lundi 19 avril 2021

La glorieuse incertitude du sport – Chronique du 20 avril

Bonjour-bonjour

 

On a beau être comme moi imperméable à tout ce qui vient du monde du football, le projet de 12 clubs européens de former un groupe fermé interdit à tout autre club, qui disputerait une « Super Ligue » qui viendrait concurrencer la prestigieuse Coupe européenne fait sursauter. Car voilà éliminée l’incertitude de la compétition qui jusqu’à aujourd’hui permet à chaque club d’espérer faire partie de l’élite de leur sport.

On est scandalisé de voir ces clubs s’autoproclamer « les meilleurs », sorte d’aristocratie qu’on ne pourrait jamais remettre en cause, puisqu’il ne serait pas permis de les défier ; ces « Dieux du sport » s’installeraient au sommet d’un Olympe cerné de barbelés interdisant à quiconque d’y grimper. 

Alors il est vrai que, année après année, on voit toujours les mêmes clubs jouer les phases finales de la compétition et s’en partager les trophées ; mais il n’en reste pas moins que chacun – même le plus petit – peut espérer entrer dans le palmarès. Car l’essence du sport, c’est ça : « Que le meilleur gagne », et pour connaitre le meilleur la seule façon c’est de descendre dans l’arène et de l’affronter.

D’ailleurs n’est-ce pas là le dogme fondamental du monde de l’entreprise – ce monde dont les capitaux alimente le football ? Que dans l’entreprise les chefs soient menacés, que la hiérarchie soit bouleversée en permanence par cette compétition qui permet au plus petit stagiaire de gagner ses galons de PDG : voilà ce qui alimente les fantasmes de tous les jeunes ambitieux qui ont la tête remplie du « rêve américain »

Hé bien oui, c’est comme cela. Et ça révèle simplement que, non, les financiers qui investissent des sommes colossales dans le football ne sont pas du tout animés par ce libéralisme-là. Banques, fonds de pensions, fonds souverains, toutes ces masses de capitaux ont besoin d’être investies en toute sûreté, et c’est la visibilité du retour sur investissement qui prime. L’affrontement sportif obéit à la logique de l’incertitude : en coupe de France, il y a toujours des « Petits poucets » pour faire tomber les « cadors » de la compétition. Dans le monde de la finance, par contre, la contingence de l’avenir, c’est le cauchemar – mais alors, pourquoi faire disputer aux joueurs une « Super coupe » puisqu’elle serait sans enjeu, les joueurs et leurs clubs étant membres à vie de l’élite ?

- Réponse : pour remplir les stades et gagner beaucoup d’argent versé par les amoureux du foot pour exulter à des matches exhibition, dont le score final pourrait fort bien être arrangé, la beauté du spectacle étant le seul intérêt de la chose.

Les Harlem globetrotters deviendraient alors le modèle à suivre pour l’élite européenne du football.

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