samedi 25 avril 2020

L’éternité c’est long… surtout vers la fin – Chronique du 26 avril

Bonjour-bonjour,

Oui, je sais : cette citation de Woody Allen n’est probablement pas de lui (en tout cas il la récuse), mais en plus elle est éculée tant elle a servi. Mais si je la reprends aujourd’hui, c’est qu’elle risque bien d’être une fois de plus vérifiée.
Car, ce que nous dit cette phrase, c’est que l’attente est une expérience de l’éternité – la seule peut-être qu’il soit permis de faire à des êtres mortels comme nous. Car l’éternité, c’est du temps immobile : il ne s’écoule pas, rien n’advient dans sa durée, il est comme un instant suspendu et distendu qui n’aurait ni commencement ni fin. Et c’est dans l’ennui et dans son proche parent l’impatience qu’il advient. Donc plus nous sommes impatients d’en finir, plus le temps parait figé ; et c’est dans une période comme celle de notre actuel confinement que cette expérience peut être faite. 
Rappelez-vous du début de votre propre renfermement : encore novice dans cet isolement, tout était matière à expérience nouvelle : s’habituer aux gens co-confinés avec vous ; découvrir les petits plaisirs qui restaient possibles (et peut-être jouir de ceux qui en étant nouveaux apportaient quelque délice dans la situation) ; apprendre à trouver des substituts à la présence des autres, comme la pratique quotidienne des vidéo skype ou zoom ; savoir jouir en solitaire de ce qui normalement appelle la présence d’autrui (ne froncez pas les sourcils : je parle de l’apéro du soir, bien entendu !). Puis est venue l’époque où ces plaisirs sont devenus des routines, usés jusqu’à la corde par la répétition – car voilà le problème : quand on est avec les autres il y a toujours quelque chose d’imprévu qui peut survenir, du fait des comportements jamais absolument identiques, alors que tout seul on sait parfaitement comment ça va se passer avant même que ça ait commencé. Ça peut être agréable au début – et puis mortellement ennuyeux en suite.
Plus ça va et plus l’impatience d’en finir est grande ; plus l’impatience est grande et plus la durée s’étire lentement : d’où l’expression « l’éternité c’est long surtout vers la fin » est donc vérifiée.
CQFD

Ah !... Je sens comme une impatience de votre part : vous vous attendiez peut-être à ce que je vous donne une recette pour vous en sortir ? Eh bien il faudra attendre jusqu’à demain.

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