samedi 9 janvier 2021

Y a-t-il un droit à la bêtise ? – Chronique du 10 janvier

Bonjour-bonjour

 

Les complotistes et autres amateurs de fakenews sont depuis quelques jours l’objet d’attaques plus virulentes que d’habitudes. Car on les rend responsables du soutien populaire dont le Président Trump a joui pendant quatre années et qui a préparé l’opinion à l’assaut donné par des commandos de ses partisans contre le Capitole. A-t-on le droit de reconnaitre à ceux qui affirment que la terre est plate et que le soleil tourne autour d’elle une autorité couverte par le droit à l’opinion subjective ? Et si cette opinion est admise par le plus grand nombre, doit-elle être considérée comme vérité établie ? La vérité n’est-elle que ce sur quoi tout le monde tombe d’accord ? Car à ce compte, nous pourrions encore aujourd’hui donner raison à l’Inquisition qui, en 1633, a condamné Galilée.

Bien évidemment se demander si une erreur devient vérité à condition d’être approuvée par le plus grand nombre est ridicule : l’erreur, quelle que soit sa source, reste une erreur quand bien même tout le monde l’applaudirait ; la vérité est affaire d’objectivité et non d’opinion. Toutefois les gens sérieux peuvent toujours rire méchamment en lisant qu’il y a eu des sondages d’opinions pour demander au public si la chloroquine était un médicament efficace : ça ne résout pas le problème de l’influence de la bêtise car en démocratie la liberté d’opinion (qui comporte la liberté d’expression) n’est limitée que par la loi lorsque l’intérêt commun est mis en danger. 

Faut-il donc définir une autre frontière entre la bêtise admissible et la bêtise inadmissible ? C’est bien évidemment une question qu’on retrouve partout en démocratie, dès lors qu’il s’agit de délimiter les libertés publiques : doit-on tolérer un droit à la bêtise, en entendant par-là des propos dénués de fondement objectifs ?

C’est au 18ème siècle lors qu’on s’est interrogé sur la tolérance que cette question s’est posée. La bêtise en a même constitué pour Voltaire la définition : « Nous sommes tous pétris de faiblesses et d'erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c'est la première loi de la nature. » Si l’erreur est humaine, alors on devrait la tolérer chez les autres, comme on voudrait qu’on la tolère chez soi – mais qui a dit qu’on demandait aux autres la tolérance de nos propres erreurs ? N’est-ce pas tout le contraire ? Ne devons-nous pas exiger de ceux qui savent, qu’ils arrachent les faussetés que nous avons eu la faiblesse de croire ?

 

Mais ce n’est hélas pas tout :  notre problème est que les sottises ne sont pas seulement tolérées ; elles sont devenues un facteur de décision à égalité avec les connaissances scientifiques. Encore une fois, si Galilée vivait de nos jours, il pourrait toujours se faire du souci.

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