Allez… La bonne année quand même !...
Le Point du jour, plein de bonnes nouvelles … ou pas. Avec les fakenews les plus douteuses et le désenfumage du philosophe.
Bonjour-bonjour
Un marronnier (1) incontournable : les bilans de fin d’année.
Occasion de s’interroger sur cette notion de bilan : sont-ils pertinents ? Comment les faire ? Et puis quand faut-il en faire ?
- Le bilan est défini comme l’inventaire de la situation financière, établi à un moment donné et dressant un état de l'actif et du passif – (CNRTL)
On considère que la durée d’un an est juste adaptée à la possibilité de faire un inventaire.
Il n’est pas pour autant toujours pertinent d’en faire que ce soit fin décembre ou ailleurs.
- Pour qu’un bilan soit pertinent, il faut qu’il prenne en considération une réalisation entière, avec un début et une fin. Pas sûr que l’année écoulée soit la bonne période et la bonne durée pour cela. Non seulement il faut que cette réalisation soit calée entre le 1er janvier et le 31 décembre ; mais il faut aussi que ce « quelque chose » y figure en entier avec son début et sa fin. Sinon on introduit une interprétation illusoire, comme de croire qu’une réalisation soit achevée justement parce qu'on arrive au 31 décembre.
- Enfin – et surtout – faut-il faire des bilans ? Faire un bilan, cela consiste à dire : « Ma vie, c’est comme un collier de perles. Chaque année une perle de plus : le bilan consiste à savoir si elle est grosse ou petite ; si sa brillance est remarquable ou non. »
Est-ce vrai ? Mes actions sont-elles porteuses d’une réalité qui va s’inscrire dans le grand livre du passé ? Ne sont-elles pas plutôt de la poussière qui se disperse à peine expulsée ? Et puis, à supposer que cela existe, est-ce important de s’y intéresser ?
Par exemple, ces textes que je livre au Net chaque jour : est-ce intéressant de les évaluer ? Ne faut-il pas plutôt se tourner vers ceux qui n’existent pas encore et qui frappent à la porte qui ouvre sur le futur ?
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(1) "Marronnier" – En journalisme, un marronnier est un court article qui évoque un sujet qui revient chaque année, ou presque : la rentrée scolaire, les courses de rentrée, Paris bloqué par la neige...Henriette Walter explique : "La légende raconte que c'était un arbre qui était planté dans les Tuileries, et qui, tous les ans, fleurissait exactement au premier jour du printemps. Et chaque année on en parlait. Et c'est devenu le marronnier : un sujet léger dont on reparle chaque année... (Lu ici)
Bonjour-bonjour
Le décès de Brigitte Bardot a été l’occasion d’extraire de sa filmographie cette séquence devenue « culte » (avec jeu de mot) du dialogue Bardot-Piccoli qui ouvre le film Le mépris de Jean-Luc Godard.
On y voit l’actrice entièrement nue dialoguer avec son amant :
« - Tu vois mes pieds dans la glace ? .....Oui
- Tu les trouves jolis ? - Oui, très !
- Et mes chevilles, tu les aimes ? - Oui .....
- Tu les aimes mes genoux aussi ?
- Oui, j’aime beaucoup tes genoux
- Et mes cuisses ? - Aussi !
- Tu vois mon derrière dans la glace ? - Oui
- Tu les trouves jolies mes fesses ? - Oui, très ! -
- Je me mets à genoux ? - Non, ça va ..
- Et mes seins tu les aimes ? - Oui, énormément !
- Doucement, pas si fort ! - Pardon ! -
- Qu’est-ce que tu préfères mes seins ou la pointe de mes seins - Je sais pas ; c’est pareil
- Et mes épaules tu les aimes ? - Oui - Je trouve qu’elles sont pas assez rondes - Et mes bras ? Et mon visage ? - Aussi !
- Tout ? Ma bouche, mes yeux, mon nez, mes oreilles ? - Oui, tout !
- Donc tu m’aimes totalement
- Oui, je t’aime totalement, tendrement, tragiquement
- Moi aussi Paul ! »
- Lors de la sortie du film cette séquence nous intéressait beaucoup. Non seulement par l’ironie de Godard qui, contraint par le producteur de tourner une séquence où Bardot serait dénudée, a fait « ça » (du genre : « Vous la voulez à poil ? Eh bien vous aurez ça : dém**dez-vous pour interpréter ! »). Mais aussi parce qu’à l’époque nous étions férus de psychanalyse lacanienne qui développait la théorie du corps morcelé.
