenei, déjà considéré comme un acteur central du pouvoir iranien » peut-on lire ici.

- Et puis dans un régime à l’idéologie si rigide, peut-on croire qu’un seul homme incarne quelque chose de différent des autres hommes du pouvoir ? Et si les ayatollahs formaient une troupe compacte et homogène ?

 


 

Mais en réalité ces questions sont tournées vers le Président américain. – Après tout c’est pour lui que cette victoire est significative. C’est lui qui veut des trophées à exhiber comme après une scène de chasse à courre. Au Venezuela, capture de Maduro – après ça on passe à autre chose : y aura-t-il à Caracas un régime « Maduro-sans-Maduro » ? Aucune importance.

- Et à Téhéran ? – Pas de problème si ces gens acceptent de vendre leur pétrole à bon prix – Qu’importe qu’ils violentent leur peuple – à condition qu’on n’en parle pas trop ?

Ce qu’il faut, c’est que Donald Trump soit décoré du titre de Grand chasseur de tyrans.

vendredi 27 février 2026

La trace du Président – Chronique du 28 février

Bonjour-bonjour

 

Le changement de présidence au musée Louvre, suite à la kyrielle de ratées, entre faille de sécurité, mauvais entretien des locaux, manque de personnel, etc., le prouve amplement : au Louvre il faut tout remettre à plat, même le plan de refonte.

--> Se trouve ainsi remis en cause le plan de rénovation voulu par le Président Macron : il s’agissait, rappelons-le d’une rénovation du Louvre évaluée à plus d’un milliard d’euros, dont la réinstallation de la Joconde dans une salle spéciale et la construction d’une nouvelle entrée.

- Dans cet article, on rappelle que : « Pour Macron, dont le second quinquennat se termine en 2027, ce serait la dernière en date d’une série de déconvenues. Son projet phare au niveau national, la réforme des retraites, a été suspendu à l’automne 2025 par l’Assemblée nationale, le président y étant affaibli depuis sa décision malavisée de convoquer des législatives anticipées en 2024. » On a envie de dire « etc. » en songeant à l’autorité de l’État malmenée ainsi que la pénible réforme des retraites.

Mais là, c’est en effet le coup de grâce : tous les Présidents jusqu'à Jacques Chirac, ont voulu laisser derrière eux une trace culturelle. Les cathédrales de Malraux, la Pyramide du Louvres, la Grande Bibliothèque, le Musée du Quai de Branly… What else ? Et voilà que le plus « capé » de nos président, celui dont la brillante intelligence a donné le vertige à tous les chefs d’États rencontrés en conférences internationales, va repartir après 10 années de règne les mains vides !

Gageons que les travaux de rénovation du Louvre vont être entamés imperturbablement, histoire de montrer que rien n’arrête la volonté du chef. Mais gageons aussi que ça n’ira pas plus loin, le successeur du Président voulant probablement avoir un projet bien à lui, façon d’imprimer son nom dans l'histoire en recouvrant celui du prédécesseur.

Comme le chien qui recouvre de son pissat celui d’un autre chien pour imprimer son message personnel en masquant de celui des autres.




jeudi 26 février 2026

La guerre à cent sous – Chronique du 27 février

Bonjour-bonjour

 

Lu ceci : « En moins d'un an, les armées françaises ont fait produire 1 000 drones militaires à moins de 1 000 euros pièce. Le « pacte drones aériens » vient de passer son premier grand test haut la main. » (Voir ici)

 


Je ne détaillerai pas, tant elle est célèbre, cette mission dévolue à l’industrie d’armement française par Sébastien Lecornu alors ministre des armées. L’important est de noter que l’industrie française, Renault en tête, a répondu « présent » et que, désormais la France, laissant au garage les Rafales et autres monstres d’acier, peut désormais faire la guerre moderne, celle où on peut sacrifier des armes volantes par centaines chaque jour sans frémir.

 

Car voici la nouveauté : la guerre est désormais une affaire de bilan financier entre le prix les armes détruites à l’ennemi et celui des armes perdues chez nous ; l’important étant que le prix des armes détruites chez l'ennemi soit supérieur à celui des armes sacrifiées chez nous.

Alors, je sais bien que depuis la nuit des temps on affirme que « l’argent est le nerf de la guerre » – mais on disait ça comme une généralité. Jamais on n’avait été jusque dans le détail des prix. Et jamais les armes n’avaient été soumises à une évaluation digne des articles vendus sur le site de Shein.

Car, c’est bien cela : les armes sont devenues des articles commerciaux qui, comme chez les chinois, ont pour objectif – non pas de performer en terme de high-tech – mais de couter le moins cher possible. Quand les russes ont compris que c’est avec des armes fabriquées dans leurs garages que les Ukrainiens les pilonnaient, ils ont laissé leur Soukhoï hors de prix dans leurs bases militaires et ils s’y sont mis – avec un certain succès comme on le voit à présent.

