vendredi 7 janvier 2022

Ne regardez pas ailleurs – Chronique du 8 janvier

Bonjour-bonjour


Le film catastrophe "Don't Look up" ne réveille pas que la colère contre l'inaction sur le climat, car il est aussi une source de motivation et d’engagement pour faire bouger les choses.

 

 

Vu ici

« Ce film, sorti le 24 décembre sur Netflix, est devenu le symbole du déni ou de l'inertie du pouvoir politique face au dérèglement climatique, mais aussi de l'éco-anxiété d'une génération. Selon Valérie Masson-Delmotte actuelle co-présidente du groupe d’experts intergouvernemental du Giec sur l’évolution du climat, “le film montre le décalage entre le mode de fonctionnement des scientifiques et celui du monde des médias et du pouvoir politique” peut-on lire ici.

 

- Dis-moi ce qui peut t’émouvoir et je te dirai qui tu es. C’est vrai pour nous autres les petites gens ; mais c’est vrai également pour les peuples – voire même pour l’humanité ? Peut-être – en tout cas voilà de quoi notre époque est faite : tant que ce sont les scientifiques, les chercheurs, les enquêteurs qui nous parlent, nous n’écoutons pas. Par contre quand il s’agit de l’image sous toutes ses formes, alors là : oui, ça nous parle.

Est-ce une nouveauté ? En 1784 la pièce de Beaumarchais Le mariage de Figaro est enfin monté au théâtre après quatre années de lutte contre la censure du pouvoir royal : elle fait un triomphe et contribue à fragiliser l’ancien régime. N’est-ce pas la même chose aujourd’hui, alors que ce film (diffusé sur plateforme Netflix) mobilise l’intérêt de millions de spectateurs dans le monde ? Mais alors, comme le public de 1784 nous n’aurions pas d’autres ressorts pour nous émouvoir que ceux du « divertissement » (= entertainment) ?

Les émotions restent sans doute le plus puissant levier pour mobiliser les masses – bien plus puissant que l’intellect et la raison. Le pouvoir sait bien que pour désamorcer les colères dangereuses il suffit mobiliser ces affects collectifs avec d’autres sujets afin de les faire s’écouler par d’autres canaux. Amusez-vous ! telle est la recommandation des autorités. Seulement cette censure est impuissante : quand un film enrôle Leonardo Di Caprio, Cate Blanchett, Jennifer Lawrence ou encore Meryl Streep, les autorités avec leurs amuseurs patentés n’ont pas le calibre suffisant pour nous obliger à « regarder ailleurs »

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