Selon cette théorie, « le corps est comparable à un « amas de pièces détachées – le phallus en étant l’exemple le plus éminent : derrière le corps objectivé, existe originellement le corps subjectivé, dont le morcellement par la jouissance est pour chacun toujours singulier. » (Lire ici)
Ainsi le corps dans son entièreté est second par rapport au corps érotisé fait de fragments réunis par le désir. Bardot a raison de chercher le détail du désir de son amant, car ce qu’elle est n’est que la somme de ces jouissances espérées.
Rappelons-nous cette délicieuse répartie de Chloé dans l’écume des jours de Boris Vian : « Je t’ai déjà dit que je t’aimais bien, en gros et en détail. – Alors, détaille, murmura Chloé, en se laissant aller dans les bras de Colin, câline comme couleuvre. »
Bonjour-bonjour
Après l’hommage national rendu à Johnny Halliday et à Jean-Paul Belmondo (hommage refusé par Alain Delon pour lui-même) il semblerait normal de voir la même cérémonie organisée pour Brigitte Bardot. N’a-telle pas incarné la femme française séductrice et libre à travers le monde ? N’a-t-elle pas consacré sa vie à la défense des animaux à une époque où cette lutte paraissait ridicule – alors qu’elle est devenue aujourd’hui un enjeu sociétal ?
- Seulement voilà : avec ses prises de positions politiques qui l’ont rapprochée de Jean-Marie Le Pen, ses condamnations pour incitation à la haine raciale, Bardot est devenue un marqueur politique d’extrême droite. Seule Marine Le Pen réclame aujourd’hui qu’un tel hommage lui soit rendu « pour son patriotisme ».
Bref, alors qu’à gauche règne un silence glacial, à la droite extrème on se bouscule au portillon. Et c’est comme cela que l’Hommage national risque bien d’être refusé à celle que le Brésil chantait en 1960 : « Brigitte Bardot-Bardot »
- Pourtant on le rappelle : en 1981, un institut de sondage interroge : « Quelles sont les femmes qui ont fait le plus pour l'image de la France ?» Simone Veil qui a défendu en 1976 la loi pour la légalisation de l'avortement et dont on connaît le passé glorieux obtient 55% des suffrages. Brigitte Bardot la talonne à 40%. (Article lu ici)
- Que faire ? Je propose qu’on ressorte les arguments utilisés pour Polanski boycotté pour agression sexuelle : distinguons la femme du personnage. Si Brigitte Bardot est une citoyenne avec laquelle je suis en profond désaccord, je dirai que, néanmoins, je considère que la Star n’a pas été contaminée par ses engagements politiques.
Pas vous ?
Bonjour-bonjour
Musardant parmi les « info-du-jour » sur Internet, je sens une lassitude m’envahir. Alors qu’hier tout était beau, tout résonnait des clochettes du traineau du Père Noël, voilà qu’on ne trouve aujourd’hui rien que des études sur la dépression de ceux qui se sentent injustement délaissés. Telle cette étude sur le sentiment d’indésirabilité révélant qu’il progresse dans l’ensemble de la population, "nourri par des facteurs sociaux, relationnels et numériques."
C’est alors qu’on repense au succès phénoménal qui a récemment accueilli une pub Intermarché mettant en scène un loup qui, privé d’affection parce que carnivore, chante « Mal aimé, je suis le mal aimé » avant de se mettre au végétarisme pour mériter l’affection des « animaux-gentils-de-la-forêt »
En haut : le méchant loup ; en bas le gentil loup qui mitonne une tarte aux champignons pour ses amis
L’impact émotionnel unanime montre que beaucoup de personnes se sont reconnues dans le désespoir de ce loup, qu’elles sont elles aussi touchées par ce sentiment d’indésirabilité, dont les cadeaux de Noël n’ont pas suffi à combler le vide affectif.
Notre rapport va encore plus loin – c’est l’amour qui disparait : « Le rapport State of UK Men, met en lumière un chiffre frappant : 36 % des hommes de 18 à 24 ans affirment ne pas croire que quelqu’un puisse tomber amoureux d’eux. Les auteurs parlent d’une "érosion de l’espoir relationnel". »
- Mais justement, voilà que les mêmes info-du-jour réagissent avec cette annonce : « Si vous cherchez le cadeau charnel parfait pour épicer vos fêtes de fin d’année, le pack LELO Amour est celui à ajouter dans votre panier de toute urgence.
LELO présente ce coffret unique, au prix de 229 euros au lieu de 351,80 euros.
Dans le pack LELO Amour, vous trouverez l’incontournable vibromasseur Soraya 2, une bougie de massage parfumée, une écharpe et un rouge à lèvres LELO™ Stylo. »
La vraie fête, ce n’est pas Noël ; c’est la Saint-Valentin
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N.B. Puisqu'on parle du Loup végétarien, méfiez-vous : en période électorale nombre de loups promettent de devenir végétariens s'ils sont élus.