Alors voilà : être fier comme un paon parce que nous fabriquons un avion de chasse à 100 millions d’euros c’est vraiment ridicule. Mais parvenir à transformer sa PlayStation en arme de guerre, c’est un peu plus malin.

mercredi 25 février 2026

V’la l’avalanche qui passe – Chronique du 26 février

Bonjour-bonjour

 

La coulée de neige est impressionnante, elle déferle à vive allure et coupe en deux unes des pistes de ski du domaine de la Flégère, à Chamonix. Sur son passage, deux skieurs sont happés et se retrouvent ensevelis sous un mètre de neige. La scène est filmée par un témoin présent sur la piste. (voir ici)

 



Banal ? Pas tant que ça. Reprenons :

- Dans la moitié droite de l’image : des skieurs sont balayés par le coulée de neige ; dans la moitié gauche un petit groupe dont l’attitude révèle la surprise mais nullement l’effroi. Ils resteront là, s’écartant juste ce qu’il faut pour que l’avalanche déboule à côté d’eux.

- C’est que selon moi, il y a chez les vacanciers d’hiver une « culture du danger » très particulière en montagne : ce sont des gens qui ne renonceront pas à faire leur trace hors-piste si c’est là leur bonheur. Non pas seulement que ce soit une revendication d’un « droit-au-plaisir », mais aussi parce que la neige ne leur apparait pas comme un véritable danger. 

- A ce propos une anecdote : il y a longtemps – fort longtemps – j’étais par amitié occupé à la tenue d’un petit bar sur la neige à la Flégère justement. Lorsqu’il fallait vider la poubelle, on allait le faire dans un couloir d’avalanche, prié de balayer tout ça.

En voyant le groupe de skieurs sur la gauche, je ne peux m’empêcher de croire qu’ils pensent que les éboueurs sont entrain de passer.

mardi 24 février 2026

Euthanasie : un oxymore – Chronique du 25 février

Bonjour-bonjour

 

La future loi porte comme titre : loi sur la « fin de vie », montrant à quel point le vocabulaire utilisé est sensible. Car, par « fin de vie », il faut entende « mort », tout simplement. Quant à « euthanasie », le terme le plus précis pour désigner cette idée, il est proscrit sans doute pour son relent délétère venu de son emploi pour désigner l’éradication des handicapés du temps des nazis.

Dont acte. Moi je trouve qu’il est dommage de ne pas chercher derrière l’étymologie un sens plus profond au terme « euthanasie ». Car dans son étymologie grecque il signifie « bonne-mort » : est-il possible que la mort soit « bonne » ?

Bien sûr, n’importe quelle IA met fin à cet étonnement :

« Sens originel : Dans l’Antiquité, le mot n’avait pas du tout le sens médical ou juridique actuel. Il désignait : une mort paisible ; puis une mort sans souffrance ; enfin une mort digne, survenant naturellement à la fin d’une vie accomplie

On trouve cette idée chez les philosophes grecs et latins : l’idéal était de quitter la vie sereinement, sans agonie prolongée.

Peu à peu, le terme en vient à désigner : l’acte de provoquer volontairement la mort pour mettre fin aux souffrances. Ce qui est le sens contemporain. » (Source chatGPT)

 

Mais l’étonnement subsiste, car mourir est un évènement qui est environné d’autres faits.

* Pour les croyants, peut-être s’ils imaginent-ils que le paradis leur tend les bras. Mais la mort peut aussi être synonyme d’entrée en Enfer – et là rien de bon ne les y attend. 

* Quant aux épicuriens et autres athées, si la mort est néant, elle signifie aussi la perte des plaisirs qui faisaient tout le bien de la vie. Comment souhaiter cela ?

* A moins de définir le bien comme la simple cessation d’un mal ? Occasion de faire un tour du côté de Schopenhauer pour qui le bien est un soulagement dans la souffrance permanente qui caractérise la vie ? La « bonne mort » serait alors symétrique d’une « mauvaise vie » ?

* Bien sûr on peut aussi voir le bien comme l’effet d’un accomplissement – à définir avec Aristote.

--> Dans un simplement mot des océans de réflexion… et de perplexité ! On comprend que l’Assemblée Nationale planche là-dessus depuis plusieurs dizaines d’années.

lundi 23 février 2026

« Cacocratie» : vous connaissez ? – Chronique du 24 février

Bonjour-bonjour

 

Le monde occidental nous offre depuis plusieurs années le spectacle désolant de pays dans les quels une multitude stupide et arrogante a pris le pouvoir grâce au régime démocratique, et domine de sa volonté et de ses passions la vie de la société entière.

 

 

Soutenue par les « réseaux sociaux », elle donne naissance à des États gouvernés par des « cacocraties » – régime défini comme « le pouvoir des plus mauvais », par opposition aux « gouvernement des meilleurs » que l’on nommait autrefois des aristocraties.

Cette dérive de la société démocratique est largement étudiée par Platon, qui exclut que le plus grand nombre soit associé à la prise de décisions politiques. Cet interdit est resté comme une brisure dans les projets de créer des démocraties ; même le siècle des lumières lui a préféré le despotisme éclairée qui a le mérite de mettre la science au cœur du projet politique. 

