mercredi 20 octobre 2021

Premiers de cordée – Chronique du 21 octobre

Bonjour-bonjour

 

Dans un récent article le journal Libération revient sur cette constante de la France : les inégalités en matière d’études y sont toujours plus fortes qu’ailleurs.

- Classement Pisa de 2018 : les élèves de familles défavorisées ont cinq fois plus de risques d’être en difficulté à l’école que ceux venant de milieu aisé.

-  l’Observatoire des inégalités montre en 2019 que les enfants d’ouvriers ne représentent que 12 % des effectifs à l’université et 7 % dans les classes préparatoires.

- l’Institut des politiques publiques (IPP) enfonce le clou en 2021 en montrant que dans les grandes écoles les élèves issus de milieux défavorisés représentent 36 % de la population mais moins de 10 % de leurs étudiants. (Lire l’article cité)

 

Quant à moi lorsque je suis entré à l’Université, en 1962, notre professeur de sociologie (il s’appelait Raymond Aron), nous expliquait déjà que les fils et filles d’ouvriers représentaient moins de 20% des étudiants (et c’est pire aujourd’hui). On dit que l’ascenseur social est en panne – et si c’était simplement qu’il soit beaucoup trop petit ? Est-ce que les classes défavorisées pourrait en faire profiter d’avantage leurs enfants s’il était aussi grand qu’un monte-charge d’usine ? 

On rétorque qu’il est à la taille du nombre de candidats qui se pressent devant sa porte. Pour mémoire, certaines agrégations ne parviennent pas à attribuer les postes offerts car les candidats sont de qualité insuffisante. Ces jurys ont été critiquées pour excès d’élitisme, et c’est je crois justifié. 

Qu’on me permette à ce propos une anecdote. Dans l’établissement où j’enseignais alors, une filière s’est trouvée déficitaire : elle ne comptait qu’une classe et celle-ci n’avait qu’une douzaine d’élèves. Au moment de décider du passage en terminale, il fut clair qu’ou bien faisait redoubler les canards boiteux - et alors on fermait la section. Ou bien on faisait passer tout le monde, même ceux qui, au vu de leurs médiocres résultat, auraient dû redoubler – et alors on sauvait la section – et les postes de profs correspondants. Ce fut cette solution qui fut retenue, et on attendait les résultats du bac en courbant l’échine. On l’a déjà deviné : tout le monde fut reçu, même ceux qui étaient désignés pour redoubler. 

Cette édifiante anecdote suggère que nos piètres résultats dans le domaine de la lutte contre les inégalités relèvent peut-être d’un élitisme exagéré de la part des enseignants – non pas que les élèves issus de classes défavorisées ne méritent pas une aide spécifique ; mais bien qu’on la leur refuse considérant que la compétition sociale devait s’apprendre déjà sur les bancs de l’école.

Lorsque je fus en charge d’élèves de sections technologiques qui étaient fort embarrassés par les exigences de la dissertation philosophique, je proposai d’introduire dans le programme des heures destinées à travailler spécifiquement l’écrit. La plupart de mes collègues m’ont regardé avec commisération parce que selon eux j’ignorais que cette compétition devait être conservée : le désir d’égaler les meilleurs suffisant à stimuler les autres. On m’a parlé alors d’émulation républicaine.

Les premiers de cordée n’étaient pas loin.

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