Bonjour-bonjour
Une actrice belge au demeurant fort sympathique a choisi de vivre à Paris où elle est considérée de façon très chaleureuse : « Autrefois il y avait un héritage coluchien sur les cousins (belges) débiles. Mais, aujourd’hui nous sommes passés à un autre extrême : si tu es belge, tu es forcément sympa ». – Il s’agit de Virginie Efira (lu ici)
Ne pourrions-nous pas, en cas de contrainte, faire le même voyage, mais en sens inverse : de France en Belgique ? Car à l’heure où l’extrême droite est aux portes du pouvoir, cette question est au premier plan : en cas de prise du pouvoir par les partis d’extrême droite, à quel pays pourrions-nous demander l’asile politique ?
On peut songer aux pays francophones ; nous aurions le choix entre deux pays à nos frontières : la Suisse et la Belgique. L’hésitation est permise – toutefois ils possèdent tous les deux des partis nationalistes qui risquent de ne pas très bien accueillir des français qui fuient leur pays. Les nationalistes sont des gens très désagréables avec les étrangers, et on sait qu’il en va de même chez nous avec des français pourtant modérés dans leurs opinions.
D’ailleurs ce problème du refuge en pays étranger a depuis longtemps été pris en compte, en particulier par Voltaire dont le refuge fut le village Ferney-Voltaire situé juste à la frontière suisse. Voltaire n’a pas voulu quitter la France, mais se mettre en position chercher refuge à l’étranger en quelques minutes.
Statue de Voltaire à Ferney. On remarquera sur le piédestal la liste des bienfaits dont il combla le village
Et puis, on ne choisit pas toujours sa terre d’exil : pensons aux espagnols républicains qui certes n’ont pas eu le loisir de choisir la France, lorsqu’ils sont entrés massivement dans le sud du pays en fuyant les franquistes.
Et enfin, ai-je raison d’évoquer ainsi une France devenue invivable ? Je n’en suis pas absolument certain, mais en observant comment les Etats-Unis sont transformés par les MAGA, on se dit que ça ne doit pas être facile à supporter.
Reste qu’on se souvient aussi de la formule de Danton : « On n'emporte pas la Patrie à la semelle de ses souliers. » pour expliquer qu’il préfère rester exposé au rapport rédigé contre lui par le Comité de Salut public
Bonjour-bonjour
Comment éviter les disputes durant le Réveillon ?
On sait qu’il existe des « sujets qui fâchent », et que l’alcool souvent pris comme facilitateur d’ambiance joue au contraire un rôle excitant :
Oui, le vin (ou tout autre alcool) en désinhibant les gens les excite tant plus. Mais on sait à présent qu’il y a encore un autre excitant à éviter ce soir-là : c’est le paracétamol.
Selon Baldwin Way, neuroscientifique reconnu, « Ceux qui prennent du paracétamol ressentent moins d'anxiété face à l'augmentation du risque ». L'émotion négative associée au danger potentiel s'estompe sous l'influence du médicament. L'acétaminophène (= autre nom du paracétamol) agit bien au-delà du simple soulagement physique. Cette molécule modifierait notre ressenti émotionnel, notre empathie et même nos capacités cognitives. (Lire ici)
Bigre… Notre cerveau serait donc si sensible qu’il réagirait là où on ne l’attend pas lorsque des substances chimiques sont mises en circulation dans le sang ? Et que, outre l’alcool dont les effets sont connus et en partie recherchés, n’importe quel autre aliment ingéré pourrait aussi faire office de modificateur d’humeur ?
… Et si je mange du foie gras et du saumon fumé, ça fait quoi ? Car ce n’est pas parce qu’on n’a pas fait d‘études sur le sujet qu’il n’y a pas quelque chose à découvrir.
Bonjour-bonjour
Laissant de côté les origines lointaines du Père Noël, je m’attacherai plutôt au « couple » que la tradition formait entre ce personnage et le Père Fouettard. Le rapport des adultes aux petits enfants est en effet bien ambigu dans ces légendes qui associent deux fonctions, parfois dans le même personnage, parfois dans deux différents : pour l’une il s’agit de récompenser les enfants obéissants d’un petit cadeau, pour l’autre de punir les rebelles, en les emportant dans un sac à la suite de quoi on ne le reverrait plus.
On devine que le jour du passage de ces personnages, les enfants ne pouvaient savoir s’il fallait se réjouir ou trembler d’effroi.
C’est cette ambivalence voulue par les adultes qui fait question aujourd’hui :
* D’une part l’évaluation du comportement des enfants leur échappe totalement : jusqu’au dernier moment ils ne peuvent deviner comment ils ont été jugés : innocents ou coupables, la décision ne dépend même pas de leurs efforts, un peu comme les croyants qui ne savent pas si Dieu les absous ou les condamne. Le Procès de Kafka pourrait bien trouver ses racines ici.