- A l’opposé, certains ont voulu sortir de cette dictature d’un petit nombre en forgeant le concept de « dictature du prolétariat », mettant en avant le rôle révolutionnaire de l’aliénation vécue par les prolétaires victimes de l’oppression : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Bref : d’un côté la science, de l’autre l’expérience.

Mais comment faire confiance à une telle expérience ? Ne risque-t-on pas de reconnaitre n’importe quel adversaire comme cible légitime des pires violences ? Et puis Lénine avec la « dictature du prolétariat » a cru bon de préciser qu’il fallait quand même faire encore appel à l’État et à sa science de la Révolution. 

Décidément, les élites ont la peau dure.

dimanche 22 février 2026

Donald, rends l’argent ! – Chronique du 23 février

Bonjour-bonjour

 

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a réclamé que l’administration Trump rembourse les familles et les entreprises américaines des droits de douane jugés illégaux après leur annulation par la cour suprême.

Alors que D. Trump semblait avoir acquis un pouvoir qui le mettait au-dessus des lois grâce à une Cour suprême jugée partisane, voilà que celle-ci se met à prononcer ses arrêts selon la Loi des Etats-Unis. Le Président fulmine, dénonçant cette décision comme « extrêmement décevante » et « honteuse » et saluant les trois juges qui s'y sont opposés pour « leur force, leur sagesse et l'amour de leur pays ». (Lu ici)

Mais dans le même temps, les démocrates américains rappellent que Thomas Paine, qui a inspiré la Déclaration des droits de l’homme française et l’un des plus ardents partisans du républicanisme américain, n’hésitait pas à écrire, dans un ouvrage publié en 1776, « Aux Etats-Unis, la loi, c’est le roi.» (Entendez bien sûr : c'est la loi qui dispose du pouvoir légitime et non le Roi)

Comment mieux définir l’État de droit ? Comment mieux l’arrimer à la démocratie qu’en montrant qu’il n’est autre que l’inverse du principe monarchique « Le Roi, c’est la loi » ? 

/= C'est lui qui fait la loi/

On dira que tout état possède le droit de changer sa constitution : une démocratie peut bien décider de devenir une monarchie. Seulement le mandat reçu par D. Trump et par lequel il est entré à la Maison Blanche n’avait pas du tout pour objet de devenir un dictateur, même démocratiquement élu.

Ce problème juridique est aujourd’hui réduit à ses effets les plus immédiats : savoir qui doit payer des décisions non conformes à la constitution. Et en notre époque mercantile, c’est cela l’essentiel : qu’on se rappelle comment Margaret Thatcher apostrophait l’Union Européenne : 

« I want my money back ! »

samedi 21 février 2026

La joie comme « effet miroir » – Chronique du 22 février

Bonjour-bonjour

 

Il y a une dizaine de jours, je chroniquais cette joie affichée par Gisèle Pélicot malgré les épreuves qu’elle venait de vivre. Quel autre exemple trouver de cette délicieuse allégresse éprouvée dans la durée, non comme un moment fugace mais bien comme une situation permanente ?

Et puis regardant hier le match de rugby des Six Nations, je découvrais dans le public qui exulte selon les péripéties du match une image de cette joie débordante. 

--> Je cherche des images et je trouve celles-ci, captées dans des fan-zones :

 


Oui, vous avez bien vu : le public du rugby est un public genré – les hommes d’un côté, les femmes de l’autre – comme si le plaisir de participer à ce spectacle supposait un tel entre-soi.

Cette joie serait donc liée à un débordement des émotions, lorsque le cri qui sort d’une bouche est celui de la multitude. Les émotions qui se partagent ainsi seraient donc venues d’une souche commune, quelque chose qui constituerait une sorte de « nature » commune ? Ou alors une « culture » commune ? En tout cas on sait que les « hormones du bonheur » sont les mêmes chez l’homme et chez la femme. Reste à savoir s’il y a ici un « effet miroir » comme pour d’autres aspects de notre personnalité.

vendredi 20 février 2026

T’as 15000 balles ? – Chronique du 21 février

Bonjour-bonjour

 

Avec 18000 dollars (un peu plus de 15000 euros), vous pouvez acheter sur Amazon un robot humanoïde chinois « Unitree »




Bon de commande du robot Unitree G1

 

N.B. Pour rappel, le G1 est le petit humanoïde « généraliste » qui mesure environ 1,30 m pour 35 kg. Un gabarit compact, il s’est notamment illustré par sa maîtrise du kung-fu, ses 130 000 pas sous -47 °C dans la neige, et plus récemment lors d’une performance remarquée pour le Nouvel An chinois. (Lu ici)

 

- Bien entendu ce n’est pas pour faire de la publicité à un fabricant chinois de robot humanoïde que je reprends cet article, mais bien pour m’interroger sur les raisons qui pousseraient quelqu’un à acquérir cet objet. Sans doute pas pour ses performances déjà enregistrées – à moins que vous n’ayez besoin d’un garde du corps expert en kung-fu, ou d’un compagnon pour faire du trek en antarctique. Les japonais envisagent le développent de ces machines humanoïdes pour combler la carence affectives des vieux qui n’ont plus personne pour s’intéresser à elles. 

