mardi 12 mai 2020

Amour et plexiglass – Chronique du 13 mai. 20

Bonjour-bonjour

Après l'âge du bronze et celui du fer, voici venu l'âge du plexiglass.
Je m'explique. Pensez aux amoureux de mai, ceux que l’on croise au hasard des rues enlacés et s’embrasant à bouche-que-veux-tu. Comme ça :



Tout le monde connait ce célèbre cliché de Doisneau, et il est pour nous le symbole de la liberté retrouvée et de la vie. Maintenant, imaginez ces amoureux dans le déconfinement actuel, soumis aux règles des gestes barrières et de la distanciation sociale. Les voilà cherchant à s’embrasser, oui, mais… ils ne peuvent le faire que munis du masque chirurgical : pas très facile de s’approcher et encore moins d’imaginer. Et que l’envie leur prenne d’aller un peu plus loin : les voilà cherchant le frisson de la chair en caressant… une plaque de plexiglass qui les sépare, les isole de tout contact et qui oppose sa surface lisse et dure à leur étreinte. C’est une vraie torture, la pire qu’on ait inventée depuis le supplice de Tantale.

Imaginez-vous la chose ? Les amoureux séparés, il y en a eu depuis aussi longtemps que les lettres d’amour ont existé ; j’ai d’ailleurs parlé ici même de la correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès : plus de 800 lettres brûlantes de passion ; et puis celles de Diderot à Sophie Volland, et d’autres encore. Mais ces amoureux-là sont éloignés l’un de l’autre par des kilomètres ou alors par l’interdit qui condamne leur amour. Alors qu'on peut supposer que nos amoureux-covid’ sont proches l’un de l’autre qu’ils peuvent presque se toucher – sauf que… c’est impossible parce qu’ils sont tenus à distance par des prescriptions sanitaires et par la peur du virus. Oh, certes il y a aujourd’hui des moyens de rapprochement virtuels : ils peuvent mêmes se voir totalement grâce à la vidéo. On se rappelle peut-être de la « sex-tape » filmée par Benjamin Griveaux et montrant sur smartphone ses organes intimes à sa belle amie : on avait conclu à un exhibitionisme un peu pervers, vu que ces deux-là avaient tout loisir de se faire des papouilles tout à fait réelles. Mais si ç’avait été aujourd’hui, on aurait versé une petite larme sur ces amours contrariées.

O-O-O

Ce matin, Raphaël et Jade se sont croisés, ils se sont vus et ils ont craqué complètement l’un pour l’autre : ils ont 16 ans et vous savez ce que sont les hormones à cet âge. Mais rien n’est possible : ils peuvent certes tout se montrer, mais ils ne peuvent rien toucher, rien sentir, rien goûter. Cet étrange supplice est en réalité très banal : il préfigure le monde virtuel qui nous est promis et dans lequel tout apparaitra par images interposées. C’est déjà ce qui arrive en ce moment avec ces émission gastronomiques de la télé où on voit des gens préparer des plats raffinés et les déguster avec des mines extatiques, alors que nous on ne peut ni sentir ni nous délecter.
Alors oui, l'âge du plexiglass il va falloir s'y accoutumer.

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