* D’autre part, la punition reste opaque : tout ce qu’on sait, c’est que les enfants désobéissants disparaissent dans le sac que l’un des personnages porte sur l’épaule – et la suite dépend de l’imagination : vont-ils finir dans le saloir du boucher ? Ou bien en enfer ? La seule certitude c’est qu’il n’y a pas de rémission.
Vous comprenez à présent pourquoi cette histoire est oubliée aujourd’hui : ça n’est pas « vendeur » : pas un sou à gagner avec une poupée du Père Fouettard.
« Dieu se rit des créatures qui déplorent des effets dont elles continuent de chérir les causes ». Ce constat, attribué à Bossuet (1), devait être présent à notre esprit en cette saison de fête où nous allons aimer tout ce qui nous va nous faire du mal. On songe facilement à l’abus d’alcool auquel nous sommes invités, oubliant que nos organes, estomac ou foie ne sont pas plus grands durant les fêtes que le reste du temps.
Mais n'oublions pas que Bossuet désigne aussi un travers des hommes beaucoup plus universel. Songeons à l’attrait qu’exercent sur le peuple les charlatans qui se flattent d’augmenter les services publics tout en baissant les impôts. Ou bien qui permettent de consommer en repoussant à plus tard le moment de payer. Pour généraliser on pourrait remonter jusqu’à la Genèse : lorsque le serpent offre l’omniscience il spécule sur la légèreté d’Adam et d’Eve qui oublient les conséquences de leur geste. N’est-ce pas là le sens du péché originel ?
Michel Ange - Chapelle sixtine
Bossuet va encore plus loin : alors même que la sanction est tombée, les pécheurs supplient pour qu’on les épargne, mais ils ne promettent nullement d’y renoncer.
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(1) Il s’agit en réalité de la paraphrase de cette citation : « Mais Dieu se rit des prières qu’on luy fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. » Jacques Bénigne Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, vol. I, livre IV, p. 149.
Devant la commission culturelle du Sénat Laurence des Cars a tenu à rassurer : au Louvre, la fenêtre par où les cambrioleurs sont passés va être de nouveau pourvue de grillage. En effet, depuis 2003, date à laquelle ce dispositif avait été retiré, on n’avait semble-t-il pas jugé nécessaire de s’en protéger de nouveau. Il est vrai que le directeur de département des objets d’arts, qui avait participé à cette rénovation, avait dit à l’automne 2021, que « la galerie d’Apollon était sécurisée avec les nouvelles vitrines ». (Art. cité ici)
- Occasion rappeler une petite expérience que chacun peut faire : aller chez Décathlon pour acheter un antivol de vélo. Dans ce magasin ces accessoires sont classés selon un indice temporel : chacun est défini par le temps nécessaire aux voleurs pour les faire sauter et s’emparer du vélo. Autrement dit, on n’achète pas la sécurité, mais une certaine durée de sécurité.
--> Appliqué à la galerie d’Appolon, un tel critère aurait mentionné : 7 minutes.
Ce constat est cruel et on pourrait s’en contenter. Mais il comporte aussi une certaine « philosophie de la sécurité » qui a semble-t-il fait défaut à la direction du Musée. Il s’agit en effet d’être conscient que la sécurité n’existe pas en soi, qu’elle n’est qu’un rapport entre des moyens de défense et ceux dont disposent les malfaiteurs. Quand les fameuses vitrines ont été mises en place en 2021, on les a crues inviolables. Mais comment le savait-on ? A-t-on cru que c’était dans l’essence de ces meubles que résidait leur inviolabilité ? Sans doute. Mais on l’a vu, la sécurité n’est qu’un rapport entre la solidité des vitrines et la puissance des outils des malfrats. On n’a pas cru nécessaire de tester un spécimen de ces vitrines en le confiant à un brioleur bien outillé.
Quelqu’un qui disposerait de ça :
Disqueuse à béton, disponible chez Amazon.
Bonjour-bonjour
Revenons un instant grâce à cet article sur le décalage entre les résultats du privé et ceux du public dans les établissements scolaires.
Observant les meilleurs performances réalisées par les élèves du privé, on estime habituellement que le recrutement est responsable de cet écart : le privé sélectionne ses élèves, alors que dans le public on ne laisse personne sur le trottoir.
Autrement dit, les établissements privés – qui accueillent un public en moyenne plus favorisé – obtiennent logiquement de meilleurs scores aux tests de niveau.