Est-ce votre cas ? Besoin de quelqu’un pour vous tenir la main le soir sur le canapé devant la télé ? Ou pour vous apporter votre tasse de camomille ?

Ne me dites pas quand même que ce dont vous rêvez c’est d’une poupée-robot sexuel capable de comprendre et de réaliser vos fantasmes ? Car si c’est le cas sachez que ça existe déjà avec les programmes pré-adaptés sous IA. Allez donc voir ici.

La leçon c’est que pour ce qui est des découvertes, les chercheurs explorent d’abord les fonctions sexuelles : ça rapporte des sous, alors qu’il n’est pas sûr que des robots-compagnons de vieux rapportent beaucoup d’argent.

jeudi 19 février 2026

Un monde où les fous font des petits – Chronique du 20 février

Bonjour-bonjour

 

Réuni à Washington, le Conseil de Paix lancé par Donald Trump a présenté une feuille de route détaillée pour la reconstruction du territoire palestinien. Outre ce plan de reconstruction (encore à imaginer), la FIFA et Donald Trump annoncent un fonds de 75 millions de dollars pour relancer le football à Gaza.

- Rappelons que le « conseil de la paix » aurait pour vocation d’être une alternative au Conseil de sécurité des Nations unies – dans lequel seul le Président des USA disposerait du droit de veto. On sait aussi que les pays désireux d’y adhérer auraient à acquitter un droit d’entrée d’un milliard de dollars.

Je donne tous ces détails pour prouver que nous avons affaire à un plan mûrement réfléchi et destiné à exister au-delà de l’actuel mandat du Président. Pourtant tout dans ce programme porte la marque de l’infantilisme trumpien – y compris la mise en avant dans le plan de reconstruction du territoire où des millions de gens meurent de faim et de maladie de… terrains de football.

 


Qu’est-ce que montre un tel projet ?  Un cynisme inimaginable ? Une pathologie d’un psychisme bloqué à un stade infantile ? Certes. Mais aussi la facilité avec laquelle on peut manipuler des personnalités comme celle de Donald Trump.

On rit à l’histoire du « roi nu » (« Les habits neuf de l’Empereur », conte d’Andersen - Voir ici) qui est tellement naïf qu’il croit qu’on l’habille de vêtements que seules les personnes sottes ne pourraient pas voir – alors que justement on le fait défiler dans les rues complètement nu où tout le monde fait semblant de le voir habillé – jusqu’à ce qu’un enfant crie « Le roi est nu ».

- Ça fait rire… jusqu’à ce qu’on réalise que c’est la réalité effective du pouvoir dans le pays le plus puissant du monde. La puissance de l’argent suffirait-elle donc à nous rendre nous aussi, comme les sujets du Roi-nu, naïfs et obséquieux ?

On me dira que les sondages et le résultat des élections partielles aux Etats-Unis montrent que le socle électoral de Trump se fragilise et que son image devient détestable. J’en prends acte avec satisfaction. Mais je note cependant qu’il nous faut recourir à des sondages pour nous persuader de cette baisse, alors que la simple consultation de nos convictions devrait nous suffire pour croire que dans aucun pays aucun dictateur ne pourrait gagner en popularité avec un tel tableau clinique. Ce qui, hélas, n’est pas le cas.

mercredi 18 février 2026

Le beurre et l’argent du beurre – Chronique du 19 février

Bonjour-bonjour

 

Nous n’avons plus de mythes pour deviner l’avenir à partir d’une histoire venue du passé, mais nous avons les séries TV devenues légendaires, qui pourraient tenir ce rôle. Ainsi de la série Dallas qui fit fureur sur nos écrans TV dans les années 1980.

 


Et que nous révélait cette histoire ? Que le méchant-très-méchant JR nous fait penser aujourd’hui au brutal et cynique Donald Trump – actuel Président des USA. Mais surtout que le dénommé JR avait pour adversaire l’obstiné et benêt Cliff Barns, son beau-frère, qu'il bernait et ridiculisait à longueur d’épisodes.

--> Et donc nous devons à notre tour nous interroger : si JR c’est Trump, qui donc est l’incarnation actuelle de Cliff Barns ?

Et c’est là qu’il faut avoir un peu de discernement. Il se peut en effet qu’on ne trouve pas de correspondance terme à terme entre le réel et l’imaginaire, pas de copié-collé pour décoder le monde d’aujourd’hui. En revanche l’idée que la méchanceté brutale ait besoin d’avoir en face d’elle une naïveté bornée pour s’exercer – ça pourrait bien marcher. Et du coup, ce serait le peuple américain qui, collectivement, jouerait le rôle de ce personnage ridicule. Et c’est ainsi qu’existeraient des gens pour élire celui qui pourrait leur faire croire qu’ils auraient les bénéfices sans avoir à payer pour obtenir. Ceux qui croiraient qu’on peut avoir « le beurre et l’argent du beurre » – expression que chez nous, le gouvernement de gauche utilisait déjà en 1982 pour dire que le passage aux 35 heures ne pourrait se faire avec compensation intégrale du salaire – ce que la CGT combattit victorieusement (lire ici).

