dimanche 17 septembre 2023

Catherine Breillat et la censure – Chronique du 18 septembre

Bonjour-bonjour

 

Je vais faire ce que je devrais éviter : parler d’un film sans l’avoir vu – raison pour laquelle je m'en tiendrai à la façon dont ce film a été reçu par la critique .

Il s’agit du dernier film de Catherine Breillat « L’été dernier » dont les programmes préviennent « qu’il présente une emprise amoureuse dans le cadre familial entre deux protagonistes d’âge différents qui peut troubler un jeune public » C’est une femme qui tombe amoureuse du fils de son compagnon, né d’une précédente union, qui est saisie d’une passion réciproque et dont Catherine Breillat filme les ébats charnels (mais pas seulement)

Réalisant la synthèse de Phèdre et du Blé en herbe, ce film a tout pour faire scandale… le quel n’est pourtant pas au rendez-vous. Il est vrai que l’amour incestueux (ou du moins impliquant une emprise comme le dit l’Avertissement cité dans les programmes) entre une femme d’âge mûr et un jeune homme de 17 ans peut sous certaines réserves évoquer l’histoire racontée par Camille Kouchner dans la Familia grande. On parle aussi de la différence d’âge : on suppose qu’elle a 20 ans de plus que lui – et qu’elle pourrait être sa mère biologique.

 

- Cette double transgression remue-t-elle les foules ? On se rappelle peut-être le scandale provoqué en 1920, par le Blé en herbe qui évoque avec des mots aujourd’hui ridicules d’imprécision l’union charnelle de deux adolescents (lire ici). Pour le film, mis à part des reproches concernant la manière jugée pompeuse dont ont été filmés les rapports charnels, c’est surtout sa « vigueur amorale » qui – au lieu de faire scandale – a charmé la critique. (1)

 

- Mais surtout Catherine Breillat a voulu faire avec ce film une histoire d’amour – et même de premier amour (son jeune héros est follement épris de sa belle-mère, ce qui rend complètement inapproprié tout rapprochement avec la Phèdre de Racine). Or une histoire d’amour tragique ne fait pas scandale, et c’est avec une gourmandise déçue que les médias spécialisés ont tenté d’allumer cette mèche.  

 

- Mais qu’on ne s’y trompe pas : cette attente n’était pas une fantaisie ; notre époque serait bien propice à de tels emballements, et le mouvement *metoo serait bien là pour souffler sur les braises. Dans l’interview de Télérama, Catherine Breillat s’emporte contre ces abus d’outrages à la personne féminine. L’histoire du baiser forcé (2) a depuis lors confirmé ses reproches à un certain féminisme.

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(1) Certains ont été sensibles au « charme transgressif » de ce film (Voir ici)

(2) Même si c’est avec cynisme que Luis Rubiale prétend que son baiser sur Jennier Hermoso était un acte réciproque (lire ici), sa condamnation unanime et sans limites ne repose pas sur une justice équitable. 

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