Toutefois, au fil de la scolarité, un autre constat apparaît. Du début à la fin du collège, les élèves scolarisés dans un établissement privé progressent plus que ceux du public, à milieu social comparable. Outre le niveau social dont les effets sont prévisibles, un autre élément favorise donc la progression des élèves – et en particulier de ceux qui étaient initialement les plus faibles. Et ça, l'enseignement public ne sait pas faire : d’où vient donc cet écart ?
Une réponse pourrait bien consister dans l’observation suivante : le libre recrutement des enseignants, qui permet de constituer dans les établissements privés des équipes pédagogiques plus cohérentes et plus stables que dans les établissements publics, potentiellement mieux alignées sur un projet éducatif commun, peut là aussi soutenir un niveau d'exigence plus élevé.
On imagine que dans chaque établissement, qu’il soit privé ou public des équipes enseignantes prennent en charge les élèves, chacun prof connaissant le comportement de ses élèves chez lui, mais aussi avec aussi les profs des autres disciplines – facilitant la compréhension et le suivi de leurs difficultés.
Mais quelle erreur ! On se trouve le plus souvent dans des établissements de début de carrière où les profs n’ont qu’une idée en tête : partir vers des établissements mieux lotis où la carte scolaire assure un enseignement plus paisible et plus efficace – laissant en plan des équipes auxquelles ils n’ont jamais vraiment participé parce qu’ils n’y ont jamais vraiment cru. Ajoutons que parvenus dans des établissements de bon niveau, le pli de l’individualisme est déjà pris : adieu projet pédagogique et équipes adaptées.
Mais ce n’est pas tout : je crois que les établissements privés offrent à leurs enseignants une meilleure « surface » pour accrocher un « esprit d’entreprise ». On est prof – par exemple – du Sacré cœur, établissement où on est élève de père en fils. Et puis, pour le montrer on porte fièrement l’uniforme du collège
Dans l’enseignement aussi il est bon d’être un peu corporate.
Bonjour-bonjour
La mode est aux dénonciations des effets délétères des écrans – de smartphone en particulier – dont sont victimes les enfants qui en font un usage abusif et précoce.
En vrac : « les études pointent une réduction de l’espérance de vie, un risque accru d’obésité, de diabète de type 2 et d'affections cardio-vasculaires. Mais aujourd’hui se pose la question des traces psychiques que ces usages peuvent laisser sur les enfants et les adolescents. Les études que l'on a montrent que l’utilisation des écrans est corrélée à des retards de la parole, du langage, à des troubles de l'interaction, à des difficultés et à des retards sur le plan psychomoteur. » (Lu ici)
Comme ce texte est sérieux, on ne dit pas que les écrans causent tout ceci, mais que leur utilisation est corrélée à certains de ces effets.
Expliquons : une corrélation est un rapport, une relation de dépendance entre deux choses, deux évènements, deux concepts dont l'un est lié à l'autre. On a affaire à des relations logiques et non à des lois explicatives, ce qui fait une sacré différence. Par exemple, voyez la corrélation entre le niveau de délinquance et le milieu social d'origine.
Par contre la causalité est la relation qui s'établit entre une cause et son effet : la cause est ce qui produit quelque chose, ce qui en est à l'origine. L'effet est ce qui est la conséquence – comme par exemple la santé et l’exercice physique.
Certains diront : « Qu’importe, après tout. Si la suppression des écrans permet aux enfants de développer normalement leur cerveau, supprimons-les et tout rentrera dans l’ordre. »
Oui – mais non. Car dans ce cas on ignorera toujours la véritable cause des désordres signalés, qui certes ne se manifesteront plus, mais qui ne touchera pas à la cause véritable, la quelle pourra produire de nouveaux désordres ignorés jusqu’alors.
Et quelle serait cette cause occulte ? La petite goute de dopamine que notre cerveau sécrète lors de l’usage des écrans et que nous rechercherons ailleurs si jamais elle venait à manquer.
N’importe quel acte compulsif pourrait alors remplacer nos écrans-chéris.
Bonjour-bonjour
Pourquoi les éleveurs sont-ils à ce point en colère devant l’euthanasie infligée à leurs troupeaux de vaches ?
- Quand bien même ils seraient indemnisés, sont-ils malgré tout en colère d’être dépossédés du capital que représente leurs troupeaux ?
- Ou bien sont-ils découragés de devoir reconstruire leur cheptel sachant le travail que représente l’élevage de l’animal de sa naissance à son départ de l’étable ?
- À moins qu’il s’agisse d’une perte affective, chacune de ces bêtes étant l’objet d’un attachement, comme si elle était un peu un animal de compagnie ?
