mardi 19 mai 2020

L’impudeur de la bêtise – Chronique du 20 mai 2020

Bonjour-bonjour,

Il y a dans les débordements complotistes des réseaux sociaux, ou dans les clameurs de certains Gilets jaunes, quelque chose qui me hérisse. C’est ce que j’appellerai « l’impudeur de la bêtise ». Une certaine façon d’afficher péremptoirement des faussetés (fake-news) ou des opinions complètement improbables comme si ne pas y croire était une preuve de naïveté, voire même de collusion avec l’ennemi.
Par la formule « impudeur de la bêtise », j’exclus tout mensonge délibéré, toute manipulation destinée à infléchir l’opinion dans un sens avantageux : je ne veux prendre en compte que ceux qui ne savent pas mais qui croient savoir. L’impudeur n’est alors pas seulement cette propension à montrer ce que l’on devrait cacher, et d’abord bien sûr ses parties génitales (voir la Chronique consacrée à Benjamin Griveaux), mais aussi tout ce qui devrait faire honte et dont on assume l’existence. Il y a chez ces personnes une envie de tenir pour vrai ce qui leur fait plaisir – et qu’importe que soit vrai ou faux ? Ces affirmations ont un contenu qui apporte une jouissance, et qui se trouve validée par cela justement. « C’est vrai parce que je le sens et parce que ça me fait plaisir »
Mais bien sûr ces affirmations sont faibles et elles ne résistent généralement pas à la critique rationnelle. Voilà alors ce qui caractérise aussi l’impudeur de la bêtise : le refus de ces raisonnements compliqués qui s’apparentent à une partie d’échec auxquelles les imbéciles n’ont pas accès et qu’ils dénigrent comme liés à des élites abominées.
Contre quoi, les impudiques dont nous parlons revendiquent le droit à dire ce qui leur vient à l’esprit, fût-ce d’abord et avant tout ce qui est bête, car comme le disait Roland Barthes : « Ce qui vient à l’esprit est d’abord bête »
C’est justement là que se révèle la faiblesse du vrai (pour parler comme Myriam Revault d’Allonnes) : cette incapacité à être identifié à l’objet du désir.

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