Vous voyez que nous aussi nous avons eu nos JR – et donc que nous aussi nous avons été Cliff Barns. 

--> Ce dernier va-t-il se réveiller en 2027 ?

mardi 17 février 2026

Carême entre pénitence et spiritualité – Chronique du 18 février

Bonjour-bonjour

 

Le pape Léon XIV a profité de la période de carême qui s’ouvre aujourd’hui pour inviter concrètement à s'abstenir de « paroles qui heurtent et blessent le prochain ». Inutile de préciser je pense que sont visés les « torrents de haine et d’insultes » qui déferlent couramment sur les réseaux sociaux. Et en effet je ne vois pas comment l’ouverture spirituelle à Jésus serait possible si dans le même temps les pires pensées nous venaient à propos de notre prochain. Le risque serait alors de se laisser aller aux passions excitées par la résonance des désirs haineux venus de l’horizon médiatique et anonyme des sites de partage. 

Que le Pape vise ces dérives via Internet, soit. Mais, le carême étant un moment de maitrise de soi, ne devrait-il pas aussi viser les instruments qui nécessairement nous replient sur ce bouillonnement – je veux dire les écrans ? Et là ce serait facile. Il suffirait de dire : « Durant la période du carême on ne s’abstiendra pas seulement de jeuner les mercredis et vendredi. On évitera également d’utiliser des appareils comportant des écrans – smartphones en particulier »

Calquée sur les préceptes concernant la sexualité, l’idée n’est pas que l’usage des écrans soit impur, mais « qu’elle participe des biens terrestres légitimes auxquels on peut renoncer temporairement pour se tourner davantage vers Dieu. » Pour finir il faudrait bien sûr « transformer le moment de plaisir lié à l’écran en prière »

 

 

Vu ici

 

Voilà, tout est dit.

Y plus qu’à faire.

lundi 16 février 2026

Le PDG virtuel - Chronique du 17 février

Bonjour-bonjour

 

Chez Stellantis les managers ont un moral d’acier. Ils disposent en effet d’un robot gigantesque qui peut à lui tout seul gérer des entrepôts immenses, divisant le temps de travail par 280 selon le constructeur.

Certes une question demeure en suspens : qu’advient-il des 280 heures de travail humain ? Stellantis n’aborde pas ce sujet dans sa communication. « Cette automatisation s’inscrit-elle dans une logique plus large de réduction des effectifs ? Au vu de la situation financière actuelle du groupe, nous tenterons de pencher plutôt vers la seconde proposition… » peut-on lire ici.

- On se dit alors que les révolutions ne sont pas toujours aussi fréquentes qu’on croit. Car les machines qui mettent des ouvriers aux chômage, on connait bien : l’exemple des canuts lyonnais du 19ème siècle n’a pas été oublié.

Mais alors, qu’en est-il de la révolution opérée par l’IA ? S’agit-il d’un nouveau développement de cette mise en concurrence entre l’homme et la machine, ou bien la nature même de cette innovation introduit-elle quelque chose de nouveau ?

Qui saura le dire ? On pourra du moins observer que la principale nouveauté consiste en ce que c’est au plus haut niveau de la hiérarchie des entreprises que la machine remplace l’homme. A quand le PDG-robot ?

Ne haussez pas les épaules, et voyez plutôt ceci :

 


Mme Tang Yu, PDG du chinois NetDragon Websoft et de ses 6000 employés, est le premier robot à être nommé à la tête d’une société. Disponible H24, elle ne touche aucun salaire. NetDragon Websoft (ici)

 

Oui, vous avez bien lu : Madame Wang manage 6000 employés et elle ne touche aucun salaire.

C’est là que la machine représente un véritable danger pour les hommes.

dimanche 15 février 2026

Restons polis – Chronique du 16 février

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin (ici) :

Mike Waltz, l’ambassadeur des États-Unis, défendait la vision de l’ONU de Donald Trump lorsque Kaja Kallas (cheffe de la diplomatie européenne) a levé les yeux au ciel en soupirant. 

- Elle a publié sa réaction par cette série de photos (ci-dessous) qu’elle commente elle-même : Me trying to stay polite while an American explains Europe to Europeans

 



Devant cette charmante réaction toute diplomatique je constate que le langage de la diplomatie vient tout à coup de s’enrichir : il enregistre à présent les expressions, mimiques, grimaces etc. qui s’introduisent dans le discours sans jamais laisser de traces verbales.

- Autant dire que l’échange diplomatique doit à présent tenir compte de l’image enregistrée et diffusée simultanément.

