lundi 11 décembre 2023

Quand l'intégrisme assassin s'ajoute à la bêtise – Chronique du 12 décembre

Bonjour-bonjour

 

Voici ce qu’on lit dans la presse de ce matin : « Une œuvre du XVIIe siècle, « Diane et Actéon », a fait déborder le vase de la colère enseignante au collège Jacques-Cartier d’Issou, dans les Yvelines. Et révélé combien certains sujets sont devenus sensibles à l’école. Un professeur de français ayant présenté ce tableau en classe, des élèves musulmans ont refusé de le regarder puis des protestations de parents ont mis en cause non seulement la présentation de femmes nues à des élèves de 6ème, mais encore une accusation mensongère de racisme. » 

 

Voici le tableau mis en cause :

 


Diane et Actéon de Giuseppe Cesari, dit Le Cavalier d'Arpino 1600 / 1625

 

On y voit l’illustration du mythe grec selon le quel Actéon, un jeune chasseur, surprit Diane à son bain violant ainsi l’interdit de la voir nue. Pour se venger, elle transforma Actéon en cerf immédiatement dévoré par sa meute de chiens.

Vous trouverez ici une étude documentée et historique des diverses interprétations de ce mythe au cours des âges, mais à notre époque, à part une interprétation de Diane comme femme castratrice, rien de nouveau n’était apparu.

Jusqu’à aujourd’hui ou ce tableau est jugé pornographique et indigne d’être montré à nos enfants.

D’où l’étonnement des enseignants : si ce tableau, œuvre classique, exposée au musée du Louvre (excusez du peu !) est devenu une simple image reçue comme œuvre documentaire montrant à des enfants innocents l’anatomie des femmes, alors il va falloir cacher la Vénus de Milo ou autres statues d’Aphrodite (1). Et puis s’interroger sur la perception des œuvres venues de notre culture, mais éloignées de nous par le passé historique qui se révèle à cette occasion est formateur pour la compréhension de ce passé. (2)

- Au-delà de cet étonnement, il faut s’alarmer de la censure exercée par des personnes qui se réclament de leur appartenance religieuse pour prohiber notre culture humaniste.

Car voilà l’affaire : autant on peut s’émouvoir de présenter des œuvres telles que « l’origine du monde » de Courbet destinée à violer un tabou social, autant ces femmes dénudées sont une illustration du moment où Actéon surgit entrainant le repli effarouché de la déesse. D’ailleurs, sans savoir dans quel but ce tableau a été montré on peut penser qu’il a été au moins choisi comme illustration.

Cette censure est insupportable. Mais il y a pire dans cette affaire : elle reprend hélas le schéma de l’affaire qui a abouti à l’assassinat de Samuel Paty, raison pour laquelle les profs de ce collège ont exercé leur droit de retrait et que le Ministre de l’éducation nationale a fait un déplacement immédiat sur place.

Car à la bêtise s’ajoute l’intégrisme assassin.

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(1) N'oublions pas Corne d'aurochs qui, dans la chanson de Brassens, "... sur les femmes nues des musées, au gué, au gué / Faisait le brouillon de ses baisers, au gué, au gué" Mais ça, c'est de la poésie...

(2)Les représentations de nu féminin venues du moyen-âge sont caractérisée par le fait que la poitrine est strictement similaire à celle des hommes à ce détail près que les seins qui semblent venus d’ailleurs sont plaqués sur les pectoraux. Les enfants gavés d’images pornographiques savent bien que ce n’est pas réaliste

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