Oui, c’est cela que j’ai entendu de la part d’une fermière se plaignant que l’indemnité ne compenserait jamais l’attachement qu’elle avait pour ses animaux. Imaginez un peu : un troupeau de 150 vaches laitières c’est comme 150 amies qui de leur bon regard vous accueillent le matin :
Ce n’est pas avec de l’argent qu’on remplace une amie. Alors, pensez : 150 amies, 150 paires d’yeux humides qui vous couvent de leur tendre regard…
Bonjour-bonjour
Après l'attaque sur la célèbre plage de Bondi à Sydney, des images ont émergé sur les réseaux sociaux, montrant un homme attraper l'un des tireurs alors qu'il ouvre le feu sur des civils non armés. L'homme réussit ensuite à lui arracher l'arme des mains, avant de pointer l'arme sur l'assaillant tandis que celui-ci recule.
Une fois encore, l’image a fait son office : donner en temps réel sa dimension instantanée à un évènement qui bouleverse un pays entier. Je veux parler de la fusillade antisémite qui a eu lieu sur la plage de Sidney et qui a horrifié l’Australie. (article cité ci-dessu)
- Voici donc qu’on trouve à présent une vidéo prise sur les faits où l’on voit un passant désarmer un des assaillants en lui arrachant son fusil d’assaut et en l’utilisant pour le menacer et l’éloigner. Selon les autorités, cet homme aurait été blessé par balle à deux reprises : ce qu’on ne voit pas sur ces images, et qui peut-être a eu lieu par la suite.
Restons pour le moment au niveau du spectateur « naïf » qui visionne ces images sans avoir la moindre information du contexte. Celui qui ne serait pas averti de l’importance de l’évènement verrait une scène de rue presque banale : c’est vrai que l’arme est menaçante, mais le courageux passant saute par derrière sur le criminel et avec sa carrure imposante il n’éprouve guère de difficultés pour le dominer. On est même plutôt étonné de voir ce héros embarrassé par le fusil après avoir éloigné l’assaillant : il le pose contre un tronc d’arbre et puis il s’en va : plus rien à voir !
- En réalité, on ne sait pas trop comment comprendre ces images qui ne sont qu’une partie de la scène. Car, dans le même temps des milliers de gens fuient dans tous les sens sous le coup de la panique. C’est donc le calme et la maitrise du passant qui affronte le tueur qui est à remarquer. En vérité nous interprétons à présent ces images avec la connaissance de la totalité de l’évènement, que personne n’avait au moment où il s’est déroulé. Un peu comme nous comprenons la bataille de Waterloo à chaque étape après avoir lu son récit entier dans nos livres d’histoire.
La connaissance historique ne consiste pas à exhumer un savoir, une conscience présente sur le moment et ensevelie par le temps. En réalité, l’histoire en fabriquant cette conscience et ce savoir crée une objectivité qui a échappé aux acteurs de l’évènement. Si cette objectivité décrit bien la réalité, disons que ce n’est pas dans la conscience des protagonistes de l’action qu’elle était présente – et qu’elle n’a donc pas grand-chose à voir avec les causes déterminantes de l’action.
Bonjour-bonjour
En matière d’hygiène aussi le mieux est l’ennemi du bien. Plus précisément, « Le film hydrolipidique, cette barrière protectrice naturelle de la peau, devient moins efficace avec l'âge. Un lavage trop fréquent ou agressif peut l'endommager davantage, compromettant ainsi ses fonctions de défense contre les agressions extérieures et de maintien de l'hydratation de la peau. » peut-on lire ici.
Et de préciser qu’à plus de 70 ans il faut se contenter de 2 douches par semaine, et encore, à condition de ne pas se savonner chaque jour et d’oublier les frictions trop énergiques pour se sécher : « À partir de 65-70 ans, l'idéal est, si possible, de se rincer tous les jours le corps, mais d'utiliser du savon un jour sur trois sans frotter sa peau trop fort. » (Selon le Dr Meaume art. cité)
Ce qui choque ici, c’est qu’on va à l’encontre de l’habitude socialement ancrée de se doucher quotidiennement. C’est que la douche n’a pas seulement une fonction hygiénique, elle est aussi porteuse de facteurs psychologiques. Comment retrouver son dynamisme et sa joie de vivre sans passer par l’aspersion suivie d’une friction énergique ? Ce qui donne du tonus à 20 ans devrait être délaissé à 70 ans alors qu’on en a encore plus besoin ?
Mais alors, par quoi remplacer la douche ? Comment reconstituer l’énergie perdue ?
Nul mieux que Nietzsche pour répondre à cette question : car n’est-ce pas le surhomme qui peut nous éclairer ici ?
Bien sûr oublions le ridicule qui consisterait à imaginer Zarathoustra sous sa douche. Mais questionnons-le sur ce que l’homme doit être pour atteindre à plus de valeur.