Il y a un inconvénient toutefois : celui de ne pas pouvoir maitriser totalement les émotions qui se dessinent sur le visage : n’y aurait-il pas quelque chose qu’on voudrait dissimuler ?

Moyennant quoi il faudrait venir négocier avec un masque blanc :

 

 

Drôle de progrès !

samedi 14 février 2026

L’amour : derrière la partenaire enfiévrée, la bobonne – Chronique du 15 février

Bonjour-bonjour

 

Une fois passée la saint-Valentin on se retourne et on se pose la question : « Pourquoi elle (lui) et pas un(e) autre ? » Car outre la promesse « d'amour-toujours » cet amour de Valentin est aussi promesse d’exclusivité.

Comment cela s’explique-t-il ? On connait l’explication donnée par Stendhal dans sa fameuse « cristallisation » : « Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections. »

Sauf que la description qui suit est plus une illustration qu’une véritable explication.

Pour aller plus loin il faut lire cette étude venue du Japon. « En 2025, des chercheurs de Kyoto étudient le cerveau amoureux de 47 hommes en couple réagissant à leur partenaire, une amie et un ami.

Les résultats montrent un noyau accumbens spécifique au partenaire en début de relation, dont la représentation se rapproche progressivement de celle d’un lien amical. »

« Noyaux acumbens ? C’est quoi ? » 

 

 

 

Voir ici


« Au sein du cerveau, le noyau accumbens participe au "circuit de la récompense", ce qui veut dire qu'il est activé lorsque le sujet attend une récompense. Dans ce cas, il reçoit des signaux dopaminergiques activateurs (la sérotonine est plutôt inhibitrice). » Dans le cas de l’amour, « une région cérébrale liée à la récompense appelée le noyau accumbens montrait des modèles d'activité clairement différenciés pour un partenaire par rapport à un ami de sexe opposé. » Bref, l’être aimé a la faculté par sa simple représentation de mettre le cerveau en attente de récompense spécifique. 

Mais la recherche japonaise va plus loin : l’amour de Saint-Valentin s’étiole et il n’est pas sûr que la prochaine soit célébrée avec le (la) même partenaire. Comment expliquer cela ? 

- Là encore la physiologie du cerveau joue son rôle : « Dans les relations plus longues, cette distinction neuronale est devenue moins prononcée. Ce changement peut refléter un passage de l'amour passionné caractéristique des relations en début de parcours vers une forme d'amour plus stable et compagnon qui partage des caractéristiques avec une amitié profonde".

Ainsi donc : lorsque l’amour décline tout n’est pas fini : derrière le (la) partenaire enfiévrant(e) le couple se profile : « Plus la relation durait, moins le noyau accumbens distinguait le partenaire de l'amie. Ce lien persistait après prise en compte des scores d'intimité, de passion et d'engagement. » Désespérant ? Pas du tout – du moins pour les japonais : « Pour les chercheurs, il s'agit d'un basculement biologique, non d'une perte de sentiment. »

 

On devine la question : est-il possible de réactiver l’action du noyau accumbens ? Car on voudrait que les amoureux des contes de fées ne soient pas obligés de mourir comme Roméo et Juliette pour éviter de former une famille faisant des enfants chaque année.

- Mais là, la science nous lâche. Plus d’études de stimulation, tout juste une observation : la musique stimule la production de dopamine. Comme si pour conserver la spécificité de la passion il suffisait de faire apparaitre le(la) bien-aimé(e) sur un fond de marche nuptiale.

…Après tout, on pourrait essayer ?

vendredi 13 février 2026

La culture du renoncement – Chronique du 14 février

Bonjour-bonjour

 

Entendu hier sur un plateau télé, un responsable de la sécurité qui, parlant des chutes de neige, employait le terme « culture » alternativement à propos de la culture du risque, puis de la culture du renoncement. Sachant que le mot cultureainsi employé désigne « Ensemble des pratiques, connaissances, traditions et normes d’un domaine ou d’une communauté donnée. » on comprend que la « culture du risque » consiste à savoir prendre des risques tout en sachant se conformer à des normes usuelles, lesquelles conduisent à la culture du renoncement.

Ainsi l’un limite l’autre : en ski on est libre de prendre des risques, mais on doit rester responsable des accidents qui mettent en danger notre vie et celle des autres. A quoi répond l’attitude du renoncement.

- Toutefois, la « culture du renoncement » met en jeu également une attitude morale : celle de l’abandon du projet. C’est « l’action de se priver de toute satisfaction personnelle ou égoïste, de s'oublier soi-même. »  Les risques encourus par l’individu doivent ainsi définis selon les risques encourus par la société toute entière. (Voir ici)

Soit. Mais c’est aussi une notion de renoncement aux désirs de l’individu, comme de partir ski aux pieds pour faire sa trace dans un champ de neige immaculé. Renoncer suppose un désir qui recule selon l’évaluation du risque dans des circonstances particulières – mais ce désir est soutenu par l’habitude instillée de partout dans la société de consommation, qui nous dit « Il suffit de désirer pour acheter ».

Car voilà le mystère : renoncer ne s’oppose pas à désirer mais à consommer. Si vous venez d’arriver dans la station où vous avez loué une semaine de ski, vous n’êtes pas là pour ronger votre frein en station, mais pour dévaler les pentes. C’est ça qu’on vous a appris, en même temps qu’on vous agitait la carotte du travail sans autres limites que celles des forces mobilisables pour … acheter de quoi consommer.

Oui, vous avez acheté de la neige skiable éventuellement artificielle, mais surement pas des champs de neige capables traitreusement de vous ensevelir.

« Sachez renoncer ! » - qui donc, à part les écolos « punitifs » vous diraient cela aujourd’hui ?

jeudi 12 février 2026

Gisèle Pelicot : « On n’a qu’une vie » - Chronique du 13 février

Bonjour-bonjour

 

Gisèle Pelicot publie un récit de sa vie semble-t-il axé (car je ne l’ai pas encore lu) sur un grand mystère : comme être heureux quand on a subi une humiliation qui écrase une vie de souillures qui semblent ineffaçables ? Comment ce passé terrible ne déborde-t-il pas sur le présent et aussi sur l’avenir ? Comment être encore joyeu(se) ?

 

Crédit : Joel Saget/AFP


Selon le récit rapporté par ce livre, le crime d’abus sexuel peut entrainer deux réactions opposées : 

* l’une, celle de Caroline sa fille, qui « envoie valser les assiettes. » Selon ce résumé, « Elle s'attaque ensuite aux photos, "elle déchirait tout". Ses frères ne l'arrêtent pas. Les trois enfants enchaînent les allers-retours à la déchetterie (…) "Leurs souvenirs étaient devenus des mensonges", écrit Gisèle Pelicot.

* Gisèle Pelicot, quant à elle, « tente coûte que coûte de se cramponner aux bons moments de ces cinquante ans passés ensemble. "Si j'efface tout, je suis morte et depuis longtemps", car "la vie ne se rejoue pas" »

Concluant ainsi : "J'avais besoin de ce qui avait été. Mes enfants ne le pouvaient pas. Impossible de distinguer leur père de l'empoisonneur et du violeur", explique-t-elle dans ses mémoires. "T'as eu une vie de merde", me disait Caroline. Non ce n'était pas vrai."

 

- Voilà : il faut avouer qu’on ne comprend pas tout de suite : le bonheur vécu peut-il être détruit pas un malheur révélé ? Pas s’il est vrai que le bonheur constitue une preuve d’existence : cet homme n’a pas toujours été l’abominable criminel qu’il est aujourd’hui puisque j’ai été heureuse avec lui. Au lieu de réviser son passé, Gisèle Pélicot le considère comme un acquis qui illumine jusqu’au présent.

Et si on ne comprend pas, c’est que nous considérons cela comme une « attitude ». Non, le bonheur n’est pas une attitude, mais un état. 

De plus, s’il est vrai qu’on n’a qu’une vie comme il est dit plus haut, ça ne signifie pas forcément que le présent révèle le sens du passé, car il est possible en effet que le passé soit si solidement arrimé au présent que celui-ci n’ait de sens que dans sa continuité.

Voyez comme nous sommes : cela nous le savons bien, mais nous ne croyons ça possible que dans le cas d’une brisure due à un traumatisme. Pourquoi pas l’inverse, avec le bonheur ?

mercredi 11 février 2026

Salon de l’agriculture sans les vaches – Chronique du 12 février

Bonjour-bonjour

 

C’est désormais acté : le Salon de l’Agriculture s’ouvrira sans bovins, tenus à l’écart pour cause de l‘épizootie de dermatose nodulaire.


 

Au Salon de l’agriculture


Occasion de remarquer combien les bovins, en particulier les vaches attirent la sympathie du public. Comme si le large mufle de l’animal dominé de ses gros yeux pensifs avait quelque chose d’humain qui provoquait une relation sécurisée. Les enfants eux-mêmes étaient attirés par « la vache Meuh-Meuh », tandis que les politiques savaient qu’il fallait, comme le disait Jacques Chirac, « tâter le cul des vaches » pour être populaire.

Les animaux de la ferme sont assez largement liés à des symboles dont le plus fréquent est le caractère repoussant du cochon. Georges Orwell en a tiré parti dans son roman dystopique « La ferme des animaux ». Autant dire qu’on va visiter le Salon de l’Agriculture non pas pour son côté rural, mais bien pour faire un tour du côté de nos voisins : ce défilé de caractères pris à travers les animaux parait sans doute plus acceptable que la dénomination brutale de nos « semblables ». C’est d’ailleurs l’occasion de relever combien ce terme de « semblable » est équivoque. Qui donc est semblable à nous, tout en n’étant pas nous ?

mardi 10 février 2026

Le Zin-zin de France-Inter – Chronique du 11 février

Bonjour-bonjour

 

La blague de Guillaume Meurice sur Benjamin Netanyahu va finalement être rejugée.