Pour Zarathoustra, l’homme est ce qui doit être dépassé : « Et la vie elle-même m'a dit ce secret : « Vois, dit-elle, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même ». On peut en effet avoir 70 ans et se surmonter soi-même.
--> Cela on le découvre avec ce vieux proverbe japonais : « Tomber 7 fois ; se relever 8 fois »
Bonjour-bonjour
Ah!… Noël!... Noël avec l’amour du Petit Jésus pour les humains. Noël avec les flots d’empathie qui jaillissent de nos cœurs et qui inondent nos voisins, nos amis, nos parents – la Terre entière ! Et les rires des petits-enfants ; et les cadeaux…
Stop ! Vous ne croyez pas que ça suffit avec toute cette guimauve ? Renseignez-vous : même en ce moment la haine continue d’irriguer nos réseaux, chacun y cherchant des résonances pour justifier sa détestation des autres. Telle qui a cru possible d’injurier des féministes se trouve à son tour l’objet d’injures et de menaces anonymes.
- On va croire que l’anonymat est ici le moteur de la masse : on y trouverait un abri sûr pour être injurieux sans paraitre. C’est vrai, mais l’essentiel n’est pas là : il s’agit surtout de faire masse, de constituer un troupeau compact, tel qu’on puisse oublier qu’il y a des gens en dehors. La haine doit être unanime.
Mais la condition pour arriver à cela, c’est aussi d’avoir un objet reconnu comme haïssable. Par exemple, une femme voilée ; ou un homme obèse ; ou encore un noir, un arabe, un homo… Que sais-je ? Pour haïr confortablement il faut haïr quelqu’un que l’opinion publique désigne comme détestable ; quelqu’un qu’il est légitime de mépriser. Rappelez-vous la stupéfaction de ceux qui humilient les « pédés » quand vous leur faites honte de leur comportement :
- « Si on ne peut pas se moquer des fiottes, alors on ne peut plus rien dire !? »
Supposez qu’en cette fin d’année vous souhaitiez faire le bilan de l’état de santé des français : sur quoi porterait votre enquête ?
Santé publique France répond à cette question en étudiant (ici) le tabagisme, la consommation d’alcool et la santé mentale.
Résultat ? Si le tabagisme recule, les Français boivent (encore) trop (22 % des adultes ont dépassé les repères de consommation à moindre risque (plus de 2 verres en une journée) – et leur moral plonge (15,6 % des adultes ont vécu un épisode dépressif caractérisé en 2024, et un adulte sur vingt a eu des pensées suicidaires au cours de l’année.)
Mais plus que ces résultats, c’est le choix de ces mesures qui nous interroge. Pourquoi ces trois variables et pas d’autres comme la solitude, le chômage, la pauvreté ?
- On voit déjà que ce qui est interrogé, ce n’est pas la cause des misères françaises, mais leurs effets. Par exemple il y a sûrement plusieurs causes possibles à l’alcoolisme, mais on ne s’y arrête pas. Admettons seulement que ce n’est pas une manifestation de bonne santé. Idem pour la déprime ou pour la tabac.
- Ensuite, on mélange sans justification des faits qui peuvent être très différents : on peut fumer ou consommer de l’alcool par pur plaisir, sans avoir une pathologie particulière : entre le buveur festif et celui qui boit pour oublier on pourrait quand même ne pas omettre la différence.
- On devine alors qu’un jugement de valeur défavorable s’est glissé dans le choix des critères d’évaluation. On fait comme si, de toute façon, il n’était pas normal de fumer ou de boire.
Qu’en aurait pensé Churchill ?
Bonjour-bonjour
Pourquoi ne peut-il y avoir des femmes prêtres dans l’Église catholique ?
Rester sans réponse devant cette question est d’autant plus irritant que la théologie vaticane qui est fort rigoureuse, répond grâce à une construction de concepts qui allèchent le philosophe.
Les raisons de cette exclusion est bien expliquée, il n’y a qu’à se renseigner, et l’occasion nous en est fournie par la récente publication du rapport de la Commission Petrocchi qui refuse que le diaconat soit ouvert aux femmes.
--> Lisons (ici) : à propos de la possibilité de procéder à l'admission des femmes au diaconat en tant que degré du sacrement de l'ordre,
* Les partisans de cette ouverture soutiennent que la tradition catholique et orthodoxe de réserver l'ordination diaconale (mais aussi presbytérale et épiscopale) aux seuls hommes semble contredire « l’égalité entre l'homme et la femme à l'image de Dieu », « l’égale dignité des deux sexes, fondée sur ce principe biblique » (réf. ci-dessus)
* De l’autre côté, la thèse suivante est avancée : « La masculinité du Christ, et donc la masculinité de ceux qui reçoivent l'ordre, n'est pas accidentelle, mais fait partie intégrante de l'identité sacramentelle, préservant l'ordre divin du salut en Christ.
On insiste alors « sur la signification « sponsale » ( = adjectif désignant la qualité d'époux, obtenue par l'intermédiaire du mariage) des trois degrés qui le constituent, et rejette l'hypothèse du diaconat féminin, affirmant comme on l'a dit que la masculinité de ceux qui reçoivent l'ordre n'est pas accidentelle, mais fait partie intégrante de l'identité sacramentelle.
Là, on a besoin d’une petite explication : « c’est quoi cette histoire d’union nuptiale ?
Ouvrez vos oreilles :
1° La masculinité du Christ, et donc la masculinité de ceux qui reçoivent l'ordre, n'est pas accidentelle, mais fait partie intégrante de l'identité sacramentelle, préservant l'ordre divin du salut en Christ. »
- On vient de le dire. Mais on n'a toujours pas pigé pourquoi on parle de mariage entre le Christ et les fidèles?
2° Le principe, c'est que le mariage" est entre un homme (= prêtre) et une femme
Une femme? Qu'est-ce à dire ?
La masculinité des prêtres résulte du fait que, dans la théologie catholique, le prêtre agit in persona Christi, “en la personne du Christ”, notamment lorsqu’il célèbre l’Eucharistie. = L’Église considère que le prêtre doit représenter sacramentellement le Christ homme, d’où l’idée d’une “ressemblance naturelle” (non morale mais symbolique).
3° Quant aux femmes, il est dit qu'elle représentent symboliquement l'Eglise, et que l'union avec le Christ se fait entre Lui et l'Eglise qui est le corps de croyants, composée de tous ceux qui ont accepté Jésus-Christ comme leur Sauveur personnel et reçu la vie éternelle. Le Christ, l'époux, a choisi d'aimer l'Église et de se sacrifier pour elle, pour en faire son épouse (Éphésiens 5.25-27 – Lire ci-dessous). De même que l’homme ne peut épouser l’homme, ni la femme épouser la femme, celle-ci ne peut incarner la personne virile du Sauveur
Alors, c’est cuit ? Pas du tout, car les partisans du sacrement des femmes font remarquer que la vierge Marie joue bien un rôle « salvifique » en tant que mère de Jésus, rôle qui peut justifier que des femmes célèbrent la messe.
Ah… Si Jésus avait été une fille, tout aurait été plus simple et les femmes seraient curé.
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N.B. Epitre de Paul aux Ephésiens : « 25 Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle,
26 afin de la sanctifier par la parole, après l'avoir purifiée par le baptême d'eau,
27 afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible. »
Bonjour-bonjour
Alors que se profile la campagne électorale des municipales, certains maires sortent de la banalité à l’approche des fêtes de fin d’année. Écoutez plutôt ces arrêtés pris par deux d’entre eux :
- Le maire d'Andrézieux-Bouthéon (Loire) a pris un arrêté afin de lutter contre la morosité ambiante. Du 1er décembre au 2 janvier, ses administrés ont l'obligation de sourire en toutes circonstances et sont encouragés à se vêtir de leurs vêtements les plus colorés.
« Faire la gueule ne résout rien. Tant qu'à faire, il vaut mieux sourire, se parler et ensemble faire en sorte de passer de bonnes fêtes » (Lire ici)
- Dominique Potar, maire de Bezannes (proche de Reims), a pris cet arrêté : « du 1er décembre 2025 au 6 janvier 2026, chaque "habitation, commerce ou véhicule stationné sur le territoire de la commune doit arborer au minimum : une guirlande lumineuse (clignotante de préférence, sinon c’est triste), un élément kitsch assumé", comme un renne gonflable, un bonhomme de neige en chaussettes, ou un lutin en pâte à modeler. » (Lire ici)
Ainsi pour ces édiles, la joie est essentiellement une apparence, ce qui la rend accessible à l’obligation légale. En effet, comme nous le soulignions récemment, il y a bien des raisons de rester triste durant les fêtes de noël ; pourtant afficher un sourire et porter des vêtements de couleur vive est encore à la portée de chacun. On notera qu’à Bezannes le souci d’afficher la gaité passe également par des décorations de Noël au kitsch assumé.
Outre le fait étonnant qu’être kitsch puisse passer comme un signe de joie, on relèvera que si la joie est conçue comme un signe, alors elle n’est pas un état psychologique - contrairement à l’avis de Spinoza.
On relèvera aussi que l’affichage du même état d’âme peut être requis du peuple entier, comme on le voit avec les coréens du Nord, capable de pleurer en chœur lorsque passe le cercueil de leur bien aimé leader.