Petit rappel : Limogé par Radio France en 2024 pour avoir qualifié à deux reprises le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu de « nazi sans prépuce », Guillaume Meurice conteste la légalité de son licenciement et réclame quelque 400 000 euros de dommages et intérêts à Radio France.

L’origine de l’affaire remonte au début novembre 2023, quand Guillaume Meurice a suggéré dans un sketch sur Halloween un « déguisement » de Benjamin Netanyahu, « sorte de nazi mais sans prépuce ». (Lu ici)

 

C’est peut-être aujourd’hui, alors qu’aux Etats-Unis l’accusation de « nazi » s’abat sur les membres du service d’ordre « ICE », qu’il faut revenir sur cet évènement. Car traiter quelqu’un de nazi n’a rien de délictueux ; par contre le faire à titre de « blague » pour faire rire, voilà qui mérite licenciement.

On a donc une double contrainte : 

*d’abord celle de la loi : quiconque se sent outragé par des propos tenus à son égard peut porter plainte pour offense ; 

* et puis par ailleurs on est dans le cadre d’un rire sur commande – un rire vendu au détail à tant la minute et qui donc doit respecter les termes d’un contrat aux termes duquel le commanditaire à le pouvoir d’acheter ou non la chronique en question.

Puisque l’affaire se juge devant les prudhommes on comprend qu’on est dans le second cas. 

Voilà donc une affaire bien banale et si elle n’impliquait pas le 1er ministre israélien on n’aurait même pas à en parler.

Résumons-nous : la faute pour laquelle l’humoriste est licencié relève de la faute professionnelle – sauf qu’il s’agit d’un comique pour lequel la liberté de parole est la condition sine qua non de son art.

Aurait-on oublié que les bouffons du Roi jouissaient déjà de cette liberté refusée à tous les courtisans ?

 

Maître du portrait de Angerer, Un fou, vers 1519-1520.

 

…. Reste qu’ils étaient protégés par leur statut de « fou du roi ». Guillaume Meurice aurait-il dû fournir un certificat de dérangement mental ?

lundi 9 février 2026

Saint-Valentin : offrez un sextoy – Chronique du 10 février

Bonjour-bonjour

 

La Saint-Valentin n’est plus ce qu’elle était. C’est ce que montre cette étude menée à Paris et publiée aujourd’hui : « À l’approche du 14 février, une étude exclusive révèle un basculement discret mais profond des imaginaires amoureux. Moins de chandelles, plus de liberté. Moins de symboles figés, davantage d’exploration intime. »

« Exploration intime… » Quésaco ? Lisons : « 55,7 % des Parisiens de 25-34 ans possèdent au moins un sextoy, contre 21,4 % chez les plus de 55 ans. Pourtant, tous âges confondus, Paris demeure plus réservée qu’on ne l’imagine : seulement 41,5 % des Parisiens déclarent posséder un sextoy. » 

Bien. Jusqu’ici, rien de surprenant : le tabou placé sur le désir et les pratiques sexuelles est allé voir ailleurs, et donc nous voilà dans un monde où la pornographie est « open-bar ». Mais alors qu’est-ce que cela a donc à voir avec la Saint-Valentin ? Car ne l’oublions pas, cette fête des amoureux célèbre plutôt la tendresse et l’extase des regards que les soubresauts de l’orgasme.


 

Dessin de Peynet


« Cette fracture générationnelle dit beaucoup d’un changement de rapport à l’intimité. Chez les Millennials (= Personne devenue adulte aux environs de l'an 2000), le romantisme ne se limite plus à la démonstration affective : il inclut l’audace, le dialogue autour des désirs et l’exploration consentie. La Saint-Valentin devient alors moins une célébration figée qu’un moment de reconnexion à soi et à l’autre. »

Dont acte. Nous voudrions néanmoins comprendre comment cette « reconnexion » s’effectue à la fois sur le plan du « romantisme » et sur celui de « l’érotisme ». Car c’est là que ça coince : jusqu’ici ces deux plans étaient conçus comme attachés à deux ambiances différentes, l’une du sentiment, l’autre de la passion charnelle ; et l’un pouvait succéder à l’autre mais jamais venir en même temps, au point que le garçon qui se serait risqué à dire lors d’une première rencontre à une jeune fille : « Je sens qu’on est fait l’un pour l’autre, mais permets une vérification : quelle est la marque de ton sextoy préféré ? »

Oui, voilà ce qui devrait être la réponse à notre étonnement : nous assistons à une normalisation des discussions autour de l’intimité, du plaisir et des fantasmes. Les mouvements féministes ont replacé le plaisir féminin au centre des débats. Certains y voient l’effet de la culture contemporaine qui fait soin de soi un sujet légitime. Car c’est aussi quelque chose de très nouveau : le plaisir sexuel est devenu un plaisir comme un autre, par exemple le plaisir gastronomique ou l’ivresse d’une attraction